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vendredi 5 août 2011

Les Estivales à Montpellier - une force économique

Les Estivales de Montpellier, le vin de la région et la musique du monde : Montpellier en fête

Les Estivales à Montpellier"J'aime Béziers", dit le Monsieur d'environ quarante ans qui habite la ville depuis son enfance. "C'est une ville où on peut travailler et avoir des amis. Mais", ajoute-t-il, "pour faire la fête, elle n'est pas idéale - à part la Féria, il n'y a strictement rien. C'est pourquoi, pour faire la fête, on va à Montpellier."

Montpellier, ville de la fête où les nuits sont dominées par le rire et par la musique. Où on danse et chante sur la Comédie qui ne semble jamais dormir. Et où, les vendredis, les Estivales remplissent l'Esplanade Charles de Gaulle de musique, de spécialités culinaires, de vin et d'une foule de Montpelliérains et d'amis de Montpellier qui sont venus pour faire la fête.

À première vue, tout est mis en place pour rendre les gens heureux. Mais la fête à Montpellier ne cible pas seulement le bonheur des Montpelliérains et des visiteurs. Elle sert aussi à soutenir l'économie locale. Car faire la fête, cela rime avec argent... aussi à Montpellier.

En principe, personne n'est obligé de dépenser un cent. Un peut se promener dans la foule joyeuse, regarder les stands, s'asseoir à une table, boire son propre vin et manger son "pique-nique". La musique est gratuite pour tout le monde, et danser ne coûte que la sueur qui coule avec l'effort plaisant à une soirée d'été montpelliéraine ...

Malgré cela, aux Estivales, les affaires marchent. Il y a 50 stands qui fournissent la nourriture de tout genre. Certains étaient déjà présents en 2008, à la première édition des Estivales à Montpellier. Et ils ont l'intention de venir aussi en 2012. "Ç vaut la peine d'être ici", sourit un Monsieur qui vend des gâteaux. "Les gens reconnaissent la bonne qualité."

Bien sûr, ses gâteaux sont bons - ce qui n'est pas étonnant, vu que la ville soumet les produits des Estivales à une contrôle de qualité... et de prix. On a le droit de gagner de l'argent, mais personne ne peut exagérer. Mieux encore est la situation aux stands des 35 vignerons qui sont présents à Montpellier les vendredis d'été. Chaque semaine, ils vendent 11.130 verres à quatre euros par unité - même partagée par 35, la somme n'est pas à négliger : 1272 euros, en moyenne, par vigneron, dans une seule soirée. Personne n'est étonné, alors, qu'aux heures des Estivales, il y ait tant de foule autour des stands des vins que les bouteilles sont à peine visibles....

Faire la fête à MontpellierMais les Montpelliérains et leurs visiteurs ne consomment pas seulement les verres : en moyenne, 7000 bouteilles de vin sont vidées au cours d'une soirée d'Estivales. Cela signifie-t-il qu'à Montpellier, quand on fait la fête, on boit beaucoup ? - Les chiffres se relativisent quand on les compare avec le nombre de visiteurs : 30.000 fêtards peuplent l'Esplanade les vendredis soirs... et les chiffres records du mois d'août ne sont même pas encore atteints. 30.000 personnes qui se partagent 7000 bouteilles, cela fait moins de deux verres par personne.

Ce n'est donc pas le vin qui attire les Montpelliérains aux Estivales - au moins pas en quantité : "On peut déguster de différents vins, des vins que, normalement, on ne découvre pas", commente une Montpelliéraine d'une trentaine années qui, comme elle dit, vient "presque chaque semaine". "C'est pourquoi j'aime venir ici." Un Monsieur d'une quarantaine d'années est du même avis. "On habite à Vendargues, je dois donc conduire ce soir. Mais c'est pas grave, on n'a pas besoin de boire des masses. Ce qui fait plaisir, c'est déguster les différents vins de la région."

Le vin est-il l'attraction principale des Estivales ? - "La musique", répond une jeune dame à la question de l'équipe de Montpellier Presse Online, et ses trois copines lui donnent raison. "La convivialité", constate un homme d'une trentaine d'années. "Ici, on peut parler avec tout le monde sans que personne se fâche. Ça devrait être pareil dans la vie de tous les jours."

