dimanche 18 septembre 2011

Montpellier : la rentrée des indignés

Le retour des indignés sur la Comédie à Montpellier - ateliers de dessin et de musique

Les indignés de MontpellierIl y en a qui étaient soulagés lorsque, fin juillet, le cercle des indignés qui, tous les soirs, se rassemblaient sur la Comédie est devenu de plus en plus petit - jusqu'à, finalement, il n'y avait plus personne. Fin de la "révolte", déclaraient certains. Mais les indignés ne perdaient pas courage : "Attendez la rentrée. Nous serons là, avec de nouvelles idées, plus forts et plus unis que jamais."

Forts et unis - un pléonasme dans la philosophie des indignés. Car être unis signifie être forts. L'équipe de Montpellier Presse Online voulait savoir, avec et contre qui les indignés veulent être unis. "Contre personne", réponds un jeune homme, "et avec tout le monde. Avec tout ceux qui ont envie de trouver un autre mode de vie. Un mode de vie plus humain."

Le but de ce mouvement qui, en printemps, a commencé en Espagne pour, ensuite, s'étendre sur pratiquement tous les pays européens n'est pas la révolution. Au moins pas la révolution dans le sens "classique". "On veut du travail et on veut vivre dans le respect des autres. Ça ne vaut pas la peine de vivre dans une société où quelques-uns ont tout le pouvoir et l'utilisent pour rendre difficile la vie des autres", explique une jeune dame. Et une autre ajoute : "On ne demande pas de richesses. Au contraire. On demande qu'on nous accepte pour ce que nous sommes. Pas pour notre 'grand nom' ou nos héritages. On peut être 'quelqu'un' sans être fille ou fils de riche..."

Septembre est arrivé, est avec lui, les indignés sont de retour sur la Comédie de Montpellier - comme promis avec de nouvelles idées et plus décidés que jamais de vivre une vie dominée par la justice et l'égalité. Le "mot clé" de la rentrée est le partage. "L'idée est simple", explique une des indignées. "Je sais faire des choses et les autres savent faire d'autres. Chacun a des connaissances et des talents. Moi je montre aux autres ce que je sais faire, et les autres m'apprennent ce qu'ils ont appris."

Atelier de musique des indignés de MontpellierEt, définitivement, les indignés de Montpellier "savent faire des choses". Presque tout le monde parle plusieurs langues, il y a des musiciens, des dessinateurs, des artisans... "Nous organisons des ateliers en pleine rue, accessibles à tout le monde. Sur l'Esplanade, sur la Comédie..." L'atelier de dessin, par exemple, est déjà un premier succès. "On s'est installés sur la Comédie et a invité les passants à venir dessiner avec nous. Beaucoup de gens se sont arrêtés. Ils ont aimé dessiner avec nous. Ça leur a donné le sentiment de faire quelque chose 'ensemble'. Il y a trop de gens, ici à Montpellier, qui se sentent seuls."

Pendant les réunions, chacun peut exprimer son "indignation". On n'hésite pas de montrer si on approuve ou désapprouve - mais tout le monde a le droit de parole. Et la solitude est une des indignations qui ont été nommées plusieurs fois. "La nouvelle société que nous aimerions construire doit baser sur le partage. De cette manière, personne n'a plus besoin d'être seul."

Montpellier : les indignés et leur atelier de dessinCe partage, toutefois, n'est pas bien vu par tout le monde. "Plusieurs fois, pendant un de nos ateliers, la police est venue pour nous demander ce qu'on fait. Ils étaient persuadés qu'on serait là pour vendre quelque chose", raconte un des indignés. "Ils peuvent pas comprendre", ajoute-t-il, "qu'on peut partager sans penser à l'argent."

Le terme "argent" n'est pas tabou pendant les réunions des indignés. "On a besoin de l'argent comme tout le monde. On doit payer le loyer, acheter à manger... " Ce qui ne veut pas dire qu'ils iraient jusqu'à approuver le fameux pacte euro+ - au contraire : "Il s'agit d'un nouveau 'pacte de l'euro'", explique un des indignés, "qui est censé sauver les banques, c'est-à-dire éviter les conséquences de la crise sur la finance. Ce pacte implique la zone euro, mais aussi les pays européens qui n'ont pas adopté l'euro." - "Ce pacte a pour but" - un autre indigné prend le relais - "de faire payer la dette des banques par le peuple, les salariés. Le mécanisme : on transforme les dettes des banques, des dettes privées, alors, en dettes publiques." - "La crise a été déclenchée par les banques et la finance", commente une jeune dame. "Qu'elles en portent les conséquences. Ce n'est pas notre crise mais la leur."

Pour exprimer leur opinion, les indignés de Montpellier ont entamé une première action symbolique : le "lessivage" d'une banque. Initialement, l'idée était d'entrer dans une banque, entre midi et 14 heures - pour que les indignés qui travaillent puissent participer -, équipé de seaux et de serpillières, pour lessiver le sol... "et pour parler avec des gens, bien sûr. Lessiver les banques, ça veut dire enlever la crasse... morale." Mais finalement, on a décidé de se contenter de lessiver le trottoir devant les banques. "On veut pas les faire croire qu'on aurait des intentions criminelles. On ne veut pas faire peur - on veut juste réveiller les gens."

Bien que ces actions ne plaisent pas à tout le monde, personne ne peut les empêcher. "Pendant qu'on était devant la banque, des employés de la banque et la police sont venus nous demander ce qu'on faisait. Mais après avoir reçu nos explications, ils nous ont laissés faire..."

Ce qui n'était pas le cas le jeudi soir, lors d'un atelier de musique - un atelier de partage - sur la Comédie. Tout avait bien commencé : vers 19 heures, un guitariste et un percussionniste avec un "tam-tam" ont invité les passants de jouer avec eux. Et une demi-heure plus tard, un groupe presque international s'était rassemblé autour des indignés : une jeune musicienne des États-Unis montrait son talent de percussionniste, un professeur français se mettait à re-accorder la guitare, des jeunes Espagnoles, un peu timide, se mettaient à chanter...

...jusqu'à ce que, un peu après 21 heures, l'atelier a trouvé une fin abrupte. Une voiture de la police municipale s'est précipitée sur la Comédie pour s'arrêter à côté du groupe des indignés - après avoir failli renverser une femme qui se trouvait dans leur chemin et n'a été sauvée que par la réaction d'un homme à côté d'elle. C'était, comme expliquaient les policiers, le bruit qui dérangeait. "Le bruit ?", a demandé une dame dans l'auditoire autour des indignés. "Il y a toujours du bruit sur la Comédie. Des groupes de musiques, des jeunes qui crient, là-bas, un homme avec une radio très forte..."

"Voilà, plus de partage de musique", commente un des indignés un peu amer, devant les restes silencieux d'un atelier de musique sur une Comédie bruyante. Et on se retire - sans musique - sur l'Esplanade.
Photos et texte : copyright Doris Kneller


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