vendredi 13 mars 2015

Montpellier et les élections

Quelques jours avant les Départementales - qu'en pensent les Montpelliérains ?

« Je ne comprends pas, pour quelle raison ils nous font encore voter pour un gouvernement départemental. Comme les départements vont bientôt disparaitre. Ce n’est qu’une farce - comme tout dans la politique. »

La jeune femme parle avec un mélange de colère et résignation. Et elle n’est pas la seule. Beaucoup de Montpelliérains interrogés par l’équipe de Montpellier Presse Online ne voient pas de sens dans ces élections. Le résultat de son micro-trottoir sur les élections des 22 et 29 mars n’est pas - et ne veut pas être - un portrait exhaustif des opinions politiques des Montpelliérains. Il représente juste une sorte de « photo instantanée » sur l’ambiance dans les rues de Montpellier.

Le sentiment qui, spontanément, c’est profilé est la résignation et, encore plus, l’amertume. « On est bien placé ici à Montpellier », lâche par exemple un Monsieur dans la cinquantaine, « pour savoir que la politique ne sert qu’aux politiciens. On nous donne quelque miettes pour nous tenir tranquilles - quelques concerts gratuits, des films gratuits - pour nous suggérer qu’on puisse faire quelque chose pour sa culture sans se ruiner - et le gros magot est encaissé dans des sphères au-dessus de nos têtes. Les élus encaissent et nous payons, c’est ça, grosso modo. »

« Le département pour lequel on votera la semaine prochaine », enchaîne une dame dans la trentaine, « n’aura pas de vrais pouvoirs. Les élus travailleront dans la certitude que tout ce qu’ils décident sera défait peu après. »

Est-ce une raison pour voter pour un parti extrême ? « On peut voter pour qui on veut, ça ne change rien », répond une dame dans la cinquantaine. « Ils sont tous pareils. Autant donner aux partis traditionnels un avertissement, pour leur faire comprendre que leur pouvoir n’est pas assuré. »  

Toutefois, une autre dame d’à peu près le même âge n’est pas d’accord. « Tout va mal en France, en ce moment », explique-t-elle. « La raison de cette crise est difficile à analyser, parler des difficultés internationales etc. serait trop facile. Non, la raison est chez nous, dans les profondeurs de la France. Des élus qui ne bougent pas, qui ne pensent qu’à leurs propres avantages. Les jeunes qu’on empêche de foncer avec des lois fiscales faites pour décourager. Les hommes et femmes de la politique ne peuvent plus rien pour nous. C’est à nous même, maintenant, de prendre les choses en main. C’est pour ça qu’on est en démocratie. Nous avons la possibilité de voter, alors allons-y. Mais pas en votant pour des partis qui font encore plus de mal, juste pour montrer que nous ne sommes pas d’accord avec la politique actuelle. »

Ce qui est le plus frappant est le nombre de Montpelliérains qui parlent des « hommes et femmes politiques qui sont complètement incapables », comme l’exprime un étudiant. Ou, comme le dit un Monsieur dans la soixantaine, « des élus qui se font élire pour récupérer du pouvoir et du fric. »

« Le citoyen moyen non seulement à Montpellier, mais partout en France », analyse une dame dans la quarantaine, « est déçu du monde politique. On lui a tant menti qu’il ne peut plus imaginer de politicien honnête. Pour lui, politique rime avec malhonnête et nuisance. Il attend un politicien prêt à s’investir pour le bien du peuple. Mais il ne croit plus à son existence. »

« J’ai dit à ma belle-fille que je ne voterai pas », déclare un Monsieur de quelque soixante-dix ans. « Mais elle a insisté, alors je vais voter. Mais elle peut pas m’obliger de voter pour un des bandits qui ne veulent que se remplir les poches. Je voterai FN. Pas que je pense qu’ils sont meilleurs que les autres, ceux-là, ce sont des criminels comme eux tous. Mais faut leur montrer qu’on n’est pas des moutons. De toute manière », ajoute-t-il, « ma voix n’aura pas de conséquence. Ce sont toujours les mêmes qui sont élus. »

Le Monsieur exprime une opinion qui est assez répandue parmi les Montpelliérains : « Une voix, c’est rien », dit aussi une dame dans la quarantaine. « Et si j’utilise la mienne pour tirer la sonnette d’alarme, un petit peu, ça les fait peut-être réfléchir. Ou non, finalement », se corrige-t-elle, « finalement elle ne servira même pas à les faire réfléchir. Voter, ça sert à rien. »

