lundi 27 février 2012

Nouveaux trams à Montpellier : les Montpelliérains, les bus et les trams

L'inauguration des nouveaux trams à Montpellier

Encore plus d'un mois à attendre, mais tout le monde en parle comme si l'événement avait déjà eu lieu : l'inauguration du tram ligne 3 à Montpellier le 7 avril 2012. Il y en a qui se réjouissent comme, par exemple, cette jeune femme qui habite Pérols : "Je vais pouvoir prendre le tram jusqu'à Montpellier. Je pense que cette possibilité m'incitera à y aller plus souvent." - Plus de soucis d'embouteillage entre Pérols et Montpellier et, surtout, plus de "chasse au parking". - Toutefois : "Dommage qu'à Pérols, le tram ne va pas jusqu'à centre ville. Comme ça, je dois marcher assez longtemps pour l'attraper. Ou prendre la voiture et la laisser à la station...."

Le nouveau tram à MontpellierRien n'est parfait. Et il est clair que le trajet de la nouvelle ligne 3 laisse pleins de jaloux et de malcontents. Par exemple parmi ceux qui avaient pris l'habitude du bus 15. "C'était si facile : on le prenait à la gare et il nous déposait plus ou moins devant la maison", raconte un habitant de Figuerolles. "En plus, le 15 roulait jusqu'à tard la nuit." Or, à partir du 7 avril, Montpellier n'aura plus de bus 15. "On sera obligé de faire un trajet d'une dizaine de minutes à pied..."

"Le trajet du nouveau tram ? Ça ne m'intéresse pas", déclare par contre un Monsieur dans la cinquantaine qui habite Saint-Jean-de-Védas. "Pour moi, la catastrophe est déjà arrivée avec le tram 2 : à l'époque, ils ont supprimé le bus que prenait mon fils pour aller à l'école. On a dit que, soi-disant, il serait remplacé par le tram. Mais ils ont oublié que le tram ne part qu'au centre ville - et nous on habite à vingt minutes à pied du centre."

Montpellier et ses trams et busLe sentiment que partagent la plupart des Montpelliérains ? La confusion. "Rien n'est clair", déclare une dame dans la trentaine qui, depuis "toujours", a l'habitude de se servir des transports en commun. "Depuis des années, on a pris l'habitude que rien ne va plus avec les bus. Quand ils avaient du retard, c'était toujours la faute aux travaux - même dans les coins où il n'y avait jamais des travaux. Les stations changeaient tout le temps, et si, une semaine, un bus partait à tel endroit, la semaine après on pouvait pas être sûr de l'y retrouver. Mais tout le temps, on se disait que tout ira mieux une fois le tram terminé. Et maintenant..."

Et maintenant, la confusion est plus grande que jamais. La ligne 15 disparaîtra, la ligne 7 prendra une partie de l'ancien trajet de la ligne 15, la ligne 6 fusionna partiellement avec la ligne 16, le nouveau trajet des lignes 8 et 12 est encore inconnu, ... "Il y a juste une chose que j'ai compris", lance un jeune homme, "il n'y aura pas plus de bus qui roulent le soir. Là, rien ne change : si on n'habite pas dans le réseau des trams, on est 'prisonnier' chez soi, après vingt heures. Sauf si on peut se payer une voiture."

D'autres Montpelliérains craignent pour leur sécurité. "Depuis que les travaux ont commencé, j'ai peur de traverser la rue de la République. Et ça va être pire maintenant", se plaint une dame dans la soixantaine. Pendant des années, les feux rouges par exemple autour des halles de Laissac avait été éliminés - de la manière que les piétons étaient obligés de courir entre les voitures ou, par un geste courageux de la main, de les arrêter, toujours en espérant qu'il n'aurait pas un conducteur qui ne l'accepterait pas.

Les nouveaux trams à MontpellierLe problème des feux rouges est résolu - plus ou moins. Par contre : "Dans ce coin, on ne sait plus qui arrive de quel côté : les bus, les voitures. Bientôt, le nouveau tram va s'y joindre. Les piétons ne sauront plus où aller."

Toutefois, cela ne signifie pas que le nouveau tram ne présenterait pas des avantages. "Cela valait bien la peine de vivre un chaos pendant quelques années. Maintenant, on n'aura presque plus besoin de la voiture pour se déplacer à Montpellier. Le nouveau tram va presque partout", explique une dame dans la quarantaine et un jeune homme ajoute : "Les jeunes ne peuvent pas se payer des voitures. On a besoin du tram. Oui, c'est très bien, le nouveau tram, ça aide énormément."

Tout le monde parle de la ligne 3 - et très peu de Montpelliérains savent qu'en même temps, la ligne 4 sera inaugurée. "Non, je n'ai aucune idée du trajet d'une ligne 4", déclare une dame dans la trentaine. "J'avais pensé que la ligne 4 ne serait ouverte qu'en 2016."

Ceux, par contre, qui ont entendu parlé de la ligne 4 ne sont pas très enthousiastes. "Elle servira à quoi ?", s'interroge une autre dame, d'à peu près le même âge. "Elle dessert presque exclusivement des stations où il y a déjà un tram. Rien de nouveau." - "Si," s'en mêle un Monsieur un peu plus âgé. "Montpellier peut dire qu'on a quatre lignes ou lieu de trois."

