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vendredi 1 avril 2011

Montpellier, George Frêche et l'Odysseum

L'Odysseum et le testament de George Frêche

George Frêche et l'OdysseumOn a cru tout savoir sur George Frêche et le testament culturel et politique qu'il a laissé aux Montpelliérains. Toutefois, pas plus tôt que cette semaine-ci, une grande nouvelle arrive encore à étonner la ville de l'homme qui, pendant toute sa vie, a aimé "choquer".

Peu importe où l'on se promène à Montpellier, l'œil a du mal à se fixer sur une pierre qui ne semble pas porter le nom de George Frêche marqué en "lettres rouges" : c'est grâce à lui que les quartiers du centre ville ont été aménagés, puis l'Esplanade, le Polygone, l'Antigone... tous des témoins de l'esprit entrepreneur de l'ancien maire de Montpellier. Lorsqu'il a définitivement quitté sa ville et l'agglomération dont il était l'artisan, il avait encore beaucoup de projets en tête qui, partiellement, ont été réalisés après sa mort ou sont toujours en stade de réalisation : la nouvelle mairie ou les ZAT, les Zones Artistiques Temporaires n'en sont que quelques exemples.

Son dernier bébé, toutefois, a été l'Odysseum - et certains disent que cette dernière œuvre faisait partie des créations qu'il aimait le plus. Ce quartier sur la rive gauche du Lez lui tenait à cœur depuis longtemps. Mais avant d'en faire un centre commercial, George Frêche le voulait un champ de loisir. Le premier grand lieu de l'amusement était le cinéma multiplexe Gaumont. Il a été inauguré le 1er avril 1998 - nous fêtons donc aujourd'hui son treizième anniversaire. Loin d'être un "poisson d'avril", il est vite devenu un des premiers cinémas de Montpellier - bien qu'il a "laissé vivre" les salles du centre ville comme le Diagonal, le Royal ou l'Utopia dans le quartier des étudiants.

L'Odysseum, oeuvre de George FrêcheAprès le Gaumont, le tour était à la patinoire Végapolis qui était fonctionnelle ponctuellement pour les vacances de Noël en 2000 - pour George Frêche et plein d'autres Montpelliérains une sorte de marque du nouveau millénaire. Jusqu'à ce que, finalement, le 26 janvier 2002, le planétarium Galilée a ouvert ses portes.

Pour Montpellier, le grand cinéma, la patinoire, le planétarium - tout cela semblait déjà immense. Mais pour George Frêche, ce n'a été qu'un début. En décembre 2007, la zone ludique entre le cinéma et la patinoire a été élargie jusqu'à toucher l'aquarium Mare Nostrum. Et puis, tout a avancé très vite : déjà en 2008, l'Odysseum était connu pour deux autres attractions - le plus grand bowling de France, Bowling Star, et la plus grande surface d'escalade. Comme si souvent, les créations de George Frêche avaient battu les recordes....

Lorsque, en 2009, le centre commercial de l'Odysseum a été inauguré - avec 130.000 mètres carrés - l'œuvre de George Frêche n'était toujours pas accomplie. Pendant un moment, on a même discuté d'une statue de Lénine de quelque 4,50 mètres de haut.

Oui, George Frêche aimait surprendre le monde qui, s'il voulait ou non, l'a toujours observé. Toutefois, le jour de sa mort, les Montpelliérains ont pensé qu'il n'y aurait plus de surprises. Mais non, ils se sont trompés.

Ainsi, une partie étonnante de son testament - ou peut-être pas si étonnante que cela - a été dévoilée très récemment : George Frêche souhaite que l'Odysseum reste le quartier de loisir et de commerce le plus grand de son agglomération. Pour toujours. Aucun autre quartier comparable à Montpellier et aux alentours doit jamais dépasser les 129.999 mètres carrés.

Ce qui, à première vue, semble choquant - donc bien à la hauteur de l'ancien maire et président d'agglomération - n'est pourtant pas nouveau. Il y avait déjà un homme, un roi, avant George Frêche qui a exigé des Montpelliérains de garder pour lui un superlatif. Et, fidèles à la parole qui leur a été demandée, les habitants de Montpellier s'y sont toujours tenus... toujours depuis le 17e siècle.

Lorsque Louis XIV a fait ériger dans les jardins du Peyrou sa statue haute de six mètres, il savait très bien, pour quelle raison il avait choisi cet endroit : le Peyrou est la colline la plus élevée de Montpellier. Si, par conséquent, on compte la hauteur du sol, le socle et les six mètres de la statue, on se rend compte que la pointe de l'épée du roi est placée plus haut que tout toit de bâtiment montpelliérain. Seule la tour de l'église Sainte Anne s'y approche - mais elle reste légèrement en dessous de la pointe de l'épée.

Louis XIV au PeyrouIl est vrai que Louis XIV n'a jamais pu voir sa statue - elle n'a été terminée que trois ans après sa mort - tout comme George Frêche ne verra pas la finition de son dernière œuvre appelée Odysseum. Or, les Montpelliérains ont sagement suivi le désir de Louis XIV, sa pointe d'épée dépasse toujours tous les bâtiments de la ville.

