L'Odysseum et le testament de George Frêche
On a cru tout savoir sur George Frêche et le testament culturel et politique qu'il a laissé aux Montpelliérains. Toutefois, pas plus tôt que cette semaine-ci, une grande nouvelle arrive encore à étonner la ville de l'homme qui, pendant toute sa vie, a aimé "choquer".Peu importe où l'on se promène à Montpellier, l'œil a du mal à se fixer sur une pierre qui ne semble pas porter le nom de George Frêche marqué en "lettres rouges" : c'est grâce à lui que les quartiers du centre ville ont été aménagés, puis l'Esplanade, le Polygone, l'Antigone... tous des témoins de l'esprit entrepreneur de l'ancien maire de Montpellier. Lorsqu'il a définitivement quitté sa ville et l'agglomération dont il était l'artisan, il avait encore beaucoup de projets en tête qui, partiellement, ont été réalisés après sa mort ou sont toujours en stade de réalisation : la nouvelle mairie ou les ZAT, les Zones Artistiques Temporaires n'en sont que quelques exemples.
Son dernier bébé, toutefois, a été l'Odysseum - et certains disent que cette dernière œuvre faisait partie des créations qu'il aimait le plus. Ce quartier sur la rive gauche du Lez lui tenait à cœur depuis longtemps. Mais avant d'en faire un centre commercial, George Frêche le voulait un champ de loisir. Le premier grand lieu de l'amusement était le cinéma multiplexe Gaumont. Il a été inauguré le 1er avril 1998 - nous fêtons donc aujourd'hui son treizième anniversaire. Loin d'être un "poisson d'avril", il est vite devenu un des premiers cinémas de Montpellier - bien qu'il a "laissé vivre" les salles du centre ville comme le Diagonal, le Royal ou l'Utopia dans le quartier des étudiants.
Après le Gaumont, le tour était à la patinoire Végapolis qui était fonctionnelle ponctuellement pour les vacances de Noël en 2000 - pour George Frêche et plein d'autres Montpelliérains une sorte de marque du nouveau millénaire. Jusqu'à ce que, finalement, le 26 janvier 2002, le planétarium Galilée a ouvert ses portes.Pour Montpellier, le grand cinéma, la patinoire, le planétarium - tout cela semblait déjà immense. Mais pour George Frêche, ce n'a été qu'un début. En décembre 2007, la zone ludique entre le cinéma et la patinoire a été élargie jusqu'à toucher l'aquarium Mare Nostrum. Et puis, tout a avancé très vite : déjà en 2008, l'Odysseum était connu pour deux autres attractions - le plus grand bowling de France, Bowling Star, et la plus grande surface d'escalade. Comme si souvent, les créations de George Frêche avaient battu les recordes....
Lorsque, en 2009, le centre commercial de l'Odysseum a été inauguré - avec 130.000 mètres carrés - l'œuvre de George Frêche n'était toujours pas accomplie. Pendant un moment, on a même discuté d'une statue de Lénine de quelque 4,50 mètres de haut.
Oui, George Frêche aimait surprendre le monde qui, s'il voulait ou non, l'a toujours observé. Toutefois, le jour de sa mort, les Montpelliérains ont pensé qu'il n'y aurait plus de surprises. Mais non, ils se sont trompés.
Ainsi, une partie étonnante de son testament - ou peut-être pas si étonnante que cela - a été dévoilée très récemment : George Frêche souhaite que l'Odysseum reste le quartier de loisir et de commerce le plus grand de son agglomération. Pour toujours. Aucun autre quartier comparable à Montpellier et aux alentours doit jamais dépasser les 129.999 mètres carrés.
Ce qui, à première vue, semble choquant - donc bien à la hauteur de l'ancien maire et président d'agglomération - n'est pourtant pas nouveau. Il y avait déjà un homme, un roi, avant George Frêche qui a exigé des Montpelliérains de garder pour lui un superlatif. Et, fidèles à la parole qui leur a été demandée, les habitants de Montpellier s'y sont toujours tenus... toujours depuis le 17e siècle.
Lorsque Louis XIV a fait ériger dans les jardins du Peyrou sa statue haute de six mètres, il savait très bien, pour quelle raison il avait choisi cet endroit : le Peyrou est la colline la plus élevée de Montpellier. Si, par conséquent, on compte la hauteur du sol, le socle et les six mètres de la statue, on se rend compte que la pointe de l'épée du roi est placée plus haut que tout toit de bâtiment montpelliérain. Seule la tour de l'église Sainte Anne s'y approche - mais elle reste légèrement en dessous de la pointe de l'épée.
Il est vrai que Louis XIV n'a jamais pu voir sa statue - elle n'a été terminée que trois ans après sa mort - tout comme George Frêche ne verra pas la finition de son dernière œuvre appelée Odysseum. Or, les Montpelliérains ont sagement suivi le désir de Louis XIV, sa pointe d'épée dépasse toujours tous les bâtiments de la ville.Si, dans trois cents ans, les Montpelliérains vont toujours respecter le désir de George Frêche et faire en sorte que son œuvre reste le plus grand de son genre, nul ne le sait. Mais, de toute manière, la statue de Louis XIV a prouvé que les habitants de Montpellier savent respecter les testaments de leurs souverains...
