Le retour des indignés sur la Comédie à Montpellier - ateliers de dessin et de musique
Il y en a qui étaient soulagés lorsque, fin juillet, le cercle des indignés qui, tous les soirs, se rassemblaient sur la Comédie est devenu de plus en plus petit - jusqu'à, finalement, il n'y avait plus personne. Fin de la "révolte", déclaraient certains. Mais les indignés ne perdaient pas courage : "Attendez la rentrée. Nous serons là, avec de nouvelles idées, plus forts et plus unis que jamais."Forts et unis - un pléonasme dans la philosophie des indignés. Car être unis signifie être forts. L'équipe de Montpellier Presse Online voulait savoir, avec et contre qui les indignés veulent être unis. "Contre personne", réponds un jeune homme, "et avec tout le monde. Avec tout ceux qui ont envie de trouver un autre mode de vie. Un mode de vie plus humain."
Le but de ce mouvement qui, en printemps, a commencé en Espagne pour, ensuite, s'étendre sur pratiquement tous les pays européens n'est pas la révolution. Au moins pas la révolution dans le sens "classique". "On veut du travail et on veut vivre dans le respect des autres. Ça ne vaut pas la peine de vivre dans une société où quelques-uns ont tout le pouvoir et l'utilisent pour rendre difficile la vie des autres", explique une jeune dame. Et une autre ajoute : "On ne demande pas de richesses. Au contraire. On demande qu'on nous accepte pour ce que nous sommes. Pas pour notre 'grand nom' ou nos héritages. On peut être 'quelqu'un' sans être fille ou fils de riche..."
Septembre est arrivé, est avec lui, les indignés sont de retour sur la Comédie de Montpellier - comme promis avec de nouvelles idées et plus décidés que jamais de vivre une vie dominée par la justice et l'égalité. Le "mot clé" de la rentrée est le partage. "L'idée est simple", explique une des indignées. "Je sais faire des choses et les autres savent faire d'autres. Chacun a des connaissances et des talents. Moi je montre aux autres ce que je sais faire, et les autres m'apprennent ce qu'ils ont appris."
Et, définitivement, les indignés de Montpellier "savent faire des choses". Presque tout le monde parle plusieurs langues, il y a des musiciens, des dessinateurs, des artisans... "Nous organisons des ateliers en pleine rue, accessibles à tout le monde. Sur l'Esplanade, sur la Comédie..." L'atelier de dessin, par exemple, est déjà un premier succès. "On s'est installés sur la Comédie et a invité les passants à venir dessiner avec nous. Beaucoup de gens se sont arrêtés. Ils ont aimé dessiner avec nous. Ça leur a donné le sentiment de faire quelque chose 'ensemble'. Il y a trop de gens, ici à Montpellier, qui se sentent seuls."Pendant les réunions, chacun peut exprimer son "indignation". On n'hésite pas de montrer si on approuve ou désapprouve - mais tout le monde a le droit de parole. Et la solitude est une des indignations qui ont été nommées plusieurs fois. "La nouvelle société que nous aimerions construire doit baser sur le partage. De cette manière, personne n'a plus besoin d'être seul."
Ce partage, toutefois, n'est pas bien vu par tout le monde. "Plusieurs fois, pendant un de nos ateliers, la police est venue pour nous demander ce qu'on fait. Ils étaient persuadés qu'on serait là pour vendre quelque chose", raconte un des indignés. "Ils peuvent pas comprendre", ajoute-t-il, "qu'on peut partager sans penser à l'argent."Le terme "argent" n'est pas tabou pendant les réunions des indignés. "On a besoin de l'argent comme tout le monde. On doit payer le loyer, acheter à manger... " Ce qui ne veut pas dire qu'ils iraient jusqu'à approuver le fameux pacte euro+ - au contraire : "Il s'agit d'un nouveau 'pacte de l'euro'", explique un des indignés, "qui est censé sauver les banques, c'est-à-dire éviter les conséquences de la crise sur la finance. Ce pacte implique la zone euro, mais aussi les pays européens qui n'ont pas adopté l'euro." - "Ce pacte a pour but" - un autre indigné prend le relais - "de faire payer la dette des banques par le peuple, les salariés. Le mécanisme : on transforme les dettes des banques, des dettes privées, alors, en dettes publiques." - "La crise a été déclenchée par les banques et la finance", commente une jeune dame. "Qu'elles en portent les conséquences. Ce n'est pas notre crise mais la leur."