Ensuite, il explique que la ligne 4 servirait à lier les stations du centre ville un peu différemment. "On peut dire qu'elle 'contourne' le centre de Montpellier - les Beaux-Arts, les Aubes, l'Antigone, le boutonnet, Albert Ier etc." De cette manière, on voyagera d'un point extrême du centre ville vers un autre en beaucoup moins de temps.

"Les Montpelliérains ne sont jamais contents", dit avec un grand sourire une femme dans la cinquantaine. "D'abord, ils veulent un tram, mais ils râlent pendant les travaux, et quand le tram est prêt, ils râlent toujours. Ils sont comme ça, les Montpelliérains. Mais ce n'est pas grave. Dans leur for intérieur, ils sont heureux..."
Photos et texte : copyright Doris Kneller


vendredi 16 décembre 2011

Montpellier créatif : vêtements, photos et la nature au bureau

Ouverture d'un atelier et point de vente pour des créateurs montpelliérains

Marielle Lopez, Aline BrunelIls sont cinq, et ils ont une chose en commun : l'amour de la création, de tout ce qui est "original" - et de l'écologie et du commerce équitable.

Tout a commencé lorsque Marielle Lopez a trouvé un local dans la rue de Pila Saint Gély au cœur de Montpellier. Elle avait envie de le louer, toutefois, elle hésitait. Ouvrir une boutique est un risque - et les Montpelliérains allaient-ils apprécier ce qu'elle avait à leur proposer ? - Mais surtout, elle ne voulait pas être seule. Elle voulait travailler avec d'autres gens qui partagent son enthousiasme et son envie de "faire" quelque chose, d'utiliser leur talents et d'entamer de nouvelles voies... bref, créer un atelier et un espace de vente pour d'autres créateurs et créatrices.

C'est ainsi qu'elle avait l'idée de "tester". En collaboration avec ses collègues créatrices et créateurs, elle a ouvert la boutique qui, peut-être, sera la sienne un jour - même un jour très proche - pour un week-end afin de montrer leurs créations et de faire la fête.

Véronique RibeuroOu, peut-être, tout a-t-il déjà commencé beaucoup plus tôt, le jour où, lors d'un voyage en Mexique, Marielle Lopez a eu un "coup de cœur", comme elle dit, pour les vêtements de Carla Fernández. La couturière "recycle" des rebozos, ces grandes écharpes des indigènes dans lesquelles, par exemple, elles portent des bébés, pour en faire des tuniques originales.

Mais ce n'était pas seulement ses vêtements qui plaisaient à Marielle Lopez, mais aussi sa manière de travailler. Carla Fernández avait vite compris, quel talent, quel savoir-faire et quelle potentielle de travail efficace elle trouvait chez les Indiens de Mexique. Toutefois, au lieu de les exploiter et les faire travailler pour "trois fois rien" comme beaucoup d'autres chefs d'entreprise, elle a décidé de les rémunérer correctement. Ainsi, peu importe la couleur de peau ou l'origine des employés, tout le monde reçoit un salaire juste.

"On peut dire que Carla Fernández a monté une sorte de 'commerce équitable'", raconte Marielle Lopez. Les femmes coupent les vêtements, elle font les broderies et, toujours suivant les idées de Carla Fernández, elles créent ce qu'on pourrait appeler une "nouvelle ligne".

Julien PignolVéronique Ribeiro et son entreprise "Dur à cuir" misent elles aussi sur le recyclage. La créatrice se sert des chutes de cuir, des chambres à air, elle coupe, nettoie, cire... et en fait des merveilles. Une chambre à air de vélo, par exemple, peut se transformer en une ceinture élégante et de bonne qualité. De petites trousses qui, pour une fois, se distinguent de celles qu'on trouve dans chaque boutique "classique", sont faites de pneu de camion. Lorsqu'elle travaille avec des chutes de cuir, elle "utilise tout au maximum", rien n'est jeté.

Tout comme Marielle Lopez, elle a trouvé son idée au cours d'un voyage. Pour elle, c'était l'Afrique : c'est là où elle a récupéré ses premières chutes de cuir et en a fabriqué des boucles d'oreille. Plus tard, revenue en France, elle a passé son CAP de maroquinerie pour ajouter le savoir-faire à son talent et sa richesse d'idées.

Aline Brunel utilise elle aussi toutes les matières qui se laissent transformer, parfois recycler et , surtout, mélanger. Pour elle, ce n'était pas un voyage qui lui a donné son idée, mais un job... dans une usine de chaussures. Ici, elle a vu combien de cuir ne sert à rien - on n'en utilise qu'une partie et le reste est jeté.

La future propriétaire de l'entreprise "Luma'aro" a donc commencé à récupérer les chutes de cuir et de les recycler. Mais, comme sa collègue créatrice Véronique Ribeuro, elle non plus n'a pas seulement misé sur le talent et les idées : déjà avant de travailler dans l'usine de chaussures, elle a acquis un savoir-faire de couturière à une école de couture.

