Affichage des articles dont le libellé est noël. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est noël. Afficher tous les articles

dimanche 28 décembre 2014

Montpellier et les bonnes œuvres de Noël

Les Montpelliérains et leur bon cœur : Téléthon, Croix Rouge et autres SDF...


Jeudi 26 décembre dans une rue piétonne de Montpellier. Beaucoup parmi ceux qui ne sont pas partis en vacances et ne travaillent pas se promènent en ville. On regarde les vitrines, les gens, on se délasse avec un café - certains même sur les terrasses - on fait des courses. D’autres échangent des cadeaux mal choisis. Encore d’autres dépensent l’argent qu’ils ont trouvé sous l’arbre de Noël.

Tout à coup, des cris percent le murmure ambiant. Un vieil homme se précipite dans la rue, une jeune vendeuse derrière lui. Les deux crient. La jeune attrape le vieux qui porte tous les signes d’un SDF. Ses mains tremblent : un cas avancé de Parkinson.

Le vieux SDF se cramponne à un stylo qu’il défend comme si c’était un trésor. Mais la jeune est plus agile et plus forte - elle l'arrache des mains tremblantes, l’homme gueule, elle le réprimande. Les deux sont au bord des larmes - elle rentre dans sa boutique, l’autre s’éloigne. La colère est passée, il baisse la tête, murmure, pleure.

Quelques passants se sont arrêtés pour observer la scène. La plupart part dès que le spectacle est terminé. Une dame dans la cinquantaine reste. Elle fixe la porte de la boutique et murmure : « Bon Noël. » - Par hasard, un membre de l’équipe de Montpellier Presse Online était témoin de l’incident. Il interroge la dame qui semble choquée : « Il a volé, d’accord. Peut-être pour se faire plaisir ou pour faire plaisir à quelqu’un d’autre, nous ne pouvons pas le savoir. Mais ce stylo était important pour lui. En ce concerne le magasin - les assurances, ça existe. Je sais, je sais », ajoute-t-elle, « le type n’est qu’un SDF, criminel, voleur… Mais c’est Noël ou pas ? Est-ce vraiment impossible d’offrir un malheureux stylo à un SDF et le rendre un peu plus heureux ? Ou de faire subir la perte par l’assurance ?

Le membre de l’équipe de Montpellier Presse Online suite la jeune dans sa boutique. Il la voit bouleversée - et renonce à lui parler.

Depuis quelques semaines, les rues de Montpellier sont remplies de mendiants, plus que pendant le reste de l'année. Les uns demandent de l’argent pour des organismes tels que Téléthon ou Croix Rouge, des autres demandent de l’argent pour améliorer leur quotidien : « Vous n’avez pas quelques coins pour moi ? » - Les Montpelliérains que pensent-ils de cette « attaque organisée par le Père Noël », comme l’exprime une dame dans la trentaine ?

Parmi les premiers interrogés se trouve un homme dans la quarantaine qui est bien en colère : « Téléthon, Téléthon, je ne peux plus l’entendre. A Noël, tout le monde demande de l’argent pour le Téléthon, comme s'il n’y avait pas d’autres organismes qui ont besoin d’aide. Mais comme ça se passe à la télé - c’est pourquoi ça s’appelle ‘Téléthon’ - personne ne donne à autre chose. Il est bien connu que les recherches génétiques qui, soi-disant, sont soutenues par le Téléthon ne servent pas seulement aux malades, mais aussi à créer la nourriture génétiquement manipulée. En plus, je viens de lire un article dans un journal sur Internet qui explique ce que le Téléthon fait avec l’argent : pratiquement cent pour cent vont dans l’administration et pas dans les recherches. »

Une dame d’à peu près le même âge est moins dure. « Je ne dis pas que tout le monde devrait donner aux pauvres, mais il est Noël. On peut montrer son bon cœur. Et partager un peu du troisième mois du salaire - enfin, ceux qui ont un travail. »

Une autre dame, plus âgée que la précédente, est également pour l’aide, mais pas pour tout le monde. « Moi je donne avec plaisir, pas beaucoup, mais ce que je peux. Pendant toute l’année. Mais je ne donne pas à des organismes pourris. Je donne aux gens qui sont dans la rue, ici, chez nous. Parfois je leur donne de l’argent, parfois j’achète à manger pour eux. »

Une dame dans la trentaine exerce son bon cœur sur une personne choisie : « Il y a un vieux SDF que je vois presque toujours quand je vais à la station du tram. Je lui donne un petit quelque chose tous les jours. Il est pauvre, mais toujours souriant. »

