samedi 13 décembre 2014

Montpellier, ville sans lumières ?

Les lumières de Noël sur la Comédie - et les rues sombres dans la ville de Montpellier


Les Montpelliérains sont enthousiastes. « Les lumières sur la Comédie sont magnifiques. La nuit, l’arbre de Noël et la boule du monde sont très joliment illuminés. »

Là, tout le monde est d’accord - pas une des personnes interrogées à ce sujet par l’équipe de Montpellier Presse Online n’était déçue par les lumières de Noël sur la Comédie. Toutefois, il y a un bémol qui se mêle de l’ambiance festive : « Toutes ces lumières pour Noël, j’adore », explique une dame dans la quarantaine qui habite les petites rues entre la Comédie et la gare. « Mais si, chez nous, on aurait aussi un tout petit peu de lumière, on serait encore plus contents. »

« Cela fait maintenant huit ans que j’habite à Montpellier », raconte une Anglaise d’une trentaine d’années. « Je suis arrivée en décembre, et j’ai tout de suite aimé la ville. Mais ce qui m’a plu le plus : les lumières. Les rues étaient lumineuses, partout en ville. Pour moi, Montpellier était une ville des lumières. Mais ç’a beaucoup changé. »

L’Anglaise n’est pas la seule à parler de ce changement. Beaucoup de gens se plaignent du manque total de lumière dans certaines rues du centre. « Jusqu’à sept heures, vous avez encore les lumières des commerces. Mais plus tard, il n’y a plus rien », dit un Monsieur d’une cinquantaine d’année. Et une Dame d’à peu près le même âge : « Avant, je suis souvent sorti le soir. Mais maintenant, je n’ose plus. J’ai peur de me casser une jambe dans le noir. »

Le manque d’illumination concerne tout le monde, mais surtout les personnes âgées ou malvoyantes. « Je ne vois pas très bien », se plaint par exemple un Monsieur d’à peine trente ans. « Je ne peux pas passer dans les rues sans lumière, je ne vois pas où je mets mes pieds. Je suis alors condamné de rester chez moi ou de sortir accompagné. Mais », ajoute-t-il rapidement, « je ne suis pas handicapé. Je vois juste un peu mal pendant la nuit. La journée ou quand il y a des lumières dans la rue, je n’ai pas de problèmes. »

« J’aime beaucoup la ville à cette saison-ci », raconte une autre dame, un peu plus âgée que le Monsieur. « Les boutiques illuminées quand il fait déjà noir, c’est très beau. On a l’impression que toute la rue est un théâtre. Mais après », sa mine s’assombrit, « la ville devient noire. Dans quelques rues on trouve encore quelques lampes. Dans d’autres, aucune. »

Les Montpelliérains, comme disait le Monsieur, ont tout simplement peur de se casser une jambe dans le noir. « On ne peut pas dire que les trottoirs à Montpellier seraient si bien faits qu’on pourrait s’y confier sans rien voir », rappelle une dame dans la quarantaine. « Les rues sont pleines de trous, si on ne connaît pas chaque centimètre, on peut tomber pendant la nuit. En été », ajoute-t-elle, ce n’est pas si grave, il reste clair assez tard. Mais maintenant, c’est différent… »

Malheureusement, la peur de tomber n’est pas la seule qui tracasse les Montpelliérains : il y a aussi la question de la sécurité. « Avec sa politique de lumière - ou plutôt d’obscurité - la municipalité ouvre les portes à la délinquance », constate un Monsieur dans la soixantaine. Et une dame dans la trentaine raconte : « Je ne suis pas peureuse, je n’ai pas peur de sortir tard. Mais quand je rentre dans l’obscurité totale, ça me fait quand même froid au dos. C’est si simple de m’arracher mon sac dans le noir. »

Un autre Monsieur, d’une dizaine d’années plus jeune que le précédent, rappelle le chiffre augmentant des cambriolages à Montpellier. « Les cambrioleurs ont la vie facile. Il fait si noir dans les rues de Montpellier qu’on les voit pas. Et même s’ils ont pris, ils s’enfuient facilement, personne ne serait capable de les reconnaître. »

Toutefois, la politique de la municipalité a aussi ses défenseurs. « C’est une question de finances », pense un jeune homme, « et aussi une question d’écologie. Tout le monde parle de l’écologie, mais si un maire prend enfin la décision de gâcher moins d’électricité par l’illumination de rues nocturnes où se promènent peut-être une ou deux personnes par nuit, ils commencent à crier. L’écologie, c’est toujours pour les autres. »

