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mardi 16 novembre 2010

Montpellier ZAT : Zones Artistiques Temporaires 2010 à 2020

Première ZAT, Zone Artistique Temporaire, à l'Antigone, Montpellier

Le ZAT Antigone à Montpellier
Les Zones Artistiques Temporaires à Montpellier
La mairie de Montpellier et son maire Hélène Mandroux marquent un point pour l'avenir de leur ville : bien que le terme "temporaire" fait partie du nom de la nouvelle manifestation censée affirmer encore une fois la position de Montpellier parmi les villes où la culture est écrit avec un grand C, les Zones Artistiques Temporaires sont planifiées pour - dix ans.

George Frêche l'a voulu : la première ZAT eut lieu dans son Antigone adoré. Et il aurait été content - aussi contente que Hélène Mandroux qui s'adresse aux lecteurs des Gens de Montpellier lorsqu'elle exprime son émerveillement - bien que ce soit la première Zone Artistique Temporaire, il y aurait déjà tant de monde. "La ZAT est bien accueillie d'emblée", répond-elle à la question de l'équipe des Gens de Montpellier. "Cela prouve que la population de Montpellier est ouverte à l'art."

L'art présenté par les ZAT n'est pas un art enfermé dans les salles ou derrière les caisses d'un musée. Les Zones Artistiques Temporaires occupent les rues - elles appartiennent à ces rues et à ceux qui les fréquentent. Et elles sont là pour être partagées : les danseurs, par exemple, qui dansent sur la Place de Thessalie ne dansent pas seuls. Ils animent le public de danser avec eux, de s'exprimer, de laisser libre cours aux mouvements naturels du corps. D'abord, les gens refusent d'être tirés dans le cercle. Ensuite, toutefois, lorsqu'ils osent se relâcher, un grand sourire envahit leurs visages.

Montpellier : Zones Artistiques Temporaires à l'Antigone
ZAT Montpellier : la fée de l'Antigone
On partage les rues, mais aussi l'air. Il est vrai que l'acrobate de la compagnie "Retouramont" qui semble danser dans l'air n'a pas d'ailes, mais est attachée à un système sophistiqué de cordes. Mais lorsqu'on observe ses mouvements élégants, on a l'impression qu'elle vit dans l'air, comme une sorte de fée de l'Antigone. Mais elle n'est pas la seule à avoir le droit de s'aventurer dans le ciel au-dessus de Montpellier – ceux qui souhaitent ”voler” eux aussi peuvent participer. Et les enfants courageux peuvent monter sur des socles élevés pour voir, comment se "sent" une statue...

"Est-ce de l'art ?" murmure une femme d'une trentaine d'années lorsqu'elle observe des silhouettes emballées dans des bâches de plastique qui, avec de longues bandes blanches, prennent la "mesure" de l'Antigone. Elle ne trouve pas de réponse - comme personne n'a jamais trouvé de réponse à la question éternelle de la nature de l'art. Toujours est-il que les silhouettes en plastique continuent à arborer les rues avec leurs pieds glissés dans des chaussures à haut talon. Soudain, l'une ou l'autre silhouette s'arrête et s'allonge par terre. Elle réfléchit dans l'ombre de l'Antigone. Elle réfléchit sur le destin du monde et sur ce que, lorsqu'elle se relèvera, elle inscrira sur une des longues bandes blanches destinées à révéler la longueur de l'Antigone...

Toutefois, pas tout le monde est censé profiter des spectacles - au moins pas du loin : plusieurs artistes s'expriment brutalement contre les photos. Le clown sur la Place de Thessalie, par exemple, bouscule les photographes qui ne sont pas plus forts que lui, et d'autres artistes se retournent ou cessent leur performance dès qu'ils aperçoivent un appareil photo. Cela, pourtant, ne les empêche pas de bien se tenir devant la caméra vidéo de la ville de Montpellier - pour que le spectacle dure, les diverses scènes qui se déroulent à la ZAT de l'Antigone sont filmées et chargées sur le site de la mairie.

Il va de soi qu’à Montpellier, l’art ne reste par isolé. Tout est lié, l’art au gens de la rue, les gens à la culture et la culture à la technique. Et qui dit technique à Montpellier dit tram. Tout comme le tram déambule au long des rues de Montpellier, les ZAT déambuleront avec lui - ce n’est pas pour rien que les trams eux-mêmes sont des œuvres d’art… Christian Lacroix oblige. Ainsi, les prochaines ZAT se développeront au long du trajet des trams - d’abord, elles suivront la ligne 1, plus tard la 2, la 3, un jour la 4…

Hélène Mandroux à la ZAT, Montpellier
Hélène Mandroux illumine la Place du Nombre d'Or
Mais le grand public montpelliérain n’est pas le seul à profiter des Zones Artistiques Temporaires - aussi les commerçants sont contents. La restauration autour de la ZAT va bien, et on peut même se régaler sur place avec la bonne soupe chaude. "Il y a", commente un étudiant qui, quelques jours auparavant, participa à l'AG Interpro sous les arbres du Peyrou et dégusta la soupe excellente de Benoît, "une différence énorme entre la soupe culturelle et la soupe populaire : la première coûte trois euros, la deuxième est faite avec amour."

Toute critique disparaît au moment où la nuit tombe, et Hélène Mandroux, avec l’aide des enfants autour d’elle, allume la première bougie. Et peu après, la fontaine de la Place du Nombre d’Or se transforme dans un lac enchanté. La lueur de milliers de flammes de bougies fait rayonner les maisons de l'Antigone et les visages des Montpelliérains. Quelques-uns se mettent à danser. Une autre nuit montpelliéraine vient de commencer.
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 23 juin 2010

Montpellier et la grève générale : les syndicats appellent à la manifestation

Les Montpelliérains ont-il envie de faire la grève ? - Micro-trottoir à Montpellier

Grève à Montpellier : le PolygoneDéjà, il n'est plus question que des retraites. Ce jeudi-ci, la grève générale est déclarée : les habitants de Montpellier et d'ailleurs vont dans la rue pour défendre leur vie quotidienne. Les Français revendiquent leurs droit aux services publics, aux emplois, aux salaires, à la protection sociale, et une stabilité relative de leur pouvoir d'achat - et tout le monde "en a marre" d'entendre parler de la crise...

..."mais c'est vrai", dit un Monsieur dans la cinquantaine. On voit que le sujet le fâche. "Ce n'est pas nous qui avons provoqué la crise, c'est eux", et il fait un geste qui inclut le Polygone et l'Antigone et la moitié de Montpellier, "ceux qui ont l'argent et le pouvoir. Mais au lieu de prendre la responsabilité, ils veulent que nous nous privons de l'essentiel."

Que les Montpelliérains pensent-ils de la crise ? Leur opinion correspond-elle à celle de la plupart des Français, dont 75 pour cent sympathisent avec la grève générale annoncée pour jeudi ?

"La grève ne sert à strictement rien", proclame une dame dans la trentaine. "Si nos trams marchent ou non, si nous ratons des rendez-vous importants, si nous pouvons prendre le train ou si nos vacances sont ratées parce que le seul avion cette semaine-ci que nous avons pu nous payé est victime de la grève... tout cela n'intéresse ni Monsieur Sarkozy, ni Monsieur Frêche, ni aucun autre membre du gouvernement." - Se sent-elle concernée personnellement ? - "Oui. Comme je vous l'ai dit, il n'y a qu'un seul avion cette semaine qui me permet d'aller en vacances. Et comme mes vacances ne durent qu'une semaine, c'est perdu. Merci les syndicats."

Montpellier et les syndicats : préfecture"Besoin personnel et idéologie de grève", affirme un Monsieur d'à peu près le même âge, "ne vont pas toujours ensemble. Mais ce qui compte, c'est l'ensemble. Même si une grève n'est pas commode pour tout le monde, elle est nécessaire pour améliorer la situation de tout le monde."

"La grève - pffff", est le commentaire d'une étudiante. "On fait la grève pour se donner bonne conscience. On se dit qu'on aurait 'tout' fait pour montrer au gouvernement que ça ne va pas. Et après, on va tranquillement aux vacances, et en septembre, tout sera oublié. C'est pareil tous les ans."

Une autre jeune dame n'est pas de son avis. "Oui, il faut faire la grève. Mais il faut que ça touche les responsables, pas les 'petits gens'. Au lieu de priver les gens du tram et de les condamner à rester chez eux, il serait plus logique de faire une grève où tout le monde pourrait utiliser gratuitement tous les transports communs. L'argent, c'est le seul langage qu'ils comprennent, les responsables..."

