samedi 10 septembre 2011

Près de Montpellier : Foire aux associations à Clapiers

Sport et culture - les activités associatives à Clapiers

La Capoeira à ClapiersSans doute, ça bouge à Clapiers - un fait qui est garanti par les nombreuses associations locales qui se sont présentées lors de l'édition 2011 de la foire aux associations. Pour les visiteurs du village, déjà la découverte du site de la foire était enchantant : la manifestation s'est déroulée dans le parc municipal, dans l'ombre de chênes centenaires. Pour ceux qui ne venaient pas la première fois, la foire permettait, certes, de s'informer sur les activités culturelles et sportives de la ville, mais aussi de passer un dimanche après-midi agréable, de retrouver des amis et de discuter les exploits de l'été.

Autrement dit, à Clapiers, la nouvelle saison a commencé. Pour les Clapiérois ou les Montpelliérains qui connaissent bien la petite ville située à quelque quinze minutes au nord de Montpellier, le nombre et la diversité des associations qui proposaient leurs activités n'ont peut-être pas été étonnants. "Je viens souvent à Clapiers", explique une dame qui, il y a des années, a habité dans cette ville, avant de déménager à Montpellier. "J'aime cette petite commune. Il y a toujours quelque chose qui se passe. Si j'avais pas eu besoin d'être à Montpellier pour mon travail, j'aurais pas bougé d'ici."

Clapiers, foire aux associationsL'équipe de Montpellier Presse Online voulait savoir qui venait à la foire des associations de Clapiers, et avec quelles attentes. La plupart des gens interrogés étaient évidemment des Clapiérois qui étaient venus pour fêter le début d'une nouvelle saison d'activités locales. Mais il y avait aussi des habitants des villes et villages autour de Clapiers : "Je viens ici", explique par exemple une dame de Castelnau-le-Lez, "parce que l'ambiance est plus sympa ici. Et il y a des associations que j'aime bien." Sa découverte préférée : une association de Jazz. "Je ne suis pas tout à fait d'accord avec le goût du président. Son amour exclusif pour les classiques ne me convient pas. J'aimerais qu'il soit un peu plus ouvert au jazz plus moderne." Mais cela ne l'empêche pas d'être contente que l'association existe. "Ça fait plaisir de discuter Jazz avec quelqu'un qui s'y connaît."

Un jeune couple hollandais était venu pour découvrir le monde d'une petite ville. "Pour le moment, on est en vacances", a confié l'homme à Montpellier Presse Online. "Mais on veut s'installer dans la région. Pas à Montpellier, plutôt dans une petite ville. Une ville où se passent des choses, où les gens communiquent."

La communication ne pose pas de problème à Clapiers. Il suffit d'avoir "une envie quelconque", comme l'exprime une Clapiéroise d'une cinquantaine d'années, "et vous trouvez pleins de gens qui partagent cette envie avec vous." Par exemple l'envie d'échanger des astuces avec des photographes. Ou de jardiner. Ou de faire des sports aussi divers que le foot, le Karaté, le Zen Shiatsuou, le Ki Do ou le Capoeira. On peut même danser le "Country", avec chapeau et costume de cowboy ou cowgirl. "Chez nous, on s'amuse", explique une dame en veste et chapeau de cowgirl, encore un peu hors haleine après une démonstration de danse. Et elle le dit d'une manière qu'on comprend qu'il vaut mieux s'abstenir, si on n'a pas vraiment envie de s'amuser...

Association musicale à ClapiersCeux qui veulent consacrer leur temps à d'autres peuvent s'engager pour l'Atelier Petites Mains au Crès, un atelier de loisirs créatifs pour les enfants, ou devenir un des bénévoles de Clapiers qui aident les jeunes à trouver le goût de la lecture. On peut apprendre l'occitan ou participer à un concours de cuisine, et les hommes ont même le droit de chanter dans un choral occitan. "Pour le moment, il n'y a que les hommes qui chantent chez nous", constate un membre de l'association Cocut avec un sourire un rien moqueur, "mais si les femmes veulent absolument chanter elles aussi, on va réfléchir..."

Ceux qui s'intéressent à la musique plus sérieuse ont certainement récupéré le programme 2011-2012 de l'école de musique de Clapiers. Utile aussi pour la détente : le stage de la gestion du stress et des émotions de "Ter' Happy"... "Mon offre préférée ? répète une dame dans la trentaine la question de l'équipe de Montpellier Presse Online. "Je ne peux pas vous dire. Ou, plutôt, je ne peux pas toutes les nommer, il y en a trop. Y a tant de choses intéressantes."

Une autre dame, un peu plus âgée que la précédente, raconte qu'elle habite Montpellier, mais qu'elle participe souvent à des manifestations culturelles à Clapiers. "C'est ma copine d'ici qui m'a fait découvert cet endroit. Il y a des manifestations à Montpellier, bien sûr, mais il y a une différence. Comment vous expliquer ? À Montpellier, vous y allez, et si vous ne connaissez personne, vous restez seule dans votre coin. Ici, tout le monde parle avec tout le monde. Tout est plus 'personnel'." - "Peut-être c'est pareil dans toutes les petites communes", ajoute son amie. - Un Monsieur qui a entendu la conversation n'est pas d'accord. "Je ne crois pas", dit-il, "mais chez nous, c'est comme ça."
Photos et texte : copyright Doris Kneller


dimanche 4 septembre 2011

Trams et bus : Montpellier se révolte

Rue Durand, rue Levat, rue Pagezy et rue de la République : la révolte du quartier de la gare

Rue Pagezy à MontpellierDébut septembre, 9.30 heures, au centre de Montpellier. Trois piétons s'arrêtent au coin de la rue Pagezy et de la rue de la République. Ils se regardent, ils hochent la tête. Normalement, ils ne se seraient même pas remarqués, mais la situation les unit. "C'est toujours pareil", dit l'un et "On en a assez", remarque l'autre.

