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vendredi 9 janvier 2015

Les Montpelliérains dans leurs trams

Le comportement des habitants de Montpellier dans le tram : la solidarité existe-t-elle encore ?

« Je fais partie de la génération », déclare la dame dans la soixantaine avec un sourire moqueur, « qui n’a jamais eu le droit de s’asseoir dans un tram. Quand j’étais enfants, on était obligés de laisser nos places aux adultes. Quand j’étais adulte, je me suis levée pour les vieux. Et maintenant que je suis vieille moi-même, il faut laisser les places pour les enfants et les jeunes. »

L’occupation des places dans les trams préoccupe beaucoup de Montpelliérains. « A mon époque », commente un Monsieur un peu plus jeune que la dame précédente, « les mères ont pris les enfants sur leurs genoux, et les jeunes faisaient place aux personnes âgées. Aujourd’hui, tout a changé. Il est normal - au moins pour les mères - qu’un enfant de trois ou cinq ans occupe une place, la mère l’autre, même s’il y a de vieilles personnes qui sont debout. Parfois, un enfant et sa mère occupent même quatre places : l’enfant flippe d’une place à l’autre et dérange tellement que personne n’a envie de s’assoir près de lui. Et la mère, bien entendu, elle ne dit rien. »

« Si vous le croyez ou pas », raconte une dame dans la quarantaine, « j’ai vu une jeune fille se lever dans un tram assez rempli. Mais pas pour une personne âgée - les personnes âgées étaient obligées de rester debout, parce que la plupart des places étaient prises par les jeunes - mais pour un enfant de peut-être six ans. Je suis d’accord que les enfants doivent sécurisée dans le tram, mais il y a des limites de politesse, quand même. »

Toutefois, il y a de plus en plus de Montpelliérains qui n’ont même plus envie de s’asseoir dans un tram. « On peut s’asseoir si on porte de jeans ou d’autres vêtements simples », se plaint une dame également dans la quarantaine. « Mais si on prend le tram pour aller travailler, on porte forcément des vêtements un peu plus stylés, propres. Comme les jeunes ont tout le temps leurs pieds sur les sièges, ce n’est pas la peine de s’asseoir, on salit ses vêtements. » Et elle ajoute : « Ce ne sont pas seulement les jeunes qui ont leur pieds sur les sièges. J’ai vu plusieurs fois des enfants debout sur les sièges, avec chaussures et tout. Leurs mamans à côté qui, apparemment, trouvent ça bien. »

Des jeunes qui occupent les sièges, des sièges sales : « dernièrement, on voit souvent une sorte de voile blanc visqueux sur les sièges qui a l’air dégueulasse », explique une lycéenne, … beaucoup de Montpelliérains non seulement au-dessus de trente ans ont perdu l’enthousiasme pour leur tram : « Je me sens mal dans le tram », répond un Monsieur d’une quarantaine d’années à la question de l’équipe de Montpellier Presse Online. « Il est pratique, bien sûr, et je l’utilise parce qu’on ne trouve pas de parking en ville. Mais je suis content quand j'en peux sortir. »

« Non, ce ne sont pas seulement les jeunes qui empêchent les autres de s’asseoir », révèle une dame dans la cinquantaine son déplaisir. « Ce sont des gens de tous les âges qui, au lieu de se contenter d’un siège, en prennent deux. Le deuxième est occupé par des sacs à mains ou des sacs plastiques ou les gens s’assoient au milieu du banc pour qu’il ne reste pas de place pour une deuxième personne. Et ça marche : personne n’ose dire quelque chose. Comme si les gens avaient peur les uns des autres. »

La peur, comme l’appelle la dame, s’exprime dans une « non-communication totale. Je vois des jeunes dans le tram, un à côté de l’autre, chacun avec des boutons aux oreilles et le téléphone dans la main. Ils ne se regardent pas, ils ne se parlent pas, ils auraient peut-être des idées pareilles, pourraient devenir amis », ajoute le Monsieur d’une soixantaine d’années, « mais non, chacun pour soi. Je me rappelle le temps où on pouvait faire des connaissances intéressantes dans les transports publiques, même trouver des copains. Mais ces temps n’existent plus. Et ça ne regarde pas seulement les jeunes. »