Un Monsieur dans la cinquantaine donne aussi, mais uniquement à ceux qui le « méritent » : « J’aime pas les gens qui font la manche. Ceux, par contre, qui m’offre quelque chose, un spectacle, même une chanson, je leur donne de bon cœur. Ces gens-là travaillent pour notre plaisir, et tout travail mérite salaire. »

Un membre de l’équipe de Montpellier Presse Online, s’étant arrêté près d’un jeune homme qui demande de l’argent pour la Croix Rouge, est témoin d’une scène de mécontentement. Une dame dans la quarantaine vise le jeune homme : « Vous faites ça bénévolement, n’est-ce pas ? » demande-t-elle. Le jeune consente. « Et vous faites ça, parce que vous avez bon cœur. » Le jeune hausse les épaules. « Oui », dit-il, « et parce que c’est nécessaire. Tout le monde peut avoir besoin d’aide. La Croix Rouge nous aide tous. » La dame continue : « Vous passez votre temps bénévolement dans la rue. Et les grands chefs de la Croix Rouge ? Est-ce que vous connaissez leur salaire ? » Elle fait une pause pour reprendre : « Si les directeurs de la Croix Rouge donnaient chacun deux pour cent de leur salaire, vous n’auriez pas besoin d’être dans la rue. Quatre-vingt pour cent de ce que vous recevez finit dans leurs poches. »

Un représentant de Greenpeace est déçu lui aussi. Il est dans la rue non pour collectionner des fonds, mais pour trouver de nouveaux membres. « Il y en a plein qui me disent ‘bravo’, ‘vous faites de bon travail’, qui me souhaite du courage et me demande de continuer. Mais ils n’ont pas envie de s’inscrire et de faire quelque chose eux-mêmes. Beaucoup disent aussi qu’ils seraient déjà membre de Greenpeace : si Greenpeace Montpellier avait tant de membres, on n’aurait pas besoin d’être ici pour en chercher d’autres. »

Un Monsieur dans la soixantaine rappelle le sujet de Noël. « On dit qu’à Noël, il faut donner. Mais la misère n’est pas plus grande ni plus petite à Noël. Pour les gens, ce n’est pas le moment de donner : ils doivent débourser pour des cadeaux, pour le repas de Noël, pour leurs vacances. C’est le moment où les organismes demandeurs sortent de leurs trous, mais ce n’est pas le moment pour les gens d’avoir moins de soucis. J’attends le jour où les grands maîtres de la politique et de l’économie font un geste de Noël : eux, ils peuvent se payer la pitié de Noël. Mais ça restera un rêve. »
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mardi 23 décembre 2014

Noël à Montpellier : le côté obscur

Ces Montpelliérains qui détestent Noël : agressivité et tristesse


Mardi, le 23 décembre vers 14 heures. La radio joue des airs de Noël, dans les magasins on pense aux cadeaux et au dîner du réveillon, la mère pense à son fils, l’enfant à ses parents. Les gens se promènent aux Hivernales, Noël est proche, plus proche que jamais. Une ambiance de fête s’installe à Montpellier…

Pas partout. Dans ce tram, par exemple, utilisé par une dame dans la cinquantaine, Noël est présent, mais il n’a rien de festif. « Je me suis assise à côté d’un Monsieur assez âgé, je lui donne quelque 70 ans », raconte-t-elle à l’équipe de Montpellier Presse Online. « Ce que j’ai remarqué tout de suite : il avait l’air triste. Pas la tristesse de quelqu’un qui vient d’avoir une mauvaise nouvelle, mais la tristesse profonde de quelqu’un qui ne connaît pas la joie. »

« Tout à coup », poursuit-elle, « il tire son téléphone de sa poche et commence à parler. Je comprends immédiatement qu’il parle à un banquier. » Il se serait plaint qu’il n’aurait toujours « rien vu venir » d’une certaine personne qui, évidemment, lui doit de l’argent et aurait demandé si son débiteur n’avait pas de compte d’épargne. « Il faut faire quelque chose », aurait-il dit très sévèrement à la personne à l’autre bout du fil et insisté : « Aujourd’hui même, j’ai pas envie d’attendre la fin des fêtes. Je veux qu’il soit saisi, faites le nécessaire, maintenant », aurait-il continué.

La dame raconte que, entendant ces mots, elle aurait regardé de près ce Monsieur - et découvert « tous les signes extérieurs de la richesse : des chaussures très chères, un blouson de chez Aigle… Pauvre riche. Il était surement seul pour Noël. Il avait peur de vivre un Noël solitaire, triste. C’est pourquoi il voulait gâcher le Noël d’une autre personne, probablement pauvre, mais probablement plus heureuse que lui. »

Rencontre de tram, interprétation, certes, d’une courte conversation au téléphone d’un voisin aperçu pour la première fois. La dame ne connaît pas le Monsieur, elle ne sait pas, pour quel service et depuis combien de temps l’autre personne lui doit de l’argent - et pour quelle raison il a l’air triste et agressif. Mais une chose paraît sûre : il donne à sa voisine du tram l’impression d’agressivité. Est-ce en relation avec Noël ?