Si, dans trois cents ans, les Montpelliérains vont toujours respecter le désir de George Frêche et faire en sorte que son œuvre reste le plus grand de son genre, nul ne le sait. Mais, de toute manière, la statue de Louis XIV a prouvé que les habitants de Montpellier savent respecter les testaments de leurs souverains...
Photos et texte : copyright Doris Kneller

lundi 7 juin 2010

Montpellier : Albert Gineste à la Maison de Heidelberg

Maison de Heidelberg à Montpellier : Louis II de Bavière - une conférence d'Albert Gineste

Albert Gineste, MontpellierQui à Montpellier ne connaîtrait pas Albert Gineste, Montpelliérain de naissance et fidèle à sa ville depuis très longtemps. Écrivain, musicien, peintre, philosophe, Albert Gineste incarne l'image de l'artiste. Lorsqu'il écrit, il le fait pour son plaisir et celui de ses amis. Lorsqu'il peint, on y sent son talent et son âme libre et généreuse. Lorsqu'il rêve, ses doigts bougent au rythme des mélodies qui traversent sa tête, comme sur un piano invisible...

...ce qui ne veut pas dire qu'Albert Gineste n'aurait pas aussi des goûts indépendants de l'art : il adore le foot, les voyages et la compagnie agréable. Sa spécialité, toutefois, est la musique de Richard Wagner. Cela fait des années maintenant, que les responsables de la Maison de Heidelberg à Montpellier lui ont demandé une première conférence sur son musicien préféré. Entre-temps, sa conférence annuelle sur Richard Wagner est devenue "standard". Ainsi, il a parlé de son œuvre, en présentant des extraits musicaux, il a expliqué les relations entre Nietzsche et Wagner et toujours, il y avait un personnage à l'arrière-plan, l'ami, le mécène, l'homme secret et perturbant : le roi Louis II de Bavière.

Montpellier, Opéra-ComédieC'est pourquoi, comme explique Albert Gineste, on lui a demandé de parler, pour une fois, de ce roi aux idées généreuses et étranges en même temps. Ce qui, évidemment, ne l'a pas éloigné de son sujet de base : pendant toute sa vie, Louis II de Bavière était intrigué par la musique de Richard Wagner. Bien que, à de courtes époques, il ait essayé de s'éloigner de celui qu'il appelait son ami, il l'a toujours rappelé pour le savoir proche de lui, jusqu'à financer l'immense théâtre consacré à la musique du compositeur allemand et, par ce geste, à ruiner les finances de son état.

.Pendant l'heure remplie par la voix d'Albert Gineste, le public était fasciné. Il l'a amené vers cette montagne loin de Montpellier, dans ce royaume de Bavière, où le temps semblait arrêté. Il guidait ses auditeurs à travers d'une vie pleine d'émotions, des amours interdits ou, au moins, impossibles, d'une interprétation "propre" du pouvoir, de passion et de désespoir.

Louis II de Bavière était un homme habitué à posséder tout ce qu'il voulait : les amants, les amis, les musiciens, l'argent. Jusqu'à nos jours, on ne sait pas s'il n'était pas capable de comprendre que ses goûts avaient tout pour ruiner les finances de la Bavière, ou si cela lui était tout simplement égal. Ce qu'il entamait, il le faisait "entièrement" : ami, il faisait tout pour ses amis, amant, il restait fidèle. Au moment où il était pris de l'envie de construire des châteaux, ils les dessinait lui-même et faisait en sorte qu'ils soient les plus beaux et les plus grandioses. Il était gourmand non seulement dans l'amour, mais aussi dans la nourriture - il adorait les bons plats et les sucreries... au point que, arrivé à l'âge mur, le "beau garçon" s'était transformé en homme languissant, bouffi, sans énergie.

Louis XIV à MontpellierC'était en 1861, Louis avait juste 16 ans, qu'il était confronté pour la première fois avec des opéras de Richard Wagner. Tannhäuser et Lohengrin le fascinaient immédiatement. Ce n'était pas seulement la musique majestueuse - dont le caractère correspondaient si parfaitement à celui du jeune souverain - mais aussi le monde des légendes et comptes de fées qui se reflète dans les opéras de Wagner. Bien que, au début, il ait refusé sa fascination avec l'argument que ce n'était qu'une passion "infantile" qu'il oublierait dès qu'il serait adulte, il ne pouvait plus résister au charme de la musique wagnérienne le jour où, trois ans plus tard, le compositeur s'inclinait devant lui pour la première fois.

