Montpellier manifeste - retraites, loi Besson, collectivités territoriales : la démocratie en jeu

"Oui, bien sûr", répond la dame d'une trentaine d'années à la question de l'équipe des "Gens de Montpellier", "oui, je suis allée à la manifestation contre la loi sur les retraites. L'ambiance était bien - mais je vous dis tout de suite, je ne trouve pas que c'était une 'véritable manif'." La dame n'est pas la seule à exprimer sa déception. "Il est vrai qu'il y avait beaucoup de monde", réagit un Monsieur d'à peu près le même âge. "Mais vous appelez ça 'grève générale' ? Il est bien de montrer au gouvernement que nous ne sommes pas d'accord - mais un simple défilé, même avec 80.000 personnes, qu'est-ce que ça change ?"
Le Monsieur tape un peu haut quand il parle de 80.000 personnes. Selon les chiffres officiels, la dernière manifestation à Montpellier contre la réforme du système des retraites a réuni entre 40.000 et 50.000 personnes dans les rues de Montpellier. Et pourtant, il y avait des "plaintes", comme celles de ce Montpelliérain qui parle plutôt d'un défilé que d'une manifestation. "Les trams et les bus roulaient, les boutiques étaient ouvertes. La Comédie fêtait tranquillement sa foire des artisans. Ce n'est pas ce que j'entends de 'grève générale'." Selon lui, ce sont surtout les trams qui dérangent. "Ils font la grève tout le temps, pour avoir plus d'argent dans leur poche. Mais s'il y a question d'une raison commune, les employés de la Tam ne sont pas présents. Faire rouler les trams un jour de grève, pour moi, cela rime à boycott."

La question de l'égalité fait aussi partie des soucis du maire de Montpellier, Hélène Mandroux. Dans un communiqué selon lequel elle aussi participe à la manifestation, elle fait remarquer aux Montpelliérains que "ce combat nécessaire pour préserver l’égalité de traitement des Français qui arrivent à la retraite, l’égalité aussi entre les hommes et les femmes plus durement touchée par le projet de loi, est noble."

Le maire de Montpellier n'est pas la seule à craindre pour la démocratie. Une dame dans la quarantaine qui observe la manifestation contre la loi sur les retraites sans y participer se met en colère : "Regardez tous ces gens qui craignent pour leur petite retraite. Ils montrent, à quel point Sarkozy et ses conseillers sont adroits. Ils font en sorte que tout le monde ne pense qu'à son propre porte-monnaie et crie 'retraites'. En attendant, ils détruisent tranquillement la démocratie, sans que personne s'en occupe. Ils commencent avec la démocratie locale, le reste est pour plus tard. Ils nous laisseront quelque 3000 conseillers contre plus de 5000 qui, jusqu'à maintenant, siégeaient dans les conseils généraux et régionaux. Et ces conseillers seront placés dans un nouveau conseil où les départements n'ont plus rien à dire. Dans peu de temps, notre vie sera décidée à Paris, exclusivement, comme aux temps du Roi Soleil..."

La loi Besson est aussi évoquée par un membre de la CGT. "Un dirait que la loi Besson aurait perdu son importance. Mais non. Mais si une manifestation doit avoir de succès, il faut formuler les objectifs clairement. Aujourd'hui, on marche pour les retraits. Une autre fois, on se bouge contre la loi Besson." - Et le projet de réforme des collectivités territoriales ? - "On doit s'opposer à tout ce qui nuit au peuple français. Mais une chose après l'autre. On commence avec les priorités."
Les priorités n'ont peut-être pas changé, mais le temps passe. Entre-temps, le projet sur la réforme territoriale est voté : en 2014, la France n'aurait plus de conseils généraux ni de conseils régionaux. La seule force régionale resterait dans les mains des nouveaux conseillers territoriaux. - "Ce que je pense de ce vote ?", demande une dame dans la trentaine. "Je ne suis pas sûre de comprendre les conséquences. Mais on a tant lutté pour que le pouvoir soit partagé entre Paris, les régions et les départements que je ne peux pas imaginer que le nouveau système est bien pour nous." Elle pousse un rire amer. Peut-être que c'est bien pour Monsieur Sarkozy."
Un membre d'Europe Écologie, par contre, hausse les épaules. "Peu importe les votes à Paris. Le combat continue. Jusqu'à ce que le gouvernement comprenne..."
Photos et texte : copyright Doris Kneller
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