Un Monsieur dans la trentaine éclate de rire. "On est censé ne pas travailler, jeudi, et venir protester dans les rues. Mais dites-moi - si les gens habitent loin et s'ils n'ont pas de voiture, comment voulez-vous qu'ils viennent protester ? La solidarité ne va pas assez loin pour qu'ils soient pris en autostop."

"La grève est nécessaire", constate un Monsieur dans la soixantaine. "Mais pas comme ça. La seule grève qui vaut la peine est la grève générale. Comme dans les années 68. Où tout le monde participe. Tout le monde. Sans aucune exception."

Grève générale à Montpellier : le Corum"Je travaille dans une très petite entreprise", raconte une dame dans la trentaine, "et je me suis demandé si je dois faire la grève ou non. Mais l'enjeu est trop important. Il y a de moins en moins d'emplois à Montpellier. Et beaucoup de gens ne gagnent même pas le SMIC. C'est-à-dire qu'on paie 'officiellement' le SMIC, mais on oblige les gens de faire des heures supplémentaires qui ne sont pas payées. Cette situation ne peut pas durer. Et pour le moment, la grève est le seul moyen dont nous disposons."

Un homme de la même tranche d'âge est d'accord avec elle : "Je ne sais pas si les grèves vont changer la France. Mais nous, à Montpellier, on fonce. On croit à la possibilité de nous faire entendre, et on croit à notre avenir."

Photos et texte : copyright Doris Kneller

dimanche 16 mai 2010

Facebook à Montpellier : l'apéro géant

Montpellier, le "virtuel" et la "génération Facebook" - le lendemain de la grande rencontre

Montpellier, solitude en ville"Ils ont dit qu'on était dix mille - comment peuvent-ils savoir ?" demande une jeune fille le lendemain de "l'apéro géant" à Montpellier qui marquait la grande rencontre des utilisateurs de Facebook. Et sa copine ajoute : "Ils nous ont comptés." Puis, les deux éclatent de rire.

"On peut dire que Facebook est la place commune la plus grande du monde", explique un jeune homme."Il est vrai que tout est virtuel - mais derrière Internet, il y a des humains. La preuve", et il fait un geste qui donne l'impression qu'elle inclue les centaines et milliers des gens qui, la veille, ont tous eu la même idée : se rencontrer, bavarder, faire connaissance - faire la fête dans les rues de l'Antigone à Montpellier.

"Dommage que la pluie a détruit une partie de la soirée", se plaint un autre jeune homme. "Mais non", réagit sa copine, "c'est tant mieux comme ça. Si on avait fini plus tard, plein de gens auraient été bourrés..."

Que se passe-t-il si le virtuel devient réel ? était la question que, lors de cet apéro géant de Facebook, des milliers de Montpelliérains se sont posée - des Montpelliérains et Montpelliéraines jeunes et moins jeunes. À la question quelle, selon elle, était la moyenne d'âge, une jeune femme répond : "Il n'y avait que des jeunes." Et elle ajoute : "Nous, les jeunes, on a besoin de se faire plaisir. Pour nous, la vie est si difficile." - Juste pour les jeunes ? - "Peut-être pas", elle hausse les épaules, "mais beaucoup plus difficile que pour les adultes. Nous, on est confrontés au chômage..." À la question, quel âge elle a, elle répond fièrement : "J'ai 26 ans, je suis encore jeune. Tout est devant moi."

Un peu plus tard, l'équipe des "Gens de Montpellier" tombe sur une dame qui prouve que la "jeune de 26 ans" n'avait pas tout à fait raison : "J'ai 46 ans,", répond la dame, "et je me suis régalée hier soir." Comme la dame plus jeune, elle aussi a été accompagnée par des amis lorsqu'elle est allée à l'apéro géant de Facebook. A-t-elle fait connaissance de gens qu'elle ne connaissait pas encore ? - "Non, on a fait la fête entre amis."

Montpellier jeuneUn homme qui dit qu'il aurait 34 ans avait d'autres idées : "Non, pas avec des amis. J'ai préféré y aller tout seul. Parce que le sens, de tout ça, c'est faire de nouvelles connaissances. Comme sur Facebook. Vous ne vous inscrivez pas sur Facebook pour rester dans votre coin avec des gens que vous connaissez depuis mille ans. Non, tout le monde veut se faire de nouveaux amis."

Est-ce cela le sens profond de la "génération Facebook" - de cette génération qui, semble-t-il, n'est pas si limitée d'âge comme on pourrait avoir l'impression ? "Oui", confirme une jeune femme qui, elle aussi, est inscrite chez Facebook, mais qui n'a pas assisté à l'apéro géant : "J'aurais bien voulu y aller, mais j'avais pas le temps. En effet", continue-t-elle, "tous ces milliers et milliers des gens qui sont inscrits sur Facebook veulent trouver des amis. Aujourd'hui, tout le monde en a marre d'être seul. Mais dans la 'véritable' société, on est seul tout le temps. Les gens ont peur. Quand quelqu'un à côté d'eux a un problème, ils préfèrent regarder ailleurs."

Et elle raconte une expérience récente où, sur le quai du tram, elle a été agressée. "Ils m'ont pas tuée, mais ils m'ont fait mal." - Et les gens autour d'elle ? - "Justement, ils n'ont pas réagi. Ils ont fait semblant de ne rien voir. Une femme qui se tenait directement à côté de moi a regardé dans une autre direction. Quand, après, j'ai essayé de capter ses yeux, elle s'est encore retournée. Je pense que, d'abord, elle avait peur, et après, elle avait honte."

Génération Facebook à MontpellierTout cela est-ce différent dans la "société Facebook" ? "Non, pas forcément, je ne sais pas. Là aussi, ce ne sont que des humains, les mêmes gens que ceux dans la rue. Mais, tout de même... les gens vont sur Facebook pour vivre autre chose. Pour être moins isolés, peut-être pour se faire confiance."

Lorsque cette "société facebook" se rencontre "en réel" dans les rues de Montpellier, les gens se font plus confiance que dans la "vie de tous les jours" ? - "Certainement", dit un jeune homme qui, lui aussi, a fait la fête la veille. "On sais que ce sont des gens ouverts, qui ont les mêmes idées que nous." S'est-il fait de nouveaux copains cette nuit-là ? - "D'abord, non", répond-il. "J'étais avec ma copine, et on a bavardé entre nous. Mais plus tard, quand il a commencé à pleuvoir, elle est rentrée, et je suis encore resté pour un moment. Et là, j'ai rencontré un groupe bien sympa. On a rigolé ensemble."

"Si je connais Facebook ?" répète un homme d'une cinquantaine d'années la question de l'équipe des "Gens de Montpellier". "Bien sûr. C'est un truc sur Internet, où les gens parlent d'eux. Et il y avait une grande rencontre, hier. Toute la presse en parle. Mon fils y est allé." - N'aurait-il pas eu envie d'accompagner son fils ? - Le Monsieur rit. "Pourquoi pas ? Mais je crois que mon fils n'aurait pas aimé que je me mêle du groupe de ses potes. De toute manière, je trouve bien que les jeunes font la fête au lieu de rester tout le temps devant leur ordinateur."

Et une jeune dame résume : "Si Facebook n'existait pas, il faudrait l'inventer. On a si peu de possibilités de rencontrer des gens - sans Internet, on serait tous seuls."

Photos et texte : copyright Doris Kneller

dimanche 28 février 2010

Montpellier : Corum, Comédie des livres, parking ou rues piétonnes - les Montpelliérains sont-ils vraiment des "râleurs" ?

Montpellier, une ville parfaite ? Les avantages et désavantages de vivre à Montpellier - Micro-trottoir

Montpellier, AntigoneLes Montpelliérains sont-ils "râleurs" ? - Comme toutes les villes, Montpellier a des côtés charmants et des côtés qui, peut-être, dérangent un peu le "bonheur quotidien". Mais, comme disent nos voisins, "nobody is perfect", personne n'est parfait. Reste la question, quel côté est prédominant...

"Ce que je trouve sympa à Montpellier et ce que je n'y aime pas..." Le Monsieur d'une cinquantaine d'années réfléchit, et ses yeux se posent sur la clôture qui marque les travaux actuels sur la place de la Comédie. Mais il ne semble même pas les remarquer. "Je ne me suis jamais posé la question." Ensuite il se retourne et, pour quelques secondes, il observe la foule des jeunes qui s'ébattent autour de la fontaine des trois Grâces. Finalement il sourit.

"C'est pas beau, ça ? On est encore en février, ailleurs il fait si froid que les gens se cachent à l'intérieur de leurs maisons. Et ici, tout le monde est dehors. Des soirées comme ça, où tout le monde est dehors en plein hiver, vous ne trouvez pas ça ailleurs."

