lundi 16 mars 2015

Locations à Montpellier : trop rares ou malhonnêtes ?

Les propriétaires des appartements à Montpellier sont-ils honnêtes ?  

« Ma propriétaire est très gentille avec moi », résume une dame de quelques 25 ans le sentiment de beaucoup de Montpelliérains, « tant qu’elle peut encaisser mon loyer et tant que je ne lui demande rien. » - Plus de 60 pour cent des personnes interrogées par Montpellier Presse Online qui vivent dans des appartements loués à Montpellier se plaignent que leurs propriétaires ne s’occupent pas de l’état de leur bien.

Une dame dans la cinquantaine a vécu une histoire qui laisse réfléchir. « J’étais très contente de mon appartement, de sa situation et de son agencement. J’étais aussi en très bonnes termes avec le propriétaire - mais il faut dire que j’ai toujours payé mon loyer avant même la date limite. » Tout allait bien jusqu’au jour où de l’eau commencait à s’infiltrer dans une des chambres situées sous le toit. « D’abord, il n'y avait que quelques gouttes qui sont tombées quand il pleuvait fortement. J’ai immédiatement informé le propriétaire, mais cela ne l’intéressait pas. »

Quelques mois plus tard, les « quelques gouttes » se sont transformées en champignons qui couvraient un des murs. « Mais mon propriétaire ne voulait toujours rien faire. Quand je me suis plaint, il disait tout simplement qu’il n’aurait pas l’argent pour la réparation. »

Comme beaucoup d’histoires similaires, celle-ci a fini au service communal d’hygiène - les contrôleurs n’ont pas seulement constaté des champignons, mais plein d’installations hors normes. Résultat : l’appartement a été déclaré inhabitable pour un an entier.

Toutefois, il n’y a que peu de cas qui vont si loin. « Notre appartement est dans un âge », se plaint un Monsieur dans la quarantaine, « où il y a beaucoup de petite réparations à faire, dans les toilettes, la salle de bain ou l’électricité. C’est comme une voiture : d’abord, tout va bien, mais après quelques années, les pannes commencent. » Pas question, comme il raconte, que le propriétaire prenne en charge ces réparations. « Le propriétaire accuse ma fille de cinq ans de casser l’appartement. Mais ma femme et moi savent très bien que c’est pas vrai. Il cherche juste des excuses pour ne pas payer. »

Mais ce n’est pas que l’état de l’appartement qui fâche beaucoup de locataires. « J’aurais dû me méfier, mais j’étais trop naïf », raconte un Monsieur dans la trentaine qui, comme il dit, avait absolument besoin d’un appartement. « J’avais communiqué au propriétaire que j’avais besoin d’un appartement très calme, pour mes études. Lorsque je l’ai visité, le propriétaire m’a demandé de ne pas aller sur le balcon - par respect aux personnes âgées qui y habitaient encore, pour ne pas laisser entrer le froid. Mais en vérité, il ne voulait pas que je remarque le bruit infernal qui venait d’une route située derrière l’appartement. Bien sûr », ajoute-t-il, « j’aurais dû explorer les environs, mais j'ai cru sur parole ce que disait le propriétaire. »

Un autre cas où le bruit pose problème : « Quand j’ai visité l’appartement, j’ai demandé au propriétaire si la personne au-dessus faisait beaucoup de bruit », se souvient une dame dans la quarantaine. « Il m’a rassuré tout de suite - il y aurait une vieille dame qu’on entendrait jamais. » Mais la vérité était tout différente : « Je ne l’ai appris qu’après mon emménagement - l’appartement était loué à deux étudiants dont l’un faisait tous les jours ses exercices d’haltères. Le bruit quand il les posait par terre était insupportable. »

Et encore le bruit : « En hiver, mon appartement est calme. Mais dès que le soleil sort, il y a des dizaines d’enfants qui commencent à crier sur les balcons et dans la cour d’en face. A notre premier contact, le propriétaire a ‘oublié’ de me dire qu’il y a des HLMs en face… »

