vendredi 5 août 2011

Les Estivales à Montpellier - une force économique

Les Estivales de Montpellier, le vin de la région et la musique du monde : Montpellier en fête

Les Estivales à Montpellier"J'aime Béziers", dit le Monsieur d'environ quarante ans qui habite la ville depuis son enfance. "C'est une ville où on peut travailler et avoir des amis. Mais", ajoute-t-il, "pour faire la fête, elle n'est pas idéale - à part la Féria, il n'y a strictement rien. C'est pourquoi, pour faire la fête, on va à Montpellier."

Montpellier, ville de la fête où les nuits sont dominées par le rire et par la musique. Où on danse et chante sur la Comédie qui ne semble jamais dormir. Et où, les vendredis, les Estivales remplissent l'Esplanade Charles de Gaulle de musique, de spécialités culinaires, de vin et d'une foule de Montpelliérains et d'amis de Montpellier qui sont venus pour faire la fête.

À première vue, tout est mis en place pour rendre les gens heureux. Mais la fête à Montpellier ne cible pas seulement le bonheur des Montpelliérains et des visiteurs. Elle sert aussi à soutenir l'économie locale. Car faire la fête, cela rime avec argent... aussi à Montpellier.

En principe, personne n'est obligé de dépenser un cent. Un peut se promener dans la foule joyeuse, regarder les stands, s'asseoir à une table, boire son propre vin et manger son "pique-nique". La musique est gratuite pour tout le monde, et danser ne coûte que la sueur qui coule avec l'effort plaisant à une soirée d'été montpelliéraine ...

Malgré cela, aux Estivales, les affaires marchent. Il y a 50 stands qui fournissent la nourriture de tout genre. Certains étaient déjà présents en 2008, à la première édition des Estivales à Montpellier. Et ils ont l'intention de venir aussi en 2012. "Ç vaut la peine d'être ici", sourit un Monsieur qui vend des gâteaux. "Les gens reconnaissent la bonne qualité."

Bien sûr, ses gâteaux sont bons - ce qui n'est pas étonnant, vu que la ville soumet les produits des Estivales à une contrôle de qualité... et de prix. On a le droit de gagner de l'argent, mais personne ne peut exagérer. Mieux encore est la situation aux stands des 35 vignerons qui sont présents à Montpellier les vendredis d'été. Chaque semaine, ils vendent 11.130 verres à quatre euros par unité - même partagée par 35, la somme n'est pas à négliger : 1272 euros, en moyenne, par vigneron, dans une seule soirée. Personne n'est étonné, alors, qu'aux heures des Estivales, il y ait tant de foule autour des stands des vins que les bouteilles sont à peine visibles....

Faire la fête à MontpellierMais les Montpelliérains et leurs visiteurs ne consomment pas seulement les verres : en moyenne, 7000 bouteilles de vin sont vidées au cours d'une soirée d'Estivales. Cela signifie-t-il qu'à Montpellier, quand on fait la fête, on boit beaucoup ? - Les chiffres se relativisent quand on les compare avec le nombre de visiteurs : 30.000 fêtards peuplent l'Esplanade les vendredis soirs... et les chiffres records du mois d'août ne sont même pas encore atteints. 30.000 personnes qui se partagent 7000 bouteilles, cela fait moins de deux verres par personne.

Ce n'est donc pas le vin qui attire les Montpelliérains aux Estivales - au moins pas en quantité : "On peut déguster de différents vins, des vins que, normalement, on ne découvre pas", commente une Montpelliéraine d'une trentaine années qui, comme elle dit, vient "presque chaque semaine". "C'est pourquoi j'aime venir ici." Un Monsieur d'une quarantaine d'années est du même avis. "On habite à Vendargues, je dois donc conduire ce soir. Mais c'est pas grave, on n'a pas besoin de boire des masses. Ce qui fait plaisir, c'est déguster les différents vins de la région."

Le vin est-il l'attraction principale des Estivales ? - "La musique", répond une jeune dame à la question de l'équipe de Montpellier Presse Online, et ses trois copines lui donnent raison. "La convivialité", constate un homme d'une trentaine d'années. "Ici, on peut parler avec tout le monde sans que personne se fâche. Ça devrait être pareil dans la vie de tous les jours."