La suite : Louis II de Bavière finançait l'épopée musicale du Ring der Nibelungen. La dépense fâchait son peuple au point qu'il se voyait obligé, quelques ans plus tard, de chasser Wagner de sa capitale, Munich. Ce qui comptait, en ce moment, c'était la guerre contre la Prusse - au moins pour le peuple ou, plutôt, pour certains hommes au pouvoir. Louis, par contre, se sentait plus touché de la perte de son ami que de la guerre. La Bavière perdait la guerre et Louis II en avait assez des affaires d'un roi. Il se retirait dans la montagne et ne se consacrait plus qu'à la construction de châteaux, aux arts, à ces amours - et à son amitié avec Richard Wagner.

Pourquoi le peuple bavarois a-t-il accepté un roi qui ne pensait qu'à son plaisir au lieu de s'occuper de ses sujets - et cela presque cent ans après l'exécution de Louis XVI à Paris ? était une des questions posées après la conférence d'Albert Gineste. La réponse n'est pas facile. Toujours est-il que l'esprit de la révolution française n'a pas touché les Allemands. Il est vrai que le premier soulèvement des paysans allemands a eu lieu déjà dans la première moitié du 16ème siècle, mais il est resté local et limité à une classe bien définie.

Que Louis II de Bavière a-t-il en commun avec Montpellier ? - "Si je connaît Louis II de Bavière ? Non, désolé", est la réaction de plusieurs Montpelliérains interrogés dans la rue de la Loge. Mais : "Je me rappelle du film de Visconti", constate une dame dans la cinquantaine. "C'est de ce roi-là que vous parlez ?"

Une étudiante d'histoire a, finalement, une réponse. "Oui, j'ai entendu parlé de ce roi. Et je connais aussi deux films qui ont été tournés sur lui. Mais je ne sais pas ce qu'il pourrait avoir en commun avec Montpellier", commence-t-elle, mais puis, elle sourit. "Peut-être l'amour des jolis bâtiments - il suffit de regarder l'Opéra-Comédie. Puis, Montpellier a eu des 'visites' des rois qui étaient un peu comme ce Louis II : Louis XIII qui a bombardé la ville ou Louis XIV qui l'a occupé. Ce qui n'a pas empêché les Montpelliérains d'adorer leur roi."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

lundi 1 mars 2010

Peyrou et le Champ de Mars : Montpellier, les Montpelliérains et leurs plans d'eau

Montpellier, aqueducLe beau et l'utile - Montpellier, une histoire d'eau

Lorsque, ces jours-ci, il pleut à Montpellier, il y a des gens qui ne sont pas contents. Il n'y a pas si longtemps, par contre, chaque goutte d'eau tombée du ciel a été accueillie avec joie. Montpellier et sa pénurie d'eau, ceci est toute une histoire...

Pourtant, les Montpelliérains et leurs maires avaient toujours de bonnes idées... et ils ont réussi à transformer le besoin en beauté. Ainsi, Montpellier n'a pas seulement atteint son projet des 100 fontaines - un projet d'abord rêvé, plus tard planifié pendant des années - mais une multitude de plans d'eau.

Un des plus anciens est le plan d'eau du Peyrou. Il fait partie du château d'eau, construit en 1768 et lié à l'aqueduc qui mène vers Saint Clément de Rivière. Comme tous les châteaux d'eau, aussi celui du Peyrou servait comme réservoir et bassin de distribution de l'eau. L'idée était de distribuer l'eau sans pression - on n'avait évidemment pas encore l'habitude des pompes électriques.

Montpellier, PeyrouEt quel endroit à Montpellier aurait été mieux placé que le Peyrou pour construire un tel château d'eau ? Louis XIV savait très bien où il plaçait sa statue - et Louis XIII savait très bien où il fallait stationner ses troupes pour bombarder la ville : au point culminant de la ville.

Ainsi, le Peyrou, le jardin aménagé à l'honneur du roi qui, d'abord, a été considéré comme ennemie de Montpellier, n'est pas seulement un endroit de plaisir pour les rois et, aujourd'hui, les Montpelliérains, mais aussi un lieu stratégique pour la distribution de l'eau.

Un autre plan d'eau bien connu et aimé par les Montpelliérains est celui du Champ de Mars, le petit parc juste à côté de l'Esplanade. Si on regarde les jardins ou parcs "classiques" de Montpellier, on se rend compte qu'il n'y a pas un seul sans pièce d'eau. Et il est clair qu'un paysagiste de la qualité et du professionnalisme d'un Édouard André n'y aurait pas renoncé.

Champ de Mars, MontpellierToutefois, même si Édouard André n'avait pas eu envie d'orner le Champ de Mars d'un plan d'eau, les Montpelliérains l'y auraient probablement obligé - car, pour quelqu'un qui vit dans une ville méditerranéenne, il est difficile d'oublier la valeur de l'eau. Ainsi, le Champ de Mars n'a pas seulement été doté d'un petit lac, mais aussi d'une fontaine. Il y a longtemps que les ingénieurs ont constaté que chaque fontaine aide à distribuer d'une façon plus équilibrée l'eau issue de la nappe phréatique. Un plan d'eau associé à une telle fontaine est idéal pour, en plus, stocker le liquide précieux. Ainsi, la fontaine et la pièce d'eau du Champ de Mars lient l'utile au beau...

