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dimanche 11 mars 2018

11ème Journées de Cinéma Suisse

Christine Bolliger et l'émotion du film contemporain 

Les Journées de Cinéma Suisse arrivent, les Journées de Cinéma Suisse se terminent. Comme chaque année. Et, comme chaque année, beaucoup trop rapidement. Comme toujours, elles sont préparées et présentées par Christine Bolliger, avec savoir-faire, sensibilité - sensibilité culturelle, surtout, car qui pourrait mieux faire la liaison entre deux cultures qui, géographiquement, se sont si proches et, dans l’esprit, si loin ? - et beaucoup d’amour. Et c’est cet amour que ressent le spectateur lorsqu’il regarde le choix de films qui lui est présenté.

Est-ce facile de choisir des films censés représenter un pays ? - Certainement pas. Et il faut une connaissance profonde des habitants de ce pays et de leur production de cinéma pour y arriver… et surtout, s’il s’agit d’un pays aussi divers que la Suisse.

Pour citer Christine Bollinger qui, comme personne d’autre, a compris cette diversité : « On me demande souvent si le cinéma suisse a une particularité, et j'aime répondre que le cinéma suisse s'est toujours distingué par son engagement pour des groupes défavorisés, la dénonication de certains dérèglements judiciaires, politiques ou économiques. »

Cette année-ci, il est question de la diversité des langues, de l’ouverture vers l’extérieur, mais aussi de ce qui souvent reste caché : le handicap. Toutefois, comme dans chaque pays, l’amour ne perd pas sa place privilégiée. Mais quel amour ? Et on parle du sport extrême, de l’art, de la montagne et… de la mort. La mort comme un poème, un conte de fée. Le plus beau, cependant, offert par ces 11ème Journées de Cinéma Suisse, c’est la jeunesse. Le festival n’oublie pas de donner la parole aux jeunes cinéastes, à la nouvelle génération, la production actuelle : celle qui nous concerne, ce fameux jour d’aujourd’hui !

Et parlons d’aujourd’hui, un dimanche où le ciel semble un peu tristounet - juste le temps pour aller au cinéma. Le producteur Roy Oppenheim sera un des invités qui nous parlera du présent du cinéma suisse. Jean-Paul Cardinal, réalisateur du film « Sweet Girls » sera là lui aussi pour confronter les questions et commentaires du public face à son œuvre satirique où la jeunesse prouve aux « vieux » qu’elle existe et qu’elle éprouve le droit d’exister... Un film si suisse et, en même temps, si international, à ne pas rater : aujourd’hui à 19 h au Centre Rabelais.

Mais le comble de ces Journées de Cinéma Suisse et, parallèlement, le comble pour tout amateur de film et l’œuvre de Dominik Locher, Goliath, montrée demain, à la fin du festival. Elle est sortie en 2017 et a déjà reçu pleins de prix, dont celui du meilleur film de fiction au Black Nights Film Festival de Talinn ou celui du Festival à Sao Paulo. Il nous parle de cette « maladie » qui atteint tout ceux qui se laissent submerger par l’image de « l’homme » et de « la femme » véhiculée par la publicité quotidienne : autrement dit - une maladie dont nous sommes toutes et tous atteints.

« Goliath » est donc un film qui concerne. Il choque, il fait pleurer, il soulage. Il parle de « nous ». En même temps, toutefois, il parle de notre voisin qu’on croit ne pas pouvoir comprendre - parce que, justement, il touche ce qui est le plus profond en nous. Notre peur de nous-mêmes, de nos sentiments, de la réalité, de la vérité. Le voisin qu’on ne comprend pas parce qu’il nous ressemble tant…

Quel est le côté « suisse » de ce film dont les personnages pourraient vivre partout, ici, ailleurs, mur à mur avec nous - qui pourraient être nous-mêmes ? La réponse est simple : Justement, comme souligne Christine Bollinger, la disponibilité du film suisse de parler de ce qui touche, qui heurt qui risque de faire mal. De nous-mêmes.