Ce qui les dérange, c'est les trois bus qui, venant de la rue Pagezy, tournent dans la rue de la République, les roues sur la voie, les "queues" des bus au-dessus du trottoir, de la manière que les trois piétons sont obligés de se plaquer contre le mur pour ne pas se faire écraser. "Si on est piéton à Montpellier", conclut un des trois lorsqu'ils peuvent enfin bouger, "on ne compte pas."

Toutefois, la colère ne monte pas seulement chez les piétons, mais chez la plupart des habitants du quartier de la gare. Ils se sentent abandonnés avec leurs problèmes, leur cadre de vie devient de plus en plus désagréable. "On se moque de nous", disent les uns, ou : "Les habitants de Montpellier n'ont rien à dire. C'est la mairie qui décide, pas pour les Montpelliérains, mais contre eux."

Ce qui exaspère les habitants du centre de Montpellier, ce n'est pas forcément les travaux pour la ligne 3 du tram - mais les résultats. Ils ont accepté que, pendant quelques années, ils seraient gênés par le bruit et les problèmes de circulation. "On nous a prévenus des perturbations passagères", se rappelle un des révoltés de la rue Durand. "Mais personne ne nous a dit que ces perturbations seront permanentes."

Rue de la République à MontpellierEntre-temps, la révolte des habitants de la rue Durand s'est étendue aux deux rues parallèles, la rue Levat et la rue de la République. Sur les portes et vitrines de la rue de la République, un tract appelle au rassemblement. "... groupons-nous", peut-on y lire, "constituons un comité de quartier et opposons-nous pour que la rue de la République ne devienne pas la Rue de tous les bus que personne ne veut."

En effet, avec les travaux sur la ligne 3 du tram, les bus autour de la gare sont devenus un véritable tracas. D'abord, les décideurs de la TaM les ont fait passer par la rue Durand : avec le résultat qu'aucun enfant ne pouvait plus s'y aventurer, que les commerçants commençaient sérieusement à souffrir du manque de clientèle - personne n'avait plus envie d'y passer -, on avait peur des accidents, le bruit était insupportable, et l'air était pollué au point d'être irrespirable. Les habitants se sont donc révoltés... avec un certain succès.

Ce succès, pourtant, a amené les bus à la rue parallèle, la rue Levat - qui, immédiatement, s'est révoltée elle aussi. Pour que les bus ne soient pas envoyé d'une petite rue à l'autre, l'association de la rue Durand a fait des propositions : lier les bus avec d'autres stations de tram - "la gare aura ses trois lignes de tram, c'est suffisant" - et les faire passer par les grands axes autour du quartier de la gare.

Les autorités, toutefois, font la sourde oreille. "Ils n'ont pas envie de nous respecter", se plaint une dame qui vit dans la rue Levat, "et de respecter le caractère des vieilles petites rues. Ils auraient facilement pu mettre les bus ailleurs. Mais au lieu de ça, ils font souffrir les habitants de toutes les trois rues. Il n'y a plus de qualité de vie.

Il est vrai qu'en résultat de la révolte, il y a moins de bus qui fréquentent la rue Durand - la rue Levat et la rue de la République se partagent les autres. "Mais la révolte nous a coûté cher", constate un habitant de la rue Durand. "On a un peu moins de bus, mais ceux qui restent font assez de bruit et polluent l'air dans nos appartements. Et notre 'punition' : ils nous ont volé tous les parkings."

Quelle ville ne rêverait pas d'un centre sans voitures ? Toutefois, Montpellier n'y est pas encore. Pour le moment, c'est juste les habitants du quartier de la gare qui ne savent plus où garer les leurs. Ainsi, la rue Durand a reçu un joli trottoir très large - "pour faire taire les voix qui disent que les piétons ne peuvent plus y passer" - et un couloir étroit pour les bus et les voitures. Voilà tout. Si un habitant de la rue a besoin de s'arrêter près de sa maison pour, par exemple, décharger ses bagages des vacances, il provoque immédiatement un embouteillage et la colère des conducteurs des bus. "La rue Durand est condamnée à mourir", explique une habitante, "car personne ne peut plus emménager. Les camions de déménagement n'ont plus de place." - Le déménagement, pourtant, n'est plus possible non plus.

La situation de la rue Pagezy n'est pas différente : un trottoir assez large, un petit couloir de bus - et plus aucun parking. La rue de la République est partagée entre le tram, un petit couloir de bus - et, pareil, plus aucun parking. "Ils veulent qu'on prenne des abonnements dans les parkings officiels, mais pour la plupart des gens, ils sont trop chers." Pire : "Pour avoir un abonnement dans le parking Laissac, vous devez attendre qu'une place se libère. On vous met sur une liste d'attente, voilà tout."

Aujourd'hui, quand on passe par la rue Durand, on ne voit qu'un grand chantier. On y tombe sur un arrêt de la ville de Montpellier, signé par Madame le Maire Hélène Mandroux, qui interdit toute circulation et, bien sur, aussi le stationnement dans la rue entre le 30 juin et le 30 septembre. La société Eurovia, chargée des travaux, toutefois, n'est pas d'accord avec l'arrêt de la mairie. Sur leur communication, on peut lire que l'interdiction de circulation concerne la période entre le 8 août et le 31 octobre.

