Le bruit en ville - Montpellier, les jours et les nuits où le bruit ne s'arrête jamais
Un mardi à Montpellier, trois heures le matin, quartier entre la gare SNCF, l'ancienne gare routière et la Comédie. Un groupe de jeunes traîne dans les rues. Quelques filles éclatent de rire - d'un rire fort et sonore - et des garçons poussent des hurlements de loups, d'autres aboient ou crient, tout simplement, comme si la vie leur faisait mal. À première vue, ils ont l'air ivres, mais quand on les observent de près, on remarque qu'ils n'ont rien bu ou très peu.Un Monsieur d'une cinquantaine d'années passe, d'abord à un pas assez rapide - comme quelqu'un qui rentre tard à la maison et est pressé de gagner son lit -, puis il s'arrête et confronte les jeunes. "J'habite là-bas", explique-t-il d'une voix douce, sans colère, "et très souvent des gens comme vous me réveillent au milieu de la nuit. Pourquoi vous faites ça ? Vous ne pouvez pas respecter le sommeil des gens ? Il y en a qui travaille demain, ils ont besoin de dormir."
Le son calme de sa voix a d'abord étonné les jeunes et ils se sont arrêtés pour l'écouter. Mais à la fin de son petit discours, plusieurs filles et garçons éclatent de nouveau de rire. Un garçons recommence à crier, sans paroles, juste pour faire sonner sa voix - c'est évidemment le mot "travailler demain" qui a déclenché sa réaction.
Un autre, par contre, a visiblement envie de communiquer. "Ouais", dit-il d'un ton dédaigneux, "qu'ils dorment, les braves gens. Qu'ils aillent travailler tant qu'il y a encore du travail. Et qu'ils soient heureux. Pour nous, il n'y a plus de travail et plus de demain. Grâce à tous ces braves gens qui dorment sur leurs deux oreilles. Merci, les vieux, d'avoir préparé le monde des jeunes."
Son camarade a un discours moins engagé : "Qu'ils aillent se faire foutre, tes 'braves gens'." Et un autre commence à crier : "Réveillez-vous, on fait la fête..."
"Ses jeunes", termine le Monsieur le récit qu'il adressé à l'équipe de "Montpellier Presse Online", "ne sont pas méchants. Ils ne veulent pas nuire aux gens, mais ils sont énormément frustrés. Ils ne savent pas quoi faire de leur vie, et ils n'ont aucun espoir. Ils ont l'impression que personne ne les respecte - et ils ont appris à respecter personne, de leur côté."Il est vrai qu'à Montpellier, on parle beaucoup du bruit des travaux et du trafic - qui, selon les statistiques, générerait 80 pour cent du bruit dérangeant la vie quotidienne. Mais les Montpelliérains du centre ville ont d'autres soucis sonores. "À Montpellier", rapporte une dame dans la quarantaine, "vous n'êtes jamais tranquille. Jusqu'à une heure, vous avez le bruit des bars. Quand ils ferment, ça ne veut pas dire que les gens rentrent - ils continuent leur nuit dans les rues. Et vous avez intérêt à rien leur dire, sinon, ils gueulent encore plus fort. Au petit matin, c'est les poubelles qui prennent le relais et, peu après, les livreurs. Finalement, les magasins ouvrent, les travaux reprennent, et tout commence de nouveau."
"La faute est à qui ?" s'interroge un Monsieur d'une soixantaine d'années. "À personne", répond-il lui-même à sa question. "La municipalité a tout essayé pour que les nuits en ville deviennent un peu plus calme. Ils ont restreint les heures d'ouverture et les surfaces des terrasses des bars et cafés. Ils ont interdit que les clients des bars fassent du bruit à l'extérieur. Mais tout cela ne sert à rien."
"Nous ne pouvons pas être derrière chaque client", confirme le patron d'un bar dans lÉcusson. "Ce n'est pas nous qui avons fait les lois contre les fumeurs. Les gens veulent fumer, alors ils sortent. En général, ils sortent à plusieurs et continuent leur conversation dehors. C'est normal qu'ils ne pensent pas toujours à baisser la voix, n'est-ce pas ? Quand ils quittent le bar", ajoute-t-il, "ils font ce qu'ils veulent, de toute manière. S'ils ne rentrent pas tout de suite, ce n'est pas sous notre responsabilité."Quoi faire ? "Apprendre aux jeunes ce que veut dire 'respect'", propose une dame d'une cinquantaine d'années. - Juste aux jeunes ? - "Je n'ai pas besoin de me faire du souci pour le bruit de la ville", soupire une étudiante qui habite dans le quartier de Gambetta. "J'ai à la maison tout ce qu'il me faut... La famille en dessous de moi hurle tous les matins - les enfants, la mère, tout le monde - et pendant la journée et le soir c'est la musique ou la télé. Le soir, j'ai la télé en stéréo, du couple au-dessus de moi et d'en dessous. J'ai déjà essayé de leur demander de baisser le son. Ceux d'en haut s'excusent et m'assurent qu'ils feront attention. Mais ils ne changent rien. Et ceux d'en bas m'insultent dès que je leur dis quelque chose. Pour pouvoir étudier tranquillement, il faut que j'aille à la bibliothèque. Et le soir, si je ne veux pas être arrosée par les télés, je dois sortir. Pas question de travailler le soir, je dois attendre jusqu'à ce que tout le monde soit couché."
