Affichage des articles dont le libellé est Ricardo Bofill. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ricardo Bofill. Afficher tous les articles

mercredi 23 décembre 2009

Bofill, Antigone, Montpellier et l'architecture en verre : écologique, beau et étonnant

Le verre à Montpellier - Bofill et l'architecture montpelliéraine

Montpellier, piscine olympique"Le contraste" pourrait être le mot clé pour comprendre Montpellier, la jeune, la traditionnelle, la ville moderne. Les vieilles maisons du cœur de la ville, du fameux Écusson, ne contredisent pas à ce principe : ancien et moderne, grand, petit et immense, nature et béton - tout cela est Montpellier. Et, depuis les années 80 où un homme de Barcelone du nom de Ricardo Bofill est "passé" en ville, on voit du verre, beaucoup de verre...

Montpellier, archtectureAu moment où l'architecte catalan entame l'immense projet de l'Antigone à Montpellier, son "Taller de arquitectura" est déjà créé, cet atelier d'architecture réputé pour ses idées spectaculaires et sa tendance du grandiose. Le style des maisons sur la Place de l'Europe à Montpellier ou la piscine olympique cadrent bien avec cette réputation du "Taller" de Bofill, ce style inventif, développé par un architecte qui ne craint pas l'emphatique. L'Antigone devient la contradiction et, en même temps, le complément de la vieille ville où, il y a encore trente ans, une "poigne de gens du Midi", comme l'expriment les vieux Montpelliérains de "souche", étaient "entre eux".

Comment comprendre cette face d'une ville ancienne redevenue jeune, ce monde où un ancien bâtiment comme l'Opéra-Comédie étincelle sous des lumières modernes et écologiques, où la vie se reflète dans le verre de l'Antigone, de la piscine olympique, de la région, dans toutes ses fenêtres grandeur vie qui témoignent de l'époque ou un maire nommé George Frêche a fait appel à un catalan nommé Ricardo Bofill…

Place d'Europe, Montpellier"Le verre", apprenons-nous de Robert James, architecte londonien en retraite à Montpellier, "est un matériau étonnant. Il est beau et fonctionnel. Aucun autre matériau n'est capable de capter et de garder la chaleur comme le verre. Il fait économiser l'énergie et, par conséquent, il est hautement écologique."

Hautement écologique, cela cadre avec la réputation envisagée par Montpellier. Mais capter et garder la chaleur, est-ce utile dans une ville du Midi ? - "Bien sûr", Christine, la femme d'origine allemande de l'architecte, éclate de rire. "Bofill n'était pas si bête. Il a utilisé des techniques d'isolation qui était exemplaires pour son époque."

Et la beauté du matériau ? - Cela dépend de l'environnement, de ces maisons, des arbres et du ciel qui se reflète dans le verre des façades en verre. Bofill aimait les lignes droites, symétriques, aptes à souligner la différence avec l'ancien. Ces maisons, au moment de leur planification, n'étaient pas des "bâtiments", mais des concepts, évoquant la tradition des jardins français qui se considéraient comme point central, point de départ de l'œil qui glisse sur un paysage formé et déformé par la main du jardinier...

Architecture à MontpellierBofill, un jardinier dont Montpellier est le jardin ? Ses façades en verre - et celles qui, plus tard, furent construites sur son modèle - ne sont pas la vie, mais elles la reflètent. Elles enlèvent le spectateurs de la réalité et l'amènent dans un monde parfait, un univers idéalisé, irréel, rempli de lumière.

Un univers, aussi, du tourisme : "Aimez-vous l'Antigone ?" Une petite famille, mère, père, deux enfants qui s'arrêtent devant la piscine olympique pour contempler les reflets - les enfants rient, le père hésite. "Je ne sais pas", répond la mère, "je ne suis pas sûre. Et toi ?" s'adresse-t-elle à son mari. L'homme hausse les épaules. "Je ne sais pas non plus. Ce n'est pas vraiment beau ou, peut-être si, c'est d'une certaine beauté. De toute manière", ajoute-t-il, "c'est très impressionnant." Il hésite de nouveau. "Et, je pense, unique."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

samedi 28 novembre 2009

Architecture : Montpellier et Antigone

Tradition et modernité - Montpellier et ses reflets

Montpellier, AntigoneMontpellier est une de ces villes assez rares où l'architecture ne pourrait pas être plus "contradictoire". Le moderne alterne avec l'ancien, les grandes avenues cohabitent avec les petites ruelles, le ciment avec la vieille pierre, le grand et le grandiose avec le petit et le modeste. L'étranger pourrait s'interroger quelle serait la partie "vraie" de Montpellier. Et il recevrait la réponse : tout. Le vieux et le nouveau, le grand et le petit, le pompeux et le modeste, tout cela est Montpellier...

Qui, quand il se promène dans les ruelles du vieux centre de Montpellier, l'Écusson, soupçonnerait que, uniquement quelques rues plus loin, il tomberait sur de magnifiques hôtels particuliers construits au style italien du 19ème siècle ? Qui, lorsqu'il découvre la splendeur du Peyrou et du Jardin des Plantes penserait que, tout proche, il y aurait des petits jardins publics dont les arbres, les fleurs et les petits points d'eau invitent à reposer l'esprit et d'oublier la tension de la ville ?

Piscine olympyque, MontpellierLe quartier le plus étonnant de Montpellier, toutefois, reste Antigone, cette vision de Ricardo Bofill, l'architecte catalan dont les œuvres font partie des plus "discutées" de notre époque. Ce quartier est-il beau, avec ses arcades à la grecque, ses maisons de forme inhabituelle voire bizarre, ses arbres plantés au milieu du béton, ses statues d'anciens dieux - son aspect d'une antiquité modernisée où, à première vue, on se croit dans l'image d'une Grèce de science fiction... ? - "Je ne sais pas", commente un Monsieur de Paris qui, pour la première fois, découvre Antigone. "Beau ? Non, pas vraiment. Moche ? Non plus. Honnêtement, je ne peux pas me décider. Il me fait penser à la Défense - mais non, rien à voir... Je ne connais rien qui pourrait être comparé à votre Antigone. Il est - étonnant."

Qui dit Antigone, dit Ricardo Bofill mais, aussi, George Frêche, ancien maire de Montpellier, qui a initié la construction de ce quartier avec sa piscine olympique, sa médiathèque, sa place ronde de l'Europe, son Hôtel sévère et imposant de la Région... Et au milieu de tout cela, le Lez, entouré d'arbres et de béton, qui amène le parfum de la Méditerranée.

La région à MontpellierMalgré les arbres et les statues qui égayent l'ambiance du quartier, le matériau qui prédomine, qui "saute aux yeux", c'est le béton. Mais entre les plaques du béton, c'est le verre - un verre qui plonge Antigone dans mille couleurs : il reflète le bleu du ciel de Midi, les nuages, le vert des arbres, les jaunes et rouges des vêtements des gens qui s'y promènent. Il reflète la météo, la saison, l'heure et l'ambiance qui règne dans cette partie de Montpellier. Et il rappelle le côté philosophique des Montpelliérains : Platon qui voit la vie en forme des ombres projetés sur un mur de grotte - Montpellier qui voit ses couleurs projetées sur les murs d'Antigone.
Photos et texte : copyright Doris Kneller