Un Monsieur de quelque cinquante ans, par contre, n’est pas prêt à résigner. « On a toujours eu des époques désespérantes dans l’histoire », se rappelle-t-il, « et on s’en est toujours sortis, plus tôt ou tard. Il ne faut pas renoncer au bon sens. Il faut voter, et voter selon notre conscience. Il ne faut pas se laisser diriger par un sentiment vague de colère et de vengeance. Un tel sentiment ne peut qu’empirer les choses. Encore, rien n’est perdu. Et il ne faut pas se contenter de voter, mais aussi être aux côtés de nos élus, pour les secouer, pour leur rappeler leur devoir. Tout le monde a cette possibilité, encore, et il faut tout faire pour la garder. Et pour l’utiliser. »
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 4 mars 2015

Les jeunes Montpelliérains face au comportement des vieux

Montpellier et sa jeunesse - conflit de générations ou à la recherche d'un chemin ?

« Respect », dit le jeune homme et il hausse les épaules, « ça se mérite. Et ce n’est pas votre génération qui le mérite le plus. » Il était étonné d’entendre la question posée par un membre de l’équipe de Montpellier Presse Online ciblant le comportement des personnes plus âgées que lui, de ceux qui, comme dit une jeune femme, « devraient servir comme exemple. »

« N’oublions pas que c'est nous qui ont éduqué les jeunes d’aujourd’hui », réfléchit une dame dans la quarantaine. « C’est notre philosophie, nos opinions, notre manière de vivre qui les ont formés. » 

« Je sais que, par exemple dans le tram, on devrait se lever pour les vieux », raconte une Lycéenne d’environ 16 ans. « Mais ils oublient qu’après l’école, on est fatigués nous aussi. Et eux sont à la retraite et n’ont rien à faire, toute la journée. » - Sa copine hausse la tête. « Mais ce n’est pas seulement ça », ajoute-t-elle. « Si, encore, ils étaient polis si on se lève pour eux. La plupart des vieux ne disent même pas merci, ce ne serait pas trop demandé, non ? »

La politesse des « vieux » tracasse beaucoup de jeunes. « On m’a toujours appris de dire ‘bonjour’ aux personnes adultes », se souvient par exemple une jeune dame d’une vingtaine d’années. « Mais ça fait longtemps que je ne le fais plus. A quoi ça sert d’être poli si, comme réponse, on te regarde bizarrement. Ils ne sont même pas capables de dire ‘bonjour’ eux aussi. »

Un jeune homme d’à peu près le même âge est encore plus amer. « J’ai un pote qui est d’origine magrébin. S’il dit ‘bonjour’ aux adultes ‘français’ dans son immeuble ou dans la rue, ils tournent carrément la tête, comme s’il avait fait quelque chose de dégueulas. Je suis pas fier de faire partie de cette ‘race’, j’ai plus envie de les saluer. »

« Ce qu’il faut pour notre jeunesse », décide un Monsieur dans la cinquantaine, « c’est des modèles. Mais où voulez-vous trouver des modèles, de nos jours ? A l’époque, c’était les hommes politiques qu’on a cité comme exemple d’honnêteté. Mais là, faut même plus rêver. »

« Un jeune », explique une dame dans à peu près le même âge, « a tendance à généraliser. S’il rencontre deux adultes qui se montrent malhonnêtes ou impolis, il pense que tout le monde est pareil - et agit en conséquence. »

« Voulez-vous savoir, pourquoi je n’ai pas envie de suivre les soi-disant règles de la politesse ? », demande un homme d’une trentaine d’années. «  Parce qu’elles ont été établies par une génération faux cul. Oui, faux cul. Elle veut qu’on respecte nos ainés et les supérieurs hiérarchiques, mais pour être respecté il faut être juste et honnête. La société base sur la fraude, ceux qui sont riches, très riches, je veux dire, n’ont pas gagné leur argent en travaillant. Voulez-vous vraiment que la jeune génération imite tous les crimes des vieux ? Pour le moment, nous n’avons pas d’alternative et cherchons notre chemin. Mais en attendant, on ne veut pas de votre fausse politesse. On veut respirer, avoir notre espace de vie. »  

Vendredi après-midi à la gare de Montpellier, dans un tram de la ligne 1. Plusieurs personnes sortent du tram, ceux qui attendent à l’extérieur ont hâte d’y entrer. Finalement, il ne reste qu’une dame âgée qui ne sort que très lentement. La première personne dans la file extérieure est un jeune homme dont les cheveux noirs pourraient indiquer une origine maghrébine. Il patiente jusqu’à ce que la dame âgée soit dehors. Mais avant qu’elle puisse s’éloigner de la porte, le jeune homme est poussé par derrière et bouscule, de son côté, la vieille dame qui, promptement, commence à se plaindre de haute voix. Le jeune se retourne et se trouve face à un Monsieur dans la cinquantaine qui pousse impatiemment pour entrer dans le tram.