Une étudiante a la solution : « On a tous des portables qu’on peut transformer en torche. Pourquoi pas s’en servir pendant la nuit, au lieu de dépenser des milliers d’euros pour les réverbères ? »

Pourquoi pas - peut-être, la ville de Montpellier sera-t-elle bientôt illuminée par des milliers de Smartphones…
Photos et texte : copyright Doris Kneller

vendredi 12 décembre 2014

Grève des trams et des bus à Montpellier

Montpellier : agressions contre les chauffeurs des trams et bus


Les Montpelliérains ont l’habitude - si les chauffeurs des trams ou des bus (ou des deux) veulent faire la grève, ils ne pensent pas aux usagers. « Ils veulent qu’on soit solidaire avec eux », critique un jeune homme, « mais ils ne sont jamais solidaires avec nous. Ils ne demandent pas, si on a rendez-vous quelque part, peut-être un rendez-vous important, par exemple pour travailler ou rendre visite à un malade. Le voyageur ne les intéresse pas - nous, on est juste là pour payer. »

Cela fait longtemps que les Montpelliérains ne sont pas d’accord sur le sujet des grèves du TaM - les uns sont solidaires, les autres revendiquent au moins le droit d’être informés voire consultés. Or, lorsqu’on parle de la grève des transports publics, le plus souvent il est question d’argent : les usagers s’interrogent si, vu le salaire des conducteurs du tram, il est vraiment nécessaire de subir une grève pour qu’ils soient encore mieux payés. « Quoi que ce soit », commente un Monsieur, prononçant l’opinion de beaucoup de ses concitoyens, « nous sommes toujours perdants. S’ils font la grève, nous pouvons pas nous déplacer, même si nous avons payé un abonnement. On n’est jamais remboursé. S’ils réussissent leur grève, ils gagnent plus et nous, on paie plus cher pour le voyage. »

Toutefois, les grèves ne tournent pas toujours autour de l’argent. De plus en plus souvent, elles sont causées par l’indignation des conducteurs dont les collègues ont subi des agressions. Les Montpelliérains sont-ils solidaires avec les conducteurs s’ils font la grève contre l’insécurité ? - Certaines réponses à la question posée par l’équipe de Montpellier Presse Online ont tout pour étonner…

« S’ils sont agressés, c’est leur propre faute », insiste par exemple une dame dans la cinquantaine. « Les conducteurs et les contrôleurs pensent que tout est permis. Ils ne respectent pas les usagers. Ils ne comprennent pas que leur salaire est payé avec nos sous à nous. »

Leur propre faute ? « Oui », confirme une autre dame, d’une dizaine d’années plus jeune que la précédente. « Il y a bien sûr des conducteurs gentils qui essaient d’aider les gens. Mais beaucoup ne sont que des je-m’en-foutistes, et quelques-uns sont même méchants. » Elle raconte un exemple de ce qu’elle appelle la méchanceté des conducteurs. « L’autre jour, j’ai couru pour attraper le tram. En fait, on était deux, une dame âgée et moi-même. J’étais devant la porte du tram, le bouton d’entrée a encore clignoté. Je lève la main pour appuyer, il clignote toujours - et au moment où j’appuie, il s’arrête. Et le tram part devant mon nez, et devant le nez de l’autre dame. Si le tram était automatique, je ne dirais rien. Mais le conducteur nous a forcément vues dans ses miroirs. Je pense qu’il s’est fait un plaisir malin à nous laisser sur le quai. »

Une autre dame raconte des expériences similaires. « J’observe souvent que des gens se dépêchent pour attraper un tram. Le conducteur attend qu’ils s’approchent et, boum, il ferme les portes quand ils pensent déjà d’avoir réussi. Ce n’est pas un problème d’horaires - ils ont toujours la possibilité d’attendre deux secondes de plus. »

Un jeune homme raconte une histoire plus concrète : « Je prends le fleuri direction Jacou et je change à Nouveau Sain Roch pour prendre la ligne 4. Souvent, quand le fleuri arrive, le 4 arrive juste ou est déjà sur le quai. Quelques conducteurs ont la gentillesse d’attendre que les gens puissent traverser les rails pour l’attraper. Mais la plupart les laisse approcher pour, ensuite, filer sans leur permettre de monter. »