Musique aux Estivales de Montpellier"J'aime les Estivales", déclare une touriste anglaise d'à peu près le même âge. "Dans le Sud de la France, on sait faire la fête. Les gens ont tous des mines heureuses. Tout le monde sourit. La musique est bonne. Et", elle lance un petit rire, "le vin aussi."

Les "anciens" ont des critiques quand même. "J'ai préféré les tables des autres années", dit une Montpelliéraine d'une cinquantaine d'années. "Cette fois-ci, on n'a que de petites tables. Les grandes tables des autres années étaient plus conviviales. Elles incitaient les gens à faire connaissance." Le nombre des stands non alimentaires suscite aussi l'étonnement et des critiques : "Avant, il y avait plus de stands. J'aimais bien faire le tour entre les bijoux, les vêtements et tous les autres produits artisanaux. Mais cette année-ci, il n'y a presque rien. J'imagine qu'ils n'ont pas vraiment vendu grand-chose."

"J'aime la diversité de ce qu'on peut acheter aux Estivales", explique aussi une autre dame, un peu plus jeune que la précédente. "Les petites choses à manger de toutes les régions et de tous les pays, les vins pour tous les goûts... Mais pour le reste, l'offre n'est pas très diversifiée. C'est toujours les mêmes stands qui viennent, au Marché de Noël, aux Estivales. La première fois, c'est intéressant, mais puis, plus rien de nouveau."

La musique, par contre, reste nouvelle. "Des groupes formidables", s'extasie un Monsieur d'une cinquantaine d'années. "C'est la première année que je suis ici, mais ça me plaît énormément. Je ne sais pas qui choisit les groupes, mais la personne a bon goût. Elle sait ce qu'il faut pour faire la fête. Et quant au vin", un petit clignement d'œil, "à la fin de la saison, je pourrai faire une fête chez moi avec les verres des Estivales 2011."
Photos et texte : copyright Doris Kneller


mercredi 13 juillet 2011

Montpellier centre : bus, travaux, faire la fête et le respect des voisins

Micro-trottoir : la qualité de la vie au centre de Montpellier

Les bus en Montpellier centreSamedi après-midi, rue Levat, une petite rue près de la gare de Montpellier. Comme partout, les habitants du coin passent le samedi au repos, d'autres discutent ou regardent la télé. Le niveau sonore est "normal" - les fenêtres grand ouvertes dans l'espoir qu'un brin d'air courant entre dans les appartements font entendre les bus qui peinent dans les rues étroites du centre, les travaux, les enfants qui jouent et les mères qui crient sur leurs enfants...

Bref, un samedi après-midi en centre ville de Montpellier absolument ordinaire. Jusqu'à ce que, tout à coup, le bruit "ambiant" soit effacé par un déluge de musique rock. Une musique si forte que, dans quelques appartements, les conversations se meurent - on ne s'entend plus.

La source du vacarme est vite tracée. Une boutique a sorti les baffles pour accompagner un défilé de mode sur un des petits trottoirs qui ne sont pas bloqués par les travaux. Des habitants du quartier rouspètent, d'autres se plaignent, mais personne ne "fait" quelque chose.

"Ils ont certainement la permission de la ville", réfléchit un Monsieur d'une cinquantaine d'années, "sinon ils n'oseraient pas. - "Pas sûr", répond une dame d'à peu près le même âge, "mais de toute manière pas à ce volume." - "La mairie en serait capable", s'en mêle une dame un peu plus jeune que l'autre. "Ces messieurs dames habitent des villas climatisées, pas un petit appartement au centre où on a besoin d'ouvrir les fenêtres pour respirer."

Changement d'heure et de scénario. Il est lundi, 23 heures, dans la rue d'Alger. Beaucoup d'habitants dorment déjà, prêts à travailler tôt le lendemain. Mais tout à coup, ils se réveillent en sursaut. La rue est éclairée par des lumières aveuglantes, et l'air est rempli par le bruit d'une tractopelle.

Une habitante de la rue qui est obligée de partir travailler à sept heures - "mon chef ne demande pas si les décideurs des travaux me permettent de dormir... Si mon travail n'est pas satisfaisant, je perds mon poste" - refuse de se montrer compréhensible. "Je comprends que les travaux sont plus faciles la nuit, quand il n'y a pas beaucoup de monde dans la rue", confie-t-elle le lendemain à l'équipe de Montpellier Presse Online. Puis elle rigole amèrement. "C'est un peu normal, Parce que la nuit, les gens dorment. Ou, justement, ils ne dorment pas, à cause des travaux nocturnes. Je trouve que c'est", elle hésite, "on ne respecte pas les gens." Et elle répète : "Non, on ne nous respecte pas du tout."