"Vous voyez", est le commentaire d'un habitant, "ils se moquent de nous. Ils ne font même pas l'effort de se mettre d'accord. Mais, de toute manière, peu importe si les travaux se terminent le 30 septembre ou le 31 octobre, ça ne vaut pas la peine de nous raconter que le stationnement est interdit d'ici là : tout le monde peut voir qu'il n'aura plus de place pour garer les voitures, après les travaux." Il rigole amèrement. "Peut-être, ils n'auront plus besoin d'interdire le stationnement après le 31 octobre - parce qu'il n'y aura plus de places pour stationner."

Du côté de la rue de la République, on constate que même le bruit des travaux ne sera pas terminé de sitôt. "Savez-vous qu'il vient d'être voté que la ligne de bus n° 7 doit redescendre sur les rails du Tram en direction de la gare", peut on lire dans l'appel de ses habitants, "et que des travaux vont être repris ?"

Le parc dans la rue de la République, MontpellierRien n'est définitif, alors, et rien n'est terminé. En attendant, le bruit, la pollution et la peur des accidents continuent à hanter les habitants du quartier de la gare. "Et même nos chiens n'ont plus de place", ajoute une dame en indiquant la fermeture du petit parc de la rue de la République qui, officieusement, était devenu le "terrain des chiens". Le parc existe toujours, mais ses arbres se cachent derrière un mur. Et là où, auparavant, se trouvait l'entrée, on peut lire maintenant que "Nos équipes aménagent votre cadre de vie"...
Photos et texte : copyright Doris Kneller


dimanche 7 août 2011

Groupe Nicollin à Montpellier : des Montpelliéraines se plaignent

Micro-trottoir sur la réputation des services publics à Montpellier


Groupe Nicollin à MontpellierJuillet 2009, mardi, vers 11 heures, dans un quartier calme de Montpellier. Le soleil brille, il fait chaud - une journée de rêve pour ceux qui vont à la mer. Mais pas tout le monde a des vacances. L'équipe d'un camion de nettoyage, de toute manière, ne fait pas partie des vacanciers...

Une jeune femme qui, juste en ce moment, s'approche du camion n'est pas en vacances non plus. Elle hésite quand elle voit le tuyau qui, dans la main d'un des ouvriers, crache une fontaine d'eau. Mais l'homme la rassure avec un sourire et un geste de sa main libre, la femme a confiance, elle avance... pour, quelques secondes plus tard, être trempée.

"Ma coiffure était ruinée", se rappelle la jeune femme, "et ma robe collait à mon corps." Et les hommes ? "Ils étaient morts de rire. L'un a sifflé - probablement parce que ma robe était pratiquement transparente, mouillée comme elle était - et l'autre a crié : 'Dites merci pour la douche', ou quelque chose dans ce style." Une raison pour se fâcher ? Il faisait chaud... "J''étais en chemin pour un rendez-vous d'embauche. Merci les hommes... Je ne pouvais que retourner chez moi."

Poubelles à MontpellierRidiculisée par, comme elle dit, "des sexistes", en colère à cause d'une occasion de poste perdue, la dame a rédigé une plainte et l'a envoyée à la mairie. "J'étais nouvelle à Montpellier, je ne savais pas à qui m'adresser. Mais je me suis dit que la mairie la ferait passer."

Résultat ? Jusqu'à ce jour, c'est-à-dire plus de deux ans plus tard, pas de réponse.

Changement de scène : Rond-point des Près d'Arènes, avant le début des travaux de la ligne 3 du tram. Il est environ 10 heures, au milieu de la semaine, les rues sont assez calmes. Une dame d'une quarantaine d'années quitte la zone commerciale avec sa voiture et s'apprête à s'engager dans le rond-point. Tout à coup, un camion du Groupe Nicollin la double sur la voie gauche et lui prend la vue sur le trafic du rond-point. "Je me suis dit que c'est pas grave. Je n'aurais qu'à attendre qu'il parte et la voie sera libre pour moi."

Malheureusement, il ne part pas. Au lieu de cela, son conducteur lui fait des gestes qu'elle interprète comme obscènes. "J'ai fait semblant de ne pas voir les gestes, et j'ai avancé un peu pour voir, si je pouvais prendre le rond-point." Mais le camion avance lui aussi et, de nouveau, la vue sur le rond-point était barrée. Ce manœuvre s'est répété encore deux fois jusqu'à ce que, finalement : "Je lui ai fait signe de partir, de me laisser tranquille. Mais il a rigolé. J'ai paniqué et, sans voir s'il y avait une voiture ou non, j'ai accéléré."

"J'ai eu de la chance de ne pas provoquer un accident", continue-t-elle son récit. "Mais j'étais furieuse." Elle aussi a rédigé une plainte qu'elle a envoyée à la mairie. Sans réponse.

Interrogées par l'équipe de Montpellier Presse Online sur la question qui est responsable du nettoyage des rues dans notre ville, 12 personnes sur 16 ont répondu : "La mairie." Une dame, toutefois, connaît les camions du Groupe Nicollin. "L'autre jour, j'étais dans un bouchon - comme toujours - dans la rue du Grand Saint-Jean. Et au moment où ça bouge enfin, qui me prend la priorité ? Une benne à ordures."