La liste des plaintes concernant des conducteurs de tram ou de bus qui ne laissent pas monter les arrivants de dernière seconde est longue. Un Monsieur qui a fait d’observations similaires en tire une autre conclusion. « Je ne crois pas qu’ils ferment les portes pour nuire aux gens. Ils s’en fichent, tout simplement. Je me tiens souvent derrière la vitre qui sépare les conducteurs des usagers, pour les observer : je me rends compte qu’ils ne regardent pas toujours leurs instruments. Parfois, ils regardent par la fenêtre ou consultent des papiers… j’étais terrifié quand j’ai vu ça, en pleine vitesse. Une fois, j’ai même observé un conducteur qui, pendant plusieurs minutes, a parlé avec un contrôleur qui se tenait derrière lui - et tout le temps, il s’est retourné pour parler avec lui. En conduisant. »

Est-ce de tels comportements qui mettent des usagers en colère, au point d’agresser les conducteurs ? - « Possible », répond une dame dans la trentaine. « Si on est déjà bien frustré et, après, on a l’impression qu’un conducteur de tram se moque de nous, on peut, à la limite, devenir agressif. Je ne veux pas dire », ajoute-t-elle, « que je suis pour les agressions. Au contraire. Mais il m’arrive à comprendre la colère des gens. »

« Les conducteurs, ça va », dit par contre un Monsieur dans la quarantaine. Les contrôleurs, c’est pire. Ils entrent dans le tram, souvent la nuit, quand il fait froid, laissent les portes ouvertes et bloquent le tram. Nous on a envie de rentrer, on a froid. Ils se jettent sur les jeunes comme si c’était des criminels. Après, ça devient vraiment des criminels, après été traités comme ça. »

Une dame, un peu plus jeune, se fâche carrément : « Un jour, une contrôleuse qui mâchaient du chewing gum, le chemisier à moitié dedans à moitié dehors, la coiffure défaite, a encaissé une amende d’un jeune Maghrébin parce que son ticket était froissé. » Elle hausse la tête et ajoute, l’air furieuse : « Salope de raciste. »

Mais une telle expérience n’est évidemment pas vécue tous les jours. D’autres personnes sont pour les contrôleurs. « Si on n’a pas d’argent », explique par exemple une dame dans la cinquantaine, « on peut demander un abonnement pour RMIstes. Ils n’ont pas besoin d’arnaquer la TaM. »

D’autres haussent les épaules. « De toute manière, les trams sont trop chers », se plaint un Monsieur. La TaM gagne des Millions a l’étranger, mais elle ne partage pas avec nous. Le maire promet la baisse des tarifs, mais le prix des abonnements a augmenté… Est-ce logique ? »
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 10 décembre 2014

Hiver et froid à Montpellier : les appartements sont-ils équipés pour l’hiver ?

Chauffage et isolation dans les appartements de location

« Tous les ans pareil : en été, j’attends l’hiver pour être débarrassée de la chaleur, et en hiver, j’attends l’été, parce que j’ai froid. » La dame dans la trentaine, interrogée par l’équipe de Montpellier Presse Online, ne parle pas du froid en général - tout le monde a froid en hiver. Mais il est question du froid à l’intérieur des appartements, chez les gens, à la maison… La plupart des réponses étaient étonnantes.

« Je porte toujours de grands pulls chez moi », explique une autre dame un peu plus âgée que la première. « Tant qu’il ne fait pas trop froid, ça va. Mais en ce moment, où les températures nocturnes s’approchent du zéro, mon chauffage ne suffit pas. »

Beaucoup de Montpelliérains se plaignent que les chauffages de leurs appartements - en général des appartements de location - ne sont pas suffisants pour envisager l’hiver dans la région méditerranéenne : « Mais on ne peut pas dire qu’il fait vraiment froid chez nous », indique un Monsieur dans la cinquantaine. « Comparé au Nord de la France ou même aux pays nordiques, nous avons des températures très clémentes. »

Il est vrai qu’à Montpellier, il fait moins froid que, par exemple, à Paris, Lille ou Strasbourg. Toutefois, « moins froid » ne signifie pas « chaud ». Et l’information qu’il fait encore plus froid au Nord ne réchauffe pas les Montpelliérains.