Une dame d'une trentaine d'années est d'accord avec lui. "À Montpellier, ça bouge", dit-elle. Et encore : "Il s'y passe toujours quelque chose."

Une autre dame, un peu plus âgée, pense plutôt aux relations humaines. "Avez-vous essayé d'offrir un sourire à une personne assise dans un café parisien à la table voisine ? - Elle va regarder ailleurs et penser que vous voulez lui faire du mal. À Montpellier, par contre, elle va tout simplement vous rendre votre sourire."

église Saint-roch, montpellierMais pas tout le monde ne voit que les bons côtés. "Montpellier se vante d'avoir plein de rues piétonnes", explique une dame autour de la cinquantaine, "c'est vrai, mais uniquement en théorie. En réalité, personne ne les respecte." Et, comme "programmé", un camion-poubelle arrive, manoeuvre à toute vitesse autour des gens qui se promènent sur la place de la Comédie - quelques-uns se sauvent, paniqués - et s'enfonce dans la rue de Maguelone, utilisant les raies du tram. La dame hoche la tête : "Vous voyez ce que je veux dire ?"

"Montpellier est une très belle ville." La dame d'une soixantaine d'années réfléchit. "Et ce que je n'aime pas ? - La politesse. Ou, plutôt, le manque de politesse." Elle regrette que, dans son immeuble, personne ne dit "bonjour". "Il m'est arrivé de dire bonjour à des jeunes qui ne répondent même pas. Mais", ajoute-t-elle, "cela peut arriver dans toutes les villes, n'est-ce pas ? C'est l'époque qui veut ça."

"Les bus", dit une autre dame d'à peu près le même âge. "Les bus sont trop dangereux. Ils foncent sans s'occuper des piétons. Ils ne respectent même pas les passages piétons. Si un conducteur de voiture 'normale' se comportait comme eux, il perdrait tout de suite son permis."

Une autre dame, dans la quarantaine, se plaint plutôt de la situation des parkings. "Si vous habitez au centre ville, la situation est désespérante. Ils vous donnent généreusement une carte résidant, vous payez moins cher, mais vous payez tout de même. Pas que je ne voudrais pas payer..." ajoute-t-elle rapidement, "mais parfois, je tourne en rond pendant une heure sans trouver de parking. Et là, personne ne me rembourse. Et on ne me rembourse pas non plus les vitres enfoncés ou les serrures cassées. Dans trois ans, on m'a cassé deux vitres, un rétroviseur et une serrure." La dame se fâche. "Mais une fois, j'ai oublié de renouveler mon ticket de parking, pendant une journée. Et là, on m'a donné deux !!! amendes... Ils sont là pour donner des amendes, mais ils ne sont jamais là pour nous aider ou protéger nos voitures."

Un Monsieur d'à peu près le même âge essaie de répondre le plus globalement possible. "Voyons", dit-il, "ce qui est sympa : le centre piéton, l'Antigone. Les rives de Lez pourraient être mieux aménagées, je veux dire au-delà de l'Antigone et de Port Marianne. Mais à vrai dire, je n'ai jamais bien exploité ce coin-là. Les places de Montpellier sont sympas, l'architecture aussi. Et les parcs. Mais la mendicité est moins sympa."

La mendicité est aussi un point qui fâche une jeune femme. "Avant, y avait des SDF dans les rues qui ont demandé quelques sous. C'était ok. On leur a donné quelque chose ou pas, mais il n'y avait jamais de problème. Maintenant, la ville est pleine des mendiants où on a l'impression qu'ils sont tous organisés. Souvent des femmes, parfois avec des enfants, qui se 'collent' à vous. Et vous ne pouvez plus vous approcher d'un distributeur de billets sans qu'un de ces mendiants soit assis devant. Enfin, pas partout, mais surtout en ville. Et", le discours de la dame devient de plus en plus engagé, "je vous demande, où sont passé les vrais SDF ? On n'en voit presque plus. Est-ce qu'ils ont été chassé par cette nouvelle bande de mendiants ?"

Corum à Montpellier"La ville est très jolie", déclare une autre dame, à peine plus âgée que la précédente. "Mais pas partout. Regardez la Comédie..." Son geste embrasse les maisons qui entourent la place de la Comédie. "Ces bâtiments sont très beaux. Et maintenant, regardez là-bas." Sa main pointe vers la maison en terrasses qui héberge l'hôtel Ibis. "C'est une honte. Cette espèce de... construction moderne - non, ce n'est même pas une construction moderne, c'est n'importe quoi... ça fait tache."

"Ce que j'aime et ce que je n'aime pas..." réfléchit une dame de quelque quarante ans qui attend le tram au Corum. "J'aime le Corum." Elle sourit. "À part ça... vous savez, il y a toujours des choses qu'on n'aime pas, dans toutes les villes, partout au monde. Les gens sont contents s'ils trouvent une raison pour râler. Ce que je n'aime pas à Montpellier, voilà, c'est que les gens sont râleurs. Et ce que j'aime", continue-t-elle, "c'est l'offre culturelle. Dans quelle autre ville vous trouvez tant des offres culturelles que, parfois, vous ne savez pas quoi choisir ? Les cafés à thèmes, les festivals de film ou de danse, la Comédie des livres, les concerts", son regard se tourne vers le Corum, "l'Agora des Savoirs toutes les semaines, les foires, les rencontres internationales - vous entendez des dizaines de langues différentes dans les rues de Montpellier - et j'en oublie. Ne me dites pas qu'on n'est pas gâtés à Montpellier..."

Photos et texte : copyright Doris Kneller

mardi 26 janvier 2010

Comédie, Canourgue, Jean Jaurès, Odysseum : Montpellier et ses cafés

Micro-trottoir : les places où les Montpelliérains aiment se détendre

Antigone et le Lez à Montpellier"Une bonne question", sourit la dame dans la trentaine qui attend le tram à la place de la Comédie. Elle porte un manteau d'hiver qui a l'air très chaud, mais le soleil chauffe si bien qu'elle l'a laissé ouvert. "Sur quelle place se trouvent les terrasses café les plus sympathiques... - Vous savez, je ne prends pas beaucoup de cafés à Montpellier, en hiver. En été, parfois, avec des amis." Elle regarde autour d'elle. "Finalement, j'aime bien la Comédie. Les terrasses ici sont toutes très agréables, et il fait plaisir de voir les gens passer."

"Une fois," continue-t-elle, se prenant au jeu, "j'ai pris un verre avec une copine. On a observé les gens et, puis, on a commencé à rêver. Si on était telle personne, qu'est-ce qu'on ferait. Ou le Monsieur qui a l'air si pressé, où est-ce qu'il va… Oui, finalement, la place de la Comédie me fait rêver."

"J'aime pas la Comédie", déclare par contre un jeune homme. "Trop touristique." Avec ses copains, il aime bien prendre un verre sur la place Jean Jaurès. "Y a pas tant de touristes, on est entre nous." - La place Jean Jaurès est-il toujours l'endroit favori des étudiants comme déjà à l'époque où il y avaient encore les changeurs devant l'église de Notre-Dame-des-Tables ? - Le jeune homme hausse les épaules. "Je sais pas. Mais avec les collègues, on aime bien y aller."

Place du Nombre d'Or, Montpellier"Le Marché aux Fleurs", répond spontanément une dame dans la quarantaine. "C'est une place très ensoleillée. Je m'y installe souvent avec des amies pour passer un après-midi au soleil, surtout en hiver", elle sourit, "des jours comme aujourd'hui. En plus, on y trouve un bon chocolat chaud."

On constate rapidement que les réponses varient avec l'âge des gens. La place Jean Jaurès reste évidemment ce qui elle était depuis des siècles : un point de rencontre des jeunes, souvent des étudiants. Le Marché aux Fleurs, surtout les après-midi, semble attirer une clientèle légèrement plus âgée. La Comédie, par contre, attire plutôt ceux qui sortent le soir, surtout en été : "Je n'aime pas les terrasses chauffées," explique un homme dans la cinquantaine son refus de fréquenter les cafés de la Comédie pendant l'hiver. "On parle toujours de l'écologie, mais ces chauffages ne sont pas écologique du tout. Et, chauffage ou pas, on se gèle. Ces chauffages sont là pour les fumeurs qui ne peuvent pas se retenir pendant un moment. En été, pourquoi pas ?, il y a toujours du monde sur la Comédie, même les dimanches soirs. En été, j'aime bien prendre une bière sur la Comédie, après le restaurant ou le cinéma."