Le mot "respect" tombe aussi relativement aux travaux. "Quelque part là-haut", le Monsieur d'une trentaine d'années fait un geste vers le ciel, "ils ont juré de nous rendre sourds. D'abord, il est question des travaux du tram. Ensuite, ils ouvrent des rues, l'une après l'autre, sans le moindre rapport avec les trams. Ils travaillent la nuit, comme ils proclament, pour moins nous déranger. Et quand on n'entend pas les machines, on entend les ouvriers qui s'appellent, d'un bout de la rue à l'autre..."
"Avec tout le bruit dans Montpellier, qui pense encore aux voitures ? Comparées aux trams, aux trains, aux travaux, aux bars et aux jeunes dans les rues, on ne les entend presque plus", commente le Monsieur dans la cinquantaine qui a relaté l'histoire du groupe nocturne des jeunes au centre ville. Et il ajoute d'une voix sarcastique : "Allez, je vous laisse, parlons moins pour faire moins de bruit..."
Photos et texte : copyright Doris Kneller
"Si vous voulez connaître la différence entre la France et les autres pays... les gens se laissent faire, partout", explique un jeune homme qui, avec beaucoup d'autres, est sorti sur la Comédie le 15 octobre. "On s'incline devant l'autorité, on fait se qu'elle attend de nous. Mais à un certain degré, on en a assez. Et là, au contraire d'autres peuples en Europe, on va dans la rue. On se laisse plus faire."
L'austérité était aussi le sujet d'un sketch présenté dans les rues de Montpellier par un groupe de la jeunesse communiste. Avec beaucoup d'humour - et de cynisme - les jeunes hommes et femmes faisaient l'éloge de l'ingéniosité de "certains" de s'enrichir et des banques dont les dettes sont transférées au peuple : "Ils font tout pour sauver les banques", commente un des acteurs, "et ils savent, comment faire."
Contre les gaz de schiste, anti-nucléaire, austérité et appauvrissement,... tous les sujets de la "grande journée nationale d'action" aboutissaient dans un seul qui dominait toutes les pensées : le racisme en général et, notamment, le "racisme d'état". "Paris, le 17 octobre 1961 - il y en a peut-être qui l'ont oublié", admet un homme dans la quarantaine, "ou c'est ce que les médias souhaitent de nous faire croire. Mais non. Ceux qui croient à la justice et l'égalité n'ont pas oublié." Le 17 octobre 1961, c'est le jour où la France a été secouée. Que 30.000 Algériens manifestent calmement à Paris contre les couvre-feux auxquels la loi les avait condamnés n'a étonné personne. Que 12.000 manifestants ont été arrêtés est grave. Que, après la manifestation, on a parlé de trois morts est encore plus grave. Mais que, comme il s'est avéré plus tard, des centaines d'Algériens ont été tués dans les rues de Paris, ceci est l'horreur pure.
À Montpellier, beaucoup des choses vont changer. Surtout au niveau de la circulation...
Les
De nouveau, la mairie de Montpellier a pu accueillir environ 3000 "nouveaux Montpelliérains" : des gens arrivés à Montpellier au cours des derniers douze mois, avec de nouvelles idées et de nouveaux espoirs. La réception, présidée par le maire de Montpellier Hélène Mandroux, avait pour objectif de donner aux "nouveaux" l'impression d'être les bienvenus. Mais ils ont aussi pris connaissance des réalisations urbaines de la ville et, bien sûr, de son esprit de
Au cours de son discours, le maire de Montpellier a également évoqué la question souvent posée, pour quelle raison elle change assez souvent les responsables des commissions. Pour se faire comprendre, elle a comparé le travail des conseillers municipaux à sa propre carrière de médecin : anesthésiste-réanimateur à la clinique du Parc à Castelnau-le-Lez, elle était souvent appelée aux urgences - ce qui, comme elle a expliqué aux nouveaux Montpelliérains, était de plus en plus difficile à gérer vu qu'elle avait "quatre hommes à la maison". Elle a donc changé de carrière et est devenue médecin généraliste à la Paillade de Montpellier.
Le buffet servi avec une heure de retard a été pris en assaut par les nouveaux Montpelliérains entre-temps affamés. "Maintenant, j'ai vécu le pire de Montpellier", rigole une étudiante arrivée il y a deux semaines, "se bagarrer au buffet pour avoir quelque chose à manger, pire n'est plus possible..."
Nostradamus,
Mais cela n'est pas tout. À cette époque, où seule la solidarité entre les Montpelliérains peut donner de l'espoir, la mairie de Montpellier demande de l'aide à tous les habitants de la ville - appel auquel se joint, cela va de soi, l'équipe de
Ce qui, probablement, plaît moins au Monsieur dans la trentaine, un biologiste d'Oxford en Angleterre qui restera à Montpellier pendant une année pour étudier la faune de la Méditerranée. "Aucun scientifique", répond-il spontanément à la question de l'équipe de Montpellier Presse Online, "ne peut se vanter de connaître toutes les espèces. Chaque année, des espèces disparaissent de la terre, mais d'autres sont découverts. Pour la science et notre respect de l'humanité, de la nature et de Dieu, nous devons donner une chance à tout être vivant."