Effectivement, les chauffages dans les appartements à Montpellier ne sont souvent pas suffisants ou trop onéreux. Ainsi, pour prendre l’exemple du quartier Celleneuve, 58 pour cent des logements ne disposent pas de chauffage central, le quartier Prés d’Arènes arrive même à 61 pour cent. Cette absence de chauffage central ne veut pas dire que les appartements ne seraient pas chauffés du tout : en général, ces logements se servent de chauffages électriques ou de gaz individuels ce qui signifie que les frais de chauffage sont nettement plus élevés.

« Je ne chauffe presque plus », explique par exemple une dame qui a plus de soixante-dix ans et qui est obligée de se payer un chauffage individuel à gaz. « Heureusement, je ne suis plus si frileuse comme avant. Parce que, avec ma retraite, je ne peux plus me payer le chauffage. Le gaz est trop cher pour moi. »

Un étudiant dont l’appartement est chauffé par des radiateurs électriques a résolu le problème : « Je ne chauffe pas chez moi ou très rarement. C’est trop cher. Franchement, ce n’est pas un sujet pour moi. Pour ces quelques semaines de froid ici à Montpellier, pas la peine de se ruiner. Pendant la journée, je suis à la fac, au resto U ou à la médiathèque. Et le soir, si j’ai trop froid, je vais en boîte. Je préfère dépenser mon argent en boîte que payer l’EDF. »

« Le problème ici n’est pas le chauffage », explique par contre un Monsieur dans la trentaine. « La plupart des appartements à Montpellier sont bien chauffés. Mais il n’y a pas d’isolation. Les fenêtres, même à double vitrage, laissent passer l’air froid, et s’il y a le Mistral, c’est la catastrophe. Un jour, pendant le Mistral, j’ai allumé une bougie à l’intérieur d’une pièce, la fenêtre fermée : la flamme a tant bougé, elle a failli s’éteindre. »

Une dame dans la cinquantaine lui donne raison. « La plupart des logements à Montpellier sont construits pour l’été. On prévoit des volets pour protéger les chambres contre le soleil et la chaleur. Mais on ne pense pas à l’hiver - peut-être parce qu’il est trop court. »

Et un Monsieur un peu plus jeune que la dame enchaîne : « Manque de chauffage ? Non. Tout le monde a des chauffages chez soi. Le véritable problème est posé par l’isolation. La différence entre un appartement dans un pays nordique et un logement à Montpellier est l’isolation qu’on oublie ici au moment de la construction. »

Une dame dans la quarantaine a résolu la question d’une autre manière. « J’en ai marre des appartements de location - ils sont chers, mal chauffés, et il y a toujours quelque chose qui ne marche pas. Je viens d’acheter mon propre appartement. Pour le moment, je n’y habite pas encore, parce que je fais faire des travaux, entre autres des isolations des fenêtres. Une bonne isolation m’épargnera beaucoup de frais de chauffage - et de chaleur en été. »

L’opinion d’un Monsieur dans la cinquantaine va dans le même sens : « Ceux qui sont obligés de louer souffrent du froid dans les appartements mal chauffés. C’est normal. Et c’est leur propre faute. » Il sourit pour montrer, qu’il ironise. « Ils n’ont qu’à être riches et s’acheter des logement décents… »
Photos et texte : copyright Doris Kneller

lundi 8 décembre 2014

Vol et agressions dans les rues de Montpellier

Les Montpelliérains ont peur - pour leurs smartphones

L’époque a changé, nous sommes au milieu de ce qu’on appelle la « crise », les gens sont de plus en plus submergés par le désespoir, la presse en parle, la peur augmente. Beaucoup de temps s’est écoulé - et beaucoup d’événements sont survenus - depuis que l’équipe de Montpellier Presse Online a demandé aux Montpelliérains, s’il faut avoir peur dans les rues de Montpellier. Il est temps, alors, de reposer la question.

