lundi 17 janvier 2011

Manifestation à Montpellier : la Tunisie fête la libération du peuple

Micro-trottoir : Fête de la libération de la Tunisie

Montpellier fête la libération de la TunisieDes centaines d'hommes et de femmes en fête sur la Comédie... On manifeste pour la libération du peuple tunisien, on crie, on chante, on est heureux. Des amitiés se nouent, des mots comme "solidarité" tombent souvent. Un Monsieur "enroulé" dans un drapeau tunisien pose le bras sur les épaules d'un autre : "C'est un frère", déclare-t-il, et : "Il est algérien".

Solidarité aussi du côté du groupe palestinien. "C'est formidable", s'exclame une jeune femme qui porte le drapeau de la Palestine. "Un peuple s'est libéré. Cet acte redonne espoir à tous les peuples oppressés."

Un Monsieur tunisien explique à quelques Français ce qui s'est passé. Il raconte que le président de Tunisie vient de quitter le pays - "un dictateur qui a été obligé par le peuple de s'enfuir"... On danse dans les rues, c'est enfin la liberté. Un autre Tunisien croit savoir que Nicolas Sarkozy a refusé la demande de refuge de la part de Zine el Abidine Ben Ali, le président en fuite.

Une dame d'une quarantaine d'années semble bien informée. "C'est grâce à ce président que votre pays est devenu riche", explique-t-elle a un des Tunisiens enroulés dans leurs drapeaux. "C'est grâce à lui que votre peuple a quelque chose à manger." - Une jeune femme tunisienne se détourne, elle ne souhaite visiblement pas discuter avec la dame. Mais un de ses amis reste patient. "La richesse n'était pas pour le peuple", dit-il, "mais uniquement pour certains. Le peuple est devenu pauvre."

La révolution du peuple tunisien"La richesse", s'en mêle un autre Tunisien, "n'était destinée qu'au président et sa famille. Et à ses amis. Et aux investisseurs étrangers."

Quelques Français ne savent pas encore ce qui se passe. "La Tunisie ?", réagit une dame d'une trentaine d'années à la question de l'équipe des Gens de Montpellier. "Pour moi, ce sont de jolies plages, la mer, le tourisme." - A-t-elle jamais entendu parler de la révolution tunisienne ? - "Des révolutions", répond-elle, "il y en a partout, maintenant, dans les pays d'Afrique. Il se passe des choses partout. Vous avez un président, il tombe, vous en avez un autre. Et ce sont tous des dictateurs, sans exception."

Un Monsieur dans la cinquantaine se sent agacé par la foule en fête sur la Comédie. "Chaque peuple a le gouvernement qu'il mérite", cite-t-il, légèrement déformée, la fameuse phrase d'Alexis de Tocqueville, "et s'ils veulent se libérer, qu'ils le fassent. Mais pas chez nous." Et il secoue la tête en signe de désapprobation.

Deux dames d'à peu près le même âge que le Monsieur, également françaises, sont du même avis. "Je ne comprends pas, ce que nous avons à faire avec la soi-disant libération des Tunisiens", proclame l'une, et l'autre ajoute : "Ces gens-là, s'ils veulent faire la révolution et aider leur peuple à se libérer, pourquoi ne sont-ils pas en Tunisie ? Ici, chez nous, on n'a pas besoin de leur révolution." La première reprend la parole : "C'est bien facile de faire la fête, quand on est en sécurité en France. Mais est-ce logique qu'ils font la fête ici pendant que leur peuple lutte pour sa liberté ?"

Tunisie - Montpellier : la liberation du peupleUn Monsieur d'une trentaine d'années ne considère pas non plus la manifestation d'un bon œil. "Les Tunisiens sont libres. Bravo. En contrepartie, pleins de Français et autres Européens sont bloqués dans les aéroports. Si c'est cela qu'ils appellent liberté, je dis 'non merci'. Personne ne peut être libre si cette liberté entraîne le blocage des autres."

Un autre Monsieur, un peu plus âgé que le précédent, discute avec un des Tunisiens engagés dans la manifestation. Après avoir écouté les explications de son interlocuteur, il pointe sur les affiches de Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière, les deux journalistes toujours en captivité en Afghanistan. Puis, il s'adresse au photographe de l'équipe des Gens de Montpellier. "Vous devriez prendre une photo avec un panneau des Tunisiens libérés et l'affiche des Français non libérés." Le jeune homme tunisien n'est pas d'accord. "Ce sont deux choses différentes. Les journalistes n'ont rien à voir avec la lutte du peuple tunisien." Le Français insiste : "Vous n'êtes pas de l'avis que tout le monde devrait être libre, les Français autant que les Tunisiens ?" Mais le Tunisien reste sur son point de vue : "On ne peut pas mélanger les causes."

D'autres Tunisiens, toutefois, ne sont pas vraiment dans une humeur de fête. "Que Zine el Abidine Ben Ali a quitté notre pays, c'est une bonne chose", explique un jeune Tunisien à un groupe de Français. "On peut dire que c'est une victoire de la révolution. Mais les vrais problèmes vont commencer maintenant. Personne n'est plus en sécurité, c'est la guerre des rues. Les malfaiteurs se confondent avec les révolutionnaires, personne ne sait plus si une personne armée lutte pour la liberté ou si elle est un simple voleur. Et les discussions sur le prochain gouvernement vont créer la pagaille. La Tunisie risque de sombrer dans le chaos."

Un autre jeune Tunisien lui donne raison sur le principe, mais il est moins pessimiste. "Le principal", dit-il, "est que nous sommes libérés du régime de Zine el Abidine Ben Ali. Les prochaines semaines ne vont pas être faciles, mais petit à petit, tout va rentrer dans l'ordre. La liberté mérite bien un peu de désordre, quand même."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

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