Embouteillages à MontpellierLe respect - ou, plutôt, le manque de respect - tracasse aussi une autre Montpelliéraine qui vit au centre ville. "Ça fait plus de dix ans que j'habite ici", raconte-t-elle. "Et avant, c'était assez sympa. Mais maintenant, il y a deux choses qui gâchent tout : les travaux et les gens qui ont de moins en moins de respect."

Côté travaux, les habitants du centre ville sont conscients que le gène est temporaire. Cependant : "Temporaire, je veux bien", se fâche une dame d'une soixantaine d'années. "Mais on parle pas de quelques jours, mais de plusieurs années. Et du bruit et du chaos qui dure plusieurs années, c'est inconcevable."

La dame ne parle pas des embouteillages - "je n'ai pas de voiture" - mais des problèmes des piétons. "Les trottoirs sont bloqués par les travaux ou les gens qui attendent des bus. Il y a des bus partout. Et le pire c'est qu'ils ont enlevé les feux aux passages pour piétons. On ne voit plus, si une voiture est censée s'arrêter ou non. Mais la voiture, comme le feu marche de son côté, ne peut pas savoir que le piéton ne sait pas... C'est si dangereux..."

Les piétons qui ont besoin de passer par la rue Pagézy parlent aussi de danger. "Le trottoir est tout le temps bloqué par les gens qui attendent les bus. Et quand un bus arrive, ils foncent sans regarder. Et on ne peut pas marcher dans la rue, à cause des bus", se plaint une dame dans la quarantaine qui prend tous les jours la rue Pagézy pour joindre la Comédie. Mais une dame un peu plus âgée voit encore un autre problème. "Le trottoir dans la rue Pagézy est très mauvais. Il est plein de trous. Une fois, j'ai vu tomber une dame. En tombant, elle est glissée sur la chaussée. Mais elle a eu de la chance : elle a pu se lever juste avant qu'un bus apparaisse au coin de la rue, à peine dix mètres plus loin. Les bus roulent toujours si vite, je doute qu'il aurait pu s'arrêter... La ville fait tant de travaux 'prestigieux', mais jamais un sous pour les piétons. Elle pourrait quand même faire un effort pour arranger les trottoirs pleins de trous."

Un Monsieur qui habite la rue Durand ne se plaint pas seulement des bus. "On n'a jamais vécu un été si affreux que celui-ci", constate-t-il. "Si on veut être tranquille, il faut profiter de la nuit entre quatre et sept heures - on a trois heures pour dormir, pas plus." Et il trace un "horaire du bruit" du centre ville : "À partir de sept heures, les enfants commencent à crier et on entend les mères désespérées avec leurs "assez" et "arrête" finalement plus bruyants que les enfants. Vers neuf heures, les travaux recommencent, et là, tout essai d'entendre autre chose devient impossible. Et tout le temps, tout le temps, on entend les bus. Le soir, quand les travaux s'arrêtent enfin, les fêtes commencent."

Les "fêtes" gênent aussi d'autres personnes. "Avant, les gens ont annoncé leurs fêtes." raconte une dame dans la cinquantaine. "C'était des jours spéciaux, comme des anniversaires. Mais entre-temps, ils font la fête tous les jours, et l'un crie plus fort que l'autre. Si, à trois heures le matin, on se plaint, ils rigolent. On peut pas compter sur la police, parce qu'elle dit qu'il faut faire appel au syndic. Et le syndic, il n'en a rien à faire..."

Un Monsieur qui a la même expérience essaie d'analyser le phénomène. "C'est une question de respect. Mais avec tous leurs problèmes, les gens perdent le respect. Entre le chômage et la vie dans une ambiance désagréable et pleine de bruit, on perd son respect - de soi-même et des autres. En face de moi", poursuivit-il, "j'ai une voisine dont la télé est allumée jour et nuit. Elle met le son si fort que j'entends tout, les pubs, les films, tout. C'est désespérant. Pas une minute de pause, jusqu'à tard la nuit. J'ai parlé avec elle plusieurs fois, et chaque fois, elle a promis de baisser le son - mais elle ne le fait jamais. C'est cela la perte du respect."