« Si j’ai peur dans les rues de Montpellier ? », reprend une dame dans la quarantaine la question de Montpellier Presse Online. « Non, je n’ai pas vraiment peur, je crois que Montpellier est une ville relativement sûre, comparée à d’autres. Mais il faut faire attention, ne rien risquer. »

Qu’est-ce qu’on risque à Montpellier si on ne fait pas attention ? « D’être volé », répond une jeune dame. « Si on ne fait pas attention, ils arrachent tout ce qu’on a dans la main, le portable, le sac à main… »

La jeune n’est pas la seule à avoir peur pour son téléphone portable. « L’autre jour j’ai attendu le tram à la station rondelet, vers 13 heures, c’est-à-dire en plein jour, entourée d’au moins 10 ou 15 personnes », raconte une dame d’environ cinquante ans. « Je me sentais en sécurité pour consulter les mails sur mon smart-phone. » Mais avant que quiconque puisse réagir, un jeune homme se plante devant elle, lui arrache son téléphone et s’enfuit. « Le tout a duré une demi-seconde, pas plus. Les gens autour de moi sont restés bouche bée. »

Un professionnel ? « Probablement », commente la dame. Et plusieurs personnes interrogées par Montpellier Presse Online sont du même avis. « Non », commente un Monsieur qui, selon ce qu’il dit, vit à Montpellier « depuis toujours ». « Non », répète-t-il, « Montpellier n’est pas une ville dangereuse proprement dit. Mais il y a tant de jeunes maintenant qui n’ont pas de travail et ne savent pas quoi faire de leur temps. Ils font des bêtises, volent et importunent les gens. Ils ont une agressivité profonde qui se décharge contre tout et tous dès que l’occasion se présente. »

« Mais », continue-t-il, « il y a aussi des professionnels parmi eux. Je pense même qu’ils ont un véritable cercle de formation, chacun donne ses tuyaux à l’autre, et chacun peut se perfectionner. Contre eux, personne n’a une chance. Mais ils ne ciblent que des gains matériaux. Ils veulent ce qui leur apportent de l’argent, pas blesser les gens. Si quelqu’un est blessé par eux, c’est accidentel. »

Encore un point sur lequel la plupart des Montpelliérains interrogés sont d’accord. « Je n’ai pas peur d’être blessée dans les rues de Montpellier », déclare par exemple une dame dans la quarantaine, « mais j’ai peur pour les choses que je porte avec moi. Quand je sors le soir, j’évite d’avoir des objets de valeur avec moi. Le mieux est sortir même sans sac. Cela évite le vol. »

Un jeune homme partage son avis. « Ils veulent du fric. Ils ne violent pas de petites filles et ils ne frappent pas les mémés. »

Qui sont les « ils » que tout le monde semble connaître, mais qui personne ne nomme ? « Des Maghrébins », répond une femme dans la soixantaine et « des Arabes » renforce un Monsieur de quelque cinquante ans. Et ils ne sont pas les seuls à rejeter toutes les fautes sur ces jeunes nés en France, mais dont la peau mate révèle qu’ils ne sont pas nés de parents normands. « J'ai horreur d'eux, c'est tous des criminels » et « qu'ils rentrent chez eux », sont d'autres voies de ce genre.

« Toutes les nations ont besoin d’une brebis galeuse », philosophe un jeune homme qui fait partie de ceux « dont la seule existence évoque déjà tous les maux du monde ». « Pour les uns, ce sont les juifs, pour les autres les noirs ou les blancs. Ici, c’est nous, les jeunes Maghrébins. C’est ça la vie. Elle frappe toujours quelqu’un. On est toujours coupables, peu importe si on a fait quelque chose ou non. »

Un Monsieur (d’origine parisienne) dit plus ou moins la même chose : « On montre à ces jeunes dès leur enfance qu’on se méfie d’eux. Force d’être soupçonnés pour des crimes qu’ils n’ont pas commis, ils se disent que c’est pareil : ils sont déclarés coupables de toute manière. Autant en profiter pour de bon. »

Mais le terme « Maghrébin » ou « Arabe » n’est pas dans la bouche de tous les interrogés. Une dame dans la soixantaine déclare que « c’est des bêtises. C’est des jeunes, oui, mais des Français, des Espagnoles, des Maghrébin, tous des gens nés en France, des copains qui ne croient plus à rien. Alors ils volent, indépendamment de leurs origines. »

Une Lycéenne de 16 ans fait le point. « Il n’y a pas 36 solutions. Il suffit que ceux qui ont le pouvoir partagent un petit peu de leurs millions avec le peuple, et ils peuvent créer un avenir pour tous les jeunes. C’est facile, mais ils n’en ont pas envie.
Photos et texte : copyright Doris Kneller

jeudi 4 décembre 2014

Le Tram de Montpellier : ligne 5

Une nouvelle ligne de tram : frais déraisonnables ou la liberté pour Montpellier et son Agglo


Jusqu’à maintenant, lorsque la mairie a planifié la construction d’une nouvelle ligne de tram, toute discussion était exclue dès le début. Fidèle au style de George Frêche, la mairie a commandé - souvent pour le bien des Montpelliérains, parfois pour celui des visiteurs et de la réputation de la ville de Montpellier. Mais peu importe si la nouvelle idée plaisait aux Montpelliérains ou non : toute décision restait dans la main de la municipalité.