Photos et texte : copyright Doris Kneller

vendredi 19 février 2010

Place de la Comédie à Montpellier : l'Hôtel Nevet

Place de la Comédie et rue Jaques Cœur - l'endroit où Montpellier rencontre Montpelliéret

Montpellier, place de la ComédieSi les pierres de la place de la Comédie pouvait raconter leur histoire, nous n'aurions plus besoin de livres... - Qui, debout devant le Cinéma Gaumont sur la Comédie, pourrait imaginer que, un jour, le Cardinal de Richelieu descendit de sa carrosse, en grande pompe, entouré de ses servants, peut-être à l'endroit même où, aujourd'hui, nous faisons la queue pour voir un film ?

S'il y a des maisons à Montpellier qui ont "vécu", celles de la place de la Comédie en font partie. Mais la maison qui vit le plus de "personnages" de l'histoire, c'est sans doute celle qui était placée à l'endroit où, aujourd'hui, se trouve le Cinéma Gaumont.

Imaginons le temps où la vie de Montpellier était soumise aux idées d'un gouverneur qui, de son côté, était obligé de rapporter au roi tout ce qui s'y passait. C'était à ce moment que le bâtiment vit sa première grande époque. Encore, il s'ouvraient sur deux côtés : sur la Comédie au sud-est, et vers la rue Jacques Cœur au nord-ouest.

La place de la Comédie et l'Hôtel NevetÀ cette époque, la rue Jacques Cœur portait le nom de "rue de la Peyre", c'est-à-dire, en français, "rue de la Pierre". Mais cette appellation ne faisait pas allusion aux matériaux avec lesquels les maisons de la Comédie étaient construites - pierre de Saint-Jean-de-Védas, pierre de Pignan ou pierre de Saint-Geniès-des-Mourgues -, mais à la borne en pierre qui marquait l'endroit où se rencontrent la rue de la Loge, la rue Jacques Cœur et la Grand'Rue Jean Moulin, la limite entre la partie qui était sous l'autorité de Montpellier et celle qui appartenait à Montpelliéret.

Nous ne savons pas de quel côté le Cardinal de Richelieu entrait dans la maison lorsqu'il visita Montpellier en 1629. Et il n'était pas le premier des "grands" de la France à dormir dans ce bâtiment : en 1564, il fut choisi par Charles IX et Catherine de Médicis, la reine mère. Louis XIII s'y reposa en 1642, et dix-huit ans plus tard, ce fut à Louis XIV et Mazarin d'être hébergés dans la maison entre la Comédie et la rue Jacques Cœur.

Toutefois, comme tant de bâtiments à Montpellier, celui-ci non plus ne devrait pas tenir debout pour l'éternité. La Révolution arriva, et avec elle la dévalorisation de presque tous les édifices historiques. La maison fut vendue et revendue, mais, pour quelques années, elle restait intacte. Jusqu'au jour, presque cent ans après la visite de Louis XIV et Mazarin, où elle fut accaparée par un vieux soldat de l'Empire… Ce soldat, un certain Monsieur Nevet, devrait démolir la maison, en construire une autre et, de nouveau, attirer les yeux de la France et de l'Europe vers la Comédie : il créa le fameux Hôtel Nevet.

Place de la Comédie à MontpellierEt une autre grande époque avait commencé. Nous pouvons considérer l'Hôtel Nevet comme un des "pionniers" du tourisme. Cette fois-ci, ce ne fut pas les rois et cardinaux qui y séjournaient, mais les artistes et écrivains - par exemple Valery Larbaud qui écrivit plusieurs nouvelles sur Montpellier - les futurs étudiants de l'université de Montpellier qui venaient de bonnes familles et qui étaient là pour "renifler" l'air de la ville et s'inscrire à leur faculté et, bien sûr, les Parisiens, les Anglais, les Allemands, les Russes - tous ceux qui avaient assez d'argent pour se payer des vacances près de la Méditerranée et qui avaient l'habitude des endroits à la mode...

Mais un jour, cette époque était révolue elle aussi. Et, avec elle, celle de la maison. De nouveau, elle fut vendue, démolie et reconstruite pour, une autre fois, accueillir une clientèle riche qui cherchaient les endroits à la mode : deux partenaires, les Messieurs Antonin et Géraud, y construisirent les "Nouvelles Galeries" qui, plus tard, furent transformées en Galeries Lafayette.

Photos et texte : copyright Doris Kneller

samedi 16 janvier 2010

Montpellier et son Esplanade : Édouard André et les espaces verts

L'Esplanade Charles de Gaulle à Montpellier et le Jardin du Champ de Mars

Esplanade, MontpellierSi il y a quelque chose qui marqua toujours l'histoire de Montpellier, c'est le manque d'eau. Ce problème permanent incita la construction de l'aqueduc et, avec lui, du Peyrou et, finalement, c'est lui qui a fait à Montpellier le cadeau de ses 100 fontaines. N'oublions pas que, au moins à l'origine, ces fontaines avaient une fonction très concrète - livrer aux habitants de Montpellier une quantité suffisante d'eau. Mais elles ajoutèrent sans doute aussi à la beauté de Montpellier.

