jeudi 13 janvier 2011

Conférence à Montpellier : Algérie - la vérité

Louis Aggoun parle aux Montpelliérains de ses études sur l'Algérie : "200 ans d'inavouable"

Louis Aggoun à MontpellierDe nouveau, on parle de l'Algérie. Mais pour une fois, le discours sonne différemment. Louis Aggoun, journaliste et coauteur du livre "Françalgerie, Crimes et mensonges d'États", n'est pas d'accord avec la manière qu'on raconte l'histoire de l'Algérie et, plus précisément, celle des relations entre la France et l'Algérie.

Louis Aggoun qui a donné son avis lors d'une conférence avec discussion organisée par les Amis du Monde Diplomatique à la salle Belvédère du Corum à Montpellier est, selon ses critiques, un "ardent défenseur de la vérité". Il n'a pas confiance dans la véracité des textes historiques traitant les dernières 200 années de l'Algérie ou, plutôt, il met en doute la complexité des documents présentés par les auteurs. Car, comme il explique, éliminer certains faits correspond à manipuler la vérité.

Ce que Louis Aggoun a écrit dans son nouveau livre "200 ans d'inavouable, la colonie française en Algérie" - et ce qu'il a défendu dans sa conférence - peut choquer. Mais cela ne fait pas peur à l'auteur qui se considère surtout comme militant des droits de l'homme. Il n'hésite pas à dénoncer le rôle de certains politiciens français tels que Charles de Gaulle, Mitterrand ou Charles Pasqua dans l'histoire récent de l'Algérie. En même temps, il s'interroge sur l'interprétation qu'il faut donner à certains événements, comme, par exemple, la mort soudaine de Houari Boumédiène, du deuxième président de la République algérienne démocratique et populaire, qui, avec sa décision de nationaliser les hydrocarbures sans même consulter ses partenaires internationaux - "Nous avons décidé la nationalisation des hydrocarbures" -, ne se fit pas bien voir du gouvernement français. Dès qu'un politicien algérien aurait pris la décision de démocratiser le pays, explique Louis Aggoun, on l'aurait éliminé...

Louis Aggoun, conférence sur l'AlgérieLors de sa conférence à Montpellier, Louis Aggoun parle aussi de l'attitude de Charles de Gaulle envers l'Algérie au moment de l'indépendance. L'homme d'état aurait souligné qu'il faudrait un gouvernement en Algérie qui préserve les intérêts de la France : il fallait notamment résoudre les questions du nucléaire et du pétrole, les deux grands enjeux entre la France et l'Algérie. Auparavant, de Gaulle aurait déjà proclamé que l'Algérie serait la seule colonie où la France aurait des intérêts. Et, selon Louis Aggoun, de Gaulle n'aurait jamais changé d'avis en ce qui concerne l'Algérie.

Bref, selon l'auteur des "200 ans d'inavouable", la colonisation de l'Algérie n'aurait pas cessée en 1962, mais juste pris une autre forme. Bien que la France ait toujours prétendu regarder de loin les événements dans son ancienne colonie, ses politiciens auraient eu leur mot à dire. Au moment où le terrorisme a régné en Algérie, ce n'était pas le peuple algérien qui aurait eu le plus à perdre ni les généraux dont personne n'aurait vraiment su ce qu'ils faisaient. C'était la France, comme l'explique Louis Aggoun, qui tenait le plus au maintien du gouvernement. Bien que l'Algérie ait proclamé que les événements politiques et sociaux ne regarderaient que les Algériens, la France aurait été mêlé à toutes les affaires d'état. Mais l'intérêt le plus important de la France aurait été l'export : le public montpelliérain présent à la discussion avec Louis Aggoun a appris que l'Algérie était le marché idéal pour faire écouler les stocks de la surproduction française. Notamment les médicaments importés de la France seraient vendus à un prix six fois plus élevé qu'en France.

L'auteur reproche à la presse de s'être tu pendant toutes ces années après la déclaration de l'indépendance. Louis Aggoun fait remarquer qu'environ un million de pieds noirs auraient perdu leurs foyers sans que personne proteste. Et quand à Charles de Gaulle - une fois obtenu la dissuasion nucléaire, il aurait eu sa bombe atomique "comme joujou".

L'autre problème : selon Louis Aggoun, les hommes d'état algériens qui, à la première heure, ont pris les rênes en Algérie n'auraient pas exercé de véritable pouvoir. Ainsi, Ahmed Ben Bella, premier président de l'Algérie indépendante, n'aurait jamais eu envie de devenir président - il aurait, comme disent certains, préféré jouer à la Belote. Sa nomination n'aurait pas été la suite de sa révolte contre la France - il a été un des neuf chefs du Comité révolutionnaire et a participé au détournement d'un avion - mais due au fait qu'il était le plus haut gradé de l'école militaire... ce que, comme remarque Louis Aggoun, personne n'aurait jamais vérifié.

Louis Aggoun ne revendique pas le soutien de sources inconnues ou de témoins. Son travail, comme il a souligné, est plutôt de nature scientifique. Il suffirait de regarder toutes les œuvres écrites sur le sujet et d'analyser les textes - pour, ensuite, exprimer ce qui est marqué entre les lignes.
Photos et texte : copyright Doris Kneller

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