Beaucoup plus tard dans un bar à Montpellier. Le propriétaire de l’établissement jette dehors un client qui, bien qu’il ne soit pas ivre, insulte les autres clients. Il menace le propriétaire, deux autres clients s’en mêlent pour s’opposer à l’homme en colère. Personne ne sait vraiment ce qui le tracasse et pourquoi il se comporte si agressivement. « C’est Noël », réagit un des clients, « les gens se sentent frustrés et deviennent agressifs. » - « Noël, ce n’est pas la joie pour tout le monde », enchaîne un autre.

Jusqu’à maintenant, personne n’a établi des statistiques sur l’agressivité à Noël. Mais les églises, les services téléphoniques d’aide et les organismes qui s’engage pour la sécurité des enfants rapportent que, pendant les jours de fête, ils auraient deux fois plus d’appels au secours que normalement. Les pompiers parlent d’une hausse impressionnante d’incendies, de cambriolages et de violence domestique.

Est-ce vraiment Noël qui rend les gens agressifs ? - Montpellier Presse Online voulait connaître l’avis des autres Montpelliérains.

« Les gens boivent trop à Noël », se plaint une étudiante qui raconte qu’elle passera la fête dans sa famille, mais qu’elle pense que « ça sera comme tous les ans. Mon frère et mon père boiront trop et ils commenceront à se quereller. Ma mère pleurera et moi j’aurai envie de partir. »  

« A Noël, les gens commencent à faire le bilan de l’année passée », commente un Monsieur dans la cinquantaine. « Et ils se rendent compte que l’année n’aura pas porté ce qu’ils ont espéré. Ils sont déçus, ils se fâchent contre le monde et eux-mêmes, et le résultat est une agressivité incontrôlée. »

«  Ce sont les enfants qui souffrent le plus de l’agressivité des adultes. On parle des yeux émerveillés des enfants - ça existe, j’en suis sûre », confirme une dame dans la même tranche d’âge, « mais pas partout. Au contraire, je pense que beaucoup de familles ne sont pas contentes pendant les fêtes, pour plusieurs raisons. Et les yeux émerveillés des enfants », ajoute-t-elle une note poétique, « se remplissent de larmes. »

« Je sais déjà maintenant que j’aurai une soirée mauvaise », explique un jeune homme. « Je suis obligé de la passer avec mes parents. Et patati et patata, comme toujours : pourquoi tu ne fais pas ceci, ta coiffure, tes vêtements, tes amis, rien ne leur plaît. Ils veulent un fils qui leur ressemble, qui vit une vie qu’ils ont rêvée, mais ratée. S’ils pouvaient me lâcher la grappe, un peu, au moins les jours de Noël. »

« Je serai avec ma belle-famille », confie une dame dans la trentaine. « Elle m’aime pas et je l’aime pas non plus. On le sait. Je mangerai, je boirai, à un moment donné je serai éméchée et les autres pourront dire ce qu’ils veulent…“

Tout cela sonne triste, trop triste. Y en aura-t-il qui seront contents le soir de Noël ? « Je passerai la soirée seule avec mon petit-fils. » La dame dans la soixantaine sourit. « On jouera, on fera des dessins et on passera une excellente soirée. »

Photos et texte : copyright Doris Kneller

vendredi 19 décembre 2014

Les Montpelliérains à Noël

Y a-t-il encore des gens à Montpellier qui sont seuls à Noël ?

Tout le monde parle de Noël, mais le business en parle le plus fort. Et tout le monde n’en parle pas dans les meilleurs termes. Ainsi, l’équipe de Montpellier Presse Online s’est demandé - et a demandé aux autres Montpelliérains - si Noël a toujours la côte dans notre ville.

« J’ai l’impression que Montpellier sera vide cette année », confie une dame dans la soixantaine avec un sourire un peu amère. « Il n’aura personne sauf mon mari et moi. Ma fille sera en Angleterre avec son mari, chez ses beaux-parents, tous nos amis seront partis également. »

La dame ne sera certainement pas la seule qui restera à Montpellier pendant les fêtes. Mais il est vrai que beaucoup de Montpelliérains préfèrent passer ailleurs les jours de Noël.