Une autre dame, d’une dizaine d’années plus jeune que la précédente, ne se plaint pas de sa propriétaire, mais elle la trouve « ridicule » : « Quand elle communique avec moi, elle refuse de lire mes mails envoyés le week-end, avec l’argument que ça ne correspondrait pas à ses heures de travail. Mais, en fait, elle est retraitée et, en plus, tous ses mails viennent de son iphone. Elle n’a donc même pas besoin d’ouvrir son ordinateur. »

« Il faut se méfier des propriétaires », prévient un Monsieur dans la cinquantaine, « qui disent qu’ils auraient aménagé l’appartement pour eux-mêmes. Des femmes prétendent par exemple souvent qu’elles auraient acheté l’appartement pour elles, ensuite elles auraient emménagé avec l’homme de leur vie et, maintenant, elles louent leur appartement. Ceci m’est arrivé déjà deux fois. De tels récits suggèrent que tout est en ordre, vu qu’au début, l’appartement n’aurait pas été considéré comme investissement qui doit coûter peu et rapporter gros, mais préparé pour le propre confort. Mais très souvent, ce ne sont que des mensonges pour séduire le locataire. »    

Tous les locataires à Montpellier ont-ils donc des problèmes avec leurs propriétaires, au moment où il y a des travaux à faire ou quand il y a question de bruit ? - « Notre propriétaire est une femme vraiment agréable », constate une dame dans la trentaine. « Elle vient d’acheter l’appartement où on habite. Mais, hélas, on ne la gardera pas longtemps comme propriétaire - elle veut l’utiliser elle-même et nous a mis dehors ce qui, bien sûr, est son droit. »
Photos et texte : copyright Doris Kneller

vendredi 13 mars 2015

Montpellier et les élections

Quelques jours avant les Départementales - qu'en pensent les Montpelliérains ?

« Je ne comprends pas, pour quelle raison ils nous font encore voter pour un gouvernement départemental. Comme les départements vont bientôt disparaitre. Ce n’est qu’une farce - comme tout dans la politique. »

La jeune femme parle avec un mélange de colère et résignation. Et elle n’est pas la seule. Beaucoup de Montpelliérains interrogés par l’équipe de Montpellier Presse Online ne voient pas de sens dans ces élections. Le résultat de son micro-trottoir sur les élections des 22 et 29 mars n’est pas - et ne veut pas être - un portrait exhaustif des opinions politiques des Montpelliérains. Il représente juste une sorte de « photo instantanée » sur l’ambiance dans les rues de Montpellier.

Le sentiment qui, spontanément, c’est profilé est la résignation et, encore plus, l’amertume. « On est bien placé ici à Montpellier », lâche par exemple un Monsieur dans la cinquantaine, « pour savoir que la politique ne sert qu’aux politiciens. On nous donne quelque miettes pour nous tenir tranquilles - quelques concerts gratuits, des films gratuits - pour nous suggérer qu’on puisse faire quelque chose pour sa culture sans se ruiner - et le gros magot est encaissé dans des sphères au-dessus de nos têtes. Les élus encaissent et nous payons, c’est ça, grosso modo. »

« Le département pour lequel on votera la semaine prochaine », enchaîne une dame dans la trentaine, « n’aura pas de vrais pouvoirs. Les élus travailleront dans la certitude que tout ce qu’ils décident sera défait peu après. »

Est-ce une raison pour voter pour un parti extrême ? « On peut voter pour qui on veut, ça ne change rien », répond une dame dans la cinquantaine. « Ils sont tous pareils. Autant donner aux partis traditionnels un avertissement, pour leur faire comprendre que leur pouvoir n’est pas assuré. »  

Toutefois, une autre dame d’à peu près le même âge n’est pas d’accord. « Tout va mal en France, en ce moment », explique-t-elle. « La raison de cette crise est difficile à analyser, parler des difficultés internationales etc. serait trop facile. Non, la raison est chez nous, dans les profondeurs de la France. Des élus qui ne bougent pas, qui ne pensent qu’à leurs propres avantages. Les jeunes qu’on empêche de foncer avec des lois fiscales faites pour décourager. Les hommes et femmes de la politique ne peuvent plus rien pour nous. C’est à nous même, maintenant, de prendre les choses en main. C’est pour ça qu’on est en démocratie. Nous avons la possibilité de voter, alors allons-y. Mais pas en votant pour des partis qui font encore plus de mal, juste pour montrer que nous ne sommes pas d’accord avec la politique actuelle. »