Mais place de la Comédie, place Jean Jaurès, Marché aux Fleurs, pour établir le palmarès, il faut se promener plus loin. Il y a, par exemple, les cafés entre le Lez et l'Esplanade de l'Europe. "J'habite à l'Antigone", raconte une femme, également dans la cinquantaine. "Pourquoi je me déplacerais jusqu'au centre si ici, on a tout ce qu'il faut ?" Elle aime bien faire la cuisine pour les amis. "Et après, on va souvent prendre le café dehors, avec vue sur le Lez."

Odysseum, MontpellierUne autre place bien appréciée de l'Antigone est la Place du Nombre d'Or. "Ici, les serveuses sont aimables, même en été où, en ville, tout le monde est de mauvaise humeur. Et, grâce à la fontaine, l'air reste agréablement frais", commente une dame d'environ quarante ans. Il est possible que ce soit effectivement la fontaine qui attire le plus de monde : "J'aime bien observer le jeu de la fontaine", explique un Monsieur âgé, "ça me détend." Et une dame dans la soixantaine : "En été, il y a toujours des enfants qui jouent autour de la statue de Poséidon. Ses enfants me rappellent mes propres petits-enfants, et je me sens moins seule."

"La plus belle place à Montpellier ?" demande une jeune femme. "Mais là, aucune hésitation : place de la Canourgue. - Pourquoi ? Il y a des cafés agréables, un public jeune, un très beau cadre." Elle réfléchit, pour, ensuite, ajouter : "Quand j'ai des invités, je leur montre toujours cette place. J'aime bien être fière de Montpellier."

Mais il y a aussi des cafés à l'extérieur du centre. "Vous allez pas me croire", dit une jeune fille d'environ 16 ans. "Tout le monde dit que l'Odysseum serait moche. Mais je ne suis pas de cet avis, je l'aime bien. Et il y a de jolis cafés, aussi. L'autre jour, j'y suis allée avec mon copain, et ça nous a bien plu."


Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 20 janvier 2010

De la Comédie au Corum, du Peyrou au jardin des plantes : Montpellier à pied

Ruelles et rues piétonnes : marcher à Montpellier

Antigone, MontpellierPrendre la voiture pour se déplacer à l'intérieur de Montpellier n'est sans doute pas une bonne idée - comme dans toutes les grandes villes du monde. Mieux vaut laisser la voiture et prendre le tram ou le bus. Mais il y a une troisième manière pour traverser la ville : à pied. Montpellier est-ce une ville accueillante pour les piétons ?

La dame dans la quarantaine qui, juste, traverse la place de la Comédie, se sont concernée : "Je vais toujours à pied. J'habite à l'Antigone, près de la Place du Nombre d'Or, je suis alors proche du Polygone et du centre ville. Je n'aime pas prendre la voiture, et c'est rare que je prenne le tram. Et", elle rit, "marcher est bien pour la santé, n'est-ce pas ?"

Une autre dame, à peu près du même âge, est d'accord. "Le centre de Montpellier est idéal pour les piétons. De grandes rues piétonnes, des boutiques qui invitent à flâner, des avenues larges. Après, il y a les petites ruelles des quartiers Saint Roch et Sainte Anne où il fait plaisir de se promener. On y est en sécurité des voitures, enfin, il n'y a que très peu, c'est très agréable."

Vélos à MontpellierUn Monsieur âgé qui se repose sur une des banques sur l'Esplanade Charles de Gaulle, par contre, n'est pas si content. "Je suis handicapé, vous voyez ?" Il lève sa béquille. "Et, comme toujours, la mairie n'a pas pensé aux handicapés. Quand il pleut ou après la pluie, je ne peux jamais sortir au centre ville : le revêtement du sol, sur la place de la Comédie et ailleurs, devient glissant avec la moindre humidité. Ce n'est pas pratique pour les 'gens normaux' et impossible pour des gens comme moi." Et, avec une voie un peu aigrie, il ajoute : "Ils pensent au fric et ils veulent que ça soit 'joli' pour les touristes. Personne ne pense aux handicapés."

"Traverser Montpellier à pied ?" répète une dame d'une cinquantaine d'années, accompagnée par un petit chien. "Pendant la journée, à la limite, oui. Tant qu'on reste sur les grandes axes, comme la Comédie ou la rue de la Loge. Mais le soir ou quand vous quittez ces grandes rues, c'est trop dangereux. Il y a des SDF partout, avec leurs grands chiens, des jeunes qui se battent et qui importunent les gens. Parfois", poursuit-elle, "on voit la police. Mais on ne la voit jamais dans des rues comme la rue de Verdun, où les jeunes se battent. Ou dans les petites rues autour de la gare. Ils restent tranquillement dans leur voiture sur la Comédie."

Général Castries, Montpellier"Rues piétonnes ? Vous rêvez", se plainte une dame à peu près du même âge. "Officiellement, oui. Mais c'est là où vous vous faites écraser le plus facilement." Elle raconte une expérience qu'elle aurait eue il y a quelques jours. "Je me promenais dans la Grand'Rue Jean Moulin. Et, tout à coup, quelqu'un, un homme en face de moi, me fait signe de m'écarter. Je regarde derrière moi - et je fais un saut désespéré. Une voiture de livraison, vous savez une de ces voitures électriques ou je sais pas quoi qu'on n'entend pas, était à cinq centimètres derrière moi. Il m'aurait touchée une seconde plus tard. Je me suis fâchée, et le conducteur est sorti. Et vous savez ce qu'il a dit ? Qu'il aurait le droit de circuler dans les rues piétonnes. Ce serait la mairie qui lui aurait donné la permission. Je lui ai demandé s'il avait aussi la permission d'écraser les gens, mais là, il a rigolé. Ensuite, il est parti. "

Une jeune fille se plaint également. "C'est très beau, toutes ces rues piétonnes", explique-t-elle. "Mais on n'y est pas tranquille. Sur la comédie, par exemple, il faut faire attention aux voitures de nettoyage qui font n'importe quoi. J'ai une copine qui a été touchée par une telle voiture il y a presque un an : et jusqu'à aujourd'hui, elle ne toujours pas capable de marcher."

Un Monsieur d'une soixantaine d'années se joint aux plaintes : "Sans les vélos, les rues piétonnes seraient parfait", proclame-t-il. "Mais quelle idée d'installer un point vélo en plein rue piétonne, devant les halles de la rue de la Loge. Les jeunes qui y louent des vélos embêtent tout le monde dans la rue de la Loge et sur la Comédie. Ils n'ont même pas assez de respect pour pousser leur vélo jusqu'à la fin de la rue piétonne. Ils préfèrent importuner les gens."

Quartier des Arceaux, Montpellier"Je viens de Paris", dit une autre dame, "et je découvre. Traverser Montpellier à pied ? Mais c'est formidable. Il y a tant de jolies choses à voir..."

"Traverser Montpellier à pied", répète un Monsieur dans la trentaine. "ça dépend où. Ici, près du Polygone, il n'y a pas de problème. Mais connaissez-vous la Rue du Maréchal de Castries ? C'est une toute petite rue près des Arceaux. Le trottoir y est si étroit qu'une personne passe à peine. Deux personnes, impossible. S'il y a deux personnes qui se croisent, une doit descendre dans la rue. Et c'est très dangereux, parce que, à cause des travaux sur le Cours Gambetta, il y a beaucoup de trafic. En plus, ils utilisent le trottoir pour y poser leurs poubelles. Les poubelles, à Montpellier, ne bloquent jamais les voitures, mais les piétons."

Le boulevard Sarrail est un autre endroit où les piétons se sentent molestés. "Il y a un chantier qui bloque le trottoir depuis des siècles", exagère un Monsieur dans la quarantaine. "Il veulent que les piétons passent en face - mais en face, on ne peut pas passer. Il y a la voie pour les voitures et puis, les terrasses des cafés. On pense à tout le monde, mais pas aux piétons."

Avenue Serrail, MontpellierRue de Maréchal de Castries, boulevard Sarrail - y a-t-il d'autres endroits à Montpellier "contre" les piétons ? "N'oubliez pas que Montpellier est une ville très ancienne", dit une femme qui, comme elle explique, à "étudié avec plaisir" l'histoire de Montpellier. "Avec un centre moyenâgeux et tout. Un jour, les voitures sont arrivées. Qu'est-ce qu'on aurait pu faire ? Casser lÉcusson pour faire place à des avenues larges ? - Non, celui qui veut vivre dans une ville ancienne doit accepter que, parfois, il n'y a pas beaucoup de place : ni pour les voitures, ni pour les piétons. Mais en contrepartie, tout reste à une échelle humaine."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

dimanche 17 janvier 2010

Jean Nouvel, George Frêche, Hélène Mandroux et la nouvelle mairie à Montpellier

Belle, écologique, surprenante : la nouvelle mairie au bord du Lez

La nouvelle mairie de MontpellierCertains organes de presse proclament que ce fut George Frêche qui importa à Montpellier l'habitude de confier les constructions de nouveaux bâtiments à des architectes de renommée internationale. Mais cette "nouvelle mode" ne fut pas créée avec Roberto Bofill et l'Antigone. Les premiers dans une longue liste d'architectes célèbres qui travaillaient à Montpellier furent Bernard de Manse et Bertrand Nogayrol, des architectes pontificaux, à qui Urbain V fit appel pour construire la cathédrale de Montpellier.