« Mais attendez », lui lance le jeune homme, « laissez sortir la dame. » La réponse est immédiate : « On n’a pas que ça à faire. Poussez-vous. »

Une exception ? « Non, pas du tout », répond un étudiant de 22 ans. « Les personnes âgées parlent mal de la jeunesse, mais si vous êtes jeune à Montpellier, vous avez l’impression d’être de la m… » Par exemple face aux contrôleurs. « Avec-vous jamais remarqué que, dans les trams, il n’y a presque que les jeunes qui sont contrôlés ? Comme si, par définition, on serait tous des fraudeurs, automatiquement. »

Un dimanche matin, la ligne 2 du tram de Montpellier n’est pas très fréquentée. Une dame dans la cinquantaine occupe un compartiment pour quatre personnes et pose ses pieds sur le site en face du sien. Elle ne remarque pas qu’une contrôleuse s’approche de derrière qui, immédiatement, lui commande, dans un ton très dur, d’enlever ses « sales pieds » du fauteuil.

La dame obéit, mais elle fixe la contrôleuse d’un regard ironique. « Tiens », dit-elle, c’est la première fois que je vois un contrôleur réagir. Quand le tram est plein de jeunes qui ont les pieds sur les fauteuils, aucun contrôleur ne dit quelque chose. A moi, oui. Est-ce parce que je suis vieille ? »

La contrôleuse ne répond pas, mais une autre dame, un peu plus jeune que la précédente, commente : « Ne soyez pas étonnée. Les contrôleurs ont peur des jeunes, ils n’osent donc rien dire. De vous, ils n’ont pas peur. »
Photos et texte : copyright Doris Kneller

vendredi 27 février 2015

Montpellier : Retards des trams - enjeu de sécurité ?

Pour faire pression, les délégués syndicaux de la TaM à Montpellier choisissent la sécurité

« La TaM », dit une dame dans la quarantaine, « est une sorte de dieu. Elle décide librement sur la longueur des minutes - pour la TaM », ajoute-t-elle d’une voix de plus en plus ironique, « une minute du Seigneur est comme mille ans... » - La dame est visiblement en colère. Mais elle n’est pas la seule.

« Je suis arrivée à l’arrêt à exactement 8 heures et 30 minutes », enchaine une autre dame d’une dizaine d’années plus jeune que la précédente et énormément nerveuse. « Un tram était annoncé dans trois minutes. J’étais donc contente, sachant que j’étais largement à l’heure pour mon rendez-vous. Mais je me suis trompée : dix minutes plus tard, le tram était toujours annoncé ‘dans trois minutes’ et est arrivé, finalement, après une attente de presque vingt minutes. Trop tard pour mon rendez-vous. »

Automatiquement, la question circule : Pourquoi, depuis quelques semaines, les trams ont tant de retard ? « Des problèmes techniques, les rames se font vieilles », réfléchissent les uns. « Manque de personnel, on n’a pas assez de conducteurs », inventent les autres. Encore d’autres pensent à une grève, mais une grève qui s’étalent sur plusieurs semaines et s’exprime en forme « d’éternels retards » ?

Finalement, personne parmi les Montpelliérains qui, fâchés, en colère, désespérés à cause d’un rendez-vous ou tout simplement dégoutés, attendent les trams ne sait, pour quelle raison ils souffrent tant des retards de leur unique transport en commun. Sont-ils otages, victimes, solidaires ou juste confrontés avec des pannes techniques permanentes ?

