vendredi 2 janvier 2015

Montpellier : fraude dans les trams et bus ?

L'action "Halte à la fraude dans les transports !" signée par Philippe Saurel

Cela fait quelques semaines que, à toutes les stations de tram, on peut lire « Halte à la fraude dans les transports ! » Le message est signé par Philippe Saurel, le maire de Montpellier.

Scénario vécu par hasard d’un membre de l’équipe de Montpellier Presse Online à une station de la ligne 2 : Deux Anglaises, probablement mère et fille, regardent le panneau sur la fraude dans les transports, la fille traduit le texte à sa mère. D’abord, la mère ne réagit pas. Mais après quelques minutes de réflexion, elle commente : « Je ne comprends pas les habitants de Montpellier. Pourquoi ont-ils besoin de frauder ? Ne peuvent-ils pas être honnêtes ? »

Peu importe quelle était l’intention de Philippe Saurel lorsqu’il a autorisé l’action contre la fraude dans les trams et bus, de toute manière, elle fait mauvaise impression sur les touristes - et sur les habitants de la ville. Montpellier est-ce vraiment une ville remplie de fraudeurs ? - Montpellier Presse Online a interrogé les Montpelliérains pour connaître leur opinion sur l’action du nouveau maire.

« Ce matin j’ai pris le tram vers 7 heures 30, le bleu, direction Mosson », raconte un Monsieur dans la trentaine. « Je suis allé au travail, comme tous les jours. Mais il y en a beaucoup qui font le pont - le tram était donc presque vide. On était peut-être trois personnes dans le tram. A la place de l’Europe, il y avait huit contrôleurs qui se sont précipité dans la rame - pour contrôler trois personnes. C’est vraiment pas logique. Pensent-ils vraiment que les fraudeurs se trouvent dans le tram à 7 heures 30, surtout pendant les fêtes ? Si on calcule les frais pour les contrôleurs, beaucoup de Montpelliérains pourraient prendre le tram gratuitement. C’est la raison pour laquelle le tram est si cher que certaines personnes ne peuvent pas le payer : les frais pour les contrôleurs sont trop élevés. »

Le Monsieur ajoute qu’il « souhaite exprimer son indignation » au sujet des panneaux de Philippe Saurel. « C’est pas nous les fraudeurs », proclame-t-il.

Il y a d’autres Montpelliérains qui sont aussi fâchés que ce Monsieur. « Le maire nous parle de fraude », se plaint une dame dans la cinquantaine. « Mais la TaM est plus fraudeur que nous, les voyageurs. Hier, j’avais besoin d’un ticket à la dernière minute - mon tram est arrivé, j’étais pressée, et j’avais oublié ma carte. Pour ne pas ‘frauder’, j’ai donc décidé d’acheter au distributeur un ticket pour un voyage. Mais quelle surprise : pas seulement que le distributeur ne me rend pas ma monnaie - il ne me donne pas de ticket non plus. Il m’a volé mon argent. »

Une autre dame, d’une dizaine d’année plus jeune que la précédente, a une autre histoire à raconter : « J’ai accompagné ma sœur à la gare, en tram. Moi j’ai mon abonnement annuel, mais ma sœur avait besoin d’acheter son ticket. Mais dans le tram, les bornes de validation ne fonctionnaient pas - elle avait donc payé pour rien. Elle habite loin et vient très rarement à Montpellier, peut-être une fois par an, elle pourra donc pas réutiliser son ticket. Je trouve que ce n’est pas normal : si les bornes de validation ne fonctionnent pas, on devrait mettre hors service les distributeurs de tickets. »

Un Monsieur, également dans la quarantaine, raconte à peu près le contraire : « La fraude consiste dans le comportement des contrôleurs    http://gens-de-montpellier.blogspot.fr/2014/12/greve-des-trams-et-des-bus-montpellier.html   . Il y a quelques semaines, ma femme voulait acheter un ticket au distributeur, mais la machine était en panne. Elle ne pouvait donc pas acheter son ticket. Logiquement, elle a été contrôlée juste ce jour-là. Elle a expliqué au contrôleur pour quelle raison elle n'a pas acheté de ticket - mais le contrôleur s’en foutait. Elle était obligée de payer une amende. En plus, il l’a traitée comme une criminelle. C’est pas notre faute si la TaM ne prend pas soin de ses distributeurs. Je trouve que c’est la fraude : on ne nous donne pas la possibilité de payer et après, c’est nous les coupables… »

La ville de Montpellier paraît être remplie de personnes qui sont déçues de l’administration des trams et bus ou qui sont même en colère. « J’ai pris le tram à la gare », s’énerve par exemple une dame dans la cinquantaine. « Je suis montée et j’ai validé mon ticket. Mais le tram ne bougeait pas. Cinq minutes plus tard, le conducteur nous a dit de descendre à cause d’un problème technique. J’ai décidé d’aller à pied et je lui ai demandé de me rembourser mon ticket. Il a refusé. Je voulais donc une signature pour prouver que mon ticket est validé pour rien. Il a encore refusé. C’est du vol. La même chose m’est arrivée à Londres, et le conducteur a immédiatement remboursé tous les tickets, sans discuter. »

« Si je pense que les Montpelliérains sont des fraudeurs ? » répète une dame d’à peine trente ans. « Si vous voulez mon opinion : Monsieur Saurel ne sait pas ce qu’il dit. Pourquoi il ne dénonce pas plutôt la fraude de la TaM ? Halte à la fraude des transports, je dirais plutôt. L’année dernière, j’avais acheté un ticket à dix voyages qui n’a plus fonctionné après trois ou quatre utilisations. Je suis donc allé à l’agence. L’employée a pris mon ticket et promis que les voyages non utilisés seraient remboursés. Elle a pris mon adresse et tout - et j’ai plus jamais entendu parler de mon ticket… »

Mais il y a aussi quelques Montpelliérains qui sont du côté du maire. « Il a raison », dit une dame dans la quarantaine. « Les jeunes ne paient pas, et après ils se plaignent que les prix montent. C’est tellement formidable d’avoir un système comme les trams qu’il ne faut pas le mettre en péril. »

Un Monsieur d’à peu près le même âge est du même avis : « Si le maire a fait imprimer ses panneaux, il a sa raison. Il y a certainement trop de gens qui ne paient pas. Les jeunes, j’imagine, qui ont besoin de leur argent de poche pour autre chose. Pour leurs portables, par exemple. »

Une dame dans la cinquantaine est également de cette opinion, mais elle ajoute une autre réflexion : « Il est vrai qu’il y en a qui ne paient pas. Mais je suis persuadée que beaucoup de personnes ne peuvent pas payer, sinon ils le feraient. Les chômeurs peuvent demander un abonnement pour trois euros, mais il y a d'autres qui ne font pas vraiment partie du système. De plus en plus, même, je dirais, et pas seulement les SDF. Ceux-là n’ont pas d’abonnement de chômeur et pas l’argent pour payer non plus. »
Photos et texte : copyright Doris Kneller

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