Toutefois, les temps ont changé. Maintenant, on discute. » Oui  à la ligne 5 » était la décision officielle à l’époque qui, bien qu’il fût décidé, vivait encore sous l’influence de l’ancien maire et président de l’agglomération. Puis, certains disaient non, évoquant la destruction d’une partie du parc Montcalm. Non à la ligne 5 a, un peu plus tard, répondu Philippe Sorel, le nouveau maire de Montpellier, croyant calmer les écologistes amateurs du parc Montcalm.

Mais l’affaire n’est pas close. Entre-temps, un nouveau lobby se fait remarquer : les gens de Montpellier, proclame-t-il, ont besoin d’un réseau de tram plus dense. Trop de gens habitant les secteurs de Lavérune et Ovalie d’un côté et Clapiers et Prades-le-Lez d’un autre seraient perdus sans la ligne 5 qui leur permettrait enfin de se sentir intégrés à Montpellier. Oublié les pensées vertes concernant le parc Montcalm, oublié la résistance contre les plans de Georges Frêche… De nouveau, les Montpelliérains ne sont pas d’accord entre eux.

Pour ou contre la ligne 5, les Montpelliérains savent de toute manière de quoi il s’agit. Très peu des personnes interrogées à ce sujet par l’équipe de Montpellier Presse Online ne savaient pas de quoi il était question. Mais certains ne s’interrogent pas encore sur sens ou non-sens d’une nouvelle ligne de tram : ils pensent d’abord à leur construction.

« La ligne 5 ? », s’écrie une dame dans la quarantaine. « Surtout pas ! Quelle chance que Sorel l’a abandonné. Quelle horreur. J’ai pas oublié les embouteillages éternels de la construction des deux dernières lignes. Jamais plus un tel chaos. Non, je veux pas de tram, je veux une ville sans chantiers. »

« Sorel a raison », explique une autre dame, un peu plus jeune que la précédente. « La construction des trams est trop chère. Montpellier a quatre trams, on est correctement asservi. Pour les quelques endroits sans tram, il y a les bus. Et, tout compte fait, mes concitoyens prennent ni bus ni tram, mais leurs voitures. Il suffit de regarder les bouchons pour le savoir. »

Il est vrai, aux heures de pointe, Montpellier est rempli de voitures. Toutefois, il y a aussi des gens qui dépendent des trams - ou qui les préfèrent au transport individuel. « Mon fils habite Lavérune », dit par exemple une dame dans la soixantaine. « Si je veux voir mes petits-enfants, mon fils doit les amener en voiture. Je ne peux pas aller les voir, je ne conduis pas. S’il y avait un tram, je serais libre de les voir quand je veux. »

Le tram est-ce la liberté ? - Pour certains, oui. « J’ai une voiture comme tout le monde », proclame un Monsieur dans la quarantaine. « Mais tant que je suis à Montpellier, je la laisse au garage. Je suis plus tranquille dans le tram, pas de bouchons, pas de retard au travail. En route, je lis mon journal et j’arrive sans me stresser. »

On a toutefois tendance à oublier les bus. « Il n’y a pas d’endroit à Montpellier qui n’est pas desservi par le transport commun », informe un contrôleur de la Tam. « S’il n’y a pas de tram, il y a un bus. »

Le jeune homme interrogé par Montpellier Presse Online ne le nie pas. « Mais les bus ne servent pas à grand-chose », explique-t-il, fort de l’expérience de ses 17 ans qu’il a passé « avec la misère de quelqu’un qui doit prendre le bus tous les jours. Et même le dimanche, si je veux sortir. » Car dans son quartier, il n’y a rien qui pourrait fasciner un jeune de son âge : « Pas de bars, pas de discos, pas de cinéma. Pour sortir, il y a Montpellier. »

Où est le problème ? « Le dernier bus rentre à 20 heures. Après, plus rien. Si on n’a pas de copain avec voiture, on ne rentre plus. Puis, ils sont souvent en grève. Ou on se présente à la station, et le bus est parti cinq minutes avant l’heure. Les chauffeurs font ce qu’ils veulent. Et ne parlons même pas du dimanche, où il y a un bus toutes les demi-heures ou, souvent, juste une fois par heure. »

