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mercredi 21 janvier 2015

Montpellier et son Stade à la Mosson

Philippe Saurel, défenseur du Stade à La Mosson : qu'en pensent les Montpelliérains ?


Ça y est, Montpellier et les Montpelliérains ont de quoi être fiers : le stade à La Mosson accueille de nouveau les grandes rencontres sportives. Il a été re-inauguré le 9 janvier avec le match de ligue 1 Montpellier contre Marseille où, avec un score 2-1, l’équipe montpelliéraine a rendu heureux ses fans.  

Les amateurs de foot sont contents de l’exploit de leur équipe, mais aussi de leur stade remis à neuf après les inondations en octobre 2014. Bien que, pendant un moment, on ait envisagé d’en construire un autre au lieu d’investir dans l’ancien. Mais Philippe Saurel a refusé toute alternative : pour lui, le stade de foot est lié à l’histoire du quartier de La Mosson.

L’histoire du stade qui, depuis la Coupe du monde de football 1998, porte le nom « Stade de la Mosson-Mondial 98 » commence effectivement par un terrain de foot utilisé par quelques gamins issus d’un quartier habité depuis 1967. Ensuite, les événements se sont enchaînés : les gamins ont créé un club qui a rapidement pris sa place dans le monde du foot, on a construit un premier petit stade, des clubs ont fusionné jusqu’à ce que, finalement, Louis Nicollin, ami proche de Georges Frèche, a pris en main le club et milité pour la construction d’un grand stade : chaque fois que le club a gagné un match important, un élément essentiel s'est ajouté au stade…

Jusqu’à ce qu’en octobre 2014, les inondations détruisent une grande partie du stade, au point que les responsables pensent sérieusement à la construction d’un nouveau stade, à un emplacement plus protégé des intempéries. Mais ceux qui tiennent à continuer l’histoire du quartier La Mosson s’imposent : au prix de 6,2 millions euros dont 30 pour cent sont financé par le contribuable montpelliérain.

Certes, les Montpelliérains sont fiers de leurs équipes de foot et de rugby - mais sont-ils d’accord avec les millions déboursés pour la réparation du stade ? Montpellier Presse Online leur a posé la question.

« Ça fait combien, 30 pour cent de 6,2 millions ? » se moque une dame dans la cinquantaine en rigolant. « Franchement, chaque fois qu’il est question du coût d’un projet de la ville, je décroche. Ce sont des chiffres qui, pour des gens comme moi, n’ont aucun sens. C’est trop, tout simplement, je ne peux pas imaginer quelqu’un qui sait jongler avec de telles sommes. »

Une autre dame, par contre, d’une dizaine d’années plus jeune que la précédente, imagine très bien ce qu’on pourrait faire avec une telle somme : « Pour moi, le stade de foot est la honte du quartier et la honte de Montpellier. Si un des visiteurs qui viennent de l’extérieur avait l’idée de se promener dans le quartier, il comprendrait tout de suite que le stade n’a rien à faire des gens qui y habitent. Ils ne pourraient même pas se payer une entrée. Comment peut-on construire un tel symbole de richesse et de gaspillage d’argent public dans un quartier où les gens vivent en dessous du minimum et où les rues et les maisons auraient besoin d’argent pour les réparations de base ? Une fraction de la somme utilisée pour les réparations du stade aurait suffi pour aider le quartier entier. »

Un Monsieur dans la soixantaine est plus ou moins du même avis : « J’aurais bien aimé que George Frèche et Louis Nicollin qui se sont engagés pour la construction du stade ou maintenant Philippe Saurel et le fils Nicollin partagent un jour le quotidien d’un habitant ’moyen’ du quartier dont le stade est le ‘symbole’. Ils auraient peut-être compris que leur ‘symbole’ n’a rien à voir avec le quartier et les personnes qui y vivent. »

Mais pas tout le monde critique le stade - au contraire, beaucoup de Montpelliérains sont fiers de lui et du succès de leurs équipes, même ceux qui n’y ont jamais mis le pied : « Montpellier et son stade », s’enthousiasme par exemple une dame dans la trentaine, « sont connus partout en France. Peut-être même dans le monde. » Interrogée par l’équipe de Montpellier Presse Online, combien de fois elle y aurait assisté à un match, elle avoue : « Jamais. C’est trop cher pour moi. Mais je peux suivre les matchs à la télé ou sur grand écran à la Comédie. »

« Les riches à La Mosson, les pauvres sur la Comédie », ironise une autre dame d’à peu près le même âge. « De toute manière, ça ne change rien », ajoute-t-elle d’une voix amère, « l’alcool coule à flot, aux deux endroits, et pour beaucoup, c’est plus important que le foot. »

Toutefois : « Le foot et le rugby sont les points forts de Montpellier », explique un Monsieur dans la quarantaine, et une dame dans la cinquantaine part dans la même direction : « L’année dernière, j’ai offert une bonne place à mon fils, il était très très content. » Et une dame dans la trentaine se fâche carrément : « J’en ai marre qu’on me parle des entrées trop chères au Stade de la Mosson. Il y a des places pour 10 euros, les étudiants peuvent même entrer pour 5 euros. Tout le monde peut s’offrir ça. »

Une dame dans la cinquantaine parle également de l’argent, mais pour elle, les sommes pour la réparation du stade ne sont pas « jetées par la fenêtre » : « Au stade, ils encaissent dans les 400.000 euros par match. L’argent déboursé est alors vite récupéré. Le montant de ses sommes fait peur aux gens, mais en vérité, ce n’est que bénéfice. »

Un Monsieur du même âge est d’accord avec le bénéfice, mais il ne le regarde pas d’un bon œil : « Quand il est question de dépenser de l’argent, c’est le contribuable qui paie. Mais tout ce qu’ils gagnent restent dans les mains des clubs ou de leurs sponsors. Pourquoi les bénéfices du stade ne sont pas partagés avec les habitants de Montpellier ? Ou utilisés pour quelque chose qui est utile pour tous, par exemple les écoles ? »

Un jeune homme de quelque 18 ans, par contre, exprime l’opinion de la plupart des interrogés : « Le foot, c’est fun. Je trouve formidable que nous avons ce stade à La Mosson. »  
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 31 décembre 2014

Quartiers « précaires » de Montpellier : qui veut vivre où ?