Pour exprimer leur opinion, les indignés de Montpellier ont entamé une première action symbolique : le "lessivage" d'une banque. Initialement, l'idée était d'entrer dans une banque, entre midi et 14 heures - pour que les indignés qui travaillent puissent participer -, équipé de seaux et de serpillières, pour lessiver le sol... "et pour parler avec des gens, bien sûr. Lessiver les banques, ça veut dire enlever la crasse... morale." Mais finalement, on a décidé de se contenter de lessiver le trottoir devant les banques. "On veut pas les faire croire qu'on aurait des intentions criminelles. On ne veut pas faire peur - on veut juste réveiller les gens."
Bien que ces actions ne plaisent pas à tout le monde, personne ne peut les empêcher. "Pendant qu'on était devant la banque, des employés de la banque et la police sont venus nous demander ce qu'on faisait. Mais après avoir reçu nos explications, ils nous ont laissés faire..."
Ce qui n'était pas le cas le jeudi soir, lors d'un atelier de musique - un atelier de partage - sur la Comédie. Tout avait bien commencé : vers 19 heures, un guitariste et un percussionniste avec un "tam-tam" ont invité les passants de jouer avec eux. Et une demi-heure plus tard, un groupe presque international s'était rassemblé autour des indignés : une jeune musicienne des États-Unis montrait son talent de percussionniste, un professeur français se mettait à re-accorder la guitare, des jeunes Espagnoles, un peu timide, se mettaient à chanter...
...jusqu'à ce que, un peu après 21 heures, l'atelier a trouvé une fin abrupte. Une voiture de la police municipale s'est précipitée sur la Comédie pour s'arrêter à côté du groupe des indignés - après avoir failli renverser une femme qui se trouvait dans leur chemin et n'a été sauvée que par la réaction d'un homme à côté d'elle. C'était, comme expliquaient les policiers, le bruit qui dérangeait. "Le bruit ?", a demandé une dame dans l'auditoire autour des indignés. "Il y a toujours du bruit sur la Comédie. Des groupes de musiques, des jeunes qui crient, là-bas, un homme avec une radio très forte..."
"Voilà, plus de partage de musique", commente un des indignés un peu amer, devant les restes silencieux d'un atelier de musique sur une Comédie bruyante. Et on se retire - sans musique - sur l'Esplanade.
Photos et texte : copyright Doris Kneller
Vendredi soir à Montpellier, la dernière édition des
Un accident tragique qui, malheureusement, n'a rien de "spécial" - il n'y a pas un week-end où des conducteurs ivrognes ne mettent pas en danger la vie des autres. Toutefois, les Montpelliérains se sentent concernés. "C'est à notre fête, à nos Estivales", dit une jeune femme, "que la fille a tant bu. Nous sommes pas responsables de son comportement, bien sûr", ajoute-t-elle, "mais, quand même, on se sent un peu...", elle hésite, "oui, responsable."
Mais les bus ne sont pas les seuls qui manquent. "La jeune fille venait de Nîmes", remarque un homme dans la quarantaine. "J'ai des amis à Nîmes qui viennent de temps en temps à Montpellier. Ils sont toujours obligés de prendre la voiture, parce que le dernier train part vers 21 heures. Les Estivales attirent du monde de partout - soit qu'on les limite aux gens qui habitent Montpellier, soit qu'on donne aux autres un moyen de rentrer sans utiliser la voiture. Faut se décider..."
Sans doute, ça bouge à Clapiers - un fait qui est garanti par les nombreuses associations locales qui se sont présentées lors de l'édition 2011 de la foire aux associations. Pour les visiteurs du village, déjà la découverte du site de la foire était enchantant : la manifestation s'est déroulée dans le parc municipal, dans l'ombre de chênes centenaires. Pour ceux qui ne venaient pas la première fois, la foire permettait, certes, de s'informer sur les activités culturelles et sportives de la ville, mais aussi de passer un dimanche après-midi agréable, de retrouver des amis et de discuter les exploits de l'été.
L'équipe de
Ceux qui veulent consacrer leur temps à d'autres peuvent s'engager pour l'Atelier Petites Mains au Crès, un atelier de loisirs créatifs pour les enfants, ou devenir un des bénévoles de Clapiers qui aident les jeunes à trouver le goût de la lecture. On peut apprendre l'occitan ou participer à un concours de cuisine, et les hommes ont même le droit de chanter dans un choral occitan. "Pour le moment, il n'y a que les hommes qui chantent chez nous", constate un membre de l'association Cocut avec un sourire un rien moqueur, "mais si les femmes veulent absolument chanter elles aussi, on va réfléchir..."