Musique aux Estivales de Montpellier"J'aime les Estivales", déclare une touriste anglaise d'à peu près le même âge. "Dans le Sud de la France, on sait faire la fête. Les gens ont tous des mines heureuses. Tout le monde sourit. La musique est bonne. Et", elle lance un petit rire, "le vin aussi."

Les "anciens" ont des critiques quand même. "J'ai préféré les tables des autres années", dit une Montpelliéraine d'une cinquantaine d'années. "Cette fois-ci, on n'a que de petites tables. Les grandes tables des autres années étaient plus conviviales. Elles incitaient les gens à faire connaissance." Le nombre des stands non alimentaires suscite aussi l'étonnement et des critiques : "Avant, il y avait plus de stands. J'aimais bien faire le tour entre les bijoux, les vêtements et tous les autres produits artisanaux. Mais cette année-ci, il n'y a presque rien. J'imagine qu'ils n'ont pas vraiment vendu grand-chose."

"J'aime la diversité de ce qu'on peut acheter aux Estivales", explique aussi une autre dame, un peu plus jeune que la précédente. "Les petites choses à manger de toutes les régions et de tous les pays, les vins pour tous les goûts... Mais pour le reste, l'offre n'est pas très diversifiée. C'est toujours les mêmes stands qui viennent, au Marché de Noël, aux Estivales. La première fois, c'est intéressant, mais puis, plus rien de nouveau."

La musique, par contre, reste nouvelle. "Des groupes formidables", s'extasie un Monsieur d'une cinquantaine d'années. "C'est la première année que je suis ici, mais ça me plaît énormément. Je ne sais pas qui choisit les groupes, mais la personne a bon goût. Elle sait ce qu'il faut pour faire la fête. Et quant au vin", un petit clignement d'œil, "à la fin de la saison, je pourrai faire une fête chez moi avec les verres des Estivales 2011."
Photos et texte : copyright Doris Kneller


lundi 25 juillet 2011

Les luthiers de Montpellier : ville de la lutherie

Exposition des onze ateliers de lutherie à Montpellier

Les luthiers de MontpellierMontpellier ville internationale, Montpellier ville qui prend l'écologie au sérieux, Montpellier ville étudiante, Montpellier ville près de la Méditerranée... Les Montpelliérains, demandés de donner un attribut à leur ville, n'hésitent pas à nommer des traits "typiques". Une valeur, par contre, quoique connue dans certains cercles de Hong Kong, Shanghai ou Berlin, n'effleure même pas l'esprit de la plupart des Montpelliérains : Montpellier ville de la lutherie.

À première vue, il semble étrange qu'une ville relativement petite comme Montpellier héberge onze ateliers de lutherie. Il est vrai que la ville était toujours ouverte à la musique et que, grâce à la réputation de l'Opéra-Comédie - et, plus tard, à celle de l'opéra du Corum -, des musiciens internationaux fréquentent Montpellier depuis des siècles. Mais cela n'explique pas pourquoi les Montpelliérains peuvent compter parmi eux plus de luthiers par tête d'habitant que les autres villes en France.

La raison : un autre trait "typique" de Montpellier - son ouverture. Michel Proulx, archetier à Montpellier, raconte comme, à la fin des années 1960, la profession du luthier était presque en voie de disparition. Ce qui ne veut pas dire qu'on ne trouvait plus d'ateliers de lutherie. Toutefois, ils avaient abandonné leur vocation classique, la construction de violons.

"À cette époque", se rappelle Michel Proulx, "un violoniste n'aurait jamais eu l'idée de jouer d'un nouvel instrument." Dans les concerts, on n'entendait que les anciens violons, dont la plupart, fidèlement à la tradition des Stradivari, ont été construits en Italie. Autour de ces anciens violons, un marché de réparation s'était établi - les luthiers n'était plus là pour construire de nouveaux instruments, mais pour en réparer les anciens. "Ceux qui en fabriquaient encore ne les vendaient plus."

Les violons fabriqués à MontpellierCependant, au début des années 1970, la situation a changé. De plus en plus de jeunes luthiers avaient envie de construire de nouveaux instruments, et de plus en plus de jeunes violonistes ne voyaient plus de sens dans cette contrainte de se servir d'anciens violons - qui, logiquement, devenaient de plus en plus chers et, par conséquent, hors de portée d'un artiste débutant. D'un autre côté, la qualité des instruments fabriqués en usine n'était pas suffisante pour eux. Ainsi, l'idée de leurs amis luthiers leur plaisait bien : disposer de nouveaux violons d'une qualité comparable avec celle des anciens.

