mardi 27 janvier 2015

Montpellier : le Cinéma le Royal ferme ses portes

Le deuil des Montpelliérains: 134 ans d'histoire du Cinéma le Royal


« J’ai adoré les sièges du Cinéma le Royal », se rappelle une dame dans la quarantaine, « ils étaient très agréables. Je pouvait rester assise pendant des heures sans avoir des courbatures. Mais », ajoute-t-elle avec une voix triste, « j’aurais peut-être dû y aller plus souvent. »

La dame parle de son souvenir en utilisant le passé. Car désormais, un des symboles les plus réputés de Montpellier n’existe plus : le Cinéma le Royal a définitivement fermé ses portes. Après 134 ans de projection de films et d’histoire de cinéma montpelliérain, il ne reste qu’un « grand trou culturel dans la rue Boussairolles, à côté de la Comédie », comme l’exprime un Monsieur de quelque cinquante ans.

Les Montpelliérains cinéphiles sont en deuil, les institutions culturelles de Montpellier ne sont plus au complet. « Comment est-ce possible qu’un cinéma qui existe depuis », la dame d’une trentaine d’années hésite, « j’imagine les débuts de l’histoire du cinéma, comment peut-il ne plus travailler, du jour au lendemain. »

C'est la question que se posent beaucoup de Montpelliérains. Ils ont bien vu que, depuis octobre dernier, le cinéma restaient fermé, mais « j’ai pensé », réfléchit un étudiant, « que ce n’était que temporaire. Je me suis dit qu’on y fait des travaux du mise à norme, comme au Diagonal il y a quelques ans. Mais qui aurait pu prévoir que la fermeture est pour de bon ? »

« Quand j’étais toute petite », se souvient une dame dans la soixantaine qui, comme elle l’explique, est née à Montpellier et n’a jamais quitté Montpellier, sauf pour bronzer à la plage de Carnon ou faire quelques petites vacances en Espagne, « je suis déjà allé au Royal. A l’époque, l’entrée ne coutait pas cher, ma mère pouvait me le payer pour me récompenser quand je travaillais bien à l’école ou, aussi », elle sourit, « pour se débarrasser de moi et être un peu tranquille. »

L’étudiant et la dame dans la soixantaine n’ont pas tort. Le bâtiment, toujours admiré par ceux qui le découvrent la première fois, date du 19ème siècle, et le cinéma a projeté son premier film vers 1880. Mais cela ne veut pas dire qu’il s’est reposé sur son statut de « monument » : il était le premier cinéma à Montpellier - et un des premiers dans toute la France - qui a appliqué la technique du son THX et Domby Stéréo, la 3D et, enfin, le numérique.  

Ce n’est donc pas faute d’installations modernes que le cinéma le Royal a fermé ses portes. « Si vous me demandez », dit un Monsieur dans la cinquantaine, « il ferme à cause des multiplexes. Dans le papier collé sur la porte du Royal on a parlé de problèmes techniques. Mais je n’y crois pas, c’est certainement une excuse pour ne pas révolter les gens. En vérité, ils n’ont pas pu tenir contre les multiplexes. Au lieu de soutenir le vieux cinéma au centre de Montpellier, les gens vont à l’Odysseum pour voir leur film, perdus dans la foule, dans un bâtiment triste et anonyme. »

Les pertes dues aux deux multiplexes de Montpellier - à l’Odysseum et à Lattes - jouent certainement un rôle dans la fermeture du Royal, mais ce n’est pas la seule raison. Une dame dans la cinquantaine semble bien informée : « J’ai lu que les inondations d’octobre dernier ont donné un coup au bâtiment du cinéma le Royal. Il semble qu’il est devenu dangereux. Pour continuer, le cinéma devrait donc entamer des travaux importants. J’imagine que ses propriétaires n’ont pas les moyens suffisants. »

Un Monsieur d’à peu près le même âge, bien informé lui aussi, voit le problème d’un autre point de vue. « Il y a des choses que je ne comprends pas. Si la fermeture du cinéma est due à un problème de bâtiment, il suffit de faire les travaux de réparation. Normalement, tous les bâtiments sont assurés, l’assurance devrait donc payer la facture. Les responsables ne veulent-ils pas plutôt profiter de la situation pour finir avec une entreprise qui ne portait plus grand-chose ? »

Une dame d’une quarantaine d’années a également entendu parler de la nécessité d’entamer des travaux. « Le cinéma le Royal n’est pas un multiplexe », admet-elle, « il n’y a pas énormément de finances en jeu. Le cinéma accueille moins de monde, les recettes sont donc plus petites, peut-être pas suffisants pour les travaux. Mais à quoi servent la ville, la région, l’état ? N’oublions pas que ce cinéma est un monument de la culture montpelliéraine. Il serait donc normal qu’on fasse tout pour le conserver. Mais non - la ville et la région dépensent leur budget pour le foot, le Stade à la Mosson. Logique, le foot est plus important que la culture. Ou y a-t-il peut-être plus d’argent à gagner avec le foot qu’avec les films ? »

Quoi qu'il en soit, les Montpelliérains sont tristes. « Au Royal, on avait toujours les films les plus actuels », se plaint un étudiant. « On n’avait pas besoin de sortir de la ville pour voir les derniers films, sa situation à la Comédie était si pratique. » Et une dame dans la quarantaine proclame : « Ils l’ont voulu, je ne vais plus au cinéma. Je n’aime pas les multiplexes, le Gaumont à la Comédie est trop cher et je n’aime pas toujours sa programmation. Reste le Diago. Mais là, les chaises sont trop inconfortables. »
Photos et texte : copyright Doris Kneller

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