Une dame d’environ 35 ans trouve « normal » de rester debout dans le tram. Elle n’a pas envie, comme elle dit, de se bagarrer pour avoir une place. Toutefois : « Je ne comprends pas, pour quelle raison les gens restent tous serrés devant les portes. Ils empêchent les autres d’entrer ou de sortir, ils reçoivent des coups - donnés par mégarde ou volontairement - et on s’engueule. Au milieu, les trams sont souvent vides. Je me demande, si ça fait plaisir aux gens de déranger et provoquer les autres - et d’être dérangés eux-mêmes. »

« Ce qui me choque le plus dans le tram », relate un Monsieur d’une cinquantaine d’années, « c’est l’alcool. A certaines heures, le tram est rempli de jeunes qui tiennent leur bouteille d’alcool dans la main. »

« Oui, j’ai vu de solidarité dans le tram », contredit une dame d’à peu près le même âge la plupart des personnes interrogées, « des gens qui se lèvent pour ceux qui ont besoin d’une place, ça existe. Parmi les adultes et les jeunes. J’ai aussi vu des bras se lever pour aider des personnes qui risquent de tomber dans un virage. Mais il est vrai que la solidarité devient de plus en plus rare. Les habitants d’une même ville deviennent des étrangers. C'est triste. »
Photos et texte : copyright Doris Kneller

jeudi 8 janvier 2015

Montpellier : Je suis Charlie Hebdo

Les Montpelliérains en deuil pour Charlie Hebdo - la liberté ne doit pas mourir

Cela va sans dire - Montpellier est sous le choc. La dame dans la cinquantaine retient les larmes lorsqu’elle raconte le moment où elle a entendu ce qui s’est passé chez Charlie Hebdo : « J’étais dans mon cours de peinture. Quelqu’un arrive et nous parle de l’attentat. D’abord, on était incapable d’y croire. Le prof a pris son téléphone pour chercher sur Internet - on était tous rassemblés autour de lui pour voir son écran. Puis, on a compris. Personne ne savait quoi dire. Plusieurs ont pleuré. »

« Je ne comprends pas », dit aussi une dame dans la soixantaine. « Ils étaient - comme nos amis. Tout le monde les connaissait, tout le monde les aimait. Comment peut-on les tuer ? Juste comme ça ? »

Le jour-même de l’attentat, 2000 à 3000 personnes se sont rassemblées devant le club de presse à Montpellier. La tristesse et la dignité régnaient, le besoin de partager, d’être ensemble. Les unes venaient, les autres partaient, mais toutes étaient d’accord : « Il faut qu’on montre notre solidarité. Ils ont tiré sur la liberté, mais nous ne sommes pas prêts à la laisser mourir », déclare un Monsieur dans la quarantaine. Et une dame un peu plus âgée enchaîne : « Que tout le monde sache qu’on est bien ensemble, Musulmans, Chrétiens, Juifs, on se balance de la religion, le principal est que nous sommes tous humains… » « … et que nous restons unis », ajoute une autre dame du même âge que la précédente.

Tristesse, colère, incompréhension, larmes… « Oui, je suis en colère comme tant de Français », avoue un Monsieur de quelque 32, 33 ans. « Mais ce n’est pas la colère qui nous sauvera. Elle ne peut que faire des dégâts. C’est l’amour qu’il nous faut. Toutes les religions parlent de l’amour, mais, curieusement, ceux qui se proclament croyants, dans toutes les religions, sans exception, ne répandent jamais l’amour. Plutôt la haine, l’agressivité et l’avidité. »

Le Monsieur n’a pas tort : les dégâts sont déjà faits. Les journaux parlent de plusieurs attaques de locaux consacrés à la prière musulmane - « Encore il n’y a pas de morts, mais ça peut venir. Les gens confondent religion musulmane et fanatiques, » déplore une dame dans la soixantaine qui, comme elle explique, est depuis longtemps active dans des associations qui lient les gens de différents pays et de différentes religions, « Il y a des fanatiques dans toutes les religions, cela n’a rien à voir avec notre voisin qui croit en Dieu - en fait, il n’y a qu’un seul dieu avec plusieurs noms. »