Les trois fontaines de l'Esplanade Charles de Gaulle ne font pas exception à cette règle. Initialement, elles n'étaient rien qu'une source d'eau de plus pour les Montpelliérains. Plus tard, toutefois, au XVIIIe siècle, elles se transformèrent en ornement bordant une des voies royales de Montpellier, une source de fraîcheur qui rafraîchit l'air pour le roi et sa cour, agréable à l'œil. En 1988, ces fontaines furent reconstruites pour arborer de nouveau leur beauté d'origine.

Charles de Gaulle, Esplanade, MontpellierLes voies royales - que la ville de Montpellier aurait-elle été sans ses voies royales ? D'abord, il y avait la dynastie des Guilhem, les seigneurs de Montpellier, plus tard, Louis XIII, Louis XIV… et chacun de ses souverains avait besoin de ses palais, de ses "lieux sacrés" - et de ses voies royales. Une des voies royales les plus connues est cette avenue qui, aujourd'hui, porte le nom de rue Foch, construite à la gloire de Louis XIV, avec l'Arc de Triomphe également construit à sa gloire et le Peyrou avec sa statue, également construite à sa gloire…

Une autre voie royale menait à l'endroit où, en 1990, Claude Vasconi construisit le Corum, juste au lieu où un autre grand architecte, Édouard André, inventa l'Esplanade Charles de Gaulle.

Mais l'Esplanade de Montpellier, l'ancienne voie royale, ne vit pas toujours le luxe et le bonheur. Pas loin de notre Corum se tenait la Citadelle, lieu de bataille et de guerre. Des fils de Montpellier, condamnés par le souverain en cours, moururent sur l'Esplanade comme, parmi d'autres, Claude Brousson, avocat et partisan de la cause calviniste, pendu en 1698 près de ces fontaines conçues au plaisir des rois, ou Jean Vesson, prédicateur protestant, en 1723…

L'Esplanade Charles de Gaulle n'était jamais une simple "avenue". Édouard André, ce paysagiste et botaniste qui créa des jardins partout en Europe, n'avait pas l'intention de tracer juste une zone piétonne censée couvrir les 500 mètres entre la place de la Comédie et l'endroit tant aimé par les rois et autres souverains qui offre une vue imprenable sur Montpellier et, plus tard, fut élu pour héberger le Corum. Déjà au milieu du XIXe siècle, on y avait planté les quatre rangées de platanes. Édouard André y ajouta des essences exotiques, des pelouses fleuries et ces "petites fantaisies" qui étaient sa spécialité, et qui le visiteur ne découvre qu'au fur et à mesure de sa promenade.

Montpellier et son EsplanadeÉdouard André fut l'homme qui changea la conception des jardins en France et en Europe. Né en 1840, il commença sa carrière à l'âge de vingt ans comme jardinier à Paris. En 1900, lorsqu'il créa alors l'Esplanade Charles de Gaulle à Montpellier, son œuvre était déjà bien avancée et ses théories des espaces verts en ville étaient célèbres et appréciées. Ces théories furent publiées la première fois en 1867 - Édouard André avait donc 27 ans - dans un article qu'il rédigea avec George Sand, un des premiers écrivains féministes en France et révolutionnaire à son temps.

Son idée basait principalement sur un manque d'espace. Il était facile de créer des jardins magnifiques à des endroits où les jardiniers disposaient des dizaines d'hectares pour réaliser leurs idées. Mais là où les gens avaient besoin d'un peu de vert - surtout, alors, à l'intérieur des villes - il n'y avait pas assez de place pour laisser libre voie à des idées charmantes, agréables à l'œil du citadin affamé de beauté. Et ce fut juste ces espaces restreints qui animaient l'imagination d'Édouard André.

Ces premiers succès étaient la conception du parc des Buttes-Chaumont et du parc Sefton de Liverpool, où il participa au concours lancé par la ville - et gagna. Il fit aussi une première apparition à Montpellier où il créa le Champ de Mars juste à l'endroit où, plus tard, il devra dessiner le Jardin du Champ de Mars.

En 1871, presque trente ans avant de concevoir l'Esplanade de Montpellier, Édouard André acquit une petite propriété au cœur du village de La Croix-en-Touraine, dans l'Indre et Loire. Comme tous les terrains des maisons de village, son jardin n'était pas très grand. D'un côté, il était limité par la maison qui donnait directement sur la rue principale, de l'autre côté il y avait un cours d'eau. Au contraire de ses collègues paysagistes, Édouard André était donc obligé de se contenter d'à peine deux hectares.