Ce qu'elle aime le plus, pourtant, ce sont les couleurs. Et les mélanges : le "mariage" entre le cuir et les différents tissus, dans toutes les couleurs, agréable à porter et beau à voir.

Simon Julien n'est pas créateur de vêtements, mais créateur de "vues". Il est photographe, et sa spécialité est la vie. Ce jour dans la boutique de Marielle Lopez, il expose pour la première fois - des photos panoramiques qui représentent une sélection des meilleures photos, comme il explique, prises au cours des dernières années.

D'abord, Simon Julien a du mal a décrire son travail - ses photos s'expriment par elles-mêmes. Mais ensuite, il parle de sa recherche de l'immersion dans une scène, un endroit, un temps donné. Il fixe sur l'image des scènes, des gens, des choses qu'il ne connaît pas mais qu'il a envie de découvrir. Il travaille beaucoup sur la cuisine, la gastronomie et les scènes de restaurant. "Je veux que le spectateur entre dans l'image", explique-t-il.

Julien Pignol, paysagiste depuis quinze ans, est le cinquième des créateurs et créatrices réunis chez Marielle Lopez. Ce qu'il crée, c'est "l'ambiance verte". Il s'est spécialisé aux végétaux en entreprise - porter la nature dans les bureaux. Il a créé une sorte de "mur végétal mobile" qui peut être monté partout, dans un minimum de temps. "Il est autoportant, on n'a donc pas besoin de le fixer au mur." Il utilise surtout des plantes tropicales qui ne sont pas seulement belles, mais aussi dépolluantes et agissent comme un filtre contre la pollution de l'air.

La qualité de son travail et son impact sur l'environnement sont importants pour Julien Pignol. Car il n'est pas seulement paysagiste, il est aussi père de famille, et il n'a pas envie "de polluer la terre pour nos enfants"...
Photos et texte : copyright Doris Kneller


dimanche 4 décembre 2011

Jumelage Pérols : le Marché de l'Avent

Spécialités culinaires, Jumelage et marchés de Noël


Le Marché de l'Avent à PérolsÇa y est, la saison des marchés de Noël est revenue. Pas une ville dans l'Hérault qui ne consacre pas au moins une journée, voire un week-end, à un marché de Noël, pour ne pas parler de la grande fête des Hivernales à Montpellier.

Toutefois, l'enthousiasme des gens à Montpellier et ailleurs dans le département s'éteint un peu plus d'année en année. "Il n'y a plus rien à découvrir sur les marchés de Noël", critique une dame d'une quarantaine d'années. "On a l'impression de voir toujours les mêmes marchands, sur les marchés de Noël comme sur les marchés d'été." Et une autre dame ajoute : "On a l'impression que ce ne sont plus que des revendeurs. Qu'est devenu l'ancienne idée d'un vrai Marché de Noël, avec ses artisans et artistes et des produits qu'on ne trouvait nulle part ailleurs ?

Ce fut à peu près la même réflexion qui, il y a onze ans, a amené Ina Holzhauer, traductrice à Pérols, à créer un marché de Noël "différent". "J'avais envie de présenter de bons produits allemands aux Péroliens et à nos visiteurs de Montpellier."

Noël à PérolsÀ cette époque, Ina Holzhauer était secrétaire adjointe - plus tard, elle est devenue secrétaire - de l'association "Pérols Jumelages" qui gère et anime des relations amicales avec Flörsheim am Main, une petite ville en Allemagne, pas loin de Francfort. L'idée de renforcer encore cette amitié entre les deux communes et, pour aller plus loin, entre les Français et les Allemands en général, n'était donc pas absurde. "Pour s'entendre, il faut d'abord se connaître", réfléchit Ina Holzhauer. "Et une bonne partie de la connaissance et de la reconnaissance passe par la connaissance des produits d'un pays - et surtout par les bonnes spécialités culinaires..."

Pourquoi pas organiser alors un Marché de Noël un peu "différent" des autres ? - C'est-à-dire qu'en cette première année 2000, ce qui est devenu le Marché de Noël de Pérols ne consistait que dans un seul stand. "On n'avait pas les moyens de faire beaucoup de publicité", se souvient Ina Holzhauer. Ainsi, elle a dessiné une affiche que présentait un père Noël avec un point d'interrogation sur la tête. Ensuite, elle l'a photocopiée et collée dans les vitrines des commerces à Pérols...

... et c'était suffisant pour, spontanément, attirer une centaine de visiteurs enthousiastes de découvrir les produits allemands. "La demande était si grande qu'à midi, on n'avait pratiquement plus rien à vendre."

Pérols Jumelage et le Marché de l'AventL'idée d'un Marché de Noël un peu original était bonne, mais les circonstances l'étaient aussi : "Les Péroliens avaient envie de découvrir les produits de leur ville jumelle, et côté Flörsheim am Main, les gens sont très ouverts à tout genre d'idée nouvelle." Ils étaient immédiatement d'accord d'envoyer des représentants de leur ville avec leurs meilleurs produits - comme ce pâtissier de Flörsheim am Main qui a promptement réagi lorsque Ina Holzhauer lui a soumis son idée : "Je t'aide, bien sûr, je vais te faire de bons gâteaux..."