"Ce qui me fâche le plus", raconte un Monsieur dans la trentaine, "est qu'ils disent toujours qu'ils travaillent pour améliorer la vie à Montpellier. Je ne sais pas ce qu'ils veulent améliorer - mais on peut être sûr que, s'ils parlent d'améliorer, on a une longue phase d'ennuis devant nous. Et on ose encore parler de qualité de vie à Montpellier."

Les gens vont-il retrouver le respect de leurs voisins quand, après la fin des travaux, ils auront la possibilité de vivre de nouveau dans une ambiance plus tranquille ? - "On verra", répond le Monsieur, "on peut toujours espérer..."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

dimanche 16 mai 2010

Facebook à Montpellier : l'apéro géant

Montpellier, le "virtuel" et la "génération Facebook" - le lendemain de la grande rencontre

Montpellier, solitude en ville"Ils ont dit qu'on était dix mille - comment peuvent-ils savoir ?" demande une jeune fille le lendemain de "l'apéro géant" à Montpellier qui marquait la grande rencontre des utilisateurs de Facebook. Et sa copine ajoute : "Ils nous ont comptés." Puis, les deux éclatent de rire.

"On peut dire que Facebook est la place commune la plus grande du monde", explique un jeune homme."Il est vrai que tout est virtuel - mais derrière Internet, il y a des humains. La preuve", et il fait un geste qui donne l'impression qu'elle inclue les centaines et milliers des gens qui, la veille, ont tous eu la même idée : se rencontrer, bavarder, faire connaissance - faire la fête dans les rues de l'Antigone à Montpellier.

"Dommage que la pluie a détruit une partie de la soirée", se plaint un autre jeune homme. "Mais non", réagit sa copine, "c'est tant mieux comme ça. Si on avait fini plus tard, plein de gens auraient été bourrés..."

Que se passe-t-il si le virtuel devient réel ? était la question que, lors de cet apéro géant de Facebook, des milliers de Montpelliérains se sont posée - des Montpelliérains et Montpelliéraines jeunes et moins jeunes. À la question quelle, selon elle, était la moyenne d'âge, une jeune femme répond : "Il n'y avait que des jeunes." Et elle ajoute : "Nous, les jeunes, on a besoin de se faire plaisir. Pour nous, la vie est si difficile." - Juste pour les jeunes ? - "Peut-être pas", elle hausse les épaules, "mais beaucoup plus difficile que pour les adultes. Nous, on est confrontés au chômage..." À la question, quel âge elle a, elle répond fièrement : "J'ai 26 ans, je suis encore jeune. Tout est devant moi."

Un peu plus tard, l'équipe des "Gens de Montpellier" tombe sur une dame qui prouve que la "jeune de 26 ans" n'avait pas tout à fait raison : "J'ai 46 ans,", répond la dame, "et je me suis régalée hier soir." Comme la dame plus jeune, elle aussi a été accompagnée par des amis lorsqu'elle est allée à l'apéro géant de Facebook. A-t-elle fait connaissance de gens qu'elle ne connaissait pas encore ? - "Non, on a fait la fête entre amis."

Montpellier jeuneUn homme qui dit qu'il aurait 34 ans avait d'autres idées : "Non, pas avec des amis. J'ai préféré y aller tout seul. Parce que le sens, de tout ça, c'est faire de nouvelles connaissances. Comme sur Facebook. Vous ne vous inscrivez pas sur Facebook pour rester dans votre coin avec des gens que vous connaissez depuis mille ans. Non, tout le monde veut se faire de nouveaux amis."

Est-ce cela le sens profond de la "génération Facebook" - de cette génération qui, semble-t-il, n'est pas si limitée d'âge comme on pourrait avoir l'impression ? "Oui", confirme une jeune femme qui, elle aussi, est inscrite chez Facebook, mais qui n'a pas assisté à l'apéro géant : "J'aurais bien voulu y aller, mais j'avais pas le temps. En effet", continue-t-elle, "tous ces milliers et milliers des gens qui sont inscrits sur Facebook veulent trouver des amis. Aujourd'hui, tout le monde en a marre d'être seul. Mais dans la 'véritable' société, on est seul tout le temps. Les gens ont peur. Quand quelqu'un à côté d'eux a un problème, ils préfèrent regarder ailleurs."