L’équipe de Montpellier Presse Online voulait en savoir plus. Après une longue recherche - le site Internet de la TaM n’affiche pas de numéro de téléphone - et plusieurs jours d’attente où « elle », une responsable qui avait « promis » de rappeler, n’a jamais donné signe, elle a finalement pu joindre une dame porte-parole du service de communication. Et la solution de l’énigme était simple et claire : la TaM n’y est pour rien, tout est la faute de la CGT, le syndicat impliqué dans les négociations sur le salaire de ses employés. La TaM regrette, mais si les usagers des trams ont des problèmes, qu’ils aillent se plaindre à la CGT…

Entamer la discussion avec la CGT s’est avéré beaucoup plus facile : un seul appel et immédiatement, Michel Carrère, délégué syndical et conducteur de tram depuis vingt ans, a été prêt à donner des informations. Oui, on « pourrait dire » que le retard viendrait de la CGT - « d’une certaine manière ». Et oui, il est aussi vrai qu’il est question de salaires. Ces salaires sont un sujet de dispute depuis des années, mais à un moment donnée, quand Jean-Pierre Moure, candidat aux dernières municipales à Montpellier, était président de la TaM, on aurait plus ou moins réussi à résoudre les problèmes.

Puis, le maire actuel, Philippe Saurel, est devenu candidat à la mairie. Il aurait promis de dialoguer sur la question des salaires… jusqu’au moment de son élection. « Maintenant, on est muselés, on ne nous laisse plus parler comme il y a quelques années. » Tout ce qui reste aux employés de la TaM, c’est la pression.

Mais pourquoi faire pression sur les usagers du tram, otages de personnes qui ont la chance d’avoir un travail régulier et qui gagnent même plus que le SMIG ?  Déjà, l’enjeu est flagrant : une étude comparative a montré que le salaire des conducteurs et contrôleurs du tram à Montpellier est en moyenne 200 € en dessous de celui de leurs collègues des autres réseaux en France. Puis, les délégués syndicaux ne sont pas élus pour demander aux employés de faire « n’importe quoi » : entamer des actions, oui, mais mettre en danger des emplois, certainement non.

La réponse au refus de Saurel d’accepter le dialogue, selon Michel Carrère, est tout simplement un travail impeccable : suivre à la lettre les règles de sécurité qu’on a apprise pendant sa formation et refuser d’être tout le temps stressé par le temps.

Cela signifie-t-il qu’un tram serait forcément en retard si un conducteur observe les règles de sécurité ? Il semble que oui.

Michel Carrère prend l’exemple du tram ligne 1. Le temps moyen calculé - et utilisé pour établir les horaires - pour un trajet de cette ligne est de 47 minutes… sous condition qu’il n’y ait aucun « grain de sable » dans la mécanique. « Les trams sont comme un carrousel », ils se suivent, se poussent et aucun ne peut sortir du système. Si un conducteur doit s’arrêter un peu plus longtemps que prévu pour aller aux toilettes, si un usager bloque une porte pour que des personnes en retard puissent attraper le tram, si un véhicule bloque une rame, si une personne se promène sur les raies… déjà, les 47 minutes sont mises en question. Et tout le système des trams qui se suivent est concerné.

Seule solution, alors, pour rattraper le temps perdu : conduire trop vite et, par conséquent, prendre des risques. Ou être « impoli », c'est-à-dire refuser d’aider des passagers qui courent pour éviter une attente d’une demi-heure, la nuit, lorsqu’il fait froid. Même l’attente de quelques secondes pour être agréable à un usager, explique Michel Carrère, peut se cumuler de la manière que l’horaire n’est plus suivi - sans enfreindre les règles de la sécurité.

Service sécurisé comme moyen de lutte sociale ? Personne n’est certain que les responsables se sentent touchés. En attendant ? Quoi dire à une vieille dame qui se plaint que, à cause du retard du tram, elle arrive trop tard à son rendez-vous médical ? - « Qu’elle demande à la direction de la TaM d'adapter les horaires aux règles de la sécurité. »
Photos et texte : copyright Doris Kneller

jeudi 26 février 2015

Christine Bolliger-Erard, Montpellier et le cinéma suisse

Les 8èmes Journées de Cinéma Suisse et Christine Bolliger-Erard, "l'âme" du festival

Qui connaît le cinéma suisse ou, mieux, qui connaît les Journées de Cinéma Suisse à Montpellier ? L’équipe de Montpellier Presse Online a posé la question aux Montpelliérains - et a été étonnée d’entendre certaines réponses.

