Destructions et reconstructions au fil de l'histoire - la place Jean Jaurès à Montpellier

Comme tous les étudiants, aussi ceux des premières facultés de droit et de médecine de Montpellier avaient leurs endroits préférés. Aujourd'hui, ces endroits préférés des jeunes coïncident souvent avec un bar, tandis qu'à l'époque, le point de rencontre fut plutôt une église. Ce qui ne peut arriver qu'à Montpellier : des siècles plus tard, les étudiants de la ville ont toujours le même point de rencontre que leurs anciens collègues, pionniers des universitaires à Montpellier…
Mais faut-il se décider si ce point de rencontre correspond plutôt à une église - exigence de l'époque - ou à un bar, une idée beaucoup plus actuelle? Non, pas à Montpellier. Parce que là où, jadis, se tenait l'église la plus "à la mode" de Montpellier on trouve aujourd'hui des bars aussi à la mode que l'église de l'époque.

Et aujourd'hui ? Il y a longtemps, les changeurs de monnaie n'attendent plus les pèlerins vers l'Espagne. De nos jours, ils échangent la monnaie plutôt contre un bon moment au soleil. Toujours, les étudiants viennent ici pour fêter leur thèse, mais entre-temps, on n'a plus besoin d'attendre avoir passé son doctorat : toute raison est bonne pour faire la fête sur la place Jean Jaurès.
Si l'on pouvait interroger tous les étudiants qui, jamais, prirent le soleil sur la place Jean Jaurès, on entendrait une histoire bien colorée. Une chose est sûre : ce deuxième point culminant de la ville - le premier est le terrain du Peyrou qui, avec ses 52 mètres, constitue le point le plus haut de Montpellier - a toujours attiré du monde.

On estime que cette église fut détruite, peut-être au cours d'une des révoltes si fréquente dans l'histoire de Montpellier, peut-être par le feu ou peut-être tout simplement par les responsables de l'agglomération qui avaient envie d'avoir une nouvelle église. Peu importe la raison, l'église Sainte-Marie ne devint pas très âgée. Déjà un siècle plus tard, s'y élèva une nouvelle église, toujours consacrée à la mère de Dieu, qu'on baptisa "Notre-Dame". Vers le XIIIe siècle, lorsque les étudiants avaient déjà fait leur apparence à Montpellier, elle reçut le nom "Notre-Dame-des-Tables", en honneur des tables des changeurs de monnaie établies autour d'elle.
Tout était pour le mieux. Les nouveaux docteurs faisaient leur fête, les gouvernements changeaient, les consuls commençaient à fréquenter l'église, les changeurs trouvaient leur compte - jusqu'à ce que les guerres de religions arrivent et, avec elles, les grandes destructions à Montpellier. Mais d'abord, Notre-Dame-des-Tables échappa à la destruction et fut juste transformée en temple appartenant à "l'autre" religion, aux protestants. C'était en 1561. Malheureusement, le groupe catholique n'était pas d'accord et, sept ans plus tard, il préférait détruire l'église au lieu de la voir "détournée".
Celui que regarde l'histoire de Montpellier se rend rapidement compte qu'elle correspond à un jeu éternel de destruction et de reconstruction. L'église Notre-Dame-des-Tables n'en faisait pas exception. Elle fut immédiatement reconstruite, pour, en 1581, être de nouveau victime d'une attaque du côté des protestants.
Comme pour le château de Guilhem, l'histoire de sa nouvelle destruction tourna autour d'une tour. Mais cette fois-ci, ce ne fut pas sa taille qui ne plut pas aux gens au pouvoir. Les protestants eurent tout simplement l'idée de le faire s'écrouler et, avec elle, l'église.

Il fallait attendre 1806 pour que les reconstructions recommencent. Mais maintenant, personne n'avait plus envie d'une église. On préféra profiter de la place centrale pour y planter un marché, les halles aux Colonnes. Et ces halles survécurent pendant cent ans. Ce ne fut qu'au début du 20e siècle, en 1911, que le coût changea et on préféra une place ouverte. Entre-temps, un commerce actif s'était établi autour de la place Jean Jaurès, et on se rendit compte qu'elle était tellement bien située qu'il facilita le passage de la population au point d'épargner la destruction d'autres bâtiments pour permettre le trafic de circuler. La place qui, pendant des siècles, était la scène de destructions se transforma, finalement, en espace ouvert, libre, sauveur d'autres bâtiments qui, sans lui, aurait été condamnés à faire partie de la longue liste des demeures du passé, perdues dans l'histoire de Montpellier.
Photos et texte : copyright Doris Kneller
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