Ce film « Goliath » de Dominik Locher qui clore les 11ème Journées de Cinéma Suisse est, tout simplement, un chef d’œuvre. A voir demain, lundi, à 19.30 heures, au Cinéma Gaumont Comédie.

copyright Doris Kneller

jeudi 26 février 2015

Christine Bolliger-Erard, Montpellier et le cinéma suisse

Les 8èmes Journées de Cinéma Suisse et Christine Bolliger-Erard, "l'âme" du festival

Qui connaît le cinéma suisse ou, mieux, qui connaît les Journées de Cinéma Suisse à Montpellier ? L’équipe de Montpellier Presse Online a posé la question aux Montpelliérains - et a été étonnée d’entendre certaines réponses.

« Le cinéma suisse », répond par exemple une dame dans la quarantaine qui avoue de « bien aimer des films », mais de ne pas être « cinéphile », « je ne savais même pas qu’il y a un cinéma proprement suisse. » Elle réfléchit. « Il y a certainement un cinéma français, italien, allemand, les langues de la Suisse. Et je pense qu’il y a des personnes en Suisse qui tournent des films. Mais peut-on parler d’un cinéma suisse ? »


« Oui, j’ai déjà vu des films suisses », répond un homme d’une vingtaine d’années. « Bien sûr, chaque pays européen a sa culture cinéma. Mais », avoue-t-il, « je ne connais pas spécialement le cinéma suisse. » - A-t-il déjà entendu parler des Journées de Cinéma Suisse à Montpellier ? - « Non, malheureusement pas. Mais ça pourrait m’intéresser. Pourriez-vous m’en dire un peu plus ? »

Une dame d’une dizaine d’années plus jeune que la première, par contre, s’y connaît mieux. « Le cinéma suisse ? Oui, je connais, enfin », ajoute-t-elle modestement, « un peu. » Ensuite, elle lance quelques noms : « Lazar Wechsler, un des ‘pères’ du cinéma suisse. Ce qui est intéressant : Wechsler n’était pas suisse, mais autrichien. Mais il a vécu et travaillé en Suisse. Ou Richard Schweizer qui a commencé comme critique et fini par écrire des scénarios. Il a même eu un Oscar. Le cinéma suisse a toutes ses chances, car il est très subventionné par l'état - au contraire du cinéma français », ajoute-t-elle avec une grimace.

Il est évident que la dame est aussi au courant des Journées de Cinéma Suisse à Montpellier. « Je suis absolument cinéphile », déclare-t-elle avec un sourire, « je n’aime pas seulement le cinéma suisse, mais toute sorte de films. Mais ce festival est fantastique, j’y assiste chaque année, depuis huit ans. Et j’essaie de ne pas rater un seul film. »

Depuis huit ans - le nombre d’années que le festival existe. Ainsi, les 8èmes Journées de Cinéma Suisse à Montpellier ont juste eu lieu, comme toujours avec une programmation qui témoigne de la qualité du cinéma chez nos voisins - ou du goût et des connaissances en la matière de ceux qui organisent le festival.

Derrière ce petit bijou parmi les festivals à Montpellier se cache une association, la « C’est-rare-film », un club de cinéphiles qui ne regardent pas seulement les films, mais qui font aussi en sort de faire activement connaître tout ce qui est excellent et peu connu. Pendant toute l’année, ils organisent des ateliers de découverte pour aider les amateurs de mieux comprendre le « langage du cinéma ». Ils présentent des films généralement du genre art et essai qui, à première vue, sont parfois durs à comprendre pour le grand public, mais qui, après l’atelier, deviennent des perles rares aux yeux des stagiaires. Parallèlement, ils travaillent aussi avec des jeunes et des enfants pour les aider à distinguer entre un film de manipulation et un film de qualité.

Mais « l’âme » du festival est Christine Bolliger-Erard, historienne du cinéma, une femme petite, svelte, jolie qui, en temps normal, se distingue par sa gentillesse et sa discrétion. Quand, par contre, il est question d’organiser les Journées de Cinéma Suisse à Montpellier, de choisir les films, de s’occuper de l’organisation, de la recherche des salles, des négociations avec les studios et, surtout, de la présentation des films et des interviews avec les invités - des metteurs en scène, producteurs, acteurs, scénaristes ou auteurs - la petite femme devient grande. Non seulement qu’elle prouve à chaque moment ses connaissances en la matière, mais aussi son enthousiasme. Elle aime les films qu’elle choisit, et cet amour doublé de son savoir-faire en tout ce qui concerne le cinéma expliquent la qualité du festival.