Service public à MontpellierDes cas isolés ? Bien sûr. "Je suis sûre que la plupart des équipes de nettoyage sont des hommes polis et gentils", admet la dame à la robe mouillée. "Et si je n'avais pas eu ce rendez-vous, j'aurais oublié l'histoire depuis longtemps. Mais ce qui me fâche encore aujourd'hui, c'est que ma plainte a été ignorée. Pourquoi, dans un tel cas, ils ne font pas de recherches internes pour éliminer des éléments comme ça ? Je suis certainement pas la seule qu'ils ont importunée. Mais avoir aucune réponse, ça fait mal. C'est comme si la mairie était d'accord avec eux. Ou, au moins, qu'elle ne s'intéresserait pas aux problèmes des gens qui vivent ici."

La dame à qui une benne d'ordures a pris la priorité parle de respect : "Je ne sais pas si c'est dû à l'énervement - tout le monde est énervé, en ce moment, avec les bouchons éternels et le soleil qui tape sur les toits des voitures pendant qu'on est bloqués - mais, de toute manière, les gens manquent de plus en plus de respect." - Sur le site Internet du Groupe Nicollin, on parle également de respect. Sur la page sur la "culture de l'entreprise", on peut lire qu'une de ses "valeurs fortes" serait la "responsabilisation des dirigeants et des employés, fondement du respect, de la confiance et de l’esprit d’équipe".

"Ce que je pense du Groupe Nicollin ?" répond une dame d'une trentaine d'années à la question de Montpellier Presse Online. "Je sais pas." Elle hésite et observe comme, justement, un camion des services publics télécoms s'engage assez vite sur la Comédie, et un jeune homme fait un saut par peur d'un accident. "Le foot, surtout, n'est-ce pas ?" continue-t-elle. "Loulou Nicollin, le président du club de foot..."
Photos et texte : copyright Doris Kneller


vendredi 5 août 2011

Les Estivales à Montpellier - une force économique

Les Estivales de Montpellier, le vin de la région et la musique du monde : Montpellier en fête

Les Estivales à Montpellier"J'aime Béziers", dit le Monsieur d'environ quarante ans qui habite la ville depuis son enfance. "C'est une ville où on peut travailler et avoir des amis. Mais", ajoute-t-il, "pour faire la fête, elle n'est pas idéale - à part la Féria, il n'y a strictement rien. C'est pourquoi, pour faire la fête, on va à Montpellier."

Montpellier, ville de la fête où les nuits sont dominées par le rire et par la musique. Où on danse et chante sur la Comédie qui ne semble jamais dormir. Et où, les vendredis, les Estivales remplissent l'Esplanade Charles de Gaulle de musique, de spécialités culinaires, de vin et d'une foule de Montpelliérains et d'amis de Montpellier qui sont venus pour faire la fête.

À première vue, tout est mis en place pour rendre les gens heureux. Mais la fête à Montpellier ne cible pas seulement le bonheur des Montpelliérains et des visiteurs. Elle sert aussi à soutenir l'économie locale. Car faire la fête, cela rime avec argent... aussi à Montpellier.

En principe, personne n'est obligé de dépenser un cent. Un peut se promener dans la foule joyeuse, regarder les stands, s'asseoir à une table, boire son propre vin et manger son "pique-nique". La musique est gratuite pour tout le monde, et danser ne coûte que la sueur qui coule avec l'effort plaisant à une soirée d'été montpelliéraine ...

Malgré cela, aux Estivales, les affaires marchent. Il y a 50 stands qui fournissent la nourriture de tout genre. Certains étaient déjà présents en 2008, à la première édition des Estivales à Montpellier. Et ils ont l'intention de venir aussi en 2012. "Ç vaut la peine d'être ici", sourit un Monsieur qui vend des gâteaux. "Les gens reconnaissent la bonne qualité."

Bien sûr, ses gâteaux sont bons - ce qui n'est pas étonnant, vu que la ville soumet les produits des Estivales à une contrôle de qualité... et de prix. On a le droit de gagner de l'argent, mais personne ne peut exagérer. Mieux encore est la situation aux stands des 35 vignerons qui sont présents à Montpellier les vendredis d'été. Chaque semaine, ils vendent 11.130 verres à quatre euros par unité - même partagée par 35, la somme n'est pas à négliger : 1272 euros, en moyenne, par vigneron, dans une seule soirée. Personne n'est étonné, alors, qu'aux heures des Estivales, il y ait tant de foule autour des stands des vins que les bouteilles sont à peine visibles....

Faire la fête à MontpellierMais les Montpelliérains et leurs visiteurs ne consomment pas seulement les verres : en moyenne, 7000 bouteilles de vin sont vidées au cours d'une soirée d'Estivales. Cela signifie-t-il qu'à Montpellier, quand on fait la fête, on boit beaucoup ? - Les chiffres se relativisent quand on les compare avec le nombre de visiteurs : 30.000 fêtards peuplent l'Esplanade les vendredis soirs... et les chiffres records du mois d'août ne sont même pas encore atteints. 30.000 personnes qui se partagent 7000 bouteilles, cela fait moins de deux verres par personne.

Ce n'est donc pas le vin qui attire les Montpelliérains aux Estivales - au moins pas en quantité : "On peut déguster de différents vins, des vins que, normalement, on ne découvre pas", commente une Montpelliéraine d'une trentaine années qui, comme elle dit, vient "presque chaque semaine". "C'est pourquoi j'aime venir ici." Un Monsieur d'une quarantaine d'années est du même avis. "On habite à Vendargues, je dois donc conduire ce soir. Mais c'est pas grave, on n'a pas besoin de boire des masses. Ce qui fait plaisir, c'est déguster les différents vins de la région."