Photos et texte : copyright Doris Kneller
Qui à Montpellier ne connaîtrait pas Albert Gineste, Montpelliérain de naissance et fidèle à sa ville depuis très longtemps. Écrivain, musicien, peintre, philosophe, Albert Gineste incarne l'image de l'artiste. Lorsqu'il écrit, il le fait pour son plaisir et celui de ses amis. Lorsqu'il peint, on y sent son talent et son âme libre et généreuse. Lorsqu'il rêve, ses doigts bougent au rythme des mélodies qui traversent sa tête, comme sur un piano invisible...
C'est pourquoi, comme explique Albert Gineste, on lui a demandé de parler, pour une fois, de ce roi aux idées généreuses et étranges en même temps. Ce qui, évidemment, ne l'a pas éloigné de son sujet de base : pendant toute sa vie, Louis II de Bavière était intrigué par la musique de Richard Wagner. Bien que, à de courtes époques, il ait essayé de s'éloigner de celui qu'il appelait son ami, il l'a toujours rappelé pour le savoir proche de lui, jusqu'à financer l'immense théâtre consacré à la musique du compositeur allemand et, par ce geste, à ruiner les finances de son état.
C'était en 1861, Louis avait juste 16 ans, qu'il était confronté pour la première fois avec des opéras de Richard Wagner. Tannhäuser et Lohengrin le fascinaient immédiatement. Ce n'était pas seulement la musique majestueuse - dont le caractère correspondaient si parfaitement à celui du jeune souverain - mais aussi le monde des légendes et comptes de fées qui se reflète dans les opéras de Wagner. Bien que, au début, il ait refusé sa fascination avec l'argument que ce n'était qu'une passion "infantile" qu'il oublierait dès qu'il serait adulte, il ne pouvait plus résister au charme de la musique wagnérienne le jour où, trois ans plus tard, le compositeur s'inclinait devant lui pour la première fois.
Le beau et l'utile - Montpellier, une histoire d'eau
Et quel endroit à Montpellier aurait été mieux placé que le Peyrou pour construire un tel château d'eau ?
Toutefois, même si Édouard André n'avait pas eu envie d'orner le Champ de Mars d'un plan d'eau, les Montpelliérains l'y auraient probablement obligé - car, pour quelqu'un qui vit dans une ville méditerranéenne, il est difficile d'oublier la valeur de l'eau. Ainsi, le Champ de Mars n'a pas seulement été doté d'un petit lac, mais aussi d'une fontaine. Il y a longtemps que les ingénieurs ont constaté que chaque fontaine aide à distribuer d'une façon plus équilibrée l'eau issue de la nappe phréatique. Un plan d'eau associé à une telle fontaine est idéal pour, en plus, stocker le liquide précieux. Ainsi, la fontaine et la pièce d'eau du Champ de Mars lient l'utile au beau...
Si les pierres de la place de la Comédie pouvait raconter leur histoire, nous n'aurions plus besoin de livres... - Qui, debout devant le Cinéma Gaumont sur la Comédie, pourrait imaginer que, un jour, le Cardinal de Richelieu descendit de sa carrosse, en grande pompe, entouré de ses servants, peut-être à l'endroit même où, aujourd'hui, nous faisons la queue pour voir un film ?
À cette époque, la rue Jacques Cœur portait le nom de "rue de la Peyre", c'est-à-dire, en français, "rue de la Pierre". Mais cette appellation ne faisait pas allusion aux matériaux avec lesquels les maisons de la Comédie étaient construites - pierre de Saint-Jean-de-Védas, pierre de Pignan ou pierre de Saint-Geniès-des-Mourgues -, mais à la borne en pierre qui marquait l'endroit où se rencontrent la rue de la Loge, la rue Jacques Cœur et la Grand'Rue Jean Moulin, la limite entre la partie qui était sous l'autorité de Montpellier et celle qui appartenait à Montpelliéret.
Et une autre grande époque avait commencé. Nous pouvons considérer l'Hôtel Nevet comme un des "pionniers" du tourisme. Cette fois-ci, ce ne fut pas les rois et cardinaux qui y séjournaient, mais les artistes et écrivains - par exemple Valery Larbaud qui écrivit plusieurs nouvelles sur Montpellier - les futurs étudiants de l'université de Montpellier qui venaient de bonnes familles et qui étaient là pour "renifler" l'air de la ville et s'inscrire à leur faculté et, bien sûr, les Parisiens, les Anglais, les Allemands, les Russes - tous ceux qui avaient assez d'argent pour se payer des vacances près de la Méditerranée et qui avaient l'habitude des endroits à la mode...