« Pour moi, Noël est toujours une fête de famille. Je vais voir mes parents, tous les ans », explique par exemple une dame dans la trentaine. Quelques autres dames de tous les âges ont l’intention de fêter avec des amies à Paris et plusieurs couples ont même l’intention de célébrer Noël séparément : « Ma femme souhaite rendre visite à ses parents », détaille un homme dans la quarantaine, « et moi je préfère aller voir les miens. Jusqu’à maintenant, c’était toujours la querelle à Noël, les parents ou les beaux-parents qui n’étaient pas contents. Mais cette année-ci, nous avons résolu le problème, chacun va voir sa famille et tout le monde est heureux. »

L’exemple de ce Monsieur semble faire école. De plus en plus de couples surtout en dessous de quarante ans envisagent une séparation pour les jours de Noël. Ils le considèrent toujours comme fête de famille, mais parlent de celle dont font partie leur parents - eux-mêmes dans le rôle de la fille ou du fils - et non du couple qu’ils ont fondu eux-mêmes. Et cela ne concerne pas seulement les couples sans enfants : « Je vais chez mes parents pour fêter Noël, avec ma fille. Maman est si contente de la voir. Mon mari préfère fêter avec des copains. Il n’aime pas Noël dans ma famille. »

Toutefois, pas tout le monde n’a une famille. « Je déteste Noël », avoue une dame dans la quarantaine. « Tous mes amis partent dans leurs familles ou restent entre eux. Comme si chacun aurait une famille, comme si c’était une loi. A Noël, je me sens littéralement coupable de ne pas avoir de famille. Et », ajoute-t-elle d’une voix plus basse, « ça me rend énormément seule. »

Que faire à Noël quand on est seul ? « Je vais au cinéma », raconte une dame d’une trentaine d’années. « Tous les ans. Le cinéma est assez vide, le soir de Noël, mais je ne suis pas la seule. Juste dommage », continue-t-elle après quelques secondes de réflexion, « que les personnes au cinéma ne communiquent pas entre elles. Je veux dire… on est tous seuls, sinon on ne serait pas au cinéma, ce soir-là. On pourrait donc aller boire un verre ensemble, après la séance, et fêter ensemble. Je rêve d’avoir le courage d’aborder une de ses personnes, mais je n’ai jamais réussi. »

Solidarité entre ceux qui sont seuls ? - « Je préférerais fêter Noël en famille, comme tout le monde », explique une étudiante mexicaine. « Mais ce n’est pas possible, je ne peux pas me payer un billet pour la Mexique. Mais ce n’est pas grave. Heureusement, il y a OVS, On Va Sortir, un site où on trouve toujours des gens qui sont prêts à faire quelque chose ensemble. Même pour Noël. »

Il y a aussi les copains. « Je suis seule, cette année », confirme une dame dans la cinquantaine. « Mon fils et sa famille font des vacances en Espagne. Mais ce n’est pas grave. J’ai été invitée par un couple d’amis. On prendra un bon repas ensemble. »

Mais ces « tout le monde » qui fêtent Noël en famille, sont-ils vraiment contents ? « Bien évidemment », confirme un Monsieur dans la trentaine. « J’ai rarement l’occasion de passer quelques jours avec ma mère. Mais à Noël, c’est sacre. A Noël, j’appartiens entièrement à Maman. »

D’autres ne partagent pas son enthousiasme comme, par exemple, une dame dans la quarantaine : « Oui, je vais voir mes parents. Je resterai cinq jours. Et je sais déjà maintenant, que je vais m’ennuyer pendant cinq jours. Mais je ne peux rien faire, Noël est trop important pour eux. » Et une autre dame d’à peu près le même âge qui, elle aussi, rend tous les ans visite à sa famille : « Noël, c’est tous les ans pareil, je me ruine. Le prix du billet, les cadeaux, et cette année, nous n’avons même pas eu de prime… J'aimerais tant rester ici et faire la fête avec mes amis. »

Un Monsieur de plus de soixante-dix ans, par contre, ne pense pas au prix des cadeaux : « Ma fille m’a invité de passer Noël dans sa famille, avec mes petit-fils et ma petite-fille. C’est la première fois, et je suis si heureux. La joie des enfants quand ils recevront leurs cadeaux me réconciliera avec la vie. »
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 3 décembre 2014

Noël et Hivernales à Montpellier

Montpellier, ses Hivernales et l'ambiance de Noël 


« Ce que j’aime en décembre », raconte la jeune Anglaise qui vit à Montpellier depuis trois ans, « c’est voir les lumières dans les boutiques, vers cinq, six heures, quand il fait déjà noir. C’est comme si chaque boutique se transforme en théâtre, avec une scène bien illuminée, et la rue est une énorme tribune où les spectateurs peuvent tout observer. »