Le vin est-il l'attraction principale des Estivales ? - "La musique", répond une jeune dame à la question de l'équipe de Montpellier Presse Online, et ses trois copines lui donnent raison. "La convivialité", constate un homme d'une trentaine d'années. "Ici, on peut parler avec tout le monde sans que personne se fâche. Ça devrait être pareil dans la vie de tous les jours."

Musique aux Estivales de Montpellier"J'aime les Estivales", déclare une touriste anglaise d'à peu près le même âge. "Dans le Sud de la France, on sait faire la fête. Les gens ont tous des mines heureuses. Tout le monde sourit. La musique est bonne. Et", elle lance un petit rire, "le vin aussi."

Les "anciens" ont des critiques quand même. "J'ai préféré les tables des autres années", dit une Montpelliéraine d'une cinquantaine d'années. "Cette fois-ci, on n'a que de petites tables. Les grandes tables des autres années étaient plus conviviales. Elles incitaient les gens à faire connaissance." Le nombre des stands non alimentaires suscite aussi l'étonnement et des critiques : "Avant, il y avait plus de stands. J'aimais bien faire le tour entre les bijoux, les vêtements et tous les autres produits artisanaux. Mais cette année-ci, il n'y a presque rien. J'imagine qu'ils n'ont pas vraiment vendu grand-chose."

"J'aime la diversité de ce qu'on peut acheter aux Estivales", explique aussi une autre dame, un peu plus jeune que la précédente. "Les petites choses à manger de toutes les régions et de tous les pays, les vins pour tous les goûts... Mais pour le reste, l'offre n'est pas très diversifiée. C'est toujours les mêmes stands qui viennent, au Marché de Noël, aux Estivales. La première fois, c'est intéressant, mais puis, plus rien de nouveau."

La musique, par contre, reste nouvelle. "Des groupes formidables", s'extasie un Monsieur d'une cinquantaine d'années. "C'est la première année que je suis ici, mais ça me plaît énormément. Je ne sais pas qui choisit les groupes, mais la personne a bon goût. Elle sait ce qu'il faut pour faire la fête. Et quant au vin", un petit clignement d'œil, "à la fin de la saison, je pourrai faire une fête chez moi avec les verres des Estivales 2011."
Photos et texte : copyright Doris Kneller


lundi 25 juillet 2011

Les luthiers de Montpellier : ville de la lutherie

Exposition des onze ateliers de lutherie à Montpellier

Les luthiers de MontpellierMontpellier ville internationale, Montpellier ville qui prend l'écologie au sérieux, Montpellier ville étudiante, Montpellier ville près de la Méditerranée... Les Montpelliérains, demandés de donner un attribut à leur ville, n'hésitent pas à nommer des traits "typiques". Une valeur, par contre, quoique connue dans certains cercles de Hong Kong, Shanghai ou Berlin, n'effleure même pas l'esprit de la plupart des Montpelliérains : Montpellier ville de la lutherie.

À première vue, il semble étrange qu'une ville relativement petite comme Montpellier héberge onze ateliers de lutherie. Il est vrai que la ville était toujours ouverte à la musique et que, grâce à la réputation de l'Opéra-Comédie - et, plus tard, à celle de l'opéra du Corum -, des musiciens internationaux fréquentent Montpellier depuis des siècles. Mais cela n'explique pas pourquoi les Montpelliérains peuvent compter parmi eux plus de luthiers par tête d'habitant que les autres villes en France.

La raison : un autre trait "typique" de Montpellier - son ouverture. Michel Proulx, archetier à Montpellier, raconte comme, à la fin des années 1960, la profession du luthier était presque en voie de disparition. Ce qui ne veut pas dire qu'on ne trouvait plus d'ateliers de lutherie. Toutefois, ils avaient abandonné leur vocation classique, la construction de violons.

"À cette époque", se rappelle Michel Proulx, "un violoniste n'aurait jamais eu l'idée de jouer d'un nouvel instrument." Dans les concerts, on n'entendait que les anciens violons, dont la plupart, fidèlement à la tradition des Stradivari, ont été construits en Italie. Autour de ces anciens violons, un marché de réparation s'était établi - les luthiers n'était plus là pour construire de nouveaux instruments, mais pour en réparer les anciens. "Ceux qui en fabriquaient encore ne les vendaient plus."

Les violons fabriqués à MontpellierCependant, au début des années 1970, la situation a changé. De plus en plus de jeunes luthiers avaient envie de construire de nouveaux instruments, et de plus en plus de jeunes violonistes ne voyaient plus de sens dans cette contrainte de se servir d'anciens violons - qui, logiquement, devenaient de plus en plus chers et, par conséquent, hors de portée d'un artiste débutant. D'un autre côté, la qualité des instruments fabriqués en usine n'était pas suffisante pour eux. Ainsi, l'idée de leurs amis luthiers leur plaisait bien : disposer de nouveaux violons d'une qualité comparable avec celle des anciens.

Le concept semblait bien, mais les jeunes luthiers n'avaient pas compté sur leurs collègues établis depuis longtemps qui, face au nouveau développement, ont vite pris la décision de défendre leur moyen de subsistance - la réparation d'anciens violons. Ils avaient peur de leurs jeunes collègues : s'ils n'arrivaient pas à les décourager avant qu'ils implantent l'idée de nouveaux violons dans l'esprit des musiciens, ils perdraient une bonne partie de leur marché.

Ainsi, les luthiers déjà établis ont réussi dans beaucoup de villes à empêcher les jeunes à ouvrir leurs ateliers. Les membres de la nouvelle génération se sont donc mis à la recherche d'une ville plus ouverte où on les laisserait travailler tranquillement : et ils sont tombés sur Montpellier.