« Je trouve grave », dit une dame dans la trentaine, « que l’extrême droite a tout de suite exploité l’attentat pour ses objectifs. Elle est la gagnante dans cette affreuse affaire. L'attentat l'aide à semer la haine contre les étrangers et les musulmans. J’ai lu des déclarations, par exemple celle du maire de Béziers, où on aurait envie de croire que l’attentat aurait été organisé par l’extrême droite. C’est absurde, bien sûr, mais de toute manière, ça lui convient bien, quelques mois avant des élections. »

Un Monsieur dans la cinquantaine qui n’a pas participé à la manifestation n’est pas d’accord avec la dame. « Cela prouve », proclame-t-il, « que notre gouvernement est trop lâche. Nous sommes en France, pas dans un pays arabe. Si les Arabes veulent vivre ici, ils n’ont qu’à s’adapter. Nous sommes des chrétiens, avec nos crèches de Noël et d’autres symboles de notre culture. Nous avons pas envie de perdre notre culture à cause de quelques Arabes qui ne trouvent pas de travail chez eux. Qu’ils acceptent nos valeurs ou qu’ils s’en aillent. Ce massacre prouve qu’il est temps qu’ils quittent la France. »  

« J’aime l’idée de les voir dans un ciel de dessinateurs, avec leur crayon et un bout de papier, en train de se moquer de la situation des anges… », rêve une dame dans la quarantaine avec un petit sourire qui souligne plutôt sa tristesse. « La France est en deuil », continue-t-elle, « mais les autres pays sont solidaires. Nos dessinateurs auraient aimé ces déclarations de solidarité. Peut-être », de nouveau, ce sourire triste éclaire sa mine, « ils l’observent de quelque part. On ne peut pas savoir… »

 « J’en ai marre », déclare une autre dame un peu plus âgée que la précédente, « qu’on ne parle que des dessinateurs et des policiers. C’est très important de parler d’eux, je suis d’accord, mais il n’y a pas six victimes, mais douze !!! Treize, entre-temps, je crois. Et on ne parle jamais des autres. Je ne connais même pas leurs noms. Je trouve sur Facebook les ‘Je suis Charlie’ et même des ‘Je suis les deux policiers’. Mais qui dit ‘Je suis les autres six (ou sept) victimes’ ? Personne. »

Une minute de silence accompagne, ces jours-ci, toutes les rencontres en France et dans beaucoup d’autres pays. « Mais nous n’avons pas besoin d’une minute de silence », commente un Monsieur dans la quarantaine, « nous avons besoin d’un grand cri. Un cri qui appelle la liberté, la démocratie dont tout le monde parle mais qui personne ne connaît et, surtout, l’amitié et la lutte contre le racisme et la haine. »

Une dame d'à peu près le même âge est du même avis, mais elle n'a qu'une phrase à dire : « La liberté ne doit pas mourir. »
Photos et texte : copyright Doris Kneller

lundi 17 janvier 2011

Manifestation à Montpellier : la Tunisie fête la libération du peuple

Micro-trottoir : Fête de la libération de la Tunisie

Montpellier fête la libération de la TunisieDes centaines d'hommes et de femmes en fête sur la Comédie... On manifeste pour la libération du peuple tunisien, on crie, on chante, on est heureux. Des amitiés se nouent, des mots comme "solidarité" tombent souvent. Un Monsieur "enroulé" dans un drapeau tunisien pose le bras sur les épaules d'un autre : "C'est un frère", déclare-t-il, et : "Il est algérien".

Solidarité aussi du côté du groupe palestinien. "C'est formidable", s'exclame une jeune femme qui porte le drapeau de la Palestine. "Un peuple s'est libéré. Cet acte redonne espoir à tous les peuples oppressés."