Début septembre, 9.30 heures, au centre de Montpellier. Trois piétons s'arrêtent au coin de la rue Pagezy et de la rue de la République. Ils se regardent, ils hochent la tête. Normalement, ils ne se seraient même pas remarqués, mais la situation les unit. "C'est toujours pareil", dit l'un et "On en a assez", remarque l'autre.
Entre-temps, la révolte des habitants de la rue Durand s'est étendue aux deux rues parallèles, la rue Levat et la rue de la République. Sur les portes et vitrines de la rue de la République, un tract appelle au rassemblement. "... groupons-nous", peut-on y lire, "constituons un comité de quartier et opposons-nous pour que la rue de la République ne devienne pas la Rue de tous les bus que personne ne veut."
Quelle ville ne rêverait pas d'un centre sans voitures ? Toutefois, Montpellier n'y est pas encore. Pour le moment, c'est juste les habitants du quartier de la gare qui ne savent plus où garer les leurs. Ainsi, la rue Durand a reçu un joli trottoir très large - "pour faire taire les voix qui disent que les piétons ne peuvent plus y passer" - et un couloir étroit pour les bus et les voitures. Voilà tout. Si un habitant de la rue a besoin de s'arrêter près de sa maison pour, par exemple, décharger ses bagages des vacances, il provoque immédiatement un embouteillage et la colère des conducteurs des bus. "La rue Durand est condamnée à mourir", explique une habitante, "car personne ne peut plus emménager. Les camions de déménagement n'ont plus de place." - Le déménagement, pourtant, n'est plus possible non plus.
Rien n'est définitif, alors, et rien n'est terminé. En attendant, le bruit, la pollution et la peur des accidents continuent à hanter les habitants du quartier de la gare. "Et même nos chiens n'ont plus de place", ajoute une dame en indiquant la fermeture du petit parc de la rue de la République qui, officieusement, était devenu le "terrain des chiens". Le parc existe toujours, mais ses arbres se cachent derrière un mur. Et là où, auparavant, se trouvait l'entrée, on peut lire maintenant que "Nos équipes aménagent votre cadre de vie"...
Juillet 2009, mardi, vers 11 heures, dans un quartier calme de Montpellier. Le soleil brille, il fait chaud - une journée de rêve pour ceux qui vont à la mer. Mais pas tout le monde a des vacances. L'équipe d'un camion de nettoyage, de toute manière, ne fait pas partie des vacanciers...
Ridiculisée par, comme elle dit, "des sexistes", en colère à cause d'une occasion de poste perdue, la dame a rédigé une plainte et l'a envoyée à la mairie. "J'étais nouvelle à Montpellier, je ne savais pas à qui m'adresser. Mais je me suis dit que la mairie la ferait passer."
Des cas isolés ? Bien sûr. "Je suis sûre que la plupart des équipes de nettoyage sont des hommes polis et gentils", admet la dame à la robe mouillée. "Et si je n'avais pas eu ce rendez-vous, j'aurais oublié l'histoire depuis longtemps. Mais ce qui me fâche encore aujourd'hui, c'est que ma plainte a été ignorée. Pourquoi, dans un tel cas, ils ne font pas de recherches internes pour éliminer des éléments comme ça ? Je suis certainement pas la seule qu'ils ont importunée. Mais avoir aucune réponse, ça fait mal. C'est comme si la mairie était d'accord avec eux. Ou, au moins, qu'elle ne s'intéresserait pas aux problèmes des gens qui vivent ici."
"J'aime Béziers", dit le Monsieur d'environ quarante ans qui habite la ville depuis son enfance. "C'est une ville où on peut travailler et avoir des amis. Mais", ajoute-t-il, "pour faire la fête, elle n'est pas idéale - à part la Féria, il n'y a strictement rien. C'est pourquoi, pour faire la fête, on va à Montpellier."
Mais les Montpelliérains et leurs visiteurs ne consomment pas seulement les verres : en moyenne, 7000 bouteilles de vin sont vidées au cours d'une soirée d'Estivales. Cela signifie-t-il qu'à Montpellier, quand on fait la fête, on boit beaucoup ? - Les chiffres se relativisent quand on les compare avec le nombre de visiteurs : 30.000 fêtards peuplent l'Esplanade les vendredis soirs... et les chiffres records du mois d'août ne sont même pas encore atteints. 30.000 personnes qui se partagent 7000 bouteilles, cela fait moins de deux verres par personne.
"J'aime les Estivales", déclare une touriste anglaise d'à peu près le même âge. "Dans le Sud de la France, on sait faire la fête. Les gens ont tous des mines heureuses. Tout le monde sourit. La musique est bonne. Et", elle lance un petit rire, "le vin aussi."