Ambiance d’hiver à Montpellier, certes - mais les spectateurs dont parle la jeune femme ressentent-ils l’approche de Noël ? - « Non, y a plus de Noël à Montpellier », commente un étudiant qui explique qu’il a grandi dans un village en Dordogne où l’avent se passait sous le régime des crèches, des concerts organisés par les écoles et associations qui chantaient des aires de Noël, des sapins sur les places et devant les boutiques, des décorations…

Bien sûr, la Comédie a son arbre de Noël. Une dame dans la cinquantaine le commente : « Pendant la journée, il a l’air perdu. Si on ne réfléchit pas, c'est-à-dire si on ne se rappelle pas que c’est bientôt Noël, on se demande ce que cet arbre a à faire sur la place. La nuit, c’est différent. On voit deux grandes silhouettes lumineuses sur la Comédie dont une, avec un peu d’imagination, fait penser à un arbre de Noël. L’autre est une grande boule, bizarre quand il fait jour, très belle la nuit. Mais cette boule n’a rien à voir avec Noël. »

Cependant, il y a le marché de Noël, rebaptisé « Les Hivernales ». Ces Hivernales arrivent-ils à prolonger la tradition du marché de Noël à Montpellier ?

« Je préfère les Hivernales à l’ancien marché de Noël », déclare une dame dans la trentaine. « Il y a moins de kitsch, pas ou très peu de petits anges, de petits bonhommes en rouge etc. Tout cela a trop été exploité par le commerce, on en a définitivement marre. »

Un Monsieur dans la quarantaine n’est pas de son avis : « C’est dommage, mais on n’a plus l’impression que c’est Noël. Les Hivernales sont un événement purement commercial, on va toujours les mêmes stands, en hiver comme en été. On s’y promène une seule fois pour constater : ‘Ce stand, je le connais, celui-là aussi, chez tel marchand j’ai acheté un bijou il y a deux ans…’ Il n’y a plus rien qui surprend ou qui fait rêver. »

Les Montpelliérains ont-ils encore envie de rêver de Noël ? « Rêver de Noël ? » La dame dans la quarantaine sourit. « Non, je ne crois pas. Même les enfants ne rêvent plus. Ils commandent leurs cadeaux, et s’ils ne reçoivent pas assez ou ce qu’ils voulaient, ils font la gueule. »

Une jeune dame de 16 ou 17 ans est plus romantique : « J’aimerais bien vivre un Noël comme dans les anciens temps. Avec toute la famille, les grands-parents, les arrière-grands-parents, les tantes, les oncles, les cousins, tout le monde rassemblés autour de la table. On mange ensemble, on rigole, on échange de petits cadeaux. Les grands-mères tricotent des chaussettes, les enfants fabriquent des petites étoiles pour l’arbre de Noël… »

« Si j’aimais retrouver cette ambiance dans les rues de Montpellier ? », répète-t-elle ensuite la question de l’équipe de Montpellier Presse Online. « Oui, ça me plairait. Je veux dire… le marché à part, il n’y a rien qui marque l’époque de l’année. Même le marché - il y en a tant sur l’Esplanade, en été et en hiver, ça n’a rien à voir avec Noël. Pourquoi on ne peut pas regarder les gens dans la rue et voir dans leurs yeux la joie de Noël ? »

Un Monsieur dans la soixantaine ne croit pas à cette « joie de Noël. « On dit que Noël est la fête de la famille. Pour moi et des gens comme moi, Noël est plutôt la fête de la solitude. Pas tout le monde a une famille. »

Plus de petits anges, plus d’ambiance classique de Noël - mais la fête quand même. « Les Hivernales ? » s’enthousiasme un jeune homme, « je les trouves très forts. Demain soir, j’y vais faire la fête avec mes copains. » Une fête typique de l’époque de Noël ? « Non, pourquoi ? On fait la fête, c’est le principal. Peu importe quand. On se fait plaisir, c’est bien, non ? »
Photos et texte : copyright Doris Kneller

jeudi 30 décembre 2010

Les Hivernales à Montpellier : le marché de Noël

Un peu plus de convivialité et de l'artisanat ? - Ambiance à Montpellier aux fêtes de Noël

Jour de Noël à MontpellierNoël à Montpellier. Le marché de Noël sur la Comédie et l'Esplanade, les Hivernales, n'est pas encore fini. Mais aujourd'hui, aucune boutique n'est ouverte. Aucune ? - Si, une seule boutique est ouverte... et sauve l'ambiance pour ceux qui sont venus pour boire leur petit verre de vin chaud des fêtes.