Un jour, Christine Bolliger-Erard, comme elle raconte, a décidé d’écrire un grand scénario d’un grand film. En attendant, elle a fait ses expériences grâce à une multitude de métiers différents - comme pratiquement tous ceux qui sont connus dans le monde du film, un métier qui, avant tout, réclame la connaissance de la vie - parmi lesquels on trouve le travail pour un institut de sondages d’opinion, traductrice, formatrice dans le domaine du cinéma et de l’audiovisuel, responsable du service aux réfugiés, épouse et mère de deux enfants. Depuis qu’elle est arrivée à Montpellier il y a onze ans, elle fait partie de l’équipe du Festival Chrétien du Cinéma, est membre de plusieurs jurys de festivals de film, anime des ateliers et, bien sûr, écrit des scénarios. 
Photos et texte : copyright Doris Kneller

dimanche 27 février 2011

Montpellier : "Journal de Rivesaltes"
de Jacqueline Veuve

Le journal de Friedel Bohny-Reiter à la 4ème Semaine de Cinéma Suisse à Montpellier

Journal de Rivesaltes, film à MontpellierQuoi de plus logique pour un festival de cinéma suisse que de programmer des films qui parlent de la vie en Suisse ? - Les organisateurs de la 4ème semaine de Cinéma Suisse avaient l'idée de montrer aux Montpelliérains les préoccupations quotidiennes des habitants de leur pays : les travailleurs immigrés, le multilinguisme, les différences entre ville et campagne...

Toutefois, dans la programmation de la 4ème Semaine de Cinéma Suisse, il y avait un film qui sortait du rang. Journal de Rivesaltes ne joue pas chez nos voisins, comme les autres films du festival, mais en France, à Rivesaltes dans les Pyrénées-Orientales. Son sujet : le camp de Rivesaltes 1941-1942.

La réalisatrice du film, Jacqueline Veuve, avait l'habitude de passer ses étés dans les Pyrénées-Orientales. Les ruines du camp de Rivesaltes ne se trouvaient pas loin de son lieu de vacances. "J'ai vu les baraques, mais personne ne pouvait me dire ce qui s'y est passé en vérité." Intriguée, elle s'est mise à faire des recherches - sans résultat, jusqu'au jour où elle tombe sur le journal de Friedel Bohny-Reiter.

"Ce qui m'a frappé, c'est que j'ai vu ce camp pendant vingt ans sans connaître son histoire. Sans ce livre, je n'aurais jamais découvert les faits." Et ce n'était pas faute de poser la question. Elle a interrogé des gens à Perpignan et dans les environs directs du camp. Mais tout ce qu'on lui a révélé, c'était son passé en tant que camp pour les réfugiés de la guerre en Espagne. "Personne n'a jamais parlé des juifs ou des gitans."

Dès que Jacqueline Veuve avait lu le livre de Friedel Bohny-Reiter, elle savait qu'elle voulait en connaître l'auteur. Friedel Bohny-Reiter était infirmière, engagée dans le "Secours suisse aux enfants". Cet organisme, la croix blanche suisse, l'avait envoyée à Rivesaltes.

Jacqueline Veuve, Le Journal de RivesaltesSa tâche, officiellement, ne consistait qu'à s'occuper des enfants. Mais Friedel Bohny-Reiter n'était pas femme à pouvoir voir la misère sans intervenir, incapable de traiter différemment les adultes ou les enfants, les réfugiés espagnols, les gitans, les juifs français ou allemands. Tout ce qui comptait pour elle, c'était l'être humain. Et la souffrance...