La Mosson, Figuerolles, Mas Drévon, Le Petit Bard, les environs de la gare - vivre aux quartiers populaires de Montpellier


« Ma fille m’a raconté », rapporte la dame dans la quarantaine, « que toutes ses copines d’extérieur demandent d’abord, quels sont les quartiers à éviter. » La fille de la dame qui parle à l’équipe de Montpellier Presse Online a commencé ses études à Paul Valéry en septembre dernier. La plupart de ses nouvelles copines ne sont pas de Montpellier, mais ont passé leur bac aux quatre coins de France ou à l’étranger. « Curieusement », continue la dame, « leur premier souci n’est pas les études, mais le quartier dans lequel elles cherchent un logement. »

« Bon quartier, mauvais quartier… » Les paroles du Monsieur dans la cinquantaine pourraient servir comme réponse aux jeunes étudiantes. « A Montpellier, on n’a pas de mauvais quartiers. On a beaucoup de quartiers populaires - et c’est bien comme ça. C’est une ville qui vit. Et pour vivre, il faut un peu de tout… »

Un Monsieur d’une quarantaine d’années qui vit à la Mosson depuis onze ans n’est pas de cet avis. « Je déteste ce quartier », dit-il franchement. « Quand je rentre le soir, je suis agressé souvent, verbalement, je veux dire. Parfois, je crains que la frontière entre l’agression verbale et l’agression physique ne soit pas très large. Mais ça ne compte pas pour les femmes - les femmes sont en général respectées. C’est les hommes qui sont molestés dans ce quartier. »

Que les jeunes étudiantes comprennent-elles par mauvais quartier ? « Les entourages de la gare », répond spontanément une Anglaise qui a commencé ses études à Montpellier il y a deux ans. « J’évite ce quartier, mais parfois, je suis obligée d’y passer. Et souvent, il y a des hommes, des jeunes, surtout, qui m’abordent. Je trouve ça très agressif. J’aime pas ça. »

Une Canadienne qui passe son doctorat à Montpellier n’est pas d’accord avec l’Anglaise. « J’habite à Figuerolles, j’adore ce quartier. Je connais tous les marchands du marché, tout le monde est poli et gentil. Je n’ai pas peur des gens ici - au contraire, j’ai l’impression qu’ils me protègent. Il y a toujours des gens dans la rue, on se dit bonjour, on est comme une grande famille. »

Une dame dans la cinquantaine a fait de mauvaises expériences à Mas Drévon. « On n’est sûr de rien, là-bas. Ils volent tout ce qu’ils trouvent. Un jour, ma fille a laissé un siège d’enfant dans sa voiture, juste pour quelques heures - quand elle a récupéré la voiture, le siège avait disparu. Un autre jour, j’étais dans la pharmacie. J’avais un collier qui n’était pas très cher, mais très joli. Après, je ne l’avais plus. Quelqu’un me l’a arraché. »

Mais pas tout le monde a vécu de telles expériences. « J’habite à Mas Drévon depuis huit ans », raconte une autre dame un peu plus jeune que la précédente. « Et je ne peux me plaindre de rien. Je n’ai jamais l’impression d’être en danger, même quand je rentre tard. Les gens sont aimables et respectueux. »

Une autre dame, habitante du quartier du Petit Bard parle elle aussi du respect. « Dans mon quartier, il y a beaucoup de chômeurs. Quand il fait beau, ils trainent à l’extérieur, dans les rues, devant les maisons. Mais ils ne font mal à personne, de toute façon pas à moi, et ils ne me manquent jamais de respect. »

Un Monsieur d’une quarantaine d’années pense différemment. Il habite près de l’hôpital Saint Éloi. « Normalement, je prends la voiture pour me déplacer. Mais il y a des jours où je ne peux pas faire autrement, je dois prendre le tram. C’est la ligne 1, sa fréquentation est affreuse. Vous vous croyez quelque part dans l’orient. Des femmes avec des voiles, des hommes qui portent des vêtements arabes - on n’est plus en France. Le quartier où j’habite est très correct. Mais il est situé sur la ligne de tram qui va à la Mosson, au fief des Arabes. »

Heureusement, pas tout le monde à Montpellier n’est raciste. Un autre Monsieur, à peu près du même âge, qui prend le même tram à la station Malbosc aime le tram et son « public coloré » : « Il ne vaut pas la peine de prendre la voiture quand on a à faire en ville. Le tram circule fréquemment et jusqu’à tard dans la nuit. Personnellement, je suis content de prendre la ligne 1 : on y voit toute sorte de gens, toutes les nationalités, on entend un tas de langues. Cette ligne 1 est le miroir d’une ville ouverte et internationale : la cohabitation paisible des peuples. »

Photos et texte : copyright Doris Kneller