mardi 3 mai 2011

Tram et bus à Montpellier : la rue Durand en révolte

La qualité de vie au centre ville de Montpellier

Montpellier et la TaMAprès-midi dans la rue Durand. Une voiture s'apprête à la franchir. Un peu étonné, le conducteur freine - la rue est bloquée par une banderole. Mais avant qu'il ait le temps de comprendre, deux habitants de la rue se précipitent pour la soulever. Le conducteur donne un signe de main, leur offrant un sourire de remerciement et, aussi, de solidarité.

La banderole - "Non aux bus dans la rue Durand" - n'exprime pas seulement l'avis ou, plutôt, la détermination des riverains de "bannir" les bus de leur rue : elle les bloque carrément. Car, cette fois-ci, les habitants de la rue Durand ont décidé d'agir. Il est vrai que personne n'est contre les trams. Personne, non plus, n'est contre les travaux pour améliorer le réseau des rues de Montpellier. Et tout le monde est d'accord avec le représentant de l'agglo qui déclare que, si on habite au centre ville, il faut compter sur des bus...

Montpellier, rue DurandMais, justement, on ne peut plus compter sur les bus. Lorsque, aux heures de pointe, les bus bouchonnent dans la rue Durand, personne ne bouge plus entre la gare et les halles Laissac. Les usagers des bus arrivent en retard, les voitures entre les bus sont coincées, et si quelqu'un avait l'idée de livrer une marchandise à un des commerçants de la rue Durand, il ferait mieux se garer loin pour livrer à pied. Parce que se garer dans le quartier, cela est pratiquement devenu impossible.

"Déjà avant les travaux, on tournait parfois pendant une heure avant de trouver une place", se plaint une habitante du quartier. "Mais maintenant, c'est devenu impossible." Déjà, la moitié des places de la rue Durand ont été supprimées pour élargir la rue. "Et le pire : si, par hasard, une des rares places est libre, impossible d'y accéder." Car, la plupart du temps, la rue est pleine de bus. Et si, par hasard, on trouve un moment d'accalmie, on a intérêt à se garer vite : les conducteurs, énervés par le mécontentement de leurs passagers et les embouteillages, s'impatient et "vengent" tout attardement supplémentaire - par exemple provoqué par une voiture qui essaie d'entrer dans une des places beaucoup trop étroites - par un concert assourdissant de klaxons...

association des riverains de la rue Durand...ce qui n'empêche pas certains conducteurs de s'arrêter pour faire des remarques vulgaires sur les "fesses" de jeunes dames qui ont la malchance de se pencher sur leur voiture justement dans la rue Durand (voir micro-trottoir du 23 mars 2010) au moment où un bus arrive.

Bref, cela fait trop longtemps que les habitants de la rue Durand ont l'impression qu'on se moque d'eux. Tristan Moinard, le président de la nouvelle association des riverains de la rue Durand, raconte, à quel point il est impossible pour un habitant concerné de recevoir des informations sérieuses. D'abord, explique-t-il, la TaM ou la mairie ou l'Agglomération - "on ne sait jamais exactement, quel organisme ils représentent" - leur aurait demandé quatre mois de patience. "Au début, ils se sont montrés gentils", explique un autre habitant de la rue, "ils ont regretté les problèmes qu'ils nous causent, mais ils ont dit que ce ne serait que pour quatre mois. Après, ils ont fait passer les bus par la rue Levat. Et maintenant, ils sont de retour chez nous - mais cette fois-ci, comme on nous a communiqué, pour toujours."

Faut-il vraiment "compter sur des bus", si on habite le centre ville de Montpellier ? - "Ne parlons pas des commerçants. Ils ont tous des pertes. Quelques-uns seront obligés de fermer. C'est ça la fameuse 'amélioration de la vie' dont nous parle la mairie ?"

Les bus à MontpellierMais le problème ne concerne pas seulement les commerçants. "J'aimerais bien inviter un de ces Messieurs de passer une seule matinée chez moi", lance une habitante dont l'appartement est situé côté rue. "On ne peut pas ouvrir une fenêtre, tant qu'il y a des gaz d'échappement dans la rue. Et si on ne les ouvre pas, on étouffe, avec le temps qu'il fait - et nous ne sommes même pas encore en été. La puanteur des gaz d'échappement est partout, dans toutes les pièces. On interdit aux gens de fumer, mais on se prend le droit de les enfumer par des gaz d'échappement."

"Le bruit", continue-t-elle, "c'est encore autre chose. Avez-vous jamais été dans une pièce avec vue sur trois ou quatre bus qui bouchonnent devant la fenêtre ? Je vous assure que vous n'essayez même plus de communiquer..."

Les gaz d'échappement, le bruit - "et les enfants", remarque une autre habitante de la rue Durand. "On pourrait dire que, si vous habitez en ville, vous n'avez pas le droit de laisser sortir les enfants tout seuls. Mais jusqu'à maintenant, Montpellier n'était pas une ville 'comme ça'. La mairie est fière que Montpellier soit devenu une métropole - moi je préférerait une ville un peu plus petite où un enfant peut rendre visite aux voisins sans courir le risque d'être écrasé devant la porte."

Les résidents de la rue Durand ne voient qu'une seule solution : plus de bus dans leur petite rue. Mais cela n'implique-t-il pas que les bus doivent passer par une autre petite rue, notamment la rue Levat ? "Non", refuse Tristan Moinard. L'association propose que les bus évitent définitivement le quartier de la gare, un des anciens quartiers de Montpellier qui n'a pas seulement gardé son charme - "avant que les bus l'envahissent" - mais aussi ses rues étroites. Bientôt, la gare serait desservie par quatre lignes de tram - cela serait assez pour le quartier. Les bus pourraient joindre les trams à d'autres stations.

Sans doute une idée qui pourrait être envisagée. Toutefois, les gens du quartier ont appris à se méfier. "L'association de la rue Durand ne restera pas la seule", déclare un des manifestants. "Les habitants de la rue Levat vont se joindre à la lutte et créer une association eux aussi."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

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