Le concept semblait bien, mais les jeunes luthiers n'avaient pas compté sur leurs collègues établis depuis longtemps qui, face au nouveau développement, ont vite pris la décision de défendre leur moyen de subsistance - la réparation d'anciens violons. Ils avaient peur de leurs jeunes collègues : s'ils n'arrivaient pas à les décourager avant qu'ils implantent l'idée de nouveaux violons dans l'esprit des musiciens, ils perdraient une bonne partie de leur marché.

Ainsi, les luthiers déjà établis ont réussi dans beaucoup de villes à empêcher les jeunes à ouvrir leurs ateliers. Les membres de la nouvelle génération se sont donc mis à la recherche d'une ville plus ouverte où on les laisserait travailler tranquillement : et ils sont tombés sur Montpellier.

Michel Proulx ne fabrique pas des violons, mais des archets. "Un travail plus technique et plus précis que la construction d'un violon", explique-t-il. Au contraire des jeunes luthiers qui se réfèrent toujours aux maîtres italiens - Stradivari, Guarneri etc. -, la réputation des meilleurs archetiers du monde revient à la France. Mais avant de se consacrer entièrement aux archets, Michel Proulx a appris à fabriquer des instruments.

Les archets de MontpellierC'était en 1973 qu'il s'est adressé à un maître luthier pour avoir quelques conseils concernant la construction d'un instrument de musique. Mais le maître l'a vite persuadé d'entamer un véritable apprentissage. Après quelques années de fabrications d'instruments, il s'est tourné vers la théorie et a passé une maîtrise en histoire. Toutefois, le travail manuel lui manquait et il cherchait un nouveau défi. Ainsi, à 50 ans, il pouvait s'appeler "jeune archetier", comme il dit avec un sourire.

Mais luthier ou archetier, pour vivre, il ne suffit pas de fabriquer des instruments - il faut aussi les vendre. Une grande partie de leur travail consiste à visiter les foires internationales et à rencontrer des musiciens de partout dans le monde - à Shanghai, les violons de Montpellier font référence, et à Berlin, on utilise les archets de Michel Proulx. L'archetier est bien "équipé" pour ces rendez-vous internationaux : il parle six langues - le français, l'italien, l'allemand, l'anglais, l'espagnol et même le néerlandais.

Toutefois, il n'est pas le seul génie de langues parmi ses collègues. Wolfram Neureither, un jeune luthier allemand qui vit à Montpellier depuis presque 20 ans communique également en trois langues. "L'anglais", explique-t-il, "est standard chez les luthiers." Et même l'allemand est utile : "En Asie, j'ai rencontré beaucoup de musiciens qui ont étudié en Allemagne."

Le chemin de Wolfram Neureither est un peu plus "direct" que celui de Michel Proulx. À; 10 ans, il jouait déjà du violon. À cette époque, sa mère lui a offert un livre sur la lutherie et, immédiatement, il a pris sa décision : "Je me suis dit que c'est bien comme boulot", commente-t-il avec un sourire un peu timide. Plus tard, le jeune musicien a fait des études en Angleterre pour, finalement, créer son atelier à Montpellier.

Selon Wolfram Neureither, il n'est pas obligatoire de jouer du violon pour devenir luthier. Mais il faut s'intéresser à l'architecture, à la peinture, aux autres cultures et, bien sûr, avoir l'oreille. Et, surtout, il faut avoir l'esprit ouvert, prêt à communiquer avec des gens de tous les pays et tous les milieux. "L'esprit d'un luthier", philosophe Michel Proulx, "est comme un parachute : il ne fonctionne que quand il est ouvert."

Actuellement, la Maison des relations internationales à Montpellier héberge une exposition des violons et archets fabriqués à Montpellier, organisée par l'association "Luthiers à Montpellier". L'objectif n'est pas commercial - les luthiers et archetiers de Montpellier sont si connus qu'ils ne manquent jamais de travail - mais une "exercice de relation avec le public". "Le plaisir", selon Wolfram Neureither, "de faire comprendre notre métier et d'être reconnus..." ...non seulement en Chine ou en Allemagne, mais aussi à Montpellier.
Photos et texte : copyright Doris Kneller
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mercredi 13 juillet 2011

Montpellier centre : bus, travaux, faire la fête et le respect des voisins

Micro-trottoir : la qualité de la vie au centre de Montpellier

Les bus en Montpellier centreSamedi après-midi, rue Levat, une petite rue près de la gare de Montpellier. Comme partout, les habitants du coin passent le samedi au repos, d'autres discutent ou regardent la télé. Le niveau sonore est "normal" - les fenêtres grand ouvertes dans l'espoir qu'un brin d'air courant entre dans les appartements font entendre les bus qui peinent dans les rues étroites du centre, les travaux, les enfants qui jouent et les mères qui crient sur leurs enfants...