Et ce n'est pas seulement le vin et le chocolat chauds qu'on trouve à ce stand qui interrompt agréablement la monotonie d'un marché de Noël aux boutiques blanches, vides, fermées. Ceux qui ont le temps et l'envie y trouvent aussi un peu de culture. Ils apprennent, par exemple, la différence entre le chocolat chaud et le chocolat viennois, ils comprennent, pour quelle raison le chocolat viennois a été rebaptisé liégeois - c'était à la première guerre mondiale où on aimait toujours bien le chocolat viennois mais n'osait pas prononcer un nom évoquant l'Allemagne -, et un enfant réalise d'une manière douce et gentille que jeter son chewing-gum par terre n'est peut-être pas la meilleure solution...

Personne ne sait ce que font les autres commerçants ce jour de Noël. Et personne n'ose les critiquer : "Eux aussi ont des familles." Mais la déception se fait bien sentir. "Un marché de Noël fermé le Noël", blague un jeune homme, et un autre ajoute : "C'est parce que le père Noël est syndiqué."

Les Hivernales à MontpellierToutefois, le marché de Noël ne manque pas trop, ce jour de fête. "On a tout vu", explique une dame avec deux jeunes enfants. "Chaque fois qu'on a traversé la place de la Comédie, on a regardé un peu." Elle sourit. "Maintenant, on connaît tout, n'est-ce pas ?" s'adresse-t-elle à son fils aîné d'environ trois ans. Une autre dame, plus âgée, est même soulagée : "Pour une fois, il ne faut pas se frayer un chemin à travers des masses", explique-t-elle.

Effectivement, pendant les semaines avant Noël, les Hivernales voyaient presque toujours des masses de visiteurs. Mais visiteurs en masse, cela correspond-il à faire de bonnes affaires ? - "La plupart des gens passaient juste pour aller de l'Opéra vers le Polygone ou du Corum à la Comédie", se plaint un commerçant. "S'ils ont un peu de temps, ils s'arrêtent parfois, mais pas pour acheter. Juste par curiosité." Et un autre : "Les gens n'ont plus de sous."

Côté consommateur, on entend des voix différentes. "Je ne regarde même plus les stands", raconte une dame dans la cinquantaine. "Je les connais tous. Ce sont les mêmes qui viennent tous les ans, en hiver pour les Hivernales et en été pour les Estivales. Et entre les deux, on les voit sur les marchés." Une autre dame, un peu plus jeune, critique surtout la nature de la marchandise : "Ces choses-là, je peux les acheter n'importe où. Je ne sais pas si l'artisanat existe encore sur les autres marchés de Noël, mais aux Hivernales de Montpellier, je ne trouve que des revendeurs." Un Monsieur dans la soixantaine est d'accord. "J'ai bien aimé les marchés où on pouvait discuter avec les artistes et artisans. À cette époque, les marchés avaient encore le flair de 'l'unique'. Ce qu'on y voyait, on ne le voyait nulle part ailleurs."

Montpellier, les Hivernales 2010Une jeune commerçante comprend la retenue des Montpelliérains. "Cette année-ci", dit-elle d'une voix un peu triste, "le marché n'a rien de convivial. Quand il pleut, les gens sont de mauvaise humeur. Et les jours de soleil, il y a toujours tant de gens qu'on ne peut pas tchatcher tranquillement. Tout le monde est stressé."

Que faire, alors ? Si les gens n'aiment plus les Hivernales, la ville de Montpellier devrait-elle les supprimer ? "Mais non", s'écrie spontanément une dame d'une trentaine d'années. "Noël sans marché de Noël, c'est comme... c'est comme Pâques sans œufs." Et une dame plus jeune ajoute : "Comment entrer dans une ambiance de Noël s'il n'y a pas d'Hivernales ?"

"Non, surtout pas supprimer le marché de Noël", déclare aussi un homme dans la cinquantaine. "Mais peut-être améliorer deux trois choses. Il faudrait, par exemple, laisser une sorte de couloir sur la place de la Comédie pour que les gens puissent passer. La place de la Comédie est un lieu de passage, on ne peut pas demander à tout le monde de plonger dans la foule et dans la préparation de Noël uniquement parce qu'il traverse la place."

Une dame d'à peu près le même âge aime bien l'idée d'un "couloir". "Je passe par la Comédie chaque jour, deux fois même, pour aller travailler. Et le fait d'être obligée de passer toujours à côté des stands et de contourner des gens qui s'arrêtent au milieu du chemin pour regarder m'a tellement fatigué que je n'ai même plus envie de profiter du marché."

