Maison de Heidelberg à Montpellier : Louis II de Bavière - une conférence d'Albert Gineste

...ce qui ne veut pas dire qu'Albert Gineste n'aurait pas aussi des goûts indépendants de l'art : il adore le foot, les voyages et la compagnie agréable. Sa spécialité, toutefois, est la musique de Richard Wagner. Cela fait des années maintenant, que les responsables de la Maison de Heidelberg à Montpellier lui ont demandé une première conférence sur son musicien préféré. Entre-temps, sa conférence annuelle sur Richard Wagner est devenue "standard". Ainsi, il a parlé de son œuvre, en présentant des extraits musicaux, il a expliqué les relations entre Nietzsche et Wagner et toujours, il y avait un personnage à l'arrière-plan, l'ami, le mécène, l'homme secret et perturbant : le roi Louis II de Bavière.

.Pendant l'heure remplie par la voix d'Albert Gineste, le public était fasciné. Il l'a amené vers cette montagne loin de Montpellier, dans ce royaume de Bavière, où le temps semblait arrêté. Il guidait ses auditeurs à travers d'une vie pleine d'émotions, des amours interdits ou, au moins, impossibles, d'une interprétation "propre" du pouvoir, de passion et de désespoir.
Louis II de Bavière était un homme habitué à posséder tout ce qu'il voulait : les amants, les amis, les musiciens, l'argent. Jusqu'à nos jours, on ne sait pas s'il n'était pas capable de comprendre que ses goûts avaient tout pour ruiner les finances de la Bavière, ou si cela lui était tout simplement égal. Ce qu'il entamait, il le faisait "entièrement" : ami, il faisait tout pour ses amis, amant, il restait fidèle. Au moment où il était pris de l'envie de construire des châteaux, ils les dessinait lui-même et faisait en sorte qu'ils soient les plus beaux et les plus grandioses. Il était gourmand non seulement dans l'amour, mais aussi dans la nourriture - il adorait les bons plats et les sucreries... au point que, arrivé à l'âge mur, le "beau garçon" s'était transformé en homme languissant, bouffi, sans énergie.

La suite : Louis II de Bavière finançait l'épopée musicale du Ring der Nibelungen. La dépense fâchait son peuple au point qu'il se voyait obligé, quelques ans plus tard, de chasser Wagner de sa capitale, Munich. Ce qui comptait, en ce moment, c'était la guerre contre la Prusse - au moins pour le peuple ou, plutôt, pour certains hommes au pouvoir. Louis, par contre, se sentait plus touché de la perte de son ami que de la guerre. La Bavière perdait la guerre et Louis II en avait assez des affaires d'un roi. Il se retirait dans la montagne et ne se consacrait plus qu'à la construction de châteaux, aux arts, à ces amours - et à son amitié avec Richard Wagner.
Pourquoi le peuple bavarois a-t-il accepté un roi qui ne pensait qu'à son plaisir au lieu de s'occuper de ses sujets - et cela presque cent ans après l'exécution de Louis XVI à Paris ? était une des questions posées après la conférence d'Albert Gineste. La réponse n'est pas facile. Toujours est-il que l'esprit de la révolution française n'a pas touché les Allemands. Il est vrai que le premier soulèvement des paysans allemands a eu lieu déjà dans la première moitié du 16ème siècle, mais il est resté local et limité à une classe bien définie.
Que Louis II de Bavière a-t-il en commun avec Montpellier ? - "Si je connaît Louis II de Bavière ? Non, désolé", est la réaction de plusieurs Montpelliérains interrogés dans la rue de la Loge. Mais : "Je me rappelle du film de Visconti", constate une dame dans la cinquantaine. "C'est de ce roi-là que vous parlez ?"
Une étudiante d'histoire a, finalement, une réponse. "Oui, j'ai entendu parlé de ce roi. Et je connais aussi deux films qui ont été tournés sur lui. Mais je ne sais pas ce qu'il pourrait avoir en commun avec Montpellier", commence-t-elle, mais puis, elle sourit. "Peut-être l'amour des jolis bâtiments - il suffit de regarder l'Opéra-Comédie. Puis, Montpellier a eu des 'visites' des rois qui étaient un peu comme ce Louis II : Louis XIII qui a bombardé la ville ou Louis XIV qui l'a occupé. Ce qui n'a pas empêché les Montpelliérains d'adorer leur roi."
Photos et texte : copyright Doris Kneller
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