Bref, un samedi après-midi en centre ville de Montpellier absolument ordinaire. Jusqu'à ce que, tout à coup, le bruit "ambiant" soit effacé par un déluge de musique rock. Une musique si forte que, dans quelques appartements, les conversations se meurent - on ne s'entend plus.

La source du vacarme est vite tracée. Une boutique a sorti les baffles pour accompagner un défilé de mode sur un des petits trottoirs qui ne sont pas bloqués par les travaux. Des habitants du quartier rouspètent, d'autres se plaignent, mais personne ne "fait" quelque chose.

"Ils ont certainement la permission de la ville", réfléchit un Monsieur d'une cinquantaine d'années, "sinon ils n'oseraient pas. - "Pas sûr", répond une dame d'à peu près le même âge, "mais de toute manière pas à ce volume." - "La mairie en serait capable", s'en mêle une dame un peu plus jeune que l'autre. "Ces messieurs dames habitent des villas climatisées, pas un petit appartement au centre où on a besoin d'ouvrir les fenêtres pour respirer."

Changement d'heure et de scénario. Il est lundi, 23 heures, dans la rue d'Alger. Beaucoup d'habitants dorment déjà, prêts à travailler tôt le lendemain. Mais tout à coup, ils se réveillent en sursaut. La rue est éclairée par des lumières aveuglantes, et l'air est rempli par le bruit d'une tractopelle.

Une habitante de la rue qui est obligée de partir travailler à sept heures - "mon chef ne demande pas si les décideurs des travaux me permettent de dormir... Si mon travail n'est pas satisfaisant, je perds mon poste" - refuse de se montrer compréhensible. "Je comprends que les travaux sont plus faciles la nuit, quand il n'y a pas beaucoup de monde dans la rue", confie-t-elle le lendemain à l'équipe de Montpellier Presse Online. Puis elle rigole amèrement. "C'est un peu normal, Parce que la nuit, les gens dorment. Ou, justement, ils ne dorment pas, à cause des travaux nocturnes. Je trouve que c'est", elle hésite, "on ne respecte pas les gens." Et elle répète : "Non, on ne nous respecte pas du tout."

Embouteillages à MontpellierLe respect - ou, plutôt, le manque de respect - tracasse aussi une autre Montpelliéraine qui vit au centre ville. "Ça fait plus de dix ans que j'habite ici", raconte-t-elle. "Et avant, c'était assez sympa. Mais maintenant, il y a deux choses qui gâchent tout : les travaux et les gens qui ont de moins en moins de respect."

Côté travaux, les habitants du centre ville sont conscients que le gène est temporaire. Cependant : "Temporaire, je veux bien", se fâche une dame d'une soixantaine d'années. "Mais on parle pas de quelques jours, mais de plusieurs années. Et du bruit et du chaos qui dure plusieurs années, c'est inconcevable."

La dame ne parle pas des embouteillages - "je n'ai pas de voiture" - mais des problèmes des piétons. "Les trottoirs sont bloqués par les travaux ou les gens qui attendent des bus. Il y a des bus partout. Et le pire c'est qu'ils ont enlevé les feux aux passages pour piétons. On ne voit plus, si une voiture est censée s'arrêter ou non. Mais la voiture, comme le feu marche de son côté, ne peut pas savoir que le piéton ne sait pas... C'est si dangereux..."

Les piétons qui ont besoin de passer par la rue Pagézy parlent aussi de danger. "Le trottoir est tout le temps bloqué par les gens qui attendent les bus. Et quand un bus arrive, ils foncent sans regarder. Et on ne peut pas marcher dans la rue, à cause des bus", se plaint une dame dans la quarantaine qui prend tous les jours la rue Pagézy pour joindre la Comédie. Mais une dame un peu plus âgée voit encore un autre problème. "Le trottoir dans la rue Pagézy est très mauvais. Il est plein de trous. Une fois, j'ai vu tomber une dame. En tombant, elle est glissée sur la chaussée. Mais elle a eu de la chance : elle a pu se lever juste avant qu'un bus apparaisse au coin de la rue, à peine dix mètres plus loin. Les bus roulent toujours si vite, je doute qu'il aurait pu s'arrêter... La ville fait tant de travaux 'prestigieux', mais jamais un sous pour les piétons. Elle pourrait quand même faire un effort pour arranger les trottoirs pleins de trous."