Même les hommes politiques ne sont pas d’accord entre eux. Tandis que Philippe Sorel parle toujours des frais trop élevés, Jean-Louis Roumégas, le député vert, pense à ceux à qui une ligne 5 apporterait la liberté. Sur sa page FaceBook, il rappelle que les communes de l’Agglo et certains quartiers de Montpellier l’attendent, et qu’elle serait « indispensable à un maillage complet du territoire. »

En attendant, la question du parc Montcalm reste ouverte.
Photos et texte : copyright Doris Kneller


mercredi 3 décembre 2014

Noël et Hivernales à Montpellier

Montpellier, ses Hivernales et l'ambiance de Noël 


« Ce que j’aime en décembre », raconte la jeune Anglaise qui vit à Montpellier depuis trois ans, « c’est voir les lumières dans les boutiques, vers cinq, six heures, quand il fait déjà noir. C’est comme si chaque boutique se transforme en théâtre, avec une scène bien illuminée, et la rue est une énorme tribune où les spectateurs peuvent tout observer. »

Ambiance d’hiver à Montpellier, certes - mais les spectateurs dont parle la jeune femme ressentent-ils l’approche de Noël ? - « Non, y a plus de Noël à Montpellier », commente un étudiant qui explique qu’il a grandi dans un village en Dordogne où l’avent se passait sous le régime des crèches, des concerts organisés par les écoles et associations qui chantaient des aires de Noël, des sapins sur les places et devant les boutiques, des décorations…

Bien sûr, la Comédie a son arbre de Noël. Une dame dans la cinquantaine le commente : « Pendant la journée, il a l’air perdu. Si on ne réfléchit pas, c'est-à-dire si on ne se rappelle pas que c’est bientôt Noël, on se demande ce que cet arbre a à faire sur la place. La nuit, c’est différent. On voit deux grandes silhouettes lumineuses sur la Comédie dont une, avec un peu d’imagination, fait penser à un arbre de Noël. L’autre est une grande boule, bizarre quand il fait jour, très belle la nuit. Mais cette boule n’a rien à voir avec Noël. »

Cependant, il y a le marché de Noël, rebaptisé « Les Hivernales ». Ces Hivernales arrivent-ils à prolonger la tradition du marché de Noël à Montpellier ?

« Je préfère les Hivernales à l’ancien marché de Noël », déclare une dame dans la trentaine. « Il y a moins de kitsch, pas ou très peu de petits anges, de petits bonhommes en rouge etc. Tout cela a trop été exploité par le commerce, on en a définitivement marre. »

Un Monsieur dans la quarantaine n’est pas de son avis : « C’est dommage, mais on n’a plus l’impression que c’est Noël. Les Hivernales sont un événement purement commercial, on va toujours les mêmes stands, en hiver comme en été. On s’y promène une seule fois pour constater : ‘Ce stand, je le connais, celui-là aussi, chez tel marchand j’ai acheté un bijou il y a deux ans…’ Il n’y a plus rien qui surprend ou qui fait rêver. »

Les Montpelliérains ont-ils encore envie de rêver de Noël ? « Rêver de Noël ? » La dame dans la quarantaine sourit. « Non, je ne crois pas. Même les enfants ne rêvent plus. Ils commandent leurs cadeaux, et s’ils ne reçoivent pas assez ou ce qu’ils voulaient, ils font la gueule. »

Une jeune dame de 16 ou 17 ans est plus romantique : « J’aimerais bien vivre un Noël comme dans les anciens temps. Avec toute la famille, les grands-parents, les arrière-grands-parents, les tantes, les oncles, les cousins, tout le monde rassemblés autour de la table. On mange ensemble, on rigole, on échange de petits cadeaux. Les grands-mères tricotent des chaussettes, les enfants fabriquent des petites étoiles pour l’arbre de Noël… »

« Si j’aimais retrouver cette ambiance dans les rues de Montpellier ? », répète-t-elle ensuite la question de l’équipe de Montpellier Presse Online. « Oui, ça me plairait. Je veux dire… le marché à part, il n’y a rien qui marque l’époque de l’année. Même le marché - il y en a tant sur l’Esplanade, en été et en hiver, ça n’a rien à voir avec Noël. Pourquoi on ne peut pas regarder les gens dans la rue et voir dans leurs yeux la joie de Noël ? »