Et elle raconte une expérience récente où, sur le quai du tram, elle a été agressée. "Ils m'ont pas tuée, mais ils m'ont fait mal." - Et les gens autour d'elle ? - "Justement, ils n'ont pas réagi. Ils ont fait semblant de ne rien voir. Une femme qui se tenait directement à côté de moi a regardé dans une autre direction. Quand, après, j'ai essayé de capter ses yeux, elle s'est encore retournée. Je pense que, d'abord, elle avait peur, et après, elle avait honte."

Génération Facebook à MontpellierTout cela est-ce différent dans la "société Facebook" ? "Non, pas forcément, je ne sais pas. Là aussi, ce ne sont que des humains, les mêmes gens que ceux dans la rue. Mais, tout de même... les gens vont sur Facebook pour vivre autre chose. Pour être moins isolés, peut-être pour se faire confiance."

Lorsque cette "société facebook" se rencontre "en réel" dans les rues de Montpellier, les gens se font plus confiance que dans la "vie de tous les jours" ? - "Certainement", dit un jeune homme qui, lui aussi, a fait la fête la veille. "On sais que ce sont des gens ouverts, qui ont les mêmes idées que nous." S'est-il fait de nouveaux copains cette nuit-là ? - "D'abord, non", répond-il. "J'étais avec ma copine, et on a bavardé entre nous. Mais plus tard, quand il a commencé à pleuvoir, elle est rentrée, et je suis encore resté pour un moment. Et là, j'ai rencontré un groupe bien sympa. On a rigolé ensemble."

"Si je connais Facebook ?" répète un homme d'une cinquantaine d'années la question de l'équipe des "Gens de Montpellier". "Bien sûr. C'est un truc sur Internet, où les gens parlent d'eux. Et il y avait une grande rencontre, hier. Toute la presse en parle. Mon fils y est allé." - N'aurait-il pas eu envie d'accompagner son fils ? - Le Monsieur rit. "Pourquoi pas ? Mais je crois que mon fils n'aurait pas aimé que je me mêle du groupe de ses potes. De toute manière, je trouve bien que les jeunes font la fête au lieu de rester tout le temps devant leur ordinateur."

Et une jeune dame résume : "Si Facebook n'existait pas, il faudrait l'inventer. On a si peu de possibilités de rencontrer des gens - sans Internet, on serait tous seuls."

Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 21 avril 2010

Faire la fête à Montpellier : les Estivales, les Hivernales, la plage et la Comédie des livres

Où les Montpelliérains font-ils la fête ?
- Micro-troittoir

Place Jean Jaurès, MontpellierMontpellier, ville d'étudiant, ville jeune, ville où on fait la fête. Jadis, les étudiants ont fait la fête autour de l'église Notre-Dame-des-Tables, à l'emplacement où, aujourd'hui, se trouve la place Jean Jaurès. Cela n'a pas vraiment changé - bien qu'il n'y ait plus d'église, la place est restée ce qui elle était des siècles auparavant... la place où les étudiants font la fête.

Mais il n'y a pas que la place Jean Jaurès pour faire la fête. "Où je fais la fête ?", répète la dame d'une trentaine d'années qui, justement, prend un café à l'endroit où, jadis, se tenait l'église Notre-Dame-des-Tables. "Déjà, vous partez du principe que je fais la fête." Elle éclate de rire. "Mais vous avez raison. Bien sûr que je fais la fête. Comment pourrait-on vivre à Montpellier sans faire la fête ?"

Puis, elle se met à réfléchir. "Je crois que, pour la plupart des gens, la terrasse d'un café n'est pas le bon endroit pour faire la fête. On sort, on prend un verre, mais la vraie fête, ç'a lieu chez les gens. Dans un appartement ou sur une terrasse, autour d'un barbecue..."

"Mais on fait la fête partout", sourit un Monsieur dans la cinquantaine. "Vous ne voyez pas ? Regardez autour de vous. Tout le monde fait la fête, tout le temps."