Aujourd'hui, c'est un autre de ces hommes célèbres dont une nouvelle œuvre fera bientôt partie du paysage montpelliérain : Jean Nouvel, l'architecte qui construit la nouvelle mairie de Montpellier. - Initialement, cet homme que certains appellent génie n'avait pas envie d'embrasser la carrière d'un architecte. Sa passion était la peinture, et c'était d'elle qu'il voulait vivre. Mais ses parents l'obligèrent à étudier l'architecture à Bordeaux et, plus tard, de participer au concours de l'École nationale supérieure des Beaux-Arts à Paris. Et, bien sûr, il emporta le premier prix.

Montpellier, chantier de la mairieSa carrière commença avec la construction d'une école maternelle et plus tard, ce fut des villas et un collège. Et juste quatre ans après avoir passé son diplôme d'architecte, sa conception nouvelle du Centre médico-chirurgical du Val-Notre-Dame à Bezons incita l'intérêt du monde professionnel.

Mais ce ne fut pas seulement le monde professionnel mais également François Mitterrand qui se tourna vers lui. Il confia à Jean Nouvel la construction de l'Institut du monde arabe à Paris dont la façade à moucharabiehs, une sorte de ventilation naturelle empruntée à l'architecture traditionnelle arabe, le rendit définitivement célèbre. Sa réputation fut établie. Bientôt, sa voie devrait le mener à Madrid, Barcelone, Tokyo et Minneapolis et dans sa région bien aimée, la Dordogne.

Toutefois, pas tout le monde apprécia cet homme qui, dès le début, sut ce qu'il voulait. Il n'hésita pas à se heurter aux traditions de sa profession : il rompit avec l'ordre des architectes, créa un syndicat d'architecture et fut aux premières lignes des manifestations contre la destruction des usines Renault. Il se fit des ennemis, et plusieurs de ses projets furent abandonnés ou, carrément, refusés.

Montpellier : la mairie au LezCes échecs, cependant, n'arrivèrent pas à nuire son ascension au ciel de l'architecture. Génial d'un côté, têtu de l'autre, il créa une nouvelle mode qui, bientôt, changea le visage de beaucoup de villes, dont Montpellier. Avec son utilisation du métal et du verre, il savait capter le soleil. La transparence, le reflet et le jeu de l'ombre et de la lumière devinrent ses alliés. Chaque bâtiment qu'il crée reflète encore plus son siècle, le nouveau, le moderne. Ces créations sont individuelles, différentes, il ne veut pas de "style", il revendique l'expérience. Le nom de Jean Nouvel devint synonyme d'imagination, de "nouvelles idées". Ses édifices sont comme des tableaux - Jean Nouvel est architecte, mais il reste peintre.

Reconnu par les rois et les présidents du monde, honoré par Nicolas Sarkozy à qui il présenta déjà la maquette de la nouvelle Philharmonie de Paris au Parc de la Villette, Jean Nouvel répond finalement à l'appel de George Frêche et de Montpellier. Ce n'est pas la première fois qu'il œuvre pour la ville au bord de la Méditerranée et tout le monde le devine : la nouvelle mairie ne sera pas un simple bâtiment, mais un de ces tableaux composés par un des plus grands architectes du siècle.

Certes, une telle merveille a son prix. 107 millions d'euros est le chiffre qui, au début de la construction, fut avancé. Mais le prix des matières augmenta en cours de route et, en ce moment, les Montpelliérains ne peuvent que spéculer sur le coût réel de leur nouvelle mairie. Toutefois, selon le maire Hélène Mandroux, le chantier créa aussi presque 2000 emplois pour les entreprises impliquées dans la construction.

Le Lez à Montpellier, proche de la mairieDe toute façon, la mairie sera belle. Déjà son site assure une des vues les plus jolies sur Montpellier - de la mairie, on verra le Lez, et le parc de quatre hectares qui l'entourera sera un des plus riches de l'Europe. Mais la nouvelle mairie ne sera pas seulement le but des Montpelliérains qui voudront se délaisser dans un espace vert digne des grands architectes et paysagistes, comme Roberto Bofill et Édouard André, elle sera aussi - écologique.

Déjà, la matière qui enveloppe l'édifice garantira l'économie de l'énergie, et les façades, en panneaux d'aluminium, aideront à faire face au climat méditerranéen. Mais cela n'est pas tout : entre dix et vingt pour cent de l'énergie nécessaire sera fournie par des capteurs photovoltaïques. À l'intérieur de la mairie, il fera frais en été et agréablement chaud en hiver, grâce à des toitures coulissantes dont la protection contre le soleil base sur des matériaux naturels. La lumière du soleil jouera un rôle central : il fera clair à l'intérieur de la nouvelle mairie, mais jamais trop. Jean Nouvel aura vaincu la chaleur, le froid, l'obscurité et l'éblouissement. Le jour où son œuvre sera inaugurée, Montpellier sera encore une fois un modèle de la construction écologique.

Quand se jour arrivera-t-il ? Actuellement, on parle de fin 2011. La mairie sera donc prête pour l'inauguration de la ligne 3 du tram de Montpellier, qui, elle aussi, sera conçue par un des plus grands noms du monde...
Photos et texte : copyright Doris Kneller

jeudi 14 janvier 2010

Ces architectes qui construisirent Montpellier

Marius Ramus, Édouard André, Roberto Bofill, Claude Vasconi... et les Montpelliérains

L'Esplanade à MontpellierIl est vrai qu'il n'y a pas de bâtiment public à Montpellier qui aurait été construit par un architecte inconnu. Cela commença déjà en 1367, au moment de l'inauguration de l'église qui, plus tard, devrait devenir la cathédrale Saint-Pierre. Le pape Urbain V qui offrit l'église généreusement à sa ville d'université bien aimée exigea qu'elle soit construite par les meilleurs architectes : il choisit Bernard de Manse et Bertrand Nogayrol, des architectes pontificaux.

Nous savons pas si, à l'époque de Louis XIV, ce fut l'intendant du roi ou les pères de Montpellier qui décidèrent de l'architecte qui devrait construire l'Arc de Triomphe dédié à leur roi. Mais nous savons que, finalement, ce n'était pas un architecte réputé, mais trois architectes réputés qui se mirent à l'œuvre. Le premier fut Français d'Orbay. Il dessina les plans de l'Arc de Triomphe, mais, finalement, il n'avait pas le temps de s'occuper de sa réalisation - il était trop sollicité par le roi qui avait besoin de lui à Versailles. Ce fut donc Augustin-Charles d'Aviler qui réalisa les plans de son collègue. Finalement, un autre artiste - le premier dans la série qui était né à Montpellier - Philippe Bertrand, sculpta les médaillons aux deux côtés de l'Arc de Triomphe.

Cathédrale Saint-Pierre, MontpellierIl va de soi que la fameuse statue de Louis XIV du jardin de Peyrou ne fut pas non plus confiée à un inconnu. Bien que, entre-temps, cette statue de six mètres de hauteur fut remplacée par une autre qui ne mesure que la moitié, le nom de Jules Hardouin-Mansart n'est pas oublié. Il avait deux talents à la fois : il savait dessiner des statues et, en même temps, il était un architecte si réputé qu'il reçut le titre du premier architecte du roi.

Quelques siècles plus tard, en 1853, ce fut Marius Ramus qui avait l'honneur de travailler pour Montpellier - ou les consuls de Montpellier qui avaient l'honneur de voir Marius Ramus œuvrer pour leur ville. On dirait que cet architecte n'avait pas vraiment besoin de la commande de Montpellier - il était le protégé des personnages comme le pape Pie IX ou le comte de Forbin et fut royalement rémunéré pour ses sculptures religieuses. Mais il était d'accord de sculpter le magnifique fronton en haut relief du nouveau Palais de Justice à Montpellier.

