jeudi 31 mars 2011

Comédie du livre : littérature allemande à Montpellier

Bilan après la Comédie du livre consacrée à la littérature allemande : "Nous avons compris ce qui préoccupe la nouvelle génération allemande."

Littérature allemande à la Comédie du Livre de Montpellier
Plusieurs mois avant que la Comédie du Livre 2011 ouvre ses portes, les Montpelliérains n'étaient pas sûrs si le sujet de cette année leur convenait. Une dame allemande qui vit à Montpellier depuis plus de 20 ans a exprimé un malaise qui ne concernait pas seulement les Montpelliérains "venus d'ailleurs" : "La littérature allemande, oui, bien sûr, pourquoi pas. Elle est aussi riche qu'une autre. Mais pourquoi invite-t-on tant d'écrivains qui parlent de la deuxième guerre mondiale ?

Dimanche soir, après trois jours de Comédie du Livre avec des tables rondes, conférences et discussions entre les écrivains et le public, l'opinion de beaucoup de Montpelliérains avait changé. L'étonnement a cédé à un sentiment de compréhension : on n'est plus étonné voire choqué de découvrir à Montpellier des livres comme, par exemple, ceux de Peter Longerich - sa biographie sur Himmler ou celui qui porte comme titre la fameuse phrase "Nous ne savions pas" - où les policiers de Volker Kutscher qui essaient de répondre à la question, comment le régime Nazi a pu prendre pied en Allemagne.

Volker Kutscher à Montpellier
Volker Kutscher à Montpellier
"Jusqu'à maintenant", explique une dame d'un quarantaine d'années après une rencontre avec Volker Kutscher, "j'avais pensé que ce sommes nous, les Français, qui poussent les Allemands à ne pas oublier le point le plus noir de leur histoire. Mais pendant les jours de la Comédie du Livre, j'ai compris que la nouvelle génération d'écrivains allemands a été capable d'une performance impressionnante, sans en être obligé par les autres pays : ils se sont penché sur leur histoire pour s'interroger pourquoi tout cela a pu arriver."

Cela est vrai pour Volker Kutscher qui a inventé un commissaire qui travaille dans le Berlin des années 30. Ses romans ne reflètent pas seulement l'esprit contradictoire de panique, de crime américanisée et de fête qui, à cette époque-là, régnait dans la capitale allemande, mais ils montrent aussi le développement politique. Volker Kutscher explique qu'encore deux ans avant que Hitler soit élu chancelier, la plupart des Allemands n'auraient jamais eu l'idée que ces cogneurs du parti nazi qui passaient leur temps à des batailles de rue contre le communistes atteindraient un jour un pouvoir politique légal.

Peter Longerich, par contre, l'historien allemand et professeur d'université à Londres dont on dit qu'il serait un des plus grands experts de l'histoire du holocauste, va encore plus loin. Il a entamé un travail scientifique sur les sources écrites de l'époque des Nazis - la presse, des lettres, des documents officiels etc. - pour constater ce dont tant de jeunes Allemands s'en doutaient déjà : le peuple allemand savait très bien ce qui se passait "en secret". "Le plan de l'extermination des juifs était plutôt un secret de Polichinelle", résume un Monsieur ce qu'il a appris dans une conférence. Puis il répète une pensée qu'il avait entendu par Peter Longerich : "Mais entre apprendre quelque chose par la presse et l'accepter comme vérité pure, il y a un long chemin."

toutefois, quelques Montpelliérains ne voulaient pas se contenter de la question concernant la conscience du peuple allemand : la question sur ce qui se passait en France et ailleurs a surgi plusieurs fois. "C'est fabuleux", s'enthousiaste un Monsieur d'une cinquantaine d'années qui dit qu'il connaît très bien l'Allemagne et qu'il s'intéresse beaucoup à son histoire, "cette Comédie du Livre était la première occasion pour moi de discuter franchement sur tous les sujets concernant la shoah. Il n'y avait pas de tabous, ni du côté allemand, ni du côté français. Serions-nous enfin arrivé au point où nous pourrions tirer des leçons du passé, sans nous perdre dans les émotions ?"

Celui qui aurait pensé que le sujet de la littérature allemande en générale et celui de l'époque nazi en particulier n'intéresserait que des personnes plus ou moins âgées aurait eu tort : les conférences étaient fréquentées d'un bon nombre d'étudiants. Leurs questions montraient qu'ils ne connaissaient pas seulement le sujet, mais qu'ils y avaient aussi beaucoup réfléchi. Ce qui était remarquable : au contraire de quelques personnes plus âgées dont la connaissance - et l'habitude - de la propagande les fait parfois oublié la problématique de base, les jeunes ont mit en question l'esprit commun et la "réaction de masse" d'un peuple.

"Je comprends", s'ouvre un étudiant à l'équipe de Montpellier Presse Online, "que les Allemands cherchaient de l'aide pour se sortir d'une crise qui les a paralysés. Mais pourquoi ont-ils pris pour cible un groupe de gens, les juifs, qui étaient dans la même galère que tout le monde ?

Une étudiante qui a assisté à la conférence sur l'image de l'Allemagne dans les livres scolaires s'étonne : "Les auteurs de ces livres ont essayé de suggérer que tous les juifs auraient des nez longs et les yeux méchants. Mais si on regarde ces livres, " - elle fait allusion aux extraits qui ont été projetés pendant la conférence - "on se rend compte que ce ne sont que des dessins, des caricatures. Comment tout un peuple peut croire que ces caricatures correspondent à la vérité ? Ils avaient tous des voisins ou des connaissances juifs. C'était évident pour tout le monde que ces longs nez n'avaient rien à voir avec la réalité."

"J'ai beaucoup appris, ces jours de la Comédie du Livre", explique une autre étudiante. "On comprend un peu mieux, maintenant, pourquoi tout ça est arrivé. Mais ce que j'ai appris me fait un peu peur. Nous aussi, on est dans la crise. Nous avons pas de travail. L'économie va mal. Courrons-nous le risque de voir surgir un autre 'sauveur' qui, finalement, nous détruira tous ?"

Sa copine secoue la tête. "Non", dit-elle, l'air très sérieux. "L'humanité n'est peut-être pas l'élément le plus intelligent qui soit. Mais nous sommes capables d'apprendre quand même. Jamais plus on ne permettrait des excès de cruauté comme on les a vus à la deuxième guerre mondiale. Si les 'vieux' n'ont rien appris, nous sommes là, les jeunes. Nous, on veut la paix."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

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