Michel Proulx ne fabrique pas des violons, mais des archets. "Un travail plus technique et plus précis que la construction d'un violon", explique-t-il. Au contraire des jeunes luthiers qui se réfèrent toujours aux maîtres italiens - Stradivari, Guarneri etc. -, la réputation des meilleurs archetiers du monde revient à la France. Mais avant de se consacrer entièrement aux archets, Michel Proulx a appris à fabriquer des instruments.

Les archets de MontpellierC'était en 1973 qu'il s'est adressé à un maître luthier pour avoir quelques conseils concernant la construction d'un instrument de musique. Mais le maître l'a vite persuadé d'entamer un véritable apprentissage. Après quelques années de fabrications d'instruments, il s'est tourné vers la théorie et a passé une maîtrise en histoire. Toutefois, le travail manuel lui manquait et il cherchait un nouveau défi. Ainsi, à 50 ans, il pouvait s'appeler "jeune archetier", comme il dit avec un sourire.

Mais luthier ou archetier, pour vivre, il ne suffit pas de fabriquer des instruments - il faut aussi les vendre. Une grande partie de leur travail consiste à visiter les foires internationales et à rencontrer des musiciens de partout dans le monde - à Shanghai, les violons de Montpellier font référence, et à Berlin, on utilise les archets de Michel Proulx. L'archetier est bien "équipé" pour ces rendez-vous internationaux : il parle six langues - le français, l'italien, l'allemand, l'anglais, l'espagnol et même le néerlandais.

Toutefois, il n'est pas le seul génie de langues parmi ses collègues. Wolfram Neureither, un jeune luthier allemand qui vit à Montpellier depuis presque 20 ans communique également en trois langues. "L'anglais", explique-t-il, "est standard chez les luthiers." Et même l'allemand est utile : "En Asie, j'ai rencontré beaucoup de musiciens qui ont étudié en Allemagne."

Le chemin de Wolfram Neureither est un peu plus "direct" que celui de Michel Proulx. À; 10 ans, il jouait déjà du violon. À cette époque, sa mère lui a offert un livre sur la lutherie et, immédiatement, il a pris sa décision : "Je me suis dit que c'est bien comme boulot", commente-t-il avec un sourire un peu timide. Plus tard, le jeune musicien a fait des études en Angleterre pour, finalement, créer son atelier à Montpellier.

Selon Wolfram Neureither, il n'est pas obligatoire de jouer du violon pour devenir luthier. Mais il faut s'intéresser à l'architecture, à la peinture, aux autres cultures et, bien sûr, avoir l'oreille. Et, surtout, il faut avoir l'esprit ouvert, prêt à communiquer avec des gens de tous les pays et tous les milieux. "L'esprit d'un luthier", philosophe Michel Proulx, "est comme un parachute : il ne fonctionne que quand il est ouvert."

Actuellement, la Maison des relations internationales à Montpellier héberge une exposition des violons et archets fabriqués à Montpellier, organisée par l'association "Luthiers à Montpellier". L'objectif n'est pas commercial - les luthiers et archetiers de Montpellier sont si connus qu'ils ne manquent jamais de travail - mais une "exercice de relation avec le public". "Le plaisir", selon Wolfram Neureither, "de faire comprendre notre métier et d'être reconnus..." ...non seulement en Chine ou en Allemagne, mais aussi à Montpellier.
Photos et texte : copyright Doris Kneller
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mercredi 13 juillet 2011

Montpellier centre : bus, travaux, faire la fête et le respect des voisins

Micro-trottoir : la qualité de la vie au centre de Montpellier

Les bus en Montpellier centreSamedi après-midi, rue Levat, une petite rue près de la gare de Montpellier. Comme partout, les habitants du coin passent le samedi au repos, d'autres discutent ou regardent la télé. Le niveau sonore est "normal" - les fenêtres grand ouvertes dans l'espoir qu'un brin d'air courant entre dans les appartements font entendre les bus qui peinent dans les rues étroites du centre, les travaux, les enfants qui jouent et les mères qui crient sur leurs enfants...

Bref, un samedi après-midi en centre ville de Montpellier absolument ordinaire. Jusqu'à ce que, tout à coup, le bruit "ambiant" soit effacé par un déluge de musique rock. Une musique si forte que, dans quelques appartements, les conversations se meurent - on ne s'entend plus.

La source du vacarme est vite tracée. Une boutique a sorti les baffles pour accompagner un défilé de mode sur un des petits trottoirs qui ne sont pas bloqués par les travaux. Des habitants du quartier rouspètent, d'autres se plaignent, mais personne ne "fait" quelque chose.

"Ils ont certainement la permission de la ville", réfléchit un Monsieur d'une cinquantaine d'années, "sinon ils n'oseraient pas. - "Pas sûr", répond une dame d'à peu près le même âge, "mais de toute manière pas à ce volume." - "La mairie en serait capable", s'en mêle une dame un peu plus jeune que l'autre. "Ces messieurs dames habitent des villas climatisées, pas un petit appartement au centre où on a besoin d'ouvrir les fenêtres pour respirer."

Changement d'heure et de scénario. Il est lundi, 23 heures, dans la rue d'Alger. Beaucoup d'habitants dorment déjà, prêts à travailler tôt le lendemain. Mais tout à coup, ils se réveillent en sursaut. La rue est éclairée par des lumières aveuglantes, et l'air est rempli par le bruit d'une tractopelle.