Lorsque, en 1900, les Montpelliérains avaient envie d'une promenade comparable aux ramblas en Espagne, il n'était pas non plus question de donner la commande à un architecte "quelconque". Édouard André, né à Nîmes mais, selon la petite histoire, Montpelliérain dans son cœur, était un botaniste sollicité et, en plus, architecte paysagiste. Il faisait partie du mouvement Haussmann, et sa théorie des jardins changea la conception des espaces verts en France et ailleurs. Nous trouvons les traces de son œuvre partout en Europe, dont à Luxembourg et à Paris. Au moment où il accepta alors de s'occuper de la promenade qui devrait devenir l'Esplanade Charles de Gaulle, les Montpelliérains savaient que Montpellier aurait un véritable œuvre d'art de plus.

Montpellier, AntigoneDans les années 80 du dernier siècle, le maire de Montpellier, George Frêche, n'hésita pas à poursuivre la tradition entamée par Urban V et engagea un des meilleurs architectes pour son projet de l'Antigone. Bofill, toutefois, n'était pas seulement un des meilleurs architectes de son époque, il était aussi celui dont on parlait partout. Avec son "Taller de arquitectura" à Barcelone, son fameux Atelier d'architecture révolutionnaire, il ne rencontra peut-être pas l'approbation de tout le monde - en fait, dans l'univers des architectes, ses idées plutôt spectaculaires avaient la réputation d'aspirer au grandiose - mais son nom était connu.

Et l'année 1982 arrive et avec lui, un édifice qui devrait changer la vie culturelle à Montpellier : le Corum. Le choix de son architecte n'était pas difficile : pour le maire de Montpellier, il était clair que juste un "grand prix national d'architecture" fut assez bien pour sa ville. Claude Vasconi savait ce qu'il faisait : il n'était pas un "simple architecte", mais une "institution". Lorsqu'il commanda, on obéit. Il était connu pour sa "grande gueule", il disait ce qu'il avait envie de dire.

Le Corum à Montpellier fut la dernière œuvre de Claude Vasconi. Il avait encore le temps d'assister à son inauguration, le 10 novembre 1990. Un mois plus tard, le 8 décembre, il était mort.
Photos et texte : copyright Doris Kneller

vendredi 8 janvier 2010

Montpellier et ses jumelles : Fès, Barcelone, Louisville, Chengdu, Heidelberg, Thiemcen et Tibériade

Les Montpelliérains et le multiculturalisme : Montpellier au quatre continents

Montpellier, les jumelagesQue Montpellier est une ville internationale, que, sur la place de la Comédie, sur l'Esplanade, autour du Corum, à l'Antigone, au Peyrou, au jardin des plantes - bref, que, partout à Montpellier, on entend toutes les langues du monde, cela n'est pas nouveau. Les visiteurs se promènent dans les ruelles de l'Écusson, le long du Lez, au zoo, ils font leur cours au Polygone et à l'Odysseum… mais y a-t-il aussi des Montpelliérains qui se promènent chez les "autres" ?

Montpellier, cela est certain, est connu. Si le nom de la ville est mentionné à Londres, à Berlin, à New York ou à Madrid, il est sûr qu'il se trouve quelqu'un pour lancer un "oh la la" et de parler du soleil et de la Méditerranée. Mais la présence de Montpellier et des Montpelliérains dans d'autres villes a aussi été "officialisée".

Montpellier, médiathèqueEn fait, Montpellier est jumelé avec sept villes dans quatre continents. Il y a, par exemple, Louisville aux États-Unis qui, en 1955, fut la première ville à se lier à Montpellier. Toujours, les gens de Louisville invitent chaque été vingt étudiants montpelliérains pour travailler et vivre un peu avec eux et, avant tout, pour faire connaissance. Et, bien sûr, vingt jeunes de Louisville viennent tous les ans à Montpellier.

Les relations avec Heidelberg, ville en Allemagne avec laquelle Montpellier est jumelée depuis 1961, sont plutôt culturelles : tous les ans, les jeunes des deux villes se donnent rendez-vous pour un grand concert et, évidemment, pour une grande fête…

Plus sérieux sont les liens entre Montpellier et Chengdu en Chine. Montpellier était la première ville française à signer, en 1981, le contrat d'amitié avec une ville chinoise. Les relations sont plutôt commerciales, mais les Chinois pensent aussi au multiculturalisme à Montpellier : chaque année, cent étudiants montpelliérains ont le droit d'aller faire leurs études de langue en Chine.

Ainsi, chaque jumelage a son propre caractère. Celle avec Barcelone a des racines plutôt historiques - personne n'a oublié que les deux villes étaient déjà réunies au moment du royaume d'Aragon, et les rencontres entre Barcelonais et Montpelliérains sont surtout dédiées à l'histoire et à l'art. Les liens avec Tibériade en Israël, par contre, sont plutôt de nature scientifique et technique.

Le tram à MontpellierTlemcen en Algérie, la "ville d'art et d'histoire", est la dernière en date à s'être liée à Montpellier. Jusqu'à maintenant, les échanges n'ont pas encore trouvé de rythme, mais ils tourneront certainement autour du tourisme et de la culture.

Fès, relié à Montpellier depuis 2003, a une position particulière. Le nouveau programme de jumelage entre les deux villes vise, carrément, une coopération entre Maroc et la France basée sur de nouvelles conditions. Récemment, le maire de Fès, Hamid Chabat, et Hélène Mandroux ont décidé que Montpellier réaliserait un plan urbain de circulation pour son partenaire marocain - un tram comme celui à Montpellier circulera donc bientôt à Fès. En plus, Montpellier met toute son expérience culturelle à la disposition de Fès : déjà, la ville marocaine a créé une Médiathèque suivant le modèle montpelliérain et construit une maison culturelle dédiée aux échanges interculturels, comparable à la maison des relations internationales à Montpellier. Grâce au jumelage avec Montpellier, la "capitale spirituelle", comme Fès est souvent appelé, deviendra aussi "capitale multiculturelle".
Photos et texte : copyright Doris Kneller

vendredi 1 janvier 2010

Montpellier entre Comédie et Antigone, Écusson et Peyrou - et au-delà...

Sous les toits de Montpellier : logements, étudiants, soleil et vélos

Montpellier, vue du Corum
Sur les toits de Montpellier : vue du Corum

Nouvel an à Montpellier, 10 heures du matin. Sur la place de la Comédie, tout a changé. Là où, le dernier matin de l'année passée, une foule confuse et bruyante s'est pressée, où ça criait et riait et se bousculait, il n'y a que silence. Quelques gens seuls, l'air fatigués ou tristes, prennent leur premier café 2010. Mais sans conviction. Pour une fois, Montpellier dort.

234.816 personnes (statistiques de 2004) qui, plus ou moins, dorment en ce moment en centre ville. 510.000 si on compte le territoire urbain entier. De quoi rêvent-ils ? Quels sont leurs espoirs pour l'année qui, bientôt, se réveillera…

Peu importe de quoi rêvent tous ces Montpelliérains, mais s'il y a des rêves "féminins", il y a 54 pour cent sur les 510.000 qui les font. Et les 52 pour cent de célibataires, huit pour cent de divorcés et six pour cent de veufs, rêvent-ils des autres célibataires ou divorcés ou veufs qu'ils sont susceptibles de rencontrer à chaque seconde, sur la Comédie, à l'Antigone, devant les boutiques de l'Écusson, sur une banque au Peyrou, allongés dans l'herbe à côté de l'étang du Jardin des Plantes, les yeux à moitié fermés, rêvassant du printemps…

Imaginons un célibataire debout devant la Fontaine des trois Grâces qui regarde les gens qui se promènent à la Place de la Comédie : statistiquement, il y a une personne mariée, une personne libre, une personne libre, une autre personne mariée, de nouveau deux personnes libres... Mais si l'on cherche les divorcés, Montpellier n'est pas la ville la plus fournie du Hérault : elle n'est qu'en 33e position. La commune la plus forte est Sorbs, avec 14,7 pour cent de divorcés et juste 44,1 pour cent de mariés.

Vue du Peyrou sur Montpellier
Réservoir d'eau du Peyrou : vue sur Montpellier

Mais restons à Montpellier, entre le Jardin des Plantes et l'Antigone, le Peyrou et le Corum : au centre ville. Qui dit marié (ou non), dit appartement. Et là, un grand soupir traverse les rêves des dormeurs du nouvel an. Cela fait neuf ans que le Montpelliérain "moyen" n'a plus déménagé. Et il sait très bien, pourquoi. Et ce n'est pas pour rien non plus que les étudiants en France déclarent Montpellier une des villes les moins agréables en ce qui concerne la recherche d'un logement. Celui qui veut louer un appartement, doit compter sur un prix moyen de 12,72 euros par mètre carré, c'est-à-dire sur 50 cents de plus que la moyenne française...