Entre-temps, le Marché de Noël de Pérols est devenu un "Marché de l'Avent", et il n'y est plus question de se restreindre à un seul stand. "Il y a un Marché de Noël à Flörsheim qui commence le week-end du premier avent", explique Ina Holzhauer. "Les gens de Flörsheim ne peuvent donc venir qu'avant cette date." De cette manière, le Marché de l'Avent à Pérols est devenu une sorte de "précurseur" - il couvre le dernier week-end de novembre ce qui fait de lui un des premiers marchés de Noël.

Déjà en 2001, deuxième année d'existence du marché qui, à l'époque, était encore un "Marché de Noël", trois associations péroliennes se sont jointes à "Pérols Jumelages" pour présenter des produits artisanaux et artistiques. La troisième année, le marché comptait déjà six stands, et lorsque la municipalité commençait sérieusement à s'intéresser à cette création d'Ina Holzhauer et de ses amis de "Pérols Jumelages", elle mettait à sa disposition la salle Yves Abric - la salle la plus grande de Pérols - et le nombre des stands a littéralement "explosé".

Cette année-ci, quelque trente stands ont rempli la salle. "Un peu moins que l'année dernière", constate Ina Holzhauer un peu déçue. Le "cœur" du Marché de l'Avent est toujours le stand de "Pérols Jumelages" et celui des amis de Flörsheim, Bruno Lehmann et Brigitte et Udo Pins qui ont pris l'habitude de revoir "leur Pérols" chaque fin de novembre.

Cependant, pas tout le monde est content. Ayant découvert cette source de produits allemands - la bière, la charcuterie, les sucreries de Noël,... - les amateurs viennent de loin, le samedi matin, et achètent tout ce qui leur plaît. Quelques-uns ont même pris l'habitude de passer des commandes d'une année à l'autre. "De cette manière, il ne reste plus rien pour ceux qui ne viennent que le dimanche", dit Ina Holzhauer, désolée de voir la déception des gens. Bruno Lehmann, de son côté, a promis de réfléchir à ce problème. "Je verrai ce que je peux faire", dit-il dans son français qui, à force de rejoindre Pérols régulièrement, s'améliore de plus en plus...
Photos et texte : copyright Doris Kneller

dimanche 20 novembre 2011

ZAT à Montpellier : inauguration de l'hôtel de ville

Le Monstre du Loch Lez, l'hôtel de ville à Montpellier et la Zone Artistique Temporaire aux bords du Lez

Hôtel de Ville à MontpellierC'est fois-ci, les Montpelliérains et leurs amis avaient droit à assister à une ZAT - Zone Artistique Temporaire - encore plus spéciale que ses deux prédécesseurs : elle ne consistait pas seulement dans de diverses performances artistiques comme toujours très originales, mais aussi dans l'inauguration du nouveau hôtel de ville. Et le comble : le jour de l'apparition du Monstre du Loch Lez, prédit par Nostradamus, l'illustre étudiant à la faculté de Montpellier, était venu.

Selon la prédiction, le Monstre du Loch Lez - dont personne ne sait si ses intentions envers les Montpelliérains sont pacifiques ou méchantes - aurait dû faire son apparition au moment qui réunissait onze fois le chiffre 1 : le 11 novembre 2011, à 11 heures, 11 minutes et 1 seconde.

Les Montpelliérains étaient au rendez-vous, le spectacle aussi. Le Monstre, par contre, hésite toujours... "Serait-il trop timide pour confronter la prédiction et les habitants de Montpellier ?", commente une dame interrogée par l'équipe de Montpellier Presse Online. "J'ai assisté à la plupart des spectacles", ajoute-t-elle avec humour, "Il y en avait qui étaient monstrueux. Mais je ne sais pas s'ils ont plu au Monstre de Loch Lez."


Zone Artistique Temporaire : Zat à MontpellierCe qui, par contre, a plu aux Montpelliérains était la cellule d'enquête instaurée par la mairie de Montpellier et l'intervention de divers spécialistes de monstruosité. Ainsi, Olaf Nitche, monstrologue de Düsseldorf en Allemagne, perché sur une île de livres, a expliqué au public ce qui distingue les monstres des êtres "normaux". Les différences, selon lui, ne sont pas énormes - il y a juste la question de la taille. Il faudrait s'imaginer l'effet d'une mouche haute de trente mètres... et déjà, on saurait ce qu'on ressent face à un monstre. Bref, un monstre est un être d'un aspect dont nous n'avons pas l'habitude...

Il y avait même un témoin qui a vu le monstre - ou presque. En effet, ce n'était pas Mehdi Demmoua, un étudiant de Saint-Clément-de-Rivière, qui a rencontré le Monstre du Loch Lez, mais son père. Saïd Demmoua, le père de Mehdi, a disparu en 1991 pour réapparaître 111 jours plus tard - et il a vu le Monstre. Personne ne l'a cru, sauf son fils... qui a saisi l'occasion de la ZAT pour raconter l'histoire de son père et, surtout, solliciter le Monstre de se montrer pour que les gens croient enfin le récit de celui qui a vu le Monstre de Montpellier.