Une habitante de la rue qui est obligée de partir travailler à sept heures - "mon chef ne demande pas si les décideurs des travaux me permettent de dormir... Si mon travail n'est pas satisfaisant, je perds mon poste" - refuse de se montrer compréhensible. "Je comprends que les travaux sont plus faciles la nuit, quand il n'y a pas beaucoup de monde dans la rue", confie-t-elle le lendemain à l'équipe de Montpellier Presse Online. Puis elle rigole amèrement. "C'est un peu normal, Parce que la nuit, les gens dorment. Ou, justement, ils ne dorment pas, à cause des travaux nocturnes. Je trouve que c'est", elle hésite, "on ne respecte pas les gens." Et elle répète : "Non, on ne nous respecte pas du tout."

Embouteillages à MontpellierLe respect - ou, plutôt, le manque de respect - tracasse aussi une autre Montpelliéraine qui vit au centre ville. "Ça fait plus de dix ans que j'habite ici", raconte-t-elle. "Et avant, c'était assez sympa. Mais maintenant, il y a deux choses qui gâchent tout : les travaux et les gens qui ont de moins en moins de respect."

Côté travaux, les habitants du centre ville sont conscients que le gène est temporaire. Cependant : "Temporaire, je veux bien", se fâche une dame d'une soixantaine d'années. "Mais on parle pas de quelques jours, mais de plusieurs années. Et du bruit et du chaos qui dure plusieurs années, c'est inconcevable."

La dame ne parle pas des embouteillages - "je n'ai pas de voiture" - mais des problèmes des piétons. "Les trottoirs sont bloqués par les travaux ou les gens qui attendent des bus. Il y a des bus partout. Et le pire c'est qu'ils ont enlevé les feux aux passages pour piétons. On ne voit plus, si une voiture est censée s'arrêter ou non. Mais la voiture, comme le feu marche de son côté, ne peut pas savoir que le piéton ne sait pas... C'est si dangereux..."

Les piétons qui ont besoin de passer par la rue Pagézy parlent aussi de danger. "Le trottoir est tout le temps bloqué par les gens qui attendent les bus. Et quand un bus arrive, ils foncent sans regarder. Et on ne peut pas marcher dans la rue, à cause des bus", se plaint une dame dans la quarantaine qui prend tous les jours la rue Pagézy pour joindre la Comédie. Mais une dame un peu plus âgée voit encore un autre problème. "Le trottoir dans la rue Pagézy est très mauvais. Il est plein de trous. Une fois, j'ai vu tomber une dame. En tombant, elle est glissée sur la chaussée. Mais elle a eu de la chance : elle a pu se lever juste avant qu'un bus apparaisse au coin de la rue, à peine dix mètres plus loin. Les bus roulent toujours si vite, je doute qu'il aurait pu s'arrêter... La ville fait tant de travaux 'prestigieux', mais jamais un sous pour les piétons. Elle pourrait quand même faire un effort pour arranger les trottoirs pleins de trous."

Un Monsieur qui habite la rue Durand ne se plaint pas seulement des bus. "On n'a jamais vécu un été si affreux que celui-ci", constate-t-il. "Si on veut être tranquille, il faut profiter de la nuit entre quatre et sept heures - on a trois heures pour dormir, pas plus." Et il trace un "horaire du bruit" du centre ville : "À partir de sept heures, les enfants commencent à crier et on entend les mères désespérées avec leurs "assez" et "arrête" finalement plus bruyants que les enfants. Vers neuf heures, les travaux recommencent, et là, tout essai d'entendre autre chose devient impossible. Et tout le temps, tout le temps, on entend les bus. Le soir, quand les travaux s'arrêtent enfin, les fêtes commencent."

Les "fêtes" gênent aussi d'autres personnes. "Avant, les gens ont annoncé leurs fêtes." raconte une dame dans la cinquantaine. "C'était des jours spéciaux, comme des anniversaires. Mais entre-temps, ils font la fête tous les jours, et l'un crie plus fort que l'autre. Si, à trois heures le matin, on se plaint, ils rigolent. On peut pas compter sur la police, parce qu'elle dit qu'il faut faire appel au syndic. Et le syndic, il n'en a rien à faire..."

Un Monsieur qui a la même expérience essaie d'analyser le phénomène. "C'est une question de respect. Mais avec tous leurs problèmes, les gens perdent le respect. Entre le chômage et la vie dans une ambiance désagréable et pleine de bruit, on perd son respect - de soi-même et des autres. En face de moi", poursuivit-il, "j'ai une voisine dont la télé est allumée jour et nuit. Elle met le son si fort que j'entends tout, les pubs, les films, tout. C'est désespérant. Pas une minute de pause, jusqu'à tard la nuit. J'ai parlé avec elle plusieurs fois, et chaque fois, elle a promis de baisser le son - mais elle ne le fait jamais. C'est cela la perte du respect."

"Ce qui me fâche le plus", raconte un Monsieur dans la trentaine, "est qu'ils disent toujours qu'ils travaillent pour améliorer la vie à Montpellier. Je ne sais pas ce qu'ils veulent améliorer - mais on peut être sûr que, s'ils parlent d'améliorer, on a une longue phase d'ennuis devant nous. Et on ose encore parler de qualité de vie à Montpellier."