Un Monsieur dans la soixantaine ne croit pas à cette « joie de Noël. « On dit que Noël est la fête de la famille. Pour moi et des gens comme moi, Noël est plutôt la fête de la solitude. Pas tout le monde a une famille. »

Plus de petits anges, plus d’ambiance classique de Noël - mais la fête quand même. « Les Hivernales ? » s’enthousiasme un jeune homme, « je les trouves très forts. Demain soir, j’y vais faire la fête avec mes copains. » Une fête typique de l’époque de Noël ? « Non, pourquoi ? On fait la fête, c’est le principal. Peu importe quand. On se fait plaisir, c’est bien, non ? »
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mardi 2 décembre 2014

La météo à Montpellier

Ce que font les Montpelliérains lorsqu'il pleut à Montpellier


Il est vrai que la pluie est une invitée rare à Montpellier. Mais parfois, elle passe. Et quand elle passe, elle se prend le temps pour rester… trois jours, quatre jours et plus. L’équipe de Montpellier Presse Online voulait savoir, comment ses concitoyens accueillent la pluie.

D’abord, ils râlent. « Quel mauvais temps », « quel temps affreux » et même « quel temps de merde » sont des expressions qu’on entend partout dans les bus et trams. Mais le « phénomène pluie » attire aussi un autre phénomène : « Grâce à la pluie, les gens réapprennent à communiquer », remarque une dame d’environ 55 ans. « Regardez les gens dans les trams : ils s’occupent de leur téléphone ou fixent leurs genoux. Les autres n’existent pas pour eux. C’est comme si on était entouré de gens qui n’ont rien en commun. »

« Quand il pleut », continue la dame, « tout change. Les gens entrent dans le tram, trempés. Ils soupirent et ils râlent. Les autres ont les mêmes soucis et réagissent. On se sourit, et on commence à échanger de petits mots. D’abord sur la météo, après sur autre chose. »

Par exemple sur la situation dans les rues. « Il ne devrait jamais pleuvoir à Montpellier », explique une autre dame, plus âgée que la première. « Les rues sont tout de suite inondées, on patauge dans l’eau. Les flaques sont si grandes qu’on peut pas les éviter. Le résultat : des pieds mouillés et tout le monde est enrhumé. »

Une autre dame, à peu près du même âge, s’inquiète sur l’état de la Comédie. « C’est très beau, ce marbre sur la Comédie. Mais ceux qui l’ont posé ont oublié la pluie. Dès que le marbre est mouillé, on glisse. C’est peut-être pas grave pour les jeunes, mais personnes ne pense aux vieux et aux handicapés. »

Toutefois, il y a des jeunes qui sont du même avis : « Montpellier n’est pas une ville qui est faite pour la pluie. Ici, il doit toujours faire beau. Personne ne sait quoi faire, quand la météo prévoit du mauvais temps. »

Pourquoi ? « Parce que tout ce qui fait plaisir à Montpellier se passe dehors. Se promener dans les rues, faire la fête sur l’Esplanade - qui peut imaginer des Hivernales sous la pluie ? - les parcs, aller à la plage. Bien sûr, il y a quelques musées. Mais on n’a peut-être pas envie d’y aller, chaque fois qu’il pleut. Non, Montpellier est une ville fait pour le soleil. »

Que font-ils, alors, les Montpelliérains, lorsqu’il pleut ? « Si on peut, on reste à la maison », explique un jeune homme. « Rendre visite à des amis », propose une dame un peu plus âgée, mais elle ajoute : «  Ou, mieux, rester à la maison et faire venir des amis qui ont le courage de sortir. »

Côté professionnel, la pluie change-t-elle quelque chose ? Pour le représentant d’une grande assurance, la météo est décisive : « Quand il pleut, j’essaie d’annuler mes rendez-vous - heureusement qu’il ne pleut pas souvent. Déjà, parce que je n’ai pas trop envie de me déplacer sous la pluie. Puis, les gens sont de mauvaise humeur et les affaires ne marchent pas. Les Montpelliérains ont besoin du beau temps pour prendre les bonnes décisions. »

Peut-être, les Montpelliérains sont-ils comme leur ville : ils sont faits pour le soleil.

Photos et texte : copyright Doris Kneller