"J'aurais fait ce film, même si Friedel Bohny-Reiter n'avait pas été envoyée par la Suisse", répond la réalisatrice, Jacqueline Veuve, à la question de l'équipe des Gens de Montpellier. "On ne peut pas être insensible à ces souffrances." Pourtant, elle n'a jamais su, si les habitants des environs ne voulaient pas parler de la vérité ou si, tout simplement, ils ne la connaissaient pas. À l'époque, les gens, même dans la zone soi-disant libre, vivaient avec la peur. Peut-être valait-il mieux ne pas être au courant de ce qui se passait derrière les fils barbelés, dans ce camp exposé au soleil brut en été, livré au froid et à la tramontane en hiver...

Quelqu'un aurait-il préféré que la version du "camp de réfugiés espagnols" entre pour toujours dans l'histoire ? De toute façon, le livre de Friedel Bohny-Reiter - et, plus tard, le film de Jacqueline Veuve - a révélé la vérité. Il n'est pas faux qu'il servait comme camp pour les réfugiés de la guerre de Franco, mais il y avait aussi les gitans et, surtout, les juifs.

Friedel Bohny-Reiter qui, jouant son propre rôle, raconte au spectateur la vérité sur ce qui s'est passé à Rivesaltes entre 1941 et 1042, se demande à la fin du film, s'il peut y avoir un "sens" dans toute cette souffrance. Elle parle de tous ces gens qu'elle a vu mourir, de faim, de froid, de privations, de ces humains qui sont décédés le désespoir dans le cœur, qui avaient renoncé à l'idée que de meilleurs jours étaient encore possibles. Des mères qui ont fermé les yeux avec le seul espoir que Friedel Bohny-Reiter, l'ange venu de la Suisse, s'occuperait de leurs enfants...

Toutefois, un jour, le camp a été levé. Ce jour-là, une partie des survivants ont été déportés, dans d'autres camps, pour la plupart, mais vers la vie. Il n'y avait qu'un seul groupe dont le destin, en ce moment, était définitivement la mort : les juifs. Tous les juifs qui avaient survécu les supplices de Rivesaltes ont été amenés - à Auschwitz. Livrés par le gouvernement français aux diables nazis.

Friedel Bohny-Reiter en a pu sauver quelques-uns, cacher quelques enfants juifs chez elle ou parmi les autres. Mais pas assez, comme elle fait comprendre aux spectateurs du film. Et ce "pas assez" pèse plus lourd pour elle que toutes ces vies qu'elles a préservées.

"À la fin, quand le camp a été radié, les juifs étaient les seules vraies victimes. Ils ont été tués, tandis que les autres ont été déportés", commente Jacqueline Veuve. Est-ce la raison pour laquelle personne dans les environs de Rivesaltes ne se rappelle plus la destination du camp ? Il n'y aura jamais de réponse à cette question. - "L'antisémitisme n'était pas restreint à l'Allemagne", dit la réalisatrice, et on a l'impression qu'elle l'a dit si souvent que les mots n'arrivent plus à la blesser. Comme si, après qu'elle s'est investie dans ce film, la souffrance ne pourrait plus grandir. "Il était partout en Europe, autant en Suisse, en France, en Allemagne..."

Ensuite, toutefois, elle ajoute ce qui sonne comme un message d'espoir. "Mais ce n'était jamais tout le monde. Il y avait toujours des gens qui aidaient." Toujours et partout. C'est cela la pensée qui domine son film.

Mais l'œuvre de Jacqueline Veuve changera-t-elle les esprits ? "Les gens n'ont pas envie de savoir. Ils ont toujours besoin d'un bouc émissaire. Le film ne va pas changer leur mentalité."

Aspect remarquable : au contraire de beaucoup d'autres films sur le sujet, "Journal de Rivesaltes 1941-1942" ne prend aucune position politique. Il ne parle que des gens, des humains, de la souffrance, du sourire des personnes qui, comme Friedel Bohny-Reiter, amènent une lumière minuscule dans une obscurité presque impénétrable, de leurs doutes, du désespoir. Les spectateurs (ou la plupart des spectateurs) ne pleurent pas pendant qu'ils regardent ce film. Les larmes qui, souvent, viennent si facilement dans les salles de cinéma sont comme bloquées. On n'est pas capable de se libérer des images en versant quelques larmes. On est comme paralysé, la souffrance exposée sur l'écran est trop grande. Trop humaine, surtout.