« Le cinéma suisse », répond par exemple une dame dans la quarantaine qui avoue de « bien aimer des films », mais de ne pas être « cinéphile », « je ne savais même pas qu’il y a un cinéma proprement suisse. » Elle réfléchit. « Il y a certainement un cinéma français, italien, allemand, les langues de la Suisse. Et je pense qu’il y a des personnes en Suisse qui tournent des films. Mais peut-on parler d’un cinéma suisse ? »


« Oui, j’ai déjà vu des films suisses », répond un homme d’une vingtaine d’années. « Bien sûr, chaque pays européen a sa culture cinéma. Mais », avoue-t-il, « je ne connais pas spécialement le cinéma suisse. » - A-t-il déjà entendu parler des Journées de Cinéma Suisse à Montpellier ? - « Non, malheureusement pas. Mais ça pourrait m’intéresser. Pourriez-vous m’en dire un peu plus ? »

Une dame d’une dizaine d’années plus jeune que la première, par contre, s’y connaît mieux. « Le cinéma suisse ? Oui, je connais, enfin », ajoute-t-elle modestement, « un peu. » Ensuite, elle lance quelques noms : « Lazar Wechsler, un des ‘pères’ du cinéma suisse. Ce qui est intéressant : Wechsler n’était pas suisse, mais autrichien. Mais il a vécu et travaillé en Suisse. Ou Richard Schweizer qui a commencé comme critique et fini par écrire des scénarios. Il a même eu un Oscar. Le cinéma suisse a toutes ses chances, car il est très subventionné par l'état - au contraire du cinéma français », ajoute-t-elle avec une grimace.

Il est évident que la dame est aussi au courant des Journées de Cinéma Suisse à Montpellier. « Je suis absolument cinéphile », déclare-t-elle avec un sourire, « je n’aime pas seulement le cinéma suisse, mais toute sorte de films. Mais ce festival est fantastique, j’y assiste chaque année, depuis huit ans. Et j’essaie de ne pas rater un seul film. »

Depuis huit ans - le nombre d’années que le festival existe. Ainsi, les 8èmes Journées de Cinéma Suisse à Montpellier ont juste eu lieu, comme toujours avec une programmation qui témoigne de la qualité du cinéma chez nos voisins - ou du goût et des connaissances en la matière de ceux qui organisent le festival.

Derrière ce petit bijou parmi les festivals à Montpellier se cache une association, la « C’est-rare-film », un club de cinéphiles qui ne regardent pas seulement les films, mais qui font aussi en sort de faire activement connaître tout ce qui est excellent et peu connu. Pendant toute l’année, ils organisent des ateliers de découverte pour aider les amateurs de mieux comprendre le « langage du cinéma ». Ils présentent des films généralement du genre art et essai qui, à première vue, sont parfois durs à comprendre pour le grand public, mais qui, après l’atelier, deviennent des perles rares aux yeux des stagiaires. Parallèlement, ils travaillent aussi avec des jeunes et des enfants pour les aider à distinguer entre un film de manipulation et un film de qualité.

Mais « l’âme » du festival est Christine Bolliger-Erard, historienne du cinéma, une femme petite, svelte, jolie qui, en temps normal, se distingue par sa gentillesse et sa discrétion. Quand, par contre, il est question d’organiser les Journées de Cinéma Suisse à Montpellier, de choisir les films, de s’occuper de l’organisation, de la recherche des salles, des négociations avec les studios et, surtout, de la présentation des films et des interviews avec les invités - des metteurs en scène, producteurs, acteurs, scénaristes ou auteurs - la petite femme devient grande. Non seulement qu’elle prouve à chaque moment ses connaissances en la matière, mais aussi son enthousiasme. Elle aime les films qu’elle choisit, et cet amour doublé de son savoir-faire en tout ce qui concerne le cinéma expliquent la qualité du festival.

Un jour, Christine Bolliger-Erard, comme elle raconte, a décidé d’écrire un grand scénario d’un grand film. En attendant, elle a fait ses expériences grâce à une multitude de métiers différents - comme pratiquement tous ceux qui sont connus dans le monde du film, un métier qui, avant tout, réclame la connaissance de la vie - parmi lesquels on trouve le travail pour un institut de sondages d’opinion, traductrice, formatrice dans le domaine du cinéma et de l’audiovisuel, responsable du service aux réfugiés, épouse et mère de deux enfants. Depuis qu’elle est arrivée à Montpellier il y a onze ans, elle fait partie de l’équipe du Festival Chrétien du Cinéma, est membre de plusieurs jurys de festivals de film, anime des ateliers et, bien sûr, écrit des scénarios. 
Photos et texte : copyright Doris Kneller