Puis, on a envie de voir des artisans. "Un marché de Noël avec plein d'artisans, ça serait trop cool", propose un jeune homme, et il ajoute, avec un peu de langueur dans la voix, comme s'il se rappelait les "bons vieux temps" : "Comme autrefois. Il y a vingt ans, les marchés de Noël étaient géniaux..."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

samedi 25 décembre 2010

Père Noël à Montpellier : retraites, analphabétisme, conditions de travail...

...et si le père Noël se révoltait ? - L'intersyndicale de Noël pousse à la révolte

Père Noël à MontpellierIls ont tous des bonnets rouges, et ils ont l'air de vrais pères Noël. Mais il y a une chose qui les distingue du vieux bonhomme plein de bonté : ils ne sont pas d'accord. Ils refusent de continuer à prendre leur mal avec philosophie, à pardonner tout et à tous. Bref, les pères Noël de Montpellier, pas si gentils "que ça", se révoltent.

Leur nouveau leitmotiv : "Trop de boulot" et "faites moins de marmots !" - Des pères Noël qui souhaitent moins d'enfants ? N'aurait-on pas dit que c'est, justement, le père Noël qui aime tous les enfants et ne peux pas en avoir assez ?

Montpellier : Père Noël en révolteMais non. La bonté fabuleuse du père Noël traditionnel n'est plus à l'affiche. Trop est trop : "On a les boules." Si on regarde de près les conditions de travail de ce vieux messager de paix et porteur des sacs innombrables de cadeau, on commence à comprendre : "Cadences infernales, conditions de travail dégradées, températures de plus en plus basses." Et pire : les cheminées sont de plus en plus pourries, mais la natalité est en hausse, alors encore plus de cheminées pourries à traverser. Puis, avec toute la bonne volonté de pères Noël plus ou moins sages, ils ne supportent plus ce qu'il appellent les "enfants analphabètes" : "Marre de l'analphabétisme !" Y a-t-il un remède ? - Probablement non, mais, au moins, "Correction des lettres d'enfant !"...

Tout le monde parle des retraites ? Les pères Noël de Montpellier n'en font pas exception. Selon eux, la "retraite à 167 ans" n'est plus supportable. Le père Noël moderne exige la "retraite à 150 ans sans décote", car : "Nous ne cotiserons pas 107 ans !" Voilà....

À propos messager de paix - cette paix elle aussi fait partie des revendications des pères Noël montpelliérains. Ils se plaignent des "agressions quotidiennes pour un iPad ou iPhone". Et, si on en parle déjà : la "concurrence d'Halloween et d'Internet"... cela non plus ne doit pas durer.

Père Noël à Montpellier : les retraitesQuoi encore ? Au lieu de réduire les effectifs du père Noël - eh oui, lui aussi est concerné par la crise - il revendique le "contrôle global de la natalité" ce qui, selon les représentants montpelliérains de la profession, serait beaucoup plus logique. Et, finalement, "une véritable couverture sociale", la "pleine reconnaissance du métier et de sa pénibilité" et, pourquoi pas ? "Noël mieux reparti dans l'année", car "nous aussi avons une famille à retrouver !"

Une blague de fin d'année de la "Ligue Nationale des Père Noël", manigancée par "canal Historique" à l'appel de "l'Intersyndicale de Noël" ? - Certes. Mais, peut-être, pas si rigolote que ça...

"La 'colère unitaire' des pères Noël, c'est bien beau," dit un passant d'une cinquantaine d'années. "Nous sommes tous d'accord de rire de leurs revendications, d'accord. Mais quand on les considère plus sérieusement, le rire devient jaune."

Une dame d'une trentaine d'années ne rit pas non plus. "Les pères Noël expriment le mal qui nous tracasse tous. En ce moment, on nage dans le soi-disant bonheur, on dit qu'il est Noël et que tout le monde doit être heureux. Imaginez-vous, combien de gens ne sont pas du tout heureux ces jours-ci, et là, je ne parle pas que de Noël ?

Une autre dame, plus jeune, rit quand elle aperçoit la manifestation des pères Noël en colère, mais ensuite, elle devient sérieuse. "Le problème des retraites et des conditions de travail, on ne devrait pas l'oublier, même pas au moment où tout le monde ne pense qu'aux cadeaux."

"Y a pas de Noël, cette année-ci", déclare une dame dans la quarantaine. "Pas pour tout le monde. Et je crois pas que les pères Noël auront à se plaindre de trop de travail. Plutôt de trop de chômage", ajoute-t-elle d'un ton amer. "À une époque où les gens ne peuvent plus se payer des cadeaux, on n'a plus besoin de père Noël."

Un Monsieur dans la cinquantaine observe pour un moment les manifestants. Puis, il chuchote quelques mots à l'oreille d'un des pères Noël. L'homme à bonnet rouge sourit et ajoute une nouvelle revendication à sa "liste de colère" : "Nous revendiquons les sapins sans épines !"