L'équipe de Montpellier Presse Online a souhaité savoir ce qui était le plus important pour les Montpelliérains : cette troisième édition de la Zone Artistique Temporaire, l'apparition - ou non-apparition - du Monstre du Loch Lez ou l'inauguration de la nouvelle mairie.

"J'adore les ZATs", confie une dame d'une cinquantaine d'années à Montpellier Presse Online. "J'ai profité de toutes les ZATs, jusqu'à maintenant, j'y suis allé tous les jours. Et j'ai l'intention d'aller voir aussi les ZATs des dix ans prochains."

Une dame d'une trentaine d'années préfère le Monstre de Loch Lez. "Le monstre, bien sûr", assure-t-elle, "c'est lui qui m'intéresse. Il faut connaître les habitants de notre ville, même du souterrain, même s'ils ne se montrent pas tous les jours."

Un Monsieur un peu plus âgé qu'elle n'aime pas ce genre d'humour. "Tout ce spectacle pour attirer le regard des Montpelliérains sur la nouvelle mairie. Elle a déjà coûté une fortune au contribuable, est-ce vraiment nécessaire de faire toute cette mise en scène pour l'inauguration ?"

Montpellier : le monstre de loch lezUne étudiante récemment arrivée de la région parisienne est impressionnée. "J'imagine que, pour les Montpelliérains, c'est l'inauguration de l'hôtel de ville qui est le plus important. Je ne suis pas experte dans la matière, mais je crois qu'il est unique dans son genre, écologique est tout."

"Elle vous plaît ?" - L'étudiante sourit. "Franchement, non."

Que le goût est une chose qui se discute est aussi l'avis d'un Monsieur d'une soixantaine d'années. "Je sais qu'à Montpellier, on n'a pas le droit de le dire. Mais personnellement, la nouvelle mairie ne me plaît pas. On se sent perdu dans la halle d'entrée, elle semble froide. On se sent mal accueilli. Elle a l'air sombre, presque sinistre."

Une dame d'une trentaine d'années ne mâche pas ses mots : "Que les Montpelliérains ont-ils fait pour mériter une mairie aussi moche ?" et un jeune homme, plus prudent dans le choix de ses mots, déclare : "Le concept du bâtiment est très méritoire et servira d'exemple pour d'autres villes. Montpellier sera encore cité comme ville écologique. Mais l'aspect ne satisfera pas tout le monde."

Toutefois, il y a certains points où toutes les personnes interrogées était d'accord : "À Montpellier, il se passe toujours quelque chose. On ne s'y ennuie jamais." Et : "On ne peut pas dire qu'on vit dans une ville inconnue. Tout le monde a déjà entendu parlé de Montpellier. C'est sans doute une ville de superlatives." Et finalement : "La troisième ZAT était fabuleuse. Si, maintenant, la nouvelle mairie est aussi fabuleuse, on verra..."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

lundi 7 novembre 2011

Montpellier et le bruit : travaux, bars nocturnes, voisins et télés...

Le bruit en ville - Montpellier, les jours et les nuits où le bruit ne s'arrête jamais

Montpellier, place de la ComédieUn mardi à Montpellier, trois heures le matin, quartier entre la gare SNCF, l'ancienne gare routière et la Comédie. Un groupe de jeunes traîne dans les rues. Quelques filles éclatent de rire - d'un rire fort et sonore - et des garçons poussent des hurlements de loups, d'autres aboient ou crient, tout simplement, comme si la vie leur faisait mal. À première vue, ils ont l'air ivres, mais quand on les observent de près, on remarque qu'ils n'ont rien bu ou très peu.

Un Monsieur d'une cinquantaine d'années passe, d'abord à un pas assez rapide - comme quelqu'un qui rentre tard à la maison et est pressé de gagner son lit -, puis il s'arrête et confronte les jeunes. "J'habite là-bas", explique-t-il d'une voix douce, sans colère, "et très souvent des gens comme vous me réveillent au milieu de la nuit. Pourquoi vous faites ça ? Vous ne pouvez pas respecter le sommeil des gens ? Il y en a qui travaille demain, ils ont besoin de dormir."

Le son calme de sa voix a d'abord étonné les jeunes et ils se sont arrêtés pour l'écouter. Mais à la fin de son petit discours, plusieurs filles et garçons éclatent de nouveau de rire. Un garçons recommence à crier, sans paroles, juste pour faire sonner sa voix - c'est évidemment le mot "travailler demain" qui a déclenché sa réaction.

Un autre, par contre, a visiblement envie de communiquer. "Ouais", dit-il d'un ton dédaigneux, "qu'ils dorment, les braves gens. Qu'ils aillent travailler tant qu'il y a encore du travail. Et qu'ils soient heureux. Pour nous, il n'y a plus de travail et plus de demain. Grâce à tous ces braves gens qui dorment sur leurs deux oreilles. Merci, les vieux, d'avoir préparé le monde des jeunes."

Son camarade a un discours moins engagé : "Qu'ils aillent se faire foutre, tes 'braves gens'." Et un autre commence à crier : "Réveillez-vous, on fait la fête..."