"Je suis très peu politique dans mon film", constate aussi Jacqueline Veuve. Et pour cause. "Un réalisateur qui met de la politique dans un tel film se donne bonne conscience." Il veut prouver qu'il est du "bon côté", qu'il fait partie de ceux qui clouent les méchants au pilori. "Tout ce que je veux, c'est réveiller les gens. Sans politique et sans montrer à quel point je suis 'bonne'."

Après le tournage du film, Jacqueline Veuve et Friedel Bohny-Reiter sont restées amies jusqu'à la disparition de l'infirmière. La réalisatrice raconte qu'elle a eu une mort tranquille. "Elle s'est allongée pour se reposer. Et elle ne s'est plus réveillée." S'endormir pour le repos éternel - peut-être est-ce cela la récompense bien méritée de l'ange du camp de Rivesaltes...
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mardi 15 février 2011

La 4ème semaine de Cinéma Suisse

Le cinéma suisse à Montpellier : films alémaniques, romands, italiens

Semaine de Cinéma SuisseEst-ce vrai que le Montpelliérain "moyen" ne sait pas grand-chose de ce voisin de la France dont les habitants parlent de différentes langues, fondant de différentes cultures en une seule histoire ?

Lorsque l'équipe de la Revue online des Gens de Montpellier a posé la question aux gens qui se promenaient sur la Place de la Comédie et l'Esplanade, plusieurs ont spontanément déclaré  "La Suisse ? C'est le bon chocolat." D'autres ont parlé de la montagne, de la neige ou de faire du ski. Encore d'autres ont parlé de la monnaie de la Suisse, le franc suisse, lequel, en général, ils considèrent comme une monnaie forte. Et une dame dans la soixantaine pensait à la différence linguistique : "En Suisse, ils disent nonante au lieu de quatre-vingt-dix..."

Toutefois, un Monsieur d'une trentaine d'années a eu une autre notion de la Suisse : "En Suisse, vous avez de très bons films." Et une dame d'environ 25 ans : "Le festival de cinéma suisse." Elle parle, effectivement, de la 4ème semaine de Cinéma Suisse.

Le cinéma suisse à MontpellierDepuis plusieurs années déjà, la semaine de Cinéma Suisse est devenue un rendez-vous fixe pour les cinéphiles de Montpellier. Les films ont des sujets divers, mais il y a un point qu'ils ont tous en commun : ce sont des films bien choisis, dont les réalisateurs ont quelque chose à dire, qui évoquent le sentiment humain, qui sont, comme l'exprime une spectatrice fidèle, "entièrement humains". Ils parlent de la vieillesse, comme "Die Herbstzeitlosen" de Bettina Oberli et "Giulias Verschwinden" de Christoph Schaub, ou de la jeunesse, comme "Jeune homme", également de Christoph Schaub. Ils montrent la mentalité de la Suisse, ses paysages et sa vie quotidienne. Et, comme l'affirme un Monsieur dans la soixantaine : "Tous les films ont un bon niveau."

Ce qui est remarquable pour un cinéphile qui a l'habitude des films français - ou espagnols ou anglais ou allemands ou italiens... - c'est le multilinguisme. Car il n'y a presque aucun film où tous les acteurs parlent la même langue. Il est vrai que les ouvriers immigrés de l'Italie apprennent le français lorsqu'ils travaillent dans les environs de Genève et que les jeunes Suisses alémaniques étudient le français quand ils deviennent "au pair" chez leurs voisins, mais pour un Suisse romand, il est absolument normal d'entendre l'italien et l'allemand. Même si tout le monde n'est pas parfaitement multilingue, pour un Suisse, les "autres langues" font partie du quotidien.