Edouard André et l'EsplanadeEt ce fut ici, sur cette petite propriété dans un village provincial, où le botaniste passionné réalisa ses idées. Il ne pouvait pas jouer sur des perspectives ouvertes à de jolis paysages, il ne pouvait pas créer des allées, des massifs ou des platebandes dont la beauté dépend de leur étendus généreux. Ainsi, il inventa de petites surprises que le visiteur pouvait découvrir petit à petit au cours de sa promenade, composées de plantes délicates dont l'épanouissement n'avait pas besoin de beaucoup de place. Il créa des endroits intimes, où le visiteur se sent bien sans éprouver la nostalgie des grands espaces, il joua avec la lumière, l'ombre et le soleil - bref, il créa une harmonie dans le menu, une harmonie intérieure, qui se suffisait à elle-même.

Plus tard, ce jardin fut acheté par la ville et, en 2006, il fut intégré dans la liste du conservatoire national des Monuments Historiques.

Lorsque, en 1900, Édouard André créa l'Esplanade de Montpellier, son nom était déjà réputé à une échelle internationale. Son fils, René-Édouard, qui adhérait aux idées de son père et devrait poursuivre sa carrière, travaillait déjà avec lui et, ensemble, ils firent de cette ancienne voie royale au cœur de Montpellier ce qu'elle est aujourd'hui : un lieu de détente et de plaisir, une place centrale dans la vie des Montpelliérains.
Photos et texte : copyright Doris Kneller

jeudi 31 décembre 2009

Comédie, Antigone, Peyrou : Montpellier la jeune

Jeune, dynamique, écologique : faut-il être né à Montpellier pour être Montpelliérain ?

Louis XIV à Montpellier
Bonne année, Saint Louis de Montpellier

Montpellier et ses Montpelliérains... On ne peut pas dire qu'ils sont "entre eux", ce jeudi 31 décembre. La ville grouille de visiteurs. La place de la Comédie est une véritable "Tour de Babel" - on entend de l'anglais, puis de l'allemand, de l'espagnol, du hollandais, du japonais, du suédois et d'autres langues parfois difficiles à classer.

Londres, été 2009. Pascale, peintre, Montpelliéraine de naissance, raconte son histoire. "J'étais très heureuse à Montpellier", explique-t-elle, "mais j'avais besoin de voir le monde." Paris, New York, Londres, des stations en Italie, à l'Île Maurice, au Maroc, son chemin l'a menée loin. Et parfois, elle retourne à Montpellier. "Je ne retrouve plus la petite ville de mon enfance. Le centre, bien sûr, le centre existe toujours, avec ses ruelles étroites. Mais le reste - même la Comédie n'est plus ce qu'elle était. On n'est plus entre nous. Montpellier est devenu si... immense."

Non, il est vrai, Montpellier n'est plus ce qu'il était. Un homme âgé, probablement retraité, qui se promène à la Comédie hausse les épaules. "Désolé, ce ne fait que quatre ans que je suis à Montpellier. Je ne peu rien vous dire." Une dame, à peu près du même âge, se tient devant la fontaine des Trois Grâces. Elle attend son fils, mais elle a le temps. "Si je suis Montpelliéraine ?" Elle rigole. "Oui, on peut dire ça. Je suis ici depuis trente ans, ça fait une baille." Mais, en fait, elle n'est pas née à Montpellier ? "Faut-il être née à Montpellier pour être Montpelliéraine ?"

Montpellier, AntigoneOui, elle est d'accord avec Pascale. Montpellier a beaucoup changé. Les places sont devenues plus larges, les bâtiments plus hauts. "Mais pas plus hauts que l'arc de triomphe." Décidément, elle connaît bien l'histoire de Montpellier. Et il y a aussi les nouveaux quartiers, l'Antigone, le tram et beaucoup plus de gens. "Tous des jeunes", dit-elle, songeuse. Puis elle ajoute : "C'est bien. Montpellier est devenu jeune."

Il y a autant du monde au quartier de l'Antigone qu'à la place de la Comédie. Un groupe de jeunes filles se promène autour la statue du Poséidon. "Je suis anglaise", déclare la première dans un français bien compréhensible. "Ça fait trois semaines que je suis à Montpellier. J'étudie le français." Que pense-t-elle de Montpellier ? "J'aime", dit-elle avec un petit sourire. Vraiment ? Sans retenue ? "Oui, mais... well, les gens ne sont pas toujours gentils. Ils n'aiment pas dire bonjour. Et les commerçants sont", elle hésite, "unfriendly ?" - "Pas aimable", la soutient une copine, anglaise elle aussi. "Oui, si on veut savoir quelque chose dans un magasin comme ... (elle nomme un grand magasin du Polygone), ils ne répondent pas ou pas poliment."

Montpellier ville "pas aimable" ? Que cela ne tienne. "Oui, c'est vrai", consent une femme d'une quarantaine d'années. Elle sait de quoi elle parle, vu qu'elle fait partie "des rares bêtes qu'on trouve encore ici qui sont nées dans cette ville." Selon elle, Montpellier aurait perdu son amabilité. "Je ne sais pas à quoi c'est dû", dit-elle, "mais quand j'étais enfant, c'était normal de se dire bonjour. Aujourd'hui, les gens vous regardent bizarrement. On se connaît pas, on n'a plus rien à voir l'un avec l'autre. Peut-être y a-t-il un peu trop de gens à Montpellier ?"