Un Monsieur tunisien explique à quelques Français ce qui s'est passé. Il raconte que le président de Tunisie vient de quitter le pays - "un dictateur qui a été obligé par le peuple de s'enfuir"... On danse dans les rues, c'est enfin la liberté. Un autre Tunisien croit savoir que Nicolas Sarkozy a refusé la demande de refuge de la part de Zine el Abidine Ben Ali, le président en fuite.

Une dame d'une quarantaine d'années semble bien informée. "C'est grâce à ce président que votre pays est devenu riche", explique-t-elle a un des Tunisiens enroulés dans leurs drapeaux. "C'est grâce à lui que votre peuple a quelque chose à manger." - Une jeune femme tunisienne se détourne, elle ne souhaite visiblement pas discuter avec la dame. Mais un de ses amis reste patient. "La richesse n'était pas pour le peuple", dit-il, "mais uniquement pour certains. Le peuple est devenu pauvre."

La révolution du peuple tunisien"La richesse", s'en mêle un autre Tunisien, "n'était destinée qu'au président et sa famille. Et à ses amis. Et aux investisseurs étrangers."

Quelques Français ne savent pas encore ce qui se passe. "La Tunisie ?", réagit une dame d'une trentaine d'années à la question de l'équipe des Gens de Montpellier. "Pour moi, ce sont de jolies plages, la mer, le tourisme." - A-t-elle jamais entendu parler de la révolution tunisienne ? - "Des révolutions", répond-elle, "il y en a partout, maintenant, dans les pays d'Afrique. Il se passe des choses partout. Vous avez un président, il tombe, vous en avez un autre. Et ce sont tous des dictateurs, sans exception."

Un Monsieur dans la cinquantaine se sent agacé par la foule en fête sur la Comédie. "Chaque peuple a le gouvernement qu'il mérite", cite-t-il, légèrement déformée, la fameuse phrase d'Alexis de Tocqueville, "et s'ils veulent se libérer, qu'ils le fassent. Mais pas chez nous." Et il secoue la tête en signe de désapprobation.

Deux dames d'à peu près le même âge que le Monsieur, également françaises, sont du même avis. "Je ne comprends pas, ce que nous avons à faire avec la soi-disant libération des Tunisiens", proclame l'une, et l'autre ajoute : "Ces gens-là, s'ils veulent faire la révolution et aider leur peuple à se libérer, pourquoi ne sont-ils pas en Tunisie ? Ici, chez nous, on n'a pas besoin de leur révolution." La première reprend la parole : "C'est bien facile de faire la fête, quand on est en sécurité en France. Mais est-ce logique qu'ils font la fête ici pendant que leur peuple lutte pour sa liberté ?"

Tunisie - Montpellier : la liberation du peupleUn Monsieur d'une trentaine d'années ne considère pas non plus la manifestation d'un bon œil. "Les Tunisiens sont libres. Bravo. En contrepartie, pleins de Français et autres Européens sont bloqués dans les aéroports. Si c'est cela qu'ils appellent liberté, je dis 'non merci'. Personne ne peut être libre si cette liberté entraîne le blocage des autres."

Un autre Monsieur, un peu plus âgé que le précédent, discute avec un des Tunisiens engagés dans la manifestation. Après avoir écouté les explications de son interlocuteur, il pointe sur les affiches de Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière, les deux journalistes toujours en captivité en Afghanistan. Puis, il s'adresse au photographe de l'équipe des Gens de Montpellier. "Vous devriez prendre une photo avec un panneau des Tunisiens libérés et l'affiche des Français non libérés." Le jeune homme tunisien n'est pas d'accord. "Ce sont deux choses différentes. Les journalistes n'ont rien à voir avec la lutte du peuple tunisien." Le Français insiste : "Vous n'êtes pas de l'avis que tout le monde devrait être libre, les Français autant que les Tunisiens ?" Mais le Tunisien reste sur son point de vue : "On ne peut pas mélanger les causes."