Ce qui est le plus frappant est le nombre de Montpelliérains qui parlent des « hommes et femmes politiques qui sont complètement incapables », comme l’exprime un étudiant. Ou, comme le dit un Monsieur dans la soixantaine, « des élus qui se font élire pour récupérer du pouvoir et du fric. »

« Le citoyen moyen non seulement à Montpellier, mais partout en France », analyse une dame dans la quarantaine, « est déçu du monde politique. On lui a tant menti qu’il ne peut plus imaginer de politicien honnête. Pour lui, politique rime avec malhonnête et nuisance. Il attend un politicien prêt à s’investir pour le bien du peuple. Mais il ne croit plus à son existence. »

« J’ai dit à ma belle-fille que je ne voterai pas », déclare un Monsieur de quelque soixante-dix ans. « Mais elle a insisté, alors je vais voter. Mais elle peut pas m’obliger de voter pour un des bandits qui ne veulent que se remplir les poches. Je voterai FN. Pas que je pense qu’ils sont meilleurs que les autres, ceux-là, ce sont des criminels comme eux tous. Mais faut leur montrer qu’on n’est pas des moutons. De toute manière », ajoute-t-il, « ma voix n’aura pas de conséquence. Ce sont toujours les mêmes qui sont élus. »

Le Monsieur exprime une opinion qui est assez répandue parmi les Montpelliérains : « Une voix, c’est rien », dit aussi une dame dans la quarantaine. « Et si j’utilise la mienne pour tirer la sonnette d’alarme, un petit peu, ça les fait peut-être réfléchir. Ou non, finalement », se corrige-t-elle, « finalement elle ne servira même pas à les faire réfléchir. Voter, ça sert à rien. »

Un Monsieur de quelque cinquante ans, par contre, n’est pas prêt à résigner. « On a toujours eu des époques désespérantes dans l’histoire », se rappelle-t-il, « et on s’en est toujours sortis, plus tôt ou tard. Il ne faut pas renoncer au bon sens. Il faut voter, et voter selon notre conscience. Il ne faut pas se laisser diriger par un sentiment vague de colère et de vengeance. Un tel sentiment ne peut qu’empirer les choses. Encore, rien n’est perdu. Et il ne faut pas se contenter de voter, mais aussi être aux côtés de nos élus, pour les secouer, pour leur rappeler leur devoir. Tout le monde a cette possibilité, encore, et il faut tout faire pour la garder. Et pour l’utiliser. »
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 4 mars 2015

Les jeunes Montpelliérains face au comportement des vieux

Montpellier et sa jeunesse - conflit de générations ou à la recherche d'un chemin ?

« Respect », dit le jeune homme et il hausse les épaules, « ça se mérite. Et ce n’est pas votre génération qui le mérite le plus. » Il était étonné d’entendre la question posée par un membre de l’équipe de Montpellier Presse Online ciblant le comportement des personnes plus âgées que lui, de ceux qui, comme dit une jeune femme, « devraient servir comme exemple. »

« N’oublions pas que c'est nous qui ont éduqué les jeunes d’aujourd’hui », réfléchit une dame dans la quarantaine. « C’est notre philosophie, nos opinions, notre manière de vivre qui les ont formés. » 

« Je sais que, par exemple dans le tram, on devrait se lever pour les vieux », raconte une Lycéenne d’environ 16 ans. « Mais ils oublient qu’après l’école, on est fatigués nous aussi. Et eux sont à la retraite et n’ont rien à faire, toute la journée. » - Sa copine hausse la tête. « Mais ce n’est pas seulement ça », ajoute-t-elle. « Si, encore, ils étaient polis si on se lève pour eux. La plupart des vieux ne disent même pas merci, ce ne serait pas trop demandé, non ? »

La politesse des « vieux » tracasse beaucoup de jeunes. « On m’a toujours appris de dire ‘bonjour’ aux personnes adultes », se souvient par exemple une jeune dame d’une vingtaine d’années. « Mais ça fait longtemps que je ne le fais plus. A quoi ça sert d’être poli si, comme réponse, on te regarde bizarrement. Ils ne sont même pas capables de dire ‘bonjour’ eux aussi. »