...et cela pour une population où 62 pour cent des gens n'ont pas encore 40 ans : un jeune, un autre jeune, un moins jeune, deux jeunes - Montpellier la jeune aux prix forts des appartements…

Mais rien n'est si grave qu'il ne semble à première vue. Finalement, Montpellier a 139.013 logements dont la moyenne dispose de trois pièces où, vive les "moyennes", n'habitent que 1,9 personnes. Et juste 64 pour cent des Montpelliérains sont des locataires.

Montpellier, vue du Peyrou
Le Peyrou : vue sur Montpellier

En plus, selon les statistiques, les gens ne s'étouffent pas à Montpellier - sauf en mois d'août, mais le nombre des clims par rue n'a pas encore été établi - vu qu'il n'y en a que 3963 qui vivent sur le même kilomètre carré. Sur un mètre carré, on ne devrait donc découvrir que 0,004 personnes en même temps, en moyenne, bien sûr (chiffre correspondant à la situation un premier janvier, dix heures, à la place de la Comédie). Et toutes ces 0,004 personnes par mètre carré réparties sur la ville entière ont 662 hectares d'espace vert pour se promener après leur réveil - sous condition qu'ils ne parcourent pas les dix kilomètres qui les séparent de la mer.

À propos mer : qui a envie de réfléchir du prix d'un mètre carré un matin de nouvel an, quand il fait si beau ? Et qui à Montpellier a envie de se plaindre, avec 2618 heures d'ensoleillement par an, 7 heures et 22 minutes par jour - comparées à une moyenne nationale d'uniquement 1973 heures par an ou 4 heures 46 minutes par jour ? Et pour ceux qui, après leur promenade à la mer veulent se montrer courageux et prendre le vélo : la ville de Montpellier est située sur une altitude "considérable" de deux mètres. - D'ailleurs, pour ceux qui ont envie de louer un vélo - il y a 1000 vélos dans l'Agglo, repartis sur 50 vélostations...
Photos et texte : copyright Doris Kneller

jeudi 31 décembre 2009

Comédie, Antigone, Peyrou : Montpellier la jeune

Jeune, dynamique, écologique : faut-il être né à Montpellier pour être Montpelliérain ?

Louis XIV à Montpellier
Bonne année, Saint Louis de Montpellier

Montpellier et ses Montpelliérains... On ne peut pas dire qu'ils sont "entre eux", ce jeudi 31 décembre. La ville grouille de visiteurs. La place de la Comédie est une véritable "Tour de Babel" - on entend de l'anglais, puis de l'allemand, de l'espagnol, du hollandais, du japonais, du suédois et d'autres langues parfois difficiles à classer.

Londres, été 2009. Pascale, peintre, Montpelliéraine de naissance, raconte son histoire. "J'étais très heureuse à Montpellier", explique-t-elle, "mais j'avais besoin de voir le monde." Paris, New York, Londres, des stations en Italie, à l'Île Maurice, au Maroc, son chemin l'a menée loin. Et parfois, elle retourne à Montpellier. "Je ne retrouve plus la petite ville de mon enfance. Le centre, bien sûr, le centre existe toujours, avec ses ruelles étroites. Mais le reste - même la Comédie n'est plus ce qu'elle était. On n'est plus entre nous. Montpellier est devenu si... immense."

Non, il est vrai, Montpellier n'est plus ce qu'il était. Un homme âgé, probablement retraité, qui se promène à la Comédie hausse les épaules. "Désolé, ce ne fait que quatre ans que je suis à Montpellier. Je ne peu rien vous dire." Une dame, à peu près du même âge, se tient devant la fontaine des Trois Grâces. Elle attend son fils, mais elle a le temps. "Si je suis Montpelliéraine ?" Elle rigole. "Oui, on peut dire ça. Je suis ici depuis trente ans, ça fait une baille." Mais, en fait, elle n'est pas née à Montpellier ? "Faut-il être née à Montpellier pour être Montpelliéraine ?"

Montpellier, AntigoneOui, elle est d'accord avec Pascale. Montpellier a beaucoup changé. Les places sont devenues plus larges, les bâtiments plus hauts. "Mais pas plus hauts que l'arc de triomphe." Décidément, elle connaît bien l'histoire de Montpellier. Et il y a aussi les nouveaux quartiers, l'Antigone, le tram et beaucoup plus de gens. "Tous des jeunes", dit-elle, songeuse. Puis elle ajoute : "C'est bien. Montpellier est devenu jeune."

Il y a autant du monde au quartier de l'Antigone qu'à la place de la Comédie. Un groupe de jeunes filles se promène autour la statue du Poséidon. "Je suis anglaise", déclare la première dans un français bien compréhensible. "Ça fait trois semaines que je suis à Montpellier. J'étudie le français." Que pense-t-elle de Montpellier ? "J'aime", dit-elle avec un petit sourire. Vraiment ? Sans retenue ? "Oui, mais... well, les gens ne sont pas toujours gentils. Ils n'aiment pas dire bonjour. Et les commerçants sont", elle hésite, "unfriendly ?" - "Pas aimable", la soutient une copine, anglaise elle aussi. "Oui, si on veut savoir quelque chose dans un magasin comme ... (elle nomme un grand magasin du Polygone), ils ne répondent pas ou pas poliment."

Montpellier ville "pas aimable" ? Que cela ne tienne. "Oui, c'est vrai", consent une femme d'une quarantaine d'années. Elle sait de quoi elle parle, vu qu'elle fait partie "des rares bêtes qu'on trouve encore ici qui sont nées dans cette ville." Selon elle, Montpellier aurait perdu son amabilité. "Je ne sais pas à quoi c'est dû", dit-elle, "mais quand j'étais enfant, c'était normal de se dire bonjour. Aujourd'hui, les gens vous regardent bizarrement. On se connaît pas, on n'a plus rien à voir l'un avec l'autre. Peut-être y a-t-il un peu trop de gens à Montpellier ?"

Montpellier, Peyrou
Bonne fête, Montpellier, à l'année prochaine

Brigitte qui traverse juste le jardin de Peyrou est une autre de "ces bêtes rares... nées dans cette ville". Mais elle n'a que 16 ans. "On jour je partirai, c'est clair", elle sourit, "peut-être en Angleterre ou aux États-Unis. Pour apprendre l'anglais." Mais bien sûr, elle aime Montpellier. "Pas aimable ? Non, pourquoi Montpellier serait moins aimable que d'autres villes ?" Dit-elle bonjour aux gens qu'elle ne connaît pas, qu'elle rencontre, par exemple, dans l'immeuble où elle habite avec sa mère ? "Euh, non." Elle réfléchit, puis : "Bien sûr que je dis bonjour. Aux voisins, aux gens que je connais. Mais pas à des étrangers. Pourquoi ?"

Y a-t-il quelque chose qui ne lui plaît pas à Montpellier ? "Oh non", répond-elle spontanément, "on peut tout faire ici, c'est très bien. La ville est très dynamique. Et écologique aussi, c'est important. Et j'ai beaucoup de copains et de copines étrangers, c'est très bien, aussi." Toutefois, après réflexion, elle ajoute : "Ce qui est dommage, c'est que les copains étrangers partent tous si vite. Ils restent deux mois, trois mois, et après ils s'en vont. C'est un peu triste."

Montpellier, une ville qui a changé, qui est devenu immense, dynamique, écologique. Où même les "autres", nés "ailleurs", peuvent se sentir Montpelliérains. Où les étudiants arrivent, "aiment" et s'en vont de nouveau. "Mais c'est pas si grave". Brigitte se dépêche de corriger l'image "un peu triste" qu'elle a tracée. "Les uns s'en vont, les autres arrivent. Et on peut toujours s'écrire et se rendre visite. Comme ça, je peux voir d'autres pays."

"Oui, j'aime être à Montpellier", assure un jeune homme allemand, lui aussi étudiant. "Y a toujours quelque chose qui se passe. Je dois partir bientôt, mais je reviendrai."

Ils ne reviennent peut-être pas tous, mais ils en ont envie. Montpellier ne s'oublie pas si facilement. Montpellier, "c'est bien", c'est "devenu jeune". Si, l'année prochaine, cette "nouvelle jeunesse", peu importe son âge, pourrait dire "bonjour" un peu plus facilement, avec le sourire adéquat, Montpellier sera peut-être... une ville parfaite...
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 23 décembre 2009

Bofill, Antigone, Montpellier et l'architecture en verre : écologique, beau et étonnant

Le verre à Montpellier - Bofill et l'architecture montpelliéraine

Montpellier, piscine olympique"Le contraste" pourrait être le mot clé pour comprendre Montpellier, la jeune, la traditionnelle, la ville moderne. Les vieilles maisons du cœur de la ville, du fameux Écusson, ne contredisent pas à ce principe : ancien et moderne, grand, petit et immense, nature et béton - tout cela est Montpellier. Et, depuis les années 80 où un homme de Barcelone du nom de Ricardo Bofill est "passé" en ville, on voit du verre, beaucoup de verre...