Montpellier, Peyrou
Bonne fête, Montpellier, à l'année prochaine

Brigitte qui traverse juste le jardin de Peyrou est une autre de "ces bêtes rares... nées dans cette ville". Mais elle n'a que 16 ans. "On jour je partirai, c'est clair", elle sourit, "peut-être en Angleterre ou aux États-Unis. Pour apprendre l'anglais." Mais bien sûr, elle aime Montpellier. "Pas aimable ? Non, pourquoi Montpellier serait moins aimable que d'autres villes ?" Dit-elle bonjour aux gens qu'elle ne connaît pas, qu'elle rencontre, par exemple, dans l'immeuble où elle habite avec sa mère ? "Euh, non." Elle réfléchit, puis : "Bien sûr que je dis bonjour. Aux voisins, aux gens que je connais. Mais pas à des étrangers. Pourquoi ?"

Y a-t-il quelque chose qui ne lui plaît pas à Montpellier ? "Oh non", répond-elle spontanément, "on peut tout faire ici, c'est très bien. La ville est très dynamique. Et écologique aussi, c'est important. Et j'ai beaucoup de copains et de copines étrangers, c'est très bien, aussi." Toutefois, après réflexion, elle ajoute : "Ce qui est dommage, c'est que les copains étrangers partent tous si vite. Ils restent deux mois, trois mois, et après ils s'en vont. C'est un peu triste."

Montpellier, une ville qui a changé, qui est devenu immense, dynamique, écologique. Où même les "autres", nés "ailleurs", peuvent se sentir Montpelliérains. Où les étudiants arrivent, "aiment" et s'en vont de nouveau. "Mais c'est pas si grave". Brigitte se dépêche de corriger l'image "un peu triste" qu'elle a tracée. "Les uns s'en vont, les autres arrivent. Et on peut toujours s'écrire et se rendre visite. Comme ça, je peux voir d'autres pays."

"Oui, j'aime être à Montpellier", assure un jeune homme allemand, lui aussi étudiant. "Y a toujours quelque chose qui se passe. Je dois partir bientôt, mais je reviendrai."

Ils ne reviennent peut-être pas tous, mais ils en ont envie. Montpellier ne s'oublie pas si facilement. Montpellier, "c'est bien", c'est "devenu jeune". Si, l'année prochaine, cette "nouvelle jeunesse", peu importe son âge, pourrait dire "bonjour" un peu plus facilement, avec le sourire adéquat, Montpellier sera peut-être... une ville parfaite...
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 16 décembre 2009

Un Arc de Triomphe pour Montpellier,
Louis XIV et le Peyrou

Trois hommes et un Arc de Triomphe à Montpellier : d'Orbay, d'Aviler et Philippe Bertrand

Montpellier, PeyrouUn Arc de Triomphe pour Montpellier ? - À qui pourrait-il être dédié sinon à Louis XIV, ce roi tant aimé et en même temps haï par les Montpelliérains. Il fut construit en 1691, lorsque Louis XIV avait 53 ans et était à la hauteur de sa carrière en tant que roi envahissant et pacifiant. Il était l'occupant, l'ennemi et le libérateur. Un roi de la guerre et de la paix. Un roi dont on parlait. Un roi Soleil, un vainqueur. Il savait ce qu'il voulait, et il le reçut.

Arc de Triomph au Peyrou, MontpellierC'était ces victoires que les pères de Montpellier voulaient honorer avec l'édification de leur Arc de Triomphe. C'est-à-dire - ce n'était pas vraiment les pères de Montpellier qui avaient l'idée de fêter leur roi par une telle construction, mais l'intendant du roi qui, évidemment, travaillait dans ce que, aujourd'hui, on appellerait la "communication" : il était chargé de la gloire du roi.

À cette époque, Montpellier était envahi par des travaux d'embellissement de la ville. Déjà, on avait inauguré la première partie du Peyrou, ce jardin magnifique qui devrait être comblé par l'immense statue de Louis XIV. Mais pour s'y rendre, on était obligé de franchir une porte simple, sans ornements, intégrée aux remparts, qui était liée à un pont-levis. Ce pont enjambait un fossé qui servait à la défense de la ville. La légende dit qu'il était rempli de lions...

Le sujet des lions qui surgit souvent en relation avec Louis XIV revient d'ailleurs aussi sur un des médaillons qui ornent l'Arc de Triomphe. Dans ce cas, le fauve symbolise la force des ennemis, les Anglais, évidemment vaincus par Louis XIV : le triomphe de celui qui, selon l'inscription latine sur l'édifice, aurait apporté la paix "sur terre et sur mer" et qui, ensuite, aurait réussi à "s'attacher à des peuples alliés dans une guerre de quarante ans."