Tout comme les habitants de la Suisse, aussi la plupart des films présentés à la 4ème semaine de Cinéma Suisse à Montpellier sont multilingues. Mais les spécificités linguistiques vont encore plus loin. Une dame allemande, cinéphile et fidèle à la Semaine du Cinéma Suisse à Montpellier depuis des années, exprime ses observations concernant la langue allemande : "Ce qui m'étonne", explique-t-elle, "c'est que les gens dans les films d'idiome alémanique ne parlent pas la même langue que les gens dans la rue, par exemple à Zurich." Quand elle rencontre des personnes suisses dans la rue qui se parlent entre elles, elle ne comprend pas un mot. "Si, par contre, ils parlent avec moi, ils utilisent une sorte 'd'alémanique soutenu' qu'ils apprennent à l'école, mais qu'ils ne parlent qu'avec les Allemands. Et cette langue 'soutenue' est aussi celle qu'on entend dans les films. Pourquoi", ajoute-t-elle, "les producteurs suisses alémaniques ne produisent-ils pas de films avec la langue qu'on parle dans la rue ?

Peu importe si les acteurs parlent alémanique, français ou italien, les films de la 4ème semaine de Cinéma Suisse à Montpellier parlent tous de la Suisse et de ses habitants. "Azzuro" de Denis Rabaglia donne un aperçu de la situation des ouvriers italiens en Suisse, "Un petit coin de paradis..." de Jacqueline Veuve reflète la vie à la campagne, et avec "Die Standesbeamtin" de Micha Lewinsky, le spectateur rentre dans la mentalité d'une petite ville en Suisse : "Ce qui m'a frappé dans ce film ?" commente une jeune dame. "Que le rôle principal a pu garer son vélo partout sans la moindre mesure de sécurité." Elle soupire. "Si ici, c'était possible..."

Bref, tous les films forment un miroir de la vie en Suisse...

...tous, sauf un. Car cette année-ci, l'association "C'est-Rare-Film", responsable de l'organisation de la semaine de Cinéma Suisse, a choisi un film qui ne joue pas en Suisse, mais au Sud de la France, à Rivesaltes. "Journal de Rivesaltes" raconte l'histoire d'un camp d'hébergement qui regroupe des juifs, des Tziganes et des réfugiés espagnols. - "Je trouve que ce film ne cadre pas entièrement avec l'esprit des autres films de ce festival", s'étonne un Monsieur d'une trentaine d'années. "Je sais qu'il a été réalisé par un metteur en scène suisse, suivant un livre d'un auteur suisse, mais son sujet n'a rien à voir avec la Suisse. De toute manière", continue-t-il, "je dirais que ce film était le plus frappant et le plus touchant de ce festival. Je dirais : excellent film..."

Aux cinéphiles montpelliérains, il reste encore une séance avant que la 4ème semaine de Cinéma Suisse est terminée : "Cœur animal" de Sévernie Cornamusaz, le mercredi 16 février au Cinéma Utopia.

Troisième semaine de cinéma suisse à Montpellier
Photos et texte : copyright Doris Kneller

samedi 27 février 2010

Troisième semaine de cinéma suisse à Montpellier

Salle Rabelais : Montpellier, Yves Yersin, Jean-Luc Godard et le cinéma suisse

Cinéma suisse à MontpellierIl est vrai - ailleurs, il y a des salles de cinéma qui ferment, et à Montpellier, il y a un festival de film après l'autre. Un d'eux a lieu pour la troisième fois et vient de la Suisse : la troisième semaine de cinéma suisse à Montpellier.

On ne peut pas dire que la salle Rabelais était bondée, cette soirée de l'ouverture du festival des films de la Suisse alémanique et romande. Mais les Montpelliérains étaient bien présents. Et ils ne l'ont pas regretté : le film était long, mais, comme l'a promis Frédéric Maire, directeur de la cinémathèque suisse, avant la projection - le temps passait très vite. Le film avait tout ce qu'on demande du "bon cinéma" : une histoire bien faite, des images d'une beauté qui a fait rêver, des émotions, un peu d'humour, et il laissait place à la réflexion et l'interprétation.

L'histoire de ce film que Yves Yersin a tourné en 1979, "Les petites fugues", parle - des humains. Des humains qui ont leurs routines, leurs amours, leurs soucis et, surtout, leurs rêves. Et ces rêves, comme si souvent, tournent autour de la liberté... quoi qu'on en entend.