Ensuite, toutefois, il devient sérieux. "Ici, les gens ont besoin du soleil pour faire la fête. Ils aiment être dehors, profiter du beau temps. C'est la raison pour laquelle la saison des fêtes commence maintenant. Les fêtes ont lieu à la plage, sur l'Esplanade..." - il fait allusion à l'Esplanade Charles de Gaulle et les Estivales - "ou dans les jardins privés. Mais le soleil ou les étoiles doivent toujours être au rendez-vous."

La fête sur l'Esplanade Charles de GaulleUn étudiant lui donne raison. Lui aussi pense que "la véritable fête" a lieu à l'extérieur. "Nous on fait la fête à la plage, le pique-nique d'abord, puis la musique et on danse. À la plage, on ne dérange personne, l'ambiance est agréable et on peut faire ce qu'on veut. Et ça ne coûte pas trop cher, parce que tout le monde amène quelque chose. On n'a pas besoin de payer pour nos boissons, genre dans un bar, mais on les achète au supermarché. Comme ça, la fête n'est pas chère et on peut recommencer autant de fois qu'on veut." - Et recommencent-ils souvent ? - "Bien sûr, on fait la fête tout l'été. Tant qu'il fait beau, en fait."

Il y a cependant aussi les fêtes plus ou moins organisées. Une dame d'environ quarante ans est la deuxième à évoquer les Estivales sur l'Esplanade Charles de Gaulle. "Ce sont des moments où vous avez l'impression que tout Montpellier fait la fête. On se rencontre autour de grandes tables, on achète la bonne nourriture, chacun selon ses envies et ses moyens, et tout le monde parle à tout le monde. C'est ce que je trouve si formidable à Montpellier : les gens sont ouverts. Vous ne trouvez pas beaucoup de villes si conviviales comme Montpellier."

"...et tout cela sous un ciel plein d'étoiles", ajoute une autre dame, plus jeune, qui pense à l'aspect "romantique" des Estivales. "Et avec beaucoup de bonne musique."

Et les Hivernales ? "Si j'ai entendu parler des Hivernales ?" demande un Monsieur dans la trentaine. "Non désolé." - S'il ne connaît pas les Hivernales, connaît-il les Estivales ? - Oui, je les connais. J'y vais avec des copains. Vous parlez bien de la fête tous les vendredis soirs, en été, sur l'Esplanade..."

"Les Hivernales ? Oui, je sais ce que c'est", répond un jeune homme. "C'est sur l'Esplanade, comme les Estivales. Mais sous la tente. Ç'a lieu pendant l'époque de Noël, le marché de Noël, en fait. Mais j'y suis jamais allé." - A-t-il déjà assisté aux Estivales ? - "Oui, je trouve ça sympa. Mais quand il y a les Estivales, il fait beau. Manger sous une tente, par contre, en plein hiver, ça ne me plaît pas beaucoup." Il hésite pour, ensuite, ajouter en souriant : "Ce n'est pas l'idée qu'on se fait d'une fête, n'est-ce pas ?"

Jardin du PeyrouQue fait-on lorsqu'on fait la fête ? "On mange, on boit, on bavarde...", répond un autre jeune homme. "Et on danse", complète sa copine, "enfin, ceux qui veulent. C'est pas tout le monde qui a envie de danser..." Et elle jette un regard significatif vers son copain.

Toutefois, la fête à Montpellier, ce n'est pas toujours manger, boire et danser : "La plus grande fête à Montpellier est la Comédie des livres. C'est un événement auquel je pense pendant toute l'année. Et quand il arrive enfin, il est toujours trop court", explique la dame d'une quarantaine d'années. "On peut regarder les livres à loisir, il y a des discussions, des conférences, des rencontres avec les auteurs,..."

Une étudiante évoque également la Comédie des livres. "C'est la date la plus importante de la saison. Tout le monde y va. On invite des gens intéressants, des écrivains, surtout, et on a la possibilité de discuter avec eux. Non seulement avec les écrivains, mais aussi avec des responsables des maisons d'édition. Et il y a toujours un thème - je crois que c'est la Russie, la prochaine fois."

"Faire la fête", reprend une autre étudiante en revenant sur le sujet initial. "C'est s'amuser, être bien avec des amis. On peut faire la fête chez les gens, sur l'Esplanade, à la place Jean Jaurès - y a des cafés sympas -, la Comédie, place de la Canourgue et à la plage. Maintenant, ça sera surtout à la plage, bien sûr."

Photos et texte : copyright Doris Kneller