Elyane Rejony au "Café du Genre" de la psychologue Françoise Mariotti

...féministe ? - Il est vrai qu'à première vue, Elyane Rejony a tout d'une féministe, et son "recueil poétique et pamphlétaire" auquel elle a donné le titre "Femme en quête de dignité" reflète la lutte de toute sa vie. Toutefois, son objectif n'a rien en commun avec l'idée de la "femme au pouvoir". Ce qu'elle vise, c'est l'égalité : la même rémunération pour un même travail, les mêmes possibilités d'éducation, parité à la tête des entreprises et au gouvernement, donner aux filles le droit de préférer le bleu au rose - et aux garçons de jouer à la poupée...
Bref, les poèmes d'Elyane Rejony dénoncent tout ce qui contredit au principe de l'égalité - et le lecteur comprend que ce chemin est encore loin, surtout pour les femmes. Ou, comme l'exprime Françoise Mariotti, faisant allusion au best-seller de Stéphane Hessel "Indignez-vous" : encore, il ne se passe pas un jour où une femme n'aurait pas besoin de s'indigner.
Toutefois, la lutte pour l'égalité entre femme et homme n'exclue pas l'idée de la "féminité", ni pour la psychologue Françoise Mariotti, ni pour l'enseignante et poète Elyane Rejony. Un commentaire du public est approuvé par tout le monde : la féminité sert, entre autres ou, peut-être, avant tout, à "nous faire plaisir". Selon Elyane Rejony, la lutte contre l'inégalité n'a absolument rien à voir avec l'exclusion de l'homme de la vie de femme. Pour elle, la femme n'est pas seulement "l'avenir de l'homme", mais l'homme est aussi "l'avenir de la femme".
Et elle montre l'exemple. Son mari l'a accompagné à Montpellier, il est présent pendant la lecture de ses poèmes, un sourire sur les lèvres, l'appareil photo dans les mains. Il est le premier à qui Elyane Rejony adresse ses remerciements - c'est grâce à lui et à son encouragement qu'elle a pu faire son chemin. Il la soutient aussi dans les tâches pratiques : complimentée pour ses jolies cartes de visite, Elyane Rejony raconte que ce n'est qu'avec son aide qu'elle a pu les charger sur Internet.

Certes, la situation a bien évolué depuis les grèves ouvrières de 1857 et 1911 à New York, des dates que beaucoup citent comme "événements clés" de l'invention de la Journée internationale des Femmes. Il est vrai qu'on pense toujours avec horreur à ce jour en 1911, lorsque des travailleuses en révolte ont péri dans un incendie dans leur usine, juste parce que leur employeur les a enfermées à clé pour qu'elles ne quittent pas les lieux avant la fin de la journée. Aujourd'hui, ceci est clair, une telle situation ne serait plus possible. Toutefois, l'horreur des jours pas si anciens ne diminue pas le mal-être d'une femme harcelée à son poste de travail ou, même, non reconnue pour ses compétences uniquement parce qu'elle est... femme.
"Je ne sais jamais si je dois rire ou pleurer", raconte une femme dans la cinquantaine, "quand, au travail, j'explique un détail technique à un client et, au lieu de me répondre, il s'adresse à un collègue aussi présent qui ne connaît pas la technique, mais qui est un homme." Et elle ajoute : "Beaucoup d'hommes sont toujours de l'avis qu'une femme est incapable de comprendre les techniques. C'est pourquoi je préfère travailler avec des femmes - entre femmes, on se reconnaît à sa juste valeur."

Toutefois, pas tout le monde est d'accord. "Internet ?", réagit une autre dame d'à peu près le même âge. "J'adore. J'y suis tout le temps." Et la jeune fille de quelque seize ans qui l'accompagne renforce : "Pourquoi les femmes ne peuvent-elles pas avoir des professions techniques ? Moi, en ce moment, je fais un stage pour réparer les voitures..."
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Photos et texte : copyright Doris Kneller
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