mercredi 6 juillet 2011

Flamenco à Montpellier : Constant Aubry, Jimmy Espinas et leur "bande" de guitaristes flamencos

Les guitares flamencas et la bodega Al-Ándaluz à Montpellier

Consant Aubry, guitariste flamenco à Montpellier"Je vais profiter de la pause", remarque Constant Aubry, "pour jouer seul à la guitare." Et il ajoute avec un sourire un peu timide : "J'ai envie de jouer."

Mais le guitariste ne reste pas longtemps seul sur scène. Quelques minutes plus tard, un ami se joint à lui. D'abord, il chante doucement, comme s'il ne voulait pas déranger ou comme s'il cherchait à s'adapter au son de l'autre musicien. Les deux échangent un regard - un de ses regards de convenance comme juste les musiciens complices peuvent les échanger -, le deuxième prend une des guitares abandonnées par les autres musiciens, et c'est parti. Le public qui voulait utiliser la pause pour prendre l'air ou fumer une cigarette renonce à son projet. Personne ne veut rater l'échange musical des deux amis.

Il fait chaud au "Al-Ándaluz", une petite bodega à côté de la place de la Comédie à Montpellier. Les dames agitent les éventails, les hommes les empruntent de temps en temps. Mais personne ne se plaint. On pourrait sortir, prendre un verre sur la terrasse - mais là, la musique est moins forte... et on ne peut pas voir l'expression de l'amour et de la passion sur les visages des musiciens.

Flamenco Al Andaluz, MontpellierConstant Aubry, Jimmy Espinas - "Jimmy el Gitano Poéta" - Jango, Pepito el Mundo, Titi el Carmelito ou, parfois, aussi Patchai Reyes Gipsy King et leur bande d'amis et de cousins fadas du flamenco qui se donnent rendez-vous au "Al-Ándaluz" ne présentent pas de spectacle. Ils font de la musique parce qu'ils en ont envie. Et les gens qui se sont arrêtés au petit bar pour prendre un verre - ou parce qu'ils connaissent Constant Aubry et ses amis et aiment le bon flamenco - ont le droit d'écouter.

"C'est grâce à des amis que j'ai découvert le 'Al-Ándaluz'", raconte une jeune femme qui vient plusieurs fois par semaine pour écouter le flamenco. "Quand ils m'en ont parlé la première fois, je n'étais pas très enthousiaste. En général, les bars français qui font le flamenco, ça n'a rien du vrai. Mais ici, c'est différent. Ils ne 'jouent' pas le flamenco, ils le vivent."

Pendant vingt ans, Constant Aubry, le compagnon de Sophie Poujol, la patronne du "Al-Ándaluz", était marié avec une Gitane. Elle lui a ouvert son monde - un monde qui, pour le guitariste, consistait en musique ou, plutôt, en flamenco. "Pendant ces années", révèle-t-il, "j'ai appris ce qui est le flamenco. Et à jouer à la guitare."

Montpellier Flamenco : Jimmy Espinas et pèreToutefois, jouer le flamenco n'est pas un art qui tombe du ciel, même si on a tant de talent et si on est si sensible que Constant Aubry. "J'ai beaucoup travaillé ", confie-t-il à ses amis. "Et parfois, j'ai souffert. Jouer à la guitare, c'est une passion, mais une passion qui n'est pas toujours facile."

Entre eux, ils parlent français, catalan, castillan, comme si, pour un musicien flamenco, la maîtrise de plusieurs langues était quelque chose de "normal". Ils sont tous des amis, des cousins, des frères, et la musique est "léguée" de père en fils. Comme pour Jimmy Espinas, d'origine catalane, dont le père n'est pas seulement fier de son fils à la voix séduisante et virtuose de la guitare flamenca - lorsqu'il prend la guitare lui-même, on comprend que Jimmy el Gitano Poéta n'est pas le premier de la famille qui s'est voué à la fascination du flamenco.

Puis, il y a aussi Jango. Grand, un peu timide, il ne se fait pas remarquer. Il ne parle qu'à ceux qui lui adressent la parole, mais il sourit d'un sourire qui laisse deviner sa sensibilité et sa gentillesse. Tout change, cependant, au moment où il prend le micro. Sa voix sonore et chaude, passionnée et douce en même temps, transmet au public son enthousiasme non seulement pour le flamenco, mais aussi pour la vie.

Guitare flamenca à MontpellierUne guitare flamenca n'est pas un "instrument quelconque" - un tel instrument est un compagnon, un ami, un bijou. Ce n'est pas étonnant, alors, qu'un amateur de la musique au "Al-Ándaluz" est un peu troublé de voir Constant Aubry prêter sa guitare à un ami qui arrive juste de Barcelone. "Quand je prête ma guitare", répond le musicien, "je sais que ça marche."

Il est vrai que, tous les jours, d'autres amateurs du flamenco découvrent le petit bar. Mais la plupart des Montpelliérains qui fréquentent le "Al-Ándaluz" sont des habitués. "Des bars de flamenco, tu les trouves partout", explique un Monsieur dans la cinquantaine à l'équipe de Montpellier Presse Online. "Mais la spontanéité et la qualité de la musique de Constant et les autres, tu ne la trouves même pas à Paris. En Espagne, bien sûr, en Andalousie ou à Barcelone. Mais pas en France. Déjà pour ça, il vaut la peine de vivre à Montpellier."

Un autre amateur du flamenco, d'une vingtaine d'années le cadet de l'autre Monsieur, est plus laconique. "Je viens souvent", constate-t-il. Et avec ces mots, il a tout dit.
Photos et texte : copyright Doris Kneller

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