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mercredi 22 juin 2011

Le Festival des Architectures Vives à Montpellier

Festival de l'architecture à Montpellier : les hôtels particuliers et leurs cours intérieures

Festival de l'architecture à MontpellierDe nouveau, onze parmi les hôtels particuliers typiques de l'architecture montpelliéraine ont ouvert leurs portes aux visiteurs. Pendant cinq jours, les amateurs de l'art avaient accès à leurs cours qui, en dehors du Festival des Architectures Vives (FAV), ne sont accessibles qu'aux habitants.

Mais l'idée du Festival n'était pas seulement la possibilité de visiter des cours normalement "cachées" au public. Onze cabinets d'architectes ont organisé une "rencontre" entre l'architecture de Montpellier et l'art contemporain. Leur œuvre a rempli les cours, "vient interrompre la verticalité" comme à l'Hôtel d'Aures, produit "Ma cours dans ta cour" avec une "allégorie de la cour québécoise" à l'Hôtel de Bonnel, ou représente une "métaphore de la rencontre magique" à l'Hôtel Saint Pierre de Rozel.

Ce "Festival des Architectures Vives" aurait pu être considéré comme une "balade sensorielle" - en empruntant l'expression des architectes qui ont "garni" la cour de l'Hôtel de Cabacérès -, un mélange entre l'histoire montpelliéraine et le symbole artistique d'une ville devenue un point de rencontre internationale. La réaction du public était très diversifiée. Les uns ont adoré, les autres n'ont pas compris, "pourquoi la ville jette notre argent par la fenêtre pour des choses sans intérêt", et certains étaient de l'avis que " la ville aurait pu mettre des fontaines d'eau à la disposition des visiteurs"...

Festival des Architectures Vives à Montpellier"L'intention est bonne", répond un des visiteurs - un homme dans la quarantaine - à la question de l'équipe de Montpellier Presse Online. Il hausse la tête, l'air content, pendant qu'il observe ses deux enfants qui jouent à cache-cache entre les cylindres de tissu blanc de l'installation de l'Hôtel de Griffy. "C'est très ludique", ajoute sa femme et : "Ça fait très plaisir aux enfants."

Mais les cylindres ne font pas seulement plaisir aux enfants. Chez un homme dans la trentaine, ils évoquent des sentiments philosophiques : "C'est comme un labyrinthe, on s'y perd, on s'y retrouve. Comme dans la vie..."

Les grands ballons de l'Hôtel Mirman perturbent plusieurs personnes qui ont pour seul commentaire le mot "bizarre". Mais un Monsieur dans la soixantaine se sent apte à expliquer le sens de l'installation : "Les formes des ballons jouent avec la forme des balcons. L'artiste", ajoute-t-il, "a très bien compris le style de la maison, et il a su lier le moderne et l'ancien."

Les tubes de cuivre suspendus dans la cour de l'Hôtel Baudon de Mauny, par contre, évoquent des commentaires moins philosophiques. L'installation s'appelle "Ondes de choc" et, en effet, une jeune dame est un peu choquée. Elle hoche la tête, debout devant l'œuvre et, finalement, elle dit : "Je ne sais pas si c'est de l'art. Mais, de toute manière, je plains les pauvres habitants de la maisons qui doivent subir ce bruit pendant trois jours."

Deux dames dans la soixantaine sont émerveillées d'avoir découvert le "Festival des Architectures Vives" au cours de leur promenade dominicale. Mais elles réclament "une publicité plus efficace. Nous n'avons rien su de la manifestation. C'est par pur hasard que nous l'avons découverte."

Architecture des hôtels particuliers à MontpellierHeureusement, comme explique l'autre dame, qu'elles ont l'habitude de marcher dans les rues de Montpellier. Mais apparemment, elles ne sont pas les seuls. "Souvent", réfléchit un Monsieur d'une trentaine d'années, "on marche dans les rues, et on se demande ce qui se trouve derrière une porte. On ne peut pas le savoir. Et là, pour une fois, on a le droit d'y entrer..." Un autre Monsieur d'à peu près le même âge, par contre, a moins l'habitude de marcher dans les rues. "La manifestation", dit-il, "invite à se promener à Montpellier. Normalement, quand on vit quelque part, on ne visite jamais rien."

Une autre dame, elle aussi dans la quarantaine, trouve les installations "très originales" et même "poétiques". Son mari est plutôt sceptique, toutefois, il est d'accord que "ça permet de toute manière de voir les cours qui sont toujours fermées."

C'est juste cette ouverture des cours une fois par an qui tracasse une dame dans la cinquantaine. L'appareil photo dans la main, elle se plaint des installations. "On peut en penser ce qu'on veut", commente-t-elle, "mais, si déjà, pour une fois, on nous donne le droit de voir ces cours merveilleuses, on a la mauvaise idée de les cacher derrière de l'art contemporain. Je préférerais avoir la possibilité de prendre des photos des cours, dans leur état naturel, au lieu de n'apercevoir les murs qu'entre deux pièces d'architecture soi-disant moderne."