Les bus au centre-ville de Montpellier"Ses jeunes", termine le Monsieur le récit qu'il adressé à l'équipe de "Montpellier Presse Online", "ne sont pas méchants. Ils ne veulent pas nuire aux gens, mais ils sont énormément frustrés. Ils ne savent pas quoi faire de leur vie, et ils n'ont aucun espoir. Ils ont l'impression que personne ne les respecte - et ils ont appris à respecter personne, de leur côté."

Il est vrai qu'à Montpellier, on parle beaucoup du bruit des travaux et du trafic - qui, selon les statistiques, générerait 80 pour cent du bruit dérangeant la vie quotidienne. Mais les Montpelliérains du centre ville ont d'autres soucis sonores. "À Montpellier", rapporte une dame dans la quarantaine, "vous n'êtes jamais tranquille. Jusqu'à une heure, vous avez le bruit des bars. Quand ils ferment, ça ne veut pas dire que les gens rentrent - ils continuent leur nuit dans les rues. Et vous avez intérêt à rien leur dire, sinon, ils gueulent encore plus fort. Au petit matin, c'est les poubelles qui prennent le relais et, peu après, les livreurs. Finalement, les magasins ouvrent, les travaux reprennent, et tout commence de nouveau."

"La faute est à qui ?" s'interroge un Monsieur d'une soixantaine d'années. "À personne", répond-il lui-même à sa question. "La municipalité a tout essayé pour que les nuits en ville deviennent un peu plus calme. Ils ont restreint les heures d'ouverture et les surfaces des terrasses des bars et cafés. Ils ont interdit que les clients des bars fassent du bruit à l'extérieur. Mais tout cela ne sert à rien."

Les trams à Montpellier"Nous ne pouvons pas être derrière chaque client", confirme le patron d'un bar dans lÉcusson. "Ce n'est pas nous qui avons fait les lois contre les fumeurs. Les gens veulent fumer, alors ils sortent. En général, ils sortent à plusieurs et continuent leur conversation dehors. C'est normal qu'ils ne pensent pas toujours à baisser la voix, n'est-ce pas ? Quand ils quittent le bar", ajoute-t-il, "ils font ce qu'ils veulent, de toute manière. S'ils ne rentrent pas tout de suite, ce n'est pas sous notre responsabilité."

Quoi faire ? "Apprendre aux jeunes ce que veut dire 'respect'", propose une dame d'une cinquantaine d'années. - Juste aux jeunes ? - "Je n'ai pas besoin de me faire du souci pour le bruit de la ville", soupire une étudiante qui habite dans le quartier de Gambetta. "J'ai à la maison tout ce qu'il me faut... La famille en dessous de moi hurle tous les matins - les enfants, la mère, tout le monde - et pendant la journée et le soir c'est la musique ou la télé. Le soir, j'ai la télé en stéréo, du couple au-dessus de moi et d'en dessous. J'ai déjà essayé de leur demander de baisser le son. Ceux d'en haut s'excusent et m'assurent qu'ils feront attention. Mais ils ne changent rien. Et ceux d'en bas m'insultent dès que je leur dis quelque chose. Pour pouvoir étudier tranquillement, il faut que j'aille à la bibliothèque. Et le soir, si je ne veux pas être arrosée par les télés, je dois sortir. Pas question de travailler le soir, je dois attendre jusqu'à ce que tout le monde soit couché."

Le mot "respect" tombe aussi relativement aux travaux. "Quelque part là-haut", le Monsieur d'une trentaine d'années fait un geste vers le ciel, "ils ont juré de nous rendre sourds. D'abord, il est question des travaux du tram. Ensuite, ils ouvrent des rues, l'une après l'autre, sans le moindre rapport avec les trams. Ils travaillent la nuit, comme ils proclament, pour moins nous déranger. Et quand on n'entend pas les machines, on entend les ouvriers qui s'appellent, d'un bout de la rue à l'autre..."

"Avec tout le bruit dans Montpellier, qui pense encore aux voitures ? Comparées aux trams, aux trains, aux travaux, aux bars et aux jeunes dans les rues, on ne les entend presque plus", commente le Monsieur dans la cinquantaine qui a relaté l'histoire du groupe nocturne des jeunes au centre ville. Et il ajoute d'une voix sarcastique : "Allez, je vous laisse, parlons moins pour faire moins de bruit..."
Photos et texte : copyright Doris Kneller


mercredi 26 octobre 2011

Montpellier : grande journée d'action

Les Montpelliérains contre les gaz de schiste, le nucléaire, l'austérité... et le massacre des Algériens en 1961 à Paris

Grande journée mondiale d'action"Si vous voulez connaître la différence entre la France et les autres pays... les gens se laissent faire, partout", explique un jeune homme qui, avec beaucoup d'autres, est sorti sur la Comédie le 15 octobre. "On s'incline devant l'autorité, on fait se qu'elle attend de nous. Mais à un certain degré, on en a assez. Et là, au contraire d'autres peuples en Europe, on va dans la rue. On se laisse plus faire."