Montpellier, PeyrouIl est vrai que la construction de l'entrée du Peyrou fut initiée par l'intendant du roi, mais les pères de Montpellier n'étaient évidemment pas opposés à ce qu'on remplace la porte simple par un Arc de Triomphe. Leur ville ne méritait-elle pas toujours les projets les plus spectaculaires ? - Un monument qui rappellera Louis XIV aux générations futures devait évidemment être placé au plus haut point de Montpellier, sur 52 mètres, aussi haut que sa future statue.

Bien que l'Arc de Triomphe ressemble fortement à la porte Saint Martin à Paris, il a fallu trois artistes pour la construire. Le premier fut François d'Orbay qui dessina ses plans. Mais occupé à bâtir d'autres monuments pour le roi - il dirigea par exemple les travaux sur Versailles - ce fut Augustin-Charles d'Aviler, un architecte né à Paris et mort à Montpellier, qui réalisa les plans de François d'Orbay. Toutefois, celui qui prenait les travaux en main, ce fut Philippe Bertrand, un artiste né à Montpellier, qui sculpta aussi les médaillons sur l'Arc de Triomphe.


Arc de Triomphe du PeyrouLouis XIV à Montpellier
Car le lion vaincu n'est pas le seul relief sur l'Arc voué à la gloire de Louis XIV. Il y a aussi Neptune, le Dieux de la mer, représentant le Roi Soleil, qui a le pouvoir d'inviter la Méditerranée à l'intérieur des terres. Ce qui les Languedociens faisaient par la construction du Canal du Midi, réussit à Neptune par un simple geste de bras. Grâce à Neptune ou, comme le veut l'allégorie, Louis XIV et ses victoires, "Junctios Oceano et Mediterraneo mari", ce qui signifie que l'Océan et la Méditerranée sont maintenant unis.
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 2 décembre 2009

Une ville et ses statues : Montpellier, Louis XIV
et le Peyrou

Montpellier dans l'ombre de Louis XIV

statue Louis IVXIl est difficile de ne pas penser à Louis XIV lorsqu'on se promène au Peyrou, cette place pleine de verdure qui domine la ville de Montpellier. Peu importe où l'on regarde, la statue du Roi Soleil reste toujours présente.

Louis XIV, MontpellierEt il est vrai que Louis XIV fut bien accueilli à Montpellier. Pendant que les voisins du Sud, au Roussillon, ont tout fait pour combattre l'envahisseur, les Montpelliérains lui ont ouvert grand leurs portes. Toutefois, sa statue ne fut érigée que trois ans après sa mort. Ce fut Jules Hardouin-Mansart, cet homme qui ne savait pas seulement dessiner des statues, mais qui portait aussi le titre du "premier architecte du roi", qui donna sa forme à cette œuvre en bronze, de six mètres de haut. Et dans le piédestal en marbre, il laissa graver une inscription en latin qui, en français, signifie : "Les États du Languedoc consacrèrent ce monument à Louis Le Grand de son vivant, et il fut érigé après sa mort en 1718".

Il est fort possible que les États du Languedoc aient consacré la statue à Louis XIV. Mais on dirait qu'ils n'avaient pas vraiment le choix : ce fut Louis XIV lui-même qui exigea de Montpellier de construire un monument à sa mémoire. Et il allait jusqu'à décider de son emplacement - rien de plus banal que cette promenade dite de Peyrou qu'il avait construite en prolongement de la Voie Royale comblée par l'Arc de Triomphe. Cet emplacement, il le choisit peut-être pour sa position dominante. Mais peut-être avait-il aussi le sens d'une sorte d'humour "historique" - sa statue est placée juste à l'endroit d'où son ancêtre Louis XIII bombarda la ville de Montpellier…

Arc de Triomphe à MontpellierToutefois, sa qualité fut fatale à la magnifique statue. Déjà 74 ans plus tard - un rien comparé à la durée de l'Histoire - les révolutionnaires de Montpellier cassèrent "leur Louis XIV" et échangèrent le bronze contre huit canons qui aidaient la milice à se battre.

Mais la Révolution ne sonna pas le glas de la monarchie et, en 1838, une autre statue fut construite, identique à la première - sur un socle différent. Car l'ancien socle, la seule partie du Roi Soleil qui ne fut pas détruite par les révolutionnaires, est occupé "ailleurs" : sur la place de la Comédie. Le socle qui, jadis, était occupé par Louis XIV fut offert aux… Trois Grâces.

Ce détail ne devrait cependant pas choquer Louis XIV. Si, aujourd'hui, on pouvait lui demander ce qui l'intéresse, il parlerait probablement de l'obéissance de la ville de Montpellier. Il serait content de constater que les Montpelliérains se soumettent toujours à l'ordre qui lui tenait tant au cœur : il voulait rester le point culminant de Montpellier. Il déclara qu'aucun bâtiment n'aurait le droit d'être plus haut que sa statue. Et ainsi fut-il. L'épée de Louis XIV forme toujours le point culminant de Montpellier.
Photos et texte : copyright Doris Kneller, "Gens de Montpellier" et SudDesign