Les gens vont-il retrouver le respect de leurs voisins quand, après la fin des travaux, ils auront la possibilité de vivre de nouveau dans une ambiance plus tranquille ? - "On verra", répond le Monsieur, "on peut toujours espérer..."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 6 juillet 2011

Flamenco à Montpellier : Constant Aubry, Jimmy Espinas et leur "bande" de guitaristes flamencos

Les guitares flamencas et la bodega Al-Ándaluz à Montpellier

Consant Aubry, guitariste flamenco à Montpellier"Je vais profiter de la pause", remarque Constant Aubry, "pour jouer seul à la guitare." Et il ajoute avec un sourire un peu timide : "J'ai envie de jouer."

Mais le guitariste ne reste pas longtemps seul sur scène. Quelques minutes plus tard, un ami se joint à lui. D'abord, il chante doucement, comme s'il ne voulait pas déranger ou comme s'il cherchait à s'adapter au son de l'autre musicien. Les deux échangent un regard - un de ses regards de convenance comme juste les musiciens complices peuvent les échanger -, le deuxième prend une des guitares abandonnées par les autres musiciens, et c'est parti. Le public qui voulait utiliser la pause pour prendre l'air ou fumer une cigarette renonce à son projet. Personne ne veut rater l'échange musical des deux amis.

Il fait chaud au "Al-Ándaluz", une petite bodega à côté de la place de la Comédie à Montpellier. Les dames agitent les éventails, les hommes les empruntent de temps en temps. Mais personne ne se plaint. On pourrait sortir, prendre un verre sur la terrasse - mais là, la musique est moins forte... et on ne peut pas voir l'expression de l'amour et de la passion sur les visages des musiciens.

Flamenco Al Andaluz, MontpellierConstant Aubry, Jimmy Espinas - "Jimmy el Gitano Poéta" - Jango, Pepito el Mundo, Titi el Carmelito ou, parfois, aussi Patchai Reyes Gipsy King et leur bande d'amis et de cousins fadas du flamenco qui se donnent rendez-vous au "Al-Ándaluz" ne présentent pas de spectacle. Ils font de la musique parce qu'ils en ont envie. Et les gens qui se sont arrêtés au petit bar pour prendre un verre - ou parce qu'ils connaissent Constant Aubry et ses amis et aiment le bon flamenco - ont le droit d'écouter.

"C'est grâce à des amis que j'ai découvert le 'Al-Ándaluz'", raconte une jeune femme qui vient plusieurs fois par semaine pour écouter le flamenco. "Quand ils m'en ont parlé la première fois, je n'étais pas très enthousiaste. En général, les bars français qui font le flamenco, ça n'a rien du vrai. Mais ici, c'est différent. Ils ne 'jouent' pas le flamenco, ils le vivent."

Pendant vingt ans, Constant Aubry, le compagnon de Sophie Poujol, la patronne du "Al-Ándaluz", était marié avec une Gitane. Elle lui a ouvert son monde - un monde qui, pour le guitariste, consistait en musique ou, plutôt, en flamenco. "Pendant ces années", révèle-t-il, "j'ai appris ce qui est le flamenco. Et à jouer à la guitare."

Montpellier Flamenco : Jimmy Espinas et pèreToutefois, jouer le flamenco n'est pas un art qui tombe du ciel, même si on a tant de talent et si on est si sensible que Constant Aubry. "J'ai beaucoup travaillé ", confie-t-il à ses amis. "Et parfois, j'ai souffert. Jouer à la guitare, c'est une passion, mais une passion qui n'est pas toujours facile."

Entre eux, ils parlent français, catalan, castillan, comme si, pour un musicien flamenco, la maîtrise de plusieurs langues était quelque chose de "normal". Ils sont tous des amis, des cousins, des frères, et la musique est "léguée" de père en fils. Comme pour Jimmy Espinas, d'origine catalane, dont le père n'est pas seulement fier de son fils à la voix séduisante et virtuose de la guitare flamenca - lorsqu'il prend la guitare lui-même, on comprend que Jimmy el Gitano Poéta n'est pas le premier de la famille qui s'est voué à la fascination du flamenco.

Puis, il y a aussi Jango. Grand, un peu timide, il ne se fait pas remarquer. Il ne parle qu'à ceux qui lui adressent la parole, mais il sourit d'un sourire qui laisse deviner sa sensibilité et sa gentillesse. Tout change, cependant, au moment où il prend le micro. Sa voix sonore et chaude, passionnée et douce en même temps, transmet au public son enthousiasme non seulement pour le flamenco, mais aussi pour la vie.

Guitare flamenca à MontpellierUne guitare flamenca n'est pas un "instrument quelconque" - un tel instrument est un compagnon, un ami, un bijou. Ce n'est pas étonnant, alors, qu'un amateur de la musique au "Al-Ándaluz" est un peu troublé de voir Constant Aubry prêter sa guitare à un ami qui arrive juste de Barcelone. "Quand je prête ma guitare", répond le musicien, "je sais que ça marche."

Il est vrai que, tous les jours, d'autres amateurs du flamenco découvrent le petit bar. Mais la plupart des Montpelliérains qui fréquentent le "Al-Ándaluz" sont des habitués. "Des bars de flamenco, tu les trouves partout", explique un Monsieur dans la cinquantaine à l'équipe de Montpellier Presse Online. "Mais la spontanéité et la qualité de la musique de Constant et les autres, tu ne la trouves même pas à Paris. En Espagne, bien sûr, en Andalousie ou à Barcelone. Mais pas en France. Déjà pour ça, il vaut la peine de vivre à Montpellier."

Un autre amateur du flamenco, d'une vingtaine d'années le cadet de l'autre Monsieur, est plus laconique. "Je viens souvent", constate-t-il. Et avec ces mots, il a tout dit.
Photos et texte : copyright Doris Kneller