Le samedi 15 octobre, beaucoup de Montpelliérains ont montré que, pour eux, le moment du "plus se laisser faire" est venu. Sous l'intitulé de "grande journée nationale d'action", tous les groupes qui avaient quelque chose à dire sont sortis dans les rues de Montpellier. La devise commune à tous était la révolte paisible. "On n'améliore pas une société par la violence", a commenté une dame d'une trentaine d'années qui se considère comme "indignée". Mais aussi l'information...

Informer, c'est effectivement un des objectifs principaux de ceux qui se battent contre l'exploitation des gaz de schiste en Languedoc-Roussillon par les compagnies pétrolières. Il est vrai, font-ils savoir, que trois permis ont été annulés après l'interdiction récente de la fracturation hydraulique, mais il y en a toujours 61 qui restent en vigueur. "Ce n'est pas le moment de crier victoire", déclare un des militantes contre les gaz de schiste, "et bientôt, il sera trop tard pour lutter contre la menace qui plane au-dessus de l'eau de la région."

Toutefois, protester contre l'exploitation des gaz de schiste ne veut pas dire qu'on oublie les menaces du nucléaire - les groupes anti-nucléaire faisaient aussi partie de la grande journée d'action. "Il y a quelques semaines", rappelle une jeune dame, "un four dans une centrale nucléaire pas plus de 300 kilomètres de Montpellier a explosé. Et déjà, personne n'en parle plus. Je comprends la presse - elle est obligée d'écrire ce que veut la politique et l'économie. Mais les gens... n'ont-ils pas peur pour leur vie ? Ne comprennent-ils pas ou ne veulent-ils pas comprendre le danger ? Faut-il qu'on attende cinq ou dix ans et voir, à quel point le cancer dans la région aura augmenté, pour que les gens se réveillent ?

"Non au nucléaire", "non aux gaz de schiste", mais aussi "non à l'austérité". "Le gouvernement parle du principe de supprimer les dépenses superflues", remarque un des révoltés. "Ça serait une bonne idée - si le gouvernement donnait à "superflu" le même sens que le peuple. Plus d'austérité, pour l'état, ça veut dire réduire les services publics, augmenter le nombre d'élèves dans les classes, baisser les ressources dans les hôpitaux, augmenter les taxes des gens qui déjà maintenant ne gagnent pas assez." - "Une amie à moi", ajoute une jeune dame, "est un cas qui ne devrait pas exister. Elle travaille, 35 heures par semaine, c'est-à-dire plein temps. Mais elle gagne si peu qu'elle dépend de la CAF pour compléter son mois. Et c'est absolument légal. Imaginez, quelqu'un qui a un travail en plein temps ne peut pas vivre de son salaire..."

Jeunesse communisteL'austérité était aussi le sujet d'un sketch présenté dans les rues de Montpellier par un groupe de la jeunesse communiste. Avec beaucoup d'humour - et de cynisme - les jeunes hommes et femmes faisaient l'éloge de l'ingéniosité de "certains" de s'enrichir et des banques dont les dettes sont transférées au peuple : "Ils font tout pour sauver les banques", commente un des acteurs, "et ils savent, comment faire."

Les indignés de Montpellier ont bien montré que leur mouvement existe toujours et qu'il grandit. L'après-midi, ils ont proposé un "atelier d'indignation créative" sur la place de la Comédie, où tout le monde avait l'occasion d'exprimer son indignation dans une forme artistique - ensemble, on a réalisé des dessins, des peintures, des poèmes et des textes en prose. Plus tard, un assemble général a eu lieu. "Les gens ont besoin d'exprimer leur indignation", dit un des indignés. "Mais c'est pas tout. Ce n'est que le début. Petit à petit, on va comprendre qu'une société meilleure est possible. On la construira tous ensemble, nous, les gens, qui vivent à l'intérieur de cette société."

Les indignés de MontpellierContre les gaz de schiste, anti-nucléaire, austérité et appauvrissement,... tous les sujets de la "grande journée nationale d'action" aboutissaient dans un seul qui dominait toutes les pensées : le racisme en général et, notamment, le "racisme d'état". "Paris, le 17 octobre 1961 - il y en a peut-être qui l'ont oublié", admet un homme dans la quarantaine, "ou c'est ce que les médias souhaitent de nous faire croire. Mais non. Ceux qui croient à la justice et l'égalité n'ont pas oublié." Le 17 octobre 1961, c'est le jour où la France a été secouée. Que 30.000 Algériens manifestent calmement à Paris contre les couvre-feux auxquels la loi les avait condamnés n'a étonné personne. Que 12.000 manifestants ont été arrêtés est grave. Que, après la manifestation, on a parlé de trois morts est encore plus grave. Mais que, comme il s'est avéré plus tard, des centaines d'Algériens ont été tués dans les rues de Paris, ceci est l'horreur pure.

"La 'loi', à cette époque-là, c'était Maurice Papon", explique un homme d'une cinquantaine d'années. "En 1997, on l'a condamné pour ses crimes de guerre. Mais en 1961, il était encore préfet de police. En 1942, il a fait partie de ceux qui tuaient les juifs au Vélodrome d'Hiver, en 1961, on lui a toujours laissé la possibilité de tuer."
Photos et texte : copyright Doris Kneller


lundi 17 octobre 2011

Chantiers à Montpellier : trams et dédoublement de l'autoroute A9

Micro-trottoir sur les nouvelles lignes de tram à Montpellier et le dédoublement de l'autoroute A9

Les trams à MontpellierÀ Montpellier, beaucoup des choses vont changer. Surtout au niveau de la circulation...