Une dame dans la cinquantaine qui assure qu'elle aurait vu toutes les onze cours au moins deux sinon trois fois, est bien informée. "Ils organisent ce festival tous les ans, et toujours dans d'autres cours. Comme ça, petit à petit, on a l'occasion de découvrir tous les hôtels particuliers de Montpellier." Interrogée si son enthousiasme concerne plus les cours ou les installations d'architecture, elle affirme que "oui, je viendrais aussi visiter les cours sans les installations. Elles sont très intéressantes. Mais l'idée du Festival est magnifique. Ils nous offrent deux choses en même temps : la vue des cours et, en plus, les installations artistiques."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 23 décembre 2009

Bofill, Antigone, Montpellier et l'architecture en verre : écologique, beau et étonnant

Le verre à Montpellier - Bofill et l'architecture montpelliéraine

Montpellier, piscine olympique"Le contraste" pourrait être le mot clé pour comprendre Montpellier, la jeune, la traditionnelle, la ville moderne. Les vieilles maisons du cœur de la ville, du fameux Écusson, ne contredisent pas à ce principe : ancien et moderne, grand, petit et immense, nature et béton - tout cela est Montpellier. Et, depuis les années 80 où un homme de Barcelone du nom de Ricardo Bofill est "passé" en ville, on voit du verre, beaucoup de verre...

Montpellier, archtectureAu moment où l'architecte catalan entame l'immense projet de l'Antigone à Montpellier, son "Taller de arquitectura" est déjà créé, cet atelier d'architecture réputé pour ses idées spectaculaires et sa tendance du grandiose. Le style des maisons sur la Place de l'Europe à Montpellier ou la piscine olympique cadrent bien avec cette réputation du "Taller" de Bofill, ce style inventif, développé par un architecte qui ne craint pas l'emphatique. L'Antigone devient la contradiction et, en même temps, le complément de la vieille ville où, il y a encore trente ans, une "poigne de gens du Midi", comme l'expriment les vieux Montpelliérains de "souche", étaient "entre eux".

Comment comprendre cette face d'une ville ancienne redevenue jeune, ce monde où un ancien bâtiment comme l'Opéra-Comédie étincelle sous des lumières modernes et écologiques, où la vie se reflète dans le verre de l'Antigone, de la piscine olympique, de la région, dans toutes ses fenêtres grandeur vie qui témoignent de l'époque ou un maire nommé George Frêche a fait appel à un catalan nommé Ricardo Bofill…

Place d'Europe, Montpellier"Le verre", apprenons-nous de Robert James, architecte londonien en retraite à Montpellier, "est un matériau étonnant. Il est beau et fonctionnel. Aucun autre matériau n'est capable de capter et de garder la chaleur comme le verre. Il fait économiser l'énergie et, par conséquent, il est hautement écologique."

Hautement écologique, cela cadre avec la réputation envisagée par Montpellier. Mais capter et garder la chaleur, est-ce utile dans une ville du Midi ? - "Bien sûr", Christine, la femme d'origine allemande de l'architecte, éclate de rire. "Bofill n'était pas si bête. Il a utilisé des techniques d'isolation qui était exemplaires pour son époque."

Et la beauté du matériau ? - Cela dépend de l'environnement, de ces maisons, des arbres et du ciel qui se reflète dans le verre des façades en verre. Bofill aimait les lignes droites, symétriques, aptes à souligner la différence avec l'ancien. Ces maisons, au moment de leur planification, n'étaient pas des "bâtiments", mais des concepts, évoquant la tradition des jardins français qui se considéraient comme point central, point de départ de l'œil qui glisse sur un paysage formé et déformé par la main du jardinier...

Architecture à MontpellierBofill, un jardinier dont Montpellier est le jardin ? Ses façades en verre - et celles qui, plus tard, furent construites sur son modèle - ne sont pas la vie, mais elles la reflètent. Elles enlèvent le spectateurs de la réalité et l'amènent dans un monde parfait, un univers idéalisé, irréel, rempli de lumière.

Un univers, aussi, du tourisme : "Aimez-vous l'Antigone ?" Une petite famille, mère, père, deux enfants qui s'arrêtent devant la piscine olympique pour contempler les reflets - les enfants rient, le père hésite. "Je ne sais pas", répond la mère, "je ne suis pas sûre. Et toi ?" s'adresse-t-elle à son mari. L'homme hausse les épaules. "Je ne sais pas non plus. Ce n'est pas vraiment beau ou, peut-être si, c'est d'une certaine beauté. De toute manière", ajoute-t-il, "c'est très impressionnant." Il hésite de nouveau. "Et, je pense, unique."
Photos et texte : copyright Doris Kneller