Une dame elle aussi dans la cinquantaine acquiesce d'un signe de tête : "Eh oui, un travail sans épines, ce serait un beau cadeau de Noël."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mardi 22 décembre 2009

Place de la Comédie à Montpellier : deux jours avant Noël...

Noël à Montpellier : les Montpelliérains et le courage d'être heureux

Noël à Montpellier"Je sais, tout le monde dit qu'on a horreur de Noël. Mais pas moi", dit la jeune femme en ajustant ses nombreux paquets. Elle a un sourire heureux. "Moi, j'aime Noël."

Mardi 22 décembre, place de la Comédie, Montpellier. L'air est festif. Un haut-parleur diffuse les mélodies classiques de Noël. Il fait doux de nouveau, oublié le froid des derniers jours. Des gens stressés traversent le marché de Noël, d'autres traînent, regardent les stands avec des yeux brillants - ou tristes.

"Non, ne me parlez pas de Noël, s'il vous plaît", dit une autre femme, un peu moins jeune. "C'est une époque si triste. Tant de gens sont seuls. On parle d'une fête de famille - comme si tout le monde avait des familles…"

Sera-t-elle seule pour Noël ? "Non", elle sourit, "il y aura mon fils et mon copain." Ainsi, pourquoi n'est-elle pas heureuse, en pensant au réveillon de Noël qu'elle fêtera "avec un petit repas sympa, entre nous trois" ? - "Parce qu'il y a tant de gens tristes autour de moi que je n'arrive pas à être heureuse."

Montpellier, place de la ComédieNoël, une fête triste ? Une fête de solitude ? - "Il est vrai que les média exagèrent l'importance de Noël," commente un homme lui aussi couvert de paquets. "Surtout son côté commercial. Ce n'est pas normal que les gens soient obligés de s'endetter juste pour faire des cadeaux de Noël."

Ne serait-ce pas temps de revenir un peu aux idées initiales de Noël ? "Oui", répond une dame âgée, "Noël est la fête de l'amour. Et je veux montrer à mes petits-enfants que je les aime. Mais je n'ai pas besoin d'acheter des cadeaux chers pour qu'ils comprennent. Je les aime, et ils m'aiment." Toutefois, il n'y a pas tout le monde qui a des enfants ou des petits-enfants : "Je suis toujours seul", se plaint un homme d'environ 70 ans. "Noël ou pas, c'est pareil. Mes enfants ne viennent jamais me voir. Une carte, de temps en temps, ou un coup de fil, c'est tout. Ils ont fait leur vie…"

Les Montpelliérains au marché de NoëlC'est quoi, alors, Noël a Montpellier ? Une discussion sur être seul ou non, sur dépenser beaucoup ou peu d'argent ? - "Personne ne doit être seul à Montpellier", dit une autre jeune femme en souriant. "Heureusement, il y a OVS." OVS, ce fameux site "On Va sortir" qui lie les gens à Montpellier, qui les fait sortir ensemble, "qui fait en sorte que personne ne soit seul". Mais est-ce suffisant ?

"Je trouve qu'on devrait oublier toutes ces idée préconçues." C'est de nouveau un homme qui parle, d'une quarantaine d'années. "Toutes ces idées d'être seul à Noël, de s'aimer ou non, de se faire des cadeaux - ça ne sert qu'à se faire du mal. Pour les gens non croyant, c'est une journée hivernale comme une autre. Ou, au moins, ça devrait être une journée comme une autre…"

"Il a raison", répond une jeune femme qui a capté ses mots. "Mais, malgré tout, ce n'est pas facile."

"Si, c'est facile", s'en mêle une femme qui s'approche de la cinquantaine. "Il faut juste oublier ses préjugés. Et avoir le courage d'être heureux. Parce que c'est ce qui manque le plus : le courage d'être heureux."

Faut-il être courageux pour être heureux, notamment à Noël ? "Oui", consent un jeune homme, "parce qu'on a toujours tendance de penser aux malheureux, surtout à l'époque des fêtes. Et il faut faire tout pour les aider. Mais il faut aussi penser aux priorités : à ce qu'on a - une famille, une petite amie, des amis en général. Ou, tout simplement, une invitation à une fête. Tout le monde devrait être invité, quelque part. Et rire, surtout rire." Le jeune homme sourit. "Qui a dit que Noël doit être une fête sérieuse ?"

Noël à Montpellier : bonne ambiance sur la Comédie et l'Esplanade
Marché de Noël : Montpellier se prépare
La ville de Montpellier à l'ère "avant"... le marché de Noël
Photos et texte : copyright Doris Kneller