Si il y a quelque chose qui marqua toujours l'histoire de Montpellier, c'est le manque d'eau. Ce problème permanent incita la construction de l'
Les voies royales - que la ville de Montpellier aurait-elle été sans ses voies royales ? D'abord, il y avait la dynastie des Guilhem, les seigneurs de Montpellier, plus tard, Louis XIII, Louis XIV… et chacun de ses souverains avait besoin de ses palais, de ses "lieux sacrés" - et de ses voies royales. Une des voies royales les plus connues est cette avenue qui, aujourd'hui, porte le nom de rue Foch, construite à la gloire de
Édouard André fut l'homme qui changea la conception des jardins en France et en Europe. Né en 1840, il commença sa carrière à l'âge de vingt ans comme jardinier à Paris. En 1900, lorsqu'il créa alors l'Esplanade Charles de Gaulle à Montpellier, son œuvre était déjà bien avancée et ses théories des espaces verts en ville étaient célèbres et appréciées. Ces théories furent publiées la première fois en 1867 - Édouard André avait donc 27 ans - dans un article qu'il rédigea avec George Sand, un des premiers écrivains féministes en France et révolutionnaire à son temps.
Et ce fut ici, sur cette petite propriété dans un village provincial, où le botaniste passionné réalisa ses idées. Il ne pouvait pas jouer sur des perspectives ouvertes à de jolis paysages, il ne pouvait pas créer des allées, des massifs ou des platebandes dont la beauté dépend de leur étendus généreux. Ainsi, il inventa de petites surprises que le visiteur pouvait découvrir petit à petit au cours de sa promenade, composées de plantes délicates dont l'épanouissement n'avait pas besoin de beaucoup de place. Il créa des endroits intimes, où le visiteur se sent bien sans éprouver la nostalgie des grands espaces, il joua avec la lumière, l'ombre et le soleil - bref, il créa une harmonie dans le menu, une harmonie intérieure, qui se suffisait à elle-même.
Oui, elle est d'accord avec Pascale. Montpellier a beaucoup changé. Les places sont devenues plus larges, les bâtiments plus hauts. "Mais pas plus hauts que l'arc de triomphe." Décidément, elle connaît bien l'histoire de Montpellier. Et il y a aussi les nouveaux quartiers, l'Antigone, le tram et beaucoup plus de gens. "Tous des jeunes", dit-elle, songeuse. Puis elle ajoute : "C'est bien. Montpellier est devenu jeune."
Un Arc de Triomphe pour Montpellier ? - À qui pourrait-il être dédié sinon à Louis XIV, ce roi tant aimé et en même temps haï par les Montpelliérains. Il fut construit en 1691, lorsque Louis XIV avait 53 ans et était à la hauteur de sa carrière en tant que roi envahissant et pacifiant. Il était l'occupant, l'ennemi et le libérateur. Un roi de la guerre et de la paix. Un roi dont on parlait. Un roi Soleil, un vainqueur. Il savait ce qu'il voulait, et il le reçut.
C'était ces victoires que les pères de Montpellier voulaient honorer avec l'édification de leur Arc de Triomphe. C'est-à-dire - ce n'était pas vraiment les pères de Montpellier qui avaient l'idée de fêter leur roi par une telle construction, mais l'intendant du roi qui, évidemment, travaillait dans ce que, aujourd'hui, on appellerait la "communication" : il était chargé de la gloire du roi.
Il est vrai que la construction de l'entrée du Peyrou fut initiée par l'intendant du roi, mais les pères de Montpellier n'étaient évidemment pas opposés à ce qu'on remplace la porte simple par un Arc de Triomphe. Leur ville ne méritait-elle pas toujours les projets les plus spectaculaires ? - Un monument qui rappellera Louis XIV aux générations futures devait évidemment être placé au plus haut point de Montpellier, sur 52 mètres, aussi haut que sa future statue. 

Il est difficile de ne pas penser à Louis XIV lorsqu'on se promène au Peyrou, cette place pleine de verdure qui domine la ville de Montpellier. Peu importe où l'on regarde, la statue du Roi Soleil reste toujours présente.
Et il est vrai que Louis XIV fut bien accueilli à Montpellier. Pendant que les voisins du Sud, au Roussillon, ont tout fait pour combattre l'envahisseur, les Montpelliérains lui ont ouvert grand leurs portes. Toutefois, sa statue ne fut érigée que trois ans après sa mort. Ce fut Jules Hardouin-Mansart, cet homme qui ne savait pas seulement dessiner des statues, mais qui portait aussi le titre du "premier architecte du roi", qui donna sa forme à cette œuvre en bronze, de six mètres de haut. Et dans le piédestal en marbre, il laissa graver une inscription en latin qui, en français, signifie : "Les États du Languedoc consacrèrent ce monument à Louis Le Grand de son vivant, et il fut érigé après sa mort en 1718".
Toutefois, sa qualité fut fatale à la magnifique statue. Déjà 74 ans plus tard - un rien comparé à la durée de l'Histoire - les révolutionnaires de Montpellier cassèrent "leur Louis XIV" et échangèrent le bronze contre huit canons qui aidaient la milice à se battre.