Un jeune homme d’à peu près le même âge est encore plus amer. « J’ai un pote qui est d’origine magrébin. S’il dit ‘bonjour’ aux adultes ‘français’ dans son immeuble ou dans la rue, ils tournent carrément la tête, comme s’il avait fait quelque chose de dégueulas. Je suis pas fier de faire partie de cette ‘race’, j’ai plus envie de les saluer. »

« Ce qu’il faut pour notre jeunesse », décide un Monsieur dans la cinquantaine, « c’est des modèles. Mais où voulez-vous trouver des modèles, de nos jours ? A l’époque, c’était les hommes politiques qu’on a cité comme exemple d’honnêteté. Mais là, faut même plus rêver. »

« Un jeune », explique une dame dans à peu près le même âge, « a tendance à généraliser. S’il rencontre deux adultes qui se montrent malhonnêtes ou impolis, il pense que tout le monde est pareil - et agit en conséquence. »

« Voulez-vous savoir, pourquoi je n’ai pas envie de suivre les soi-disant règles de la politesse ? », demande un homme d’une trentaine d’années. «  Parce qu’elles ont été établies par une génération faux cul. Oui, faux cul. Elle veut qu’on respecte nos ainés et les supérieurs hiérarchiques, mais pour être respecté il faut être juste et honnête. La société base sur la fraude, ceux qui sont riches, très riches, je veux dire, n’ont pas gagné leur argent en travaillant. Voulez-vous vraiment que la jeune génération imite tous les crimes des vieux ? Pour le moment, nous n’avons pas d’alternative et cherchons notre chemin. Mais en attendant, on ne veut pas de votre fausse politesse. On veut respirer, avoir notre espace de vie. »  

Vendredi après-midi à la gare de Montpellier, dans un tram de la ligne 1. Plusieurs personnes sortent du tram, ceux qui attendent à l’extérieur ont hâte d’y entrer. Finalement, il ne reste qu’une dame âgée qui ne sort que très lentement. La première personne dans la file extérieure est un jeune homme dont les cheveux noirs pourraient indiquer une origine maghrébine. Il patiente jusqu’à ce que la dame âgée soit dehors. Mais avant qu’elle puisse s’éloigner de la porte, le jeune homme est poussé par derrière et bouscule, de son côté, la vieille dame qui, promptement, commence à se plaindre de haute voix. Le jeune se retourne et se trouve face à un Monsieur dans la cinquantaine qui pousse impatiemment pour entrer dans le tram.

« Mais attendez », lui lance le jeune homme, « laissez sortir la dame. » La réponse est immédiate : « On n’a pas que ça à faire. Poussez-vous. »

Une exception ? « Non, pas du tout », répond un étudiant de 22 ans. « Les personnes âgées parlent mal de la jeunesse, mais si vous êtes jeune à Montpellier, vous avez l’impression d’être de la m… » Par exemple face aux contrôleurs. « Avec-vous jamais remarqué que, dans les trams, il n’y a presque que les jeunes qui sont contrôlés ? Comme si, par définition, on serait tous des fraudeurs, automatiquement. »

Un dimanche matin, la ligne 2 du tram de Montpellier n’est pas très fréquentée. Une dame dans la cinquantaine occupe un compartiment pour quatre personnes et pose ses pieds sur le site en face du sien. Elle ne remarque pas qu’une contrôleuse s’approche de derrière qui, immédiatement, lui commande, dans un ton très dur, d’enlever ses « sales pieds » du fauteuil.

La dame obéit, mais elle fixe la contrôleuse d’un regard ironique. « Tiens », dit-elle, c’est la première fois que je vois un contrôleur réagir. Quand le tram est plein de jeunes qui ont les pieds sur les fauteuils, aucun contrôleur ne dit quelque chose. A moi, oui. Est-ce parce que je suis vieille ? »

La contrôleuse ne répond pas, mais une autre dame, un peu plus jeune que la précédente, commente : « Ne soyez pas étonnée. Les contrôleurs ont peur des jeunes, ils n’osent donc rien dire. De vous, ils n’ont pas peur. »
Photos et texte : copyright Doris Kneller