D'autres Tunisiens, toutefois, ne sont pas vraiment dans une humeur de fête. "Que Zine el Abidine Ben Ali a quitté notre pays, c'est une bonne chose", explique un jeune Tunisien à un groupe de Français. "On peut dire que c'est une victoire de la révolution. Mais les vrais problèmes vont commencer maintenant. Personne n'est plus en sécurité, c'est la guerre des rues. Les malfaiteurs se confondent avec les révolutionnaires, personne ne sait plus si une personne armée lutte pour la liberté ou si elle est un simple voleur. Et les discussions sur le prochain gouvernement vont créer la pagaille. La Tunisie risque de sombrer dans le chaos."

Un autre jeune Tunisien lui donne raison sur le principe, mais il est moins pessimiste. "Le principal", dit-il, "est que nous sommes libérés du régime de Zine el Abidine Ben Ali. Les prochaines semaines ne vont pas être faciles, mais petit à petit, tout va rentrer dans l'ordre. La liberté mérite bien un peu de désordre, quand même."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 5 mai 2010

Manifestation à Montpellier : les infirmières anesthésistes sur la Comédie

Les infirmières anesthésistes de Montpellier demandent la solidarite

Infirmiers à Montpellier"On fait comme si notre travail ne valait rien", a déclaré une des infirmières anesthésistes qui, hier, ont organisé une manifestation sur la Place de la Comédie à Montpellier. "Il est vrai que notre gouvernement ne juge pas le travail des infirmières à sa véritable valeur. Mais pour nous, c'est encore plus grave", explique une de ses collègues.

En fait, selon les infirmières anesthésistes de Montpellier, ils sont dans leur filière la profession la plus négligée par la reconnaissance salariale et "morale". "Nous nous sentons méprisés par le Ministère", proclame leur tract. Et des manifestants ajoutent : "Madame Bachelot, la députée qui veut dévaloriser notre travail, n'a probablement jamais eu besoin des services d'une infirmière anesthésiste. Sinon, elle n'aurait pas eu cette idée."

Comme si souvent, il est question de salaire, mais aussi de la "valorisation morale", comme l'exprime une des infirmières montpelliéraines sur la Place de la Comédie. On parle de la réputation de la profession. "Il est vrai que le gouvernement réfléchit sur une réévaluation salariale des infirmières", continue-t-elle, "mais les infirmières anesthésistes seront clairement défavorisées."

Manifestation des infirmiersLes représentantes de la profession des infirmières anesthésistes basent leurs revendications - être reconnus au niveau salarial ainsi que "moral" - surtout sur leur professionnalisme et leur haut degré de responsabilité. "C'est nous qui surveillons le malade quand il revient à lui, après une anesthésie. Si, en ce moment critique, nous nous montrons incompétentes ou faisons une erreur, la vie du patient est en danger. Quelqu'un qui travaille dans un bureau peut 'relâcher' de temps en temps - nous jamais. Les conséquences seraient trop dures."

Un collègue se montre plutôt sarcastique : "Madame Bachelot peut faire tant de fautes qu'elle veut - ce n'est pas grave. Il y a peut-être un groupe de professionnels qui en souffre, mais cela ne fait mal à personne - sauf aux professionnels eux-mêmes. Et à la limite, elle peut toujours corriger ses fautes. Nous, par contre, on ne peut jamais rien corriger. Nous travaillons auprès des hommes et non des papiers. - Autrement dit, nos responsabilités sont beaucoup plus élevées que celles d'un ministre..."

Infirmières, camionneurs, conducteurs de tram, enseignants, représentants de la culture... Plus tôt ou tard, toutes les professions manifestent ou déclarent la grève. Et ils ont tous un point en commun : ils revendiquent la solidarité. "Il y a des interventions qui ne peuvent pas avoir lieu à des journées d'action, comme celle-ci. Mais nous manifestons aussi dans l'intérêt des patients. Ils devraient donc être solidaires avec nous."

Peut-on être solidaire quand on est malade es obligé d'attendre encore plus longtemps avant d'obtenir une intervention ? - "Tout le monde nous demande d'être solidaires", répond un jeune homme. "Et qui est solidaires avec ma profession ?" - Quelle est donc sa profession ? - "Chômeur", rigole-t-il. "Mais sérieusement," reprend-il ensuite, "tous ces gens qui font la grève ont un privilège : ils ont un travail. Moi non. Je serais déjà content de gagner le SMIG."