Bien que, en ce moment, les Montpelliérains souffrent encore des travaux pour les lignes 3 et 4 du tram, on leur promet un avenir beaucoup plus rose en ce qui concerne la circulation dans la ville. Déjà, au printemps 2012, ils seront enfin "dédommagés" des problèmes de trafic qu'ils ont dû subir pendant plusieurs années  les lignes 3 et 4, les deux en même temps, seront inaugurées. Ensuite, le trafic à l'intérieur de la ville sera soulagé par le dédoublement de l'autoroute A9 autour de Montpellier. Bref : fini les embouteillages...

...espèrent ceux qui peuvent encore y croire. Une dame d'une trentaine d'années qui, le lundi matin, traverse la place de la Comédie n'en fait pas partie. "Je ne crois plus aux promesses", déclare-t-elle à l'équipe de Montpellier Presse Online. "Monsieur Frêche voulait construire un tram après l'autre, dans un rythme de quatre ans. Je ne veux pas dire que la construction de la ligne 3 n'aurait pas mis le bordel dans les rues, mais ç'aurait été moins grave que les deux lignes en même temps. Mais Monsieur Frêche n'est plus là, donc on n'écoute plus ce qu'il a dit." Et elle ajoute : "Maintenant, ils disent que tout rentrerait dans l'ordre au printemps 2012. J'y crois pas. Ils vont avoir d'autres idées pour nous rendre la vie dure."

La dame est bien informée - mieux, de toute manière, qu'une autre Montpelliéraine un peu plus âgée que la première qui, par contre, n'a pas perdu confiance. "Je ne sais pas quand tous ces travaux seront terminés", dit-elle, "mais je pense pas que ça dure encore longtemps. Après, on aura un joli tram de plus, et tout le monde sera content. Il ne faut pas râler tout le temps."

Bus, trams et chantiers à MontpellierLes Montpelliérains sont-ils râleurs ? "Je trouve qu'ils ont le droit de râler", décide un Monsieur d'une soixantaine d'années qui, comme il explique, visite souvent Montpellier "en touriste" pour voir ses petits-enfants. "Je connais Montpellier depuis plus de vingt ans, et j'ai toujours aimé la ville. Mais ce qu'ils en ont fait maintenant est exaspérant. Je ne retrouve plus la ville calme que j'ai aimée. Partout des chantiers, partout de vacarme. Autant vivre à Paris."

Une dame d'à peu près le même âge se fâche surtout sur la situation à laquelle les piétons sont livrés. "On dirait qu'on n'a plus le droit d'aller à pied à Montpellier. Les soi-disant zones piétonnes sont pleines de voiture et de vélos. Il y a plusieurs grandes rues qu'on n'arrive plus à traverser sans se mettre en danger, parce qu'ils ont enlevé les feux. On est livré à la gentillesse des conducteurs. Et des conducteurs des bus - même là où il y a encore des feux. L'autre jour, à la rue de la République, j'étais obligée d'attendre trois phases de rouge avant que je puisse traverser. Parce que chaque fois, un bus s'est arrêté juste devant moi, et je n'avais pas la place de passer entre les travaux et le bus. Il fallait que j'attende le feu vert pour les bus - et les voitures passent et le feu rouge arrive de nouveau, et déjà, il y a un autre bus devant moi. J'ai fait signe aux conducteurs des bus de me laisser passer - mais non, ils n'ont pas besoin d'aider les piétons."

Une autre dame qui a expérimenté des problèmes comparables constate : "Quand on ne circule ni en voiture ni en tram ou bus, on a l'impression de ne pas exister dans la tête de ceux qui planifient le nouveau Montpellier. Ont-ils oublié que les piétons existent ?"

L'information du dédoublement de l'autoroute A9 n'a pas encore atteint beaucoup de monde. "Non, je ne savais pas", reconnaît un Monsieur d'une quarantaine d'années. "Autrement dit, les bouchons éternels de Montpellier vont aussi affecter l'autoroute." Et il ajoute : "Les politiciens ne peuvent-ils pas nous laisser vivre tranquillement ? Ce sont eux qui gagnent l'argent et nous qui souffrent de leurs mauvaises idées."

Un autre Monsieur, à peu près du même âge, n'est pas informé non plus. Il réfléchit avant de répondre, puis : "Quand l'autoroute sera dédoublée, le trafic roulera probablement mieux. Ça sera donc une bonne idée. Mais d'ici là il y aura des travaux. Et je vous dis, on en a assez des travaux à Montpellier. Personnellement, je préférerais qu'on laisse l'autoroute telle quelle et qu'on finisse avec tous ces travaux."

Une dame dans la cinquantaine est mieux informée. "Oui, je sais", réagit-elle, "et je trouve ça bien. Montpellier est une ville moderne qui a besoin d'un réseau de routes modernes. Dans quelques ans, on sera fiers de tout ce qu'on aura fait pour nous."
Photos et texte : copyright Doris Kneller