Le consul suisse à Montpellier La liberté était le sujet central du film. Bien que, lors de la discussion après la projection, les opinions sur l'interprétation de certaines scènes aient un peu divergé, sur ce point, tout le monde était d'accord. Cette liberté à laquelle tout le monde aspirait, de laquelle tout le monde rêvait, était symbolisée par un cyclomoteur bleu - bleu comme la montagne suisse ou bleu comme le ciel. À son propriétaire, un vieux valet du ferme dont, à "l'ère avant" le cyclomoteur, le voyage le plus long finissait au village à côté de la ferme, il donnait envie de la liberté. À d'autres, il faisait peur.

Jusqu'à ce que ce symbole de la liberté ait été détruit. Mais l'idée était déjà bien fixée dans la tête du valet - il a donc trouvé un autre symbole : la photo. Avec son appareil photo, il "fige" ceux qui sont incapables de s'échapper à leur petit monde et il ouvre le monde "derrière" - derrière la montagne  - où la liberté n'a plus besoin de symbole.

Lorsqu'on regarde le film "Les petites fugues", on n'a pas besoin de savoir que Yves Yersin, son metteur en scène, vient du côté photographie - on s'en doute immédiatement. Les images de la montagne suisse sont d'une beauté indescriptible, et sa façon de capter le paysage caractéristique de la campagne suisse est plus expressive que tout genre de récit. Mais il ne "peint" pas seulement les paysages, mais aussi les visages des gens. Il leur regarde bien en face, les visages deviennent des contes et le spectateur oublie les barrières du "beau" et du "laid" habituelles. Pour Yves Yersin, tout visage est beau, et il n'a pas besoin de mots pour en persuader son public.

Cette façon de permettre à la caméra de fixer un visage jusqu'à ce que le spectateur en ait compris chaque trait correspond bien à l'époque de la réalisation du film, la fin des années 70, où le cinéma européen était sous l'influence de cinéastes comme, par exemple, le metteur en scène suédois Ingmar Bergman. C'est à Ingmar Bergman que l'histoire du film doit cette technique de regarder une personne "bien en face" et de capter la beauté des traits qui reflètent non une beauté "officielle", mais le vécu, la vie.

Toutefois, Yves Yersin ne se situe pas seulement dans le cadre du film européen de son époque, mais aussi dans le cinéma suisse lui-même. Au contraire du cinéma français, celui de la Suisse n'a pas connu un développent de films muets. Ce n'est qu'à partir de 1930 où le cinéma suisse a trouvé son chemin, dominé par l'amour de la beauté et du paysage. Le film "Heidi", tourné en 1937 avec la jeune Shirley Temple dans le rôle principal, est un exemple bien typique : les habitants du pays qui sont forgés par la nature, dont la vie se déroule avec le rythme de la montagne. Leur "contradiction" sont les citadins, dépourvus de tout sentiment naturel et livrés à la tristesse d'une vie sans nature.

Semaine cinéma suisse, MontpellierYves Yersin a hérité de cet amour de la montagne qui dominait les films suisses des années 1930 à 1950. Mais, ceci à part, l'ambiance de ses films se réfère plutôt à la "nouvelle vague" entamée vers 1960 par Jean-Luc Godard et les metteurs en scène qui se sont réunis pour former le fameux "groupe de 5" - dont Yves Yersin était le sixième membre. La langue du cinéma suisse tourne au français - les films en alémanique deviennent plus rares -, et les metteurs en scène se liguent pour pouvoir produire des films indépendants, libres surtout de la contrainte de la pensée "classique", traditionnelle. Des sujets comme la liberté surgissent de plus en plus souvent.

Cette première soirée de la "troisième semaine de cinéma suisse à Montpellier" n'était que l'avant-goût de cinq autres films qui seront projeté dans la salle Rabelais - avec l'entrée libre et la demande de donner un "petit quelque chose" à l'association "C'est-Rare-Film" qui a organisé le festival et qui espère être en mesure d'organiser aussi une quatrième semaine de cinéma suisse...
Photos et texte : copyright Doris Kneller