lundi 22 novembre 2010

Salle Pétrarque à Montpellier : le principe de l'identité

Journées de Novembre de l'Association pour un judaïsme humaniste et laïque de Montpellier

Association judaïsme humaniste et laïque, MontpellierCeux qui rentrèrent dans la Salle Pétrarque, étaient encore raisonnablement sûrs de ce qu'ils étaient. Une demi heure plus tard, leur identité avait volé en éclats...

"Communautés, peuples, nations. Mythes et réalités de l’identité" était le sujet de la soirée. Salim Mokaddem, qui aborda la question du point de vue philosophique - comme on l’attend d'un professeur de philosophie à l’université de Montpellier - constata que déjà Aristote se servait du principe de l’identité comme un des éléments de sa logique. Selon Mokaddem, il était question d’une identité figée et indubitable. Mais le professeur de philosophie préfère l’idée d'un processus d’identification à celle de l’identité.

Ainsi, le philosophe montpelliérain expliqua que l’enfant ne naît pas avec une identité : il la construit plutôt et cela demande du temps. Dans ce processus qui mène du multiple indifférencié à l’identité, l'humain apprend aussi à reconnaître l’autre. Tout commence par le nom - ce nom qu’on donne aux enfants avant même qu'ils soient en mesure de le prononcer. Or, en nommant les choses l’enfant apprend à les identifier.

L'identité juive : Journées de Novembre à MontpellierMais ce processus ne doit jamais s’arrêter, se figer. Mokaddem rappelle au public un tableau de René Magritte, un peintre belge du dernier siècle, qui affiche le titre ”Ceci n’est pas une pipe”. Le nom n'est pas la "chose", ne doit donc pas être assimilé à elle. ”On rend invisible par le langage une grande partie de la réalité”, déclare Mokaddem. Nommer, ce serait identifier mais aussi occulter ce qu’on ne nomme pas...

Le vrai écrivain, dit le philosophe avec un regard pour sa voisine, l’écrivain Janine Gdalia, sait très bien qu’il est multiple, qu’il parle avec plusieurs voix différentes, qu’il n’existe pas en tant qu'Écrivain en singulier. La vie est une construction d’identifications et de "des-identifications" permanentes, un processus censé ne pas se figer en des identités immuables, "éternelles" - et cela, souligne Mokaddem, est valable aussi pour les identités nationales.

Philippe Martel, spécialiste de l’histoire de l’enseignement de la langue occitane á l'université Paul Valéry, ramena la discussion de la sphère philosophiques à un niveau plus terre à terre. "Comment peut-on être occitan?", était le sujet principal de son intervention.

La République Française a toujours voulu garantir les droits de l’individu dans le cadre de la nation. Or, entre ces deux entités, il n'y a rien. Pas de place pour des communautés ethniques ou nationales, donc, autres que la grande communauté de la Nation, plébiscitée chaque jour par ses membres, explique Martel s'appuyant sur la citation du philosophe Renan.

Cela implique une libération par rapport à l’Ancien Régime, où les individus étaient enfermés dans des régimes juridiques qu'ils n'avaient pas choisis. Mais cela, explique l'historien de Montpellier, mène aussi à une atomisation de la société : à un individu nu et seul face à l’état.

En plus, á coté de l’idéal jacobin, il y a une réalité où les groupes continuent d’exister, mais sans être reconnus ou avoués. Et si tous les Français étaient égaux devant la loi, certains l'étaient moins que d’autres : Martel évoqua les préjugés contre les méridionaux, courants dans la première moitié du XIXème siècle, préjugés que - avec l’Empire Français - ont visé d’autres cibles : les habitants des colonies.

Une autre culture nationale doit être possible, une culture dont tous les composants seraient légitimes, et tout spécialement les différentes langues. Martel : "La diversité religieuse est moins importante - après tout, les langues servent à la communication alors que les religions parlent à quelqu’un qui ne répond que rarement..."

Janine Gdalia, directrice de collection et écrivain, se concentra sur l’identité juive en France. Elle expliqua que les juifs français seraient des séfarades - donc marqués par l’exil (la plupart d’entre eux seraient venus en France après les déclarations d'indépendances du Maroc, de la Tunisie et de l’Algérie) - ou, alternativement, des ashkénazes, des juifs de l'Europe de l'Est, c’est-à-dire des rescapés de la Shoah.

Selon Gdalia, on parle ici d’une identité à couches successives. En tant que juif, on n'est pas tout à fait "d’ici" ni "d’ailleurs" - une ambiguïté qui, toutefois, peut être féconde...

Ainsi, Janine Gdalia indique que le statut du juif laïque implique un problème tout spécial. À la différence du croyant, le juif laïque ne trouve pas son "assise naturelle" dans la religion. Elle pose donc la question si on peut vraiment être juif et laïque...

En réaction à la question de l'équipe des Gens de Montpellier une femme dans la quarantaine se montre très satisfaite du niveau du débat. Elle indique que l’intervention de Salim Mokaddem aurait exigé qu'on se concentre beaucoup, mais que l'effort aurait largement été récompensé par la richesse des idées exposées. "J’ai aussi apprécié l’humour de Philippe Martel", assure-t-elle.

Un Monsieur d'à peu près le même âge regrette la faible assistance : "S’il y avait eu des intervenants plus médiatiques, la presse aurait mieux informé des Journées." Puis, il ajoute : "S'il y avait eu Régis Debray, par exemple, la queue pour rentrer aurait commencé à la Comédie". Et pourtant, commente un Monsieur plus âgé, la qualité du débat n'aurait pas laissé à désirer - "même si les célébrités étaient locales et non pas parisiennes".

La soirée était organisée par l’Association montpelliéraine pour un judaïsme humaniste et laïque dans le cadre de ses "Journées de Novembre", conjointement avec "Coup de Soleil", l'Association culturelle France-Maghreb et l'Association Identités et Partage - Culture Berbère et Citoyenne.
Photos et texte : copyright Jorge Sexer & SudDesign

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