Un Monsieur qui habite la rue Durand ne se plaint pas seulement des bus. "On n'a jamais vécu un été si affreux que celui-ci", constate-t-il. "Si on veut être tranquille, il faut profiter de la nuit entre quatre et sept heures - on a trois heures pour dormir, pas plus." Et il trace un "horaire du bruit" du centre ville : "À partir de sept heures, les enfants commencent à crier et on entend les mères désespérées avec leurs "assez" et "arrête" finalement plus bruyants que les enfants. Vers neuf heures, les travaux recommencent, et là, tout essai d'entendre autre chose devient impossible. Et tout le temps, tout le temps, on entend les bus. Le soir, quand les travaux s'arrêtent enfin, les fêtes commencent."

Les "fêtes" gênent aussi d'autres personnes. "Avant, les gens ont annoncé leurs fêtes." raconte une dame dans la cinquantaine. "C'était des jours spéciaux, comme des anniversaires. Mais entre-temps, ils font la fête tous les jours, et l'un crie plus fort que l'autre. Si, à trois heures le matin, on se plaint, ils rigolent. On peut pas compter sur la police, parce qu'elle dit qu'il faut faire appel au syndic. Et le syndic, il n'en a rien à faire..."

Un Monsieur qui a la même expérience essaie d'analyser le phénomène. "C'est une question de respect. Mais avec tous leurs problèmes, les gens perdent le respect. Entre le chômage et la vie dans une ambiance désagréable et pleine de bruit, on perd son respect - de soi-même et des autres. En face de moi", poursuivit-il, "j'ai une voisine dont la télé est allumée jour et nuit. Elle met le son si fort que j'entends tout, les pubs, les films, tout. C'est désespérant. Pas une minute de pause, jusqu'à tard la nuit. J'ai parlé avec elle plusieurs fois, et chaque fois, elle a promis de baisser le son - mais elle ne le fait jamais. C'est cela la perte du respect."

"Ce qui me fâche le plus", raconte un Monsieur dans la trentaine, "est qu'ils disent toujours qu'ils travaillent pour améliorer la vie à Montpellier. Je ne sais pas ce qu'ils veulent améliorer - mais on peut être sûr que, s'ils parlent d'améliorer, on a une longue phase d'ennuis devant nous. Et on ose encore parler de qualité de vie à Montpellier."

Les gens vont-il retrouver le respect de leurs voisins quand, après la fin des travaux, ils auront la possibilité de vivre de nouveau dans une ambiance plus tranquille ? - "On verra", répond le Monsieur, "on peut toujours espérer..."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 6 juillet 2011

Flamenco à Montpellier : Constant Aubry, Jimmy Espinas et leur "bande" de guitaristes flamencos

Les guitares flamencas et la bodega Al-Ándaluz à Montpellier

Consant Aubry, guitariste flamenco à Montpellier"Je vais profiter de la pause", remarque Constant Aubry, "pour jouer seul à la guitare." Et il ajoute avec un sourire un peu timide : "J'ai envie de jouer."

Mais le guitariste ne reste pas longtemps seul sur scène. Quelques minutes plus tard, un ami se joint à lui. D'abord, il chante doucement, comme s'il ne voulait pas déranger ou comme s'il cherchait à s'adapter au son de l'autre musicien. Les deux échangent un regard - un de ses regards de convenance comme juste les musiciens complices peuvent les échanger -, le deuxième prend une des guitares abandonnées par les autres musiciens, et c'est parti. Le public qui voulait utiliser la pause pour prendre l'air ou fumer une cigarette renonce à son projet. Personne ne veut rater l'échange musical des deux amis.

Il fait chaud au "Al-Ándaluz", une petite bodega à côté de la place de la Comédie à Montpellier. Les dames agitent les éventails, les hommes les empruntent de temps en temps. Mais personne ne se plaint. On pourrait sortir, prendre un verre sur la terrasse - mais là, la musique est moins forte... et on ne peut pas voir l'expression de l'amour et de la passion sur les visages des musiciens.