Montpellier, archtectureAu moment où l'architecte catalan entame l'immense projet de l'Antigone à Montpellier, son "Taller de arquitectura" est déjà créé, cet atelier d'architecture réputé pour ses idées spectaculaires et sa tendance du grandiose. Le style des maisons sur la Place de l'Europe à Montpellier ou la piscine olympique cadrent bien avec cette réputation du "Taller" de Bofill, ce style inventif, développé par un architecte qui ne craint pas l'emphatique. L'Antigone devient la contradiction et, en même temps, le complément de la vieille ville où, il y a encore trente ans, une "poigne de gens du Midi", comme l'expriment les vieux Montpelliérains de "souche", étaient "entre eux".

Comment comprendre cette face d'une ville ancienne redevenue jeune, ce monde où un ancien bâtiment comme l'Opéra-Comédie étincelle sous des lumières modernes et écologiques, où la vie se reflète dans le verre de l'Antigone, de la piscine olympique, de la région, dans toutes ses fenêtres grandeur vie qui témoignent de l'époque ou un maire nommé George Frêche a fait appel à un catalan nommé Ricardo Bofill…

Place d'Europe, Montpellier"Le verre", apprenons-nous de Robert James, architecte londonien en retraite à Montpellier, "est un matériau étonnant. Il est beau et fonctionnel. Aucun autre matériau n'est capable de capter et de garder la chaleur comme le verre. Il fait économiser l'énergie et, par conséquent, il est hautement écologique."

Hautement écologique, cela cadre avec la réputation envisagée par Montpellier. Mais capter et garder la chaleur, est-ce utile dans une ville du Midi ? - "Bien sûr", Christine, la femme d'origine allemande de l'architecte, éclate de rire. "Bofill n'était pas si bête. Il a utilisé des techniques d'isolation qui était exemplaires pour son époque."

Et la beauté du matériau ? - Cela dépend de l'environnement, de ces maisons, des arbres et du ciel qui se reflète dans le verre des façades en verre. Bofill aimait les lignes droites, symétriques, aptes à souligner la différence avec l'ancien. Ces maisons, au moment de leur planification, n'étaient pas des "bâtiments", mais des concepts, évoquant la tradition des jardins français qui se considéraient comme point central, point de départ de l'œil qui glisse sur un paysage formé et déformé par la main du jardinier...

Architecture à MontpellierBofill, un jardinier dont Montpellier est le jardin ? Ses façades en verre - et celles qui, plus tard, furent construites sur son modèle - ne sont pas la vie, mais elles la reflètent. Elles enlèvent le spectateurs de la réalité et l'amènent dans un monde parfait, un univers idéalisé, irréel, rempli de lumière.

Un univers, aussi, du tourisme : "Aimez-vous l'Antigone ?" Une petite famille, mère, père, deux enfants qui s'arrêtent devant la piscine olympique pour contempler les reflets - les enfants rient, le père hésite. "Je ne sais pas", répond la mère, "je ne suis pas sûre. Et toi ?" s'adresse-t-elle à son mari. L'homme hausse les épaules. "Je ne sais pas non plus. Ce n'est pas vraiment beau ou, peut-être si, c'est d'une certaine beauté. De toute manière", ajoute-t-il, "c'est très impressionnant." Il hésite de nouveau. "Et, je pense, unique."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

samedi 12 décembre 2009

Festival d'Hiver Cité au Peyrou : les Montpelliérains apprivoisent les différences

L'association Saudade à Montpellier lutte contre tristesse et nostalgie

Marthe-Hélène ChoukrounÀ Montpellier, il suffit de regarder et d'ouvrir les oreilles pour être témoin de l'ouverture de la ville vers l'extérieur, vers les autres pays de la planète. Tout a l'air international : le Corum avec ses plus de 2000 sièges pour les congressistes, l'Antigone et l'Odysseum dont l'esprit international saute aux yeux, et le "Babel" de langues qui s'entend partout autour de la Comédie, surtout maintenant, à la saison du marché de Noël. Mais il est vrai que cette ouverture ne s'est pas encore incrustée dans tous les secteurs de la vie quotidienne de Montpellier.

"…que les Montpelliérains apprivoisent leurs différences et apprennent à s'en enrichir", ceci est donc un des objectifs de l'association Saudade qui a organisé le festival d'Hiver Cité au Peyrou. Mais si Marthe-Hélène Choukroun, présidente de l'association, parle des différences, elle ne pense pas forcément au Corum ou à l'Antigone. Elle parle de ces étrangers qui n'auront jamais leur place au Corum, mais qui luttent pour en avoir une dans la société française. Elle parle des handicapés et des artistes dont l'art enrichit la culture de Montpellier, mais dont le nom ne sera jamais connu...

Montpellier, le PeyrouLa Saudade est une association qui porte l'espoir. Bien que son nom suggère plutôt "tristesse" et "nostalgie" en galicien et portugais, elle a été créée pour aider les gens, ceux qui sont considérés comme des "autres", à perdre cette nostalgie - la nostalgie d'une vie qu'ils auraient pu avoir, si la société les avait accueillies "autrement".

Festival d'Hiver CitéBien que le projet de la Saudade n'ait rien à voir avec sa vie privée, ses expériences personnelles ne sont certainement pas pour rien dans sa décision de s'engager pour les buts de la Saudade. De l'origine algérienne, de passeport français, Marthe-Hélène Choukroun a vécu en Amérique de Sud pendant trente ans. Lorsqu'elle est rentrée en France, avec ses cinq enfants, elle pensait, plein d'espoir, à sa fille handicapée. Elle avait lu des textes sur l'éducation des enfants handicapés en France, et elle croyait fortement à l'acceptation de la différence dans sa patrie.

Festival d'Hiver Cité"J'ai été déçue", dit-elle, le visage triste. Les textes qu'elle avait consultés étaient corrects. Mais la réalisation de leurs promesses n'était pas évidente. Malgré les lois sur l'intégration des handicapés, sa fille n'a pas été acceptée à une classe d'intégration qu'après une attente de plus d'un an. Il est vrai qu'elle a été acceptée à une autre école où, deux fois par semaine, elle pouvait essayer d'apprendre le français. Mais ce n'était que la "bonne volonté de la directrice" qui comprenait le problème de Marthe-Hélène. "Elle aussi avait un enfant handicapé."

Mais Marthe-Hélène n'est pas seule. Il y a, par exemple, son fils Yacine Ortiz-Choukroun qui a organisé le côté artistique du festival au Peyrou et acheté les boissons. Et elle a les autres membres de l'association. "Avec ce projet", dit-elle avec sa voix douce, "je suis prête d'aller jusqu'au bout."

Saudade MontpellierLe projet, c'est alors intégrer ceux qui sont "différents". Comment ? Par la création d'une Maison Artistique et Culturelle du Respect de la Différence. C'est pour ceci que se battent Marthe-Hélène et ses amis. Il faut rompre "avec une approche élitiste des arts", proclament-ils. L'art doit être accessible à tout le monde, et tout le monde doit avoir le droit et la possibilité d'enrichir par ses œuvres la culture de notre pays. Il y a donc les artistes et, bien sûr, les handicapés. Qui, dans notre situation, souffrirait plus d'une manque d'intégration injuste qu'eux, c'est-à-dire que ceux qui sont nés "différents" des "autres" ? La Saudade ne demande pas beaucoup : juste "offrir un travail décent, utile et valorisant à des personnes souffrant de handicap." Le public ne veut pas entendre parler des handicaps dans des termes de "problème". Un handicap, selon les membres de la Daurade, est un problème uniquement si la société souhaite en faire un.

Et comment "apprivoiser" les différences ? Selon Marthe-Hélène Choukroun et ses amis de la Saudade, il faut apprendre "à connaître la différence par un renversement de l'approche à l'autre."

Une telle approche était le festival au Peyrou, où les gens pouvaient se rencontrer, mais qui servait aussi à trouver des fonds pour le projet de l'association. Et, comme leur présidente, les organisateurs étaient fermes : "Le projet est important." Oui, ils iront "jusqu'au bout".
Photos et texte : copyright Doris Kneller