Les infirmiers de Montpellier"Je ne sais pas pour les infirmières", dit une dame dans la quarantaine. "Je connais trop mal leur profession. Mais je me rappelle très bien les grèves des camionneurs. Sur l'autoroute, ils ne connaissent pas de solidarité, avec personne. Quand ils veulent doubler, ils le font, même s'ils bloquent tout le monde. Mais quand ils ont un problème, ils forcent tout le monde à la solidarité. Je n'oublierai jamais cette 'solidarité forcée' : avec mon mari, on était 'prisonniers' de cette solidarité pendant des heures."

"Nous savons bien qu'il y a des gens qui souffrent et qui ont besoin de nous. Pour eux, on devrait plutôt travailler, en ce moment, au lieu de manifester", reconnaît une autre infirmière. "Mais justement - presque tout le monde a besoin de nous, plus tôt ou plus tard. Pourquoi ils permettent donc au ministre de nous traiter comme si nous étions des employés sans la moindre responsabilité ?"

Un Monsieur dans la soixantaine observe la manifestation. "Ils ont raison," commente-t-il, "les grosses têtes pensent toujours qu'ils seraient les seuls qui comptent. Si, un jour, ils étaient obligés de faire le travail de tous ces braves gens", - avec un geste, il inclut les infirmiers et tout le monde sur la Comédie - "ils sauraient ce que signifie 'travailler pour vivre'. Mais c'est notre propre faute... on les paie trop bien. Un ministre devrait être payé selon l'importance de son travail - comme nous tous."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

jeudi 22 avril 2010

Fête de l'écologie - Avignon, Montpellier et les "petits gestes quotidiens"

L'écologie au quotidien - un sujet qui fait réfléchir les Montpelliérain

L'eau à MontpellierLe 8 et 9 mai prochains, le Montpelliérain qui se sent l'âme d'un écologiste - ou qui, tout simplement, s'intéresse à l'écologie au quotidien - aura plusieurs raisons de se déplacer à Montfavet près d'Avignon. La première est déjà assez tentante : passer un week-end agréable et découvrir plein d'informations et de produits issus des idées de l'écologie. Mais la deuxième est peut-être encore plus intéressante : comprendre ce qui signifie le concept de vivre l'écologie au quotidien.

Car l'écologie au quotidien est le sujet de la quinzième édition de la fête de l'écologie organisée par l'association A.V.E.N.I.R - l'Association Vauclusienne d'Éducation aux Énergies Non-polluantes, Indépendantes et Renouvelables - près d'Avignon. Pour les organisateurs de la fête, l'écologie au quotidien ne consiste pas seulement dans les petits gestes qui devraient faire partie des "automatismes" de tout le monde, mais aussi dans tout ce qui concerne la santé, les conditions de l'habitat, les produits qu'on utilise tous les jours, la nourriture, le bien-être et, à ne pas oublier, la solidarité...

...cette solidarité qui, justement, comme le souligne une jeune femme qui attend le tram au Corum, "ne fait plus partie de notre quotidien. On ne s'intéresse plus à ce qui arrive à notre voisin, et proposer son aide à quelqu'un qu'on ne connaît pas est souvent considéré comme insulte." - Et que, tout cela, a-t-il à voir avec l'écologie ? - "Ce constat concerne tous les aspects de la vie", continue-t-elle, "dont la solidarité du partage. On n'a plus l'idée de partager une voiture, un ascenseur ou un chauffage en hiver. Chacun vit dans son coin et ferme les yeux et les oreilles pour ne rien savoir des autres."

Montpellier, PeyrouLa base de la fête est constituée par un marché de quelque 250 exposants, du producteur bio à l'artisanat naturel, du "carrefour du commerce équitable" aux professionnels de l'économie des énergies. Mais cela n'est pas tout. Déjà, la fête de l'écologie propose un nombre immense de conférence sur la santé (comme, par exemple, les médecines quantiques ou la santé des intestins), des questions techniques (l'autoconstruction d'une éolienne domestique), l'agriculture, le climat et, bien sûr, l'écologie au quotidien considérée comme urgence citoyenne…

Ensuite, il y a des ateliers pour adultes et enfants. On parlera du bien-être, des finances, de l'eau, de l'énergie, des couleurs des vêtements ou de la construction d'une maison.

Toutefois, celui qui dit fête dit aussi musique. Ainsi, Marc-Antoine Stauffenegger, un musicien qui, d'habitude, régale son public avec des chansons de Piaf, Brel, Nougaro ou Brassens présentera des "chansons pour la planète". Mais aussi l'association planète bleue, Calypsud Steelband, Jean-Yves Chetail et plein d'autres musiciens mettent leur art à la disposition de l'écologie.

Tout cela pour notre planète. - Une telle fête peut-elle aider à sauver la vie de la Terre ou, du moins, à prolonger un peu l'existence d'un air respirable, d'une eau buvable et d'une qualité de vie dans le sens de la santé et du bien-être ? - Selon les annonces des organisateurs, la réponse est dans la sensibilisation. Ils parlent de l'urgence pour deux millions d'habitants des pays où le minimum ne fait pas partie du quotidien, pour le gaz ou le pétrole dont les réserves seraient épuisées dans 60 et 40 ans respectivement, pour les forêts primaires en voie de disparition, la biodiversité et la santé de l'homme. Ils accusent "ceux qui nous bernent quotidiennement sous couvert de démocratie" de ne pas prendre soin de notre héritage naturel et demandent aux habitants de la planète de prendre leur destin en main. Ils évoquent les déchets d'une civilisation consommatrice qui polluent les sols et les eaux, les bouteilles plastiques qui devraient disparaître des commerces et la responsabilité des consommateurs.

Reste la question si un consommateur peut vraiment améliorer le bien-être de notre planète et de ses habitants. "Oui, sûrement," dit une dame dans la cinquantaine. Chaque bout de papier que nous ne jetons pas inconsciemment peut contribuer au sauvetage d'un arbre. Chaque bouteille de plastique qui n'est pas produite prolonge la durée de la réserve du pétrole. Chaque chauffage éteint empêche la production de quelques déchets nucléaire..."

Montpellier écologieUn jeune homme qui, comme la dame, fait ses cours au Polygone, n'est pas d'accord. "Vous voulez rire ?" demande-t-il avec un sourire provocateur. "Les gestes quotidiens des citoyens ? À quoi ça servirait ? Imaginez cent Montpelliérains qui éteignent leurs lampes une heure plus tôt pendant une semaine. Ou un mois, si vous préférez. Ça sonne comme beaucoup d'économie d'énergie. Mais si vous comparez ce gain d'énergie à la consommation d'une toute petite usine de… tout ce que vous voulez, de papier, par exemple, ou de nourriture pour chien, ce n'est strictement rien. On nous dit de ne pas utiliser la voiture - mais tant qu'il y a des avions, la pollution par les voitures reste ridicule. On nous dit aussi de ne pas gaspiller le papier. Mais pensez-vous vraiment que c'est pour le papier qu'ils coupent les forêts en Amazonie et dans les Pyrénées ? Regardez une seule fois les listes des subventions accordées par l'Europe - c'est là le 'secret' de l'écologie. Un propriétaire de forêt gagne son argent par le biais des subventions qui l'incitent à couper ses arbres et pas par le prix ridicule payé par les fabricants de papier."

"Oui", assure un autre homme, un peu plus âgé, "il est bien de sensibiliser les gens à l'écologie. La plupart des gens ne sont ni méchants ni pollueurs - le problème est tout simplement qu'ils ne réfléchissent pas. Une fête est un excellent moyen de les réveiller et de les faire réfléchir un peu."

"Je ne sais pas", commente une dame dans la quarantaine, "ils parlent tout le temps de l'écologie, c'est à la mode, maintenant. Je pense qu'ils ont raison, mais je ne m'y connais pas vraiment. De toute manière, il faudrait faire en sorte que les gens se sentent mieux. Le bien-être, c'est ce qui est important, n'est-ce pas ?"
Photos et texte : copyright Doris Kneller