Flamenco Al Andaluz, MontpellierConstant Aubry, Jimmy Espinas - "Jimmy el Gitano Poéta" - Jango, Pepito el Mundo, Titi el Carmelito ou, parfois, aussi Patchai Reyes Gipsy King et leur bande d'amis et de cousins fadas du flamenco qui se donnent rendez-vous au "Al-Ándaluz" ne présentent pas de spectacle. Ils font de la musique parce qu'ils en ont envie. Et les gens qui se sont arrêtés au petit bar pour prendre un verre - ou parce qu'ils connaissent Constant Aubry et ses amis et aiment le bon flamenco - ont le droit d'écouter.

"C'est grâce à des amis que j'ai découvert le 'Al-Ándaluz'", raconte une jeune femme qui vient plusieurs fois par semaine pour écouter le flamenco. "Quand ils m'en ont parlé la première fois, je n'étais pas très enthousiaste. En général, les bars français qui font le flamenco, ça n'a rien du vrai. Mais ici, c'est différent. Ils ne 'jouent' pas le flamenco, ils le vivent."

Pendant vingt ans, Constant Aubry, le compagnon de Sophie Poujol, la patronne du "Al-Ándaluz", était marié avec une Gitane. Elle lui a ouvert son monde - un monde qui, pour le guitariste, consistait en musique ou, plutôt, en flamenco. "Pendant ces années", révèle-t-il, "j'ai appris ce qui est le flamenco. Et à jouer à la guitare."

Montpellier Flamenco : Jimmy Espinas et pèreToutefois, jouer le flamenco n'est pas un art qui tombe du ciel, même si on a tant de talent et si on est si sensible que Constant Aubry. "J'ai beaucoup travaillé ", confie-t-il à ses amis. "Et parfois, j'ai souffert. Jouer à la guitare, c'est une passion, mais une passion qui n'est pas toujours facile."

Entre eux, ils parlent français, catalan, castillan, comme si, pour un musicien flamenco, la maîtrise de plusieurs langues était quelque chose de "normal". Ils sont tous des amis, des cousins, des frères, et la musique est "léguée" de père en fils. Comme pour Jimmy Espinas, d'origine catalane, dont le père n'est pas seulement fier de son fils à la voix séduisante et virtuose de la guitare flamenca - lorsqu'il prend la guitare lui-même, on comprend que Jimmy el Gitano Poéta n'est pas le premier de la famille qui s'est voué à la fascination du flamenco.

Puis, il y a aussi Jango. Grand, un peu timide, il ne se fait pas remarquer. Il ne parle qu'à ceux qui lui adressent la parole, mais il sourit d'un sourire qui laisse deviner sa sensibilité et sa gentillesse. Tout change, cependant, au moment où il prend le micro. Sa voix sonore et chaude, passionnée et douce en même temps, transmet au public son enthousiasme non seulement pour le flamenco, mais aussi pour la vie.

Guitare flamenca à MontpellierUne guitare flamenca n'est pas un "instrument quelconque" - un tel instrument est un compagnon, un ami, un bijou. Ce n'est pas étonnant, alors, qu'un amateur de la musique au "Al-Ándaluz" est un peu troublé de voir Constant Aubry prêter sa guitare à un ami qui arrive juste de Barcelone. "Quand je prête ma guitare", répond le musicien, "je sais que ça marche."

Il est vrai que, tous les jours, d'autres amateurs du flamenco découvrent le petit bar. Mais la plupart des Montpelliérains qui fréquentent le "Al-Ándaluz" sont des habitués. "Des bars de flamenco, tu les trouves partout", explique un Monsieur dans la cinquantaine à l'équipe de Montpellier Presse Online. "Mais la spontanéité et la qualité de la musique de Constant et les autres, tu ne la trouves même pas à Paris. En Espagne, bien sûr, en Andalousie ou à Barcelone. Mais pas en France. Déjà pour ça, il vaut la peine de vivre à Montpellier."

Un autre amateur du flamenco, d'une vingtaine d'années le cadet de l'autre Monsieur, est plus laconique. "Je viens souvent", constate-t-il. Et avec ces mots, il a tout dit.
Photos et texte : copyright Doris Kneller

jeudi 30 juin 2011

Stéphane Taponier et Hervé Ghesquiere sont libres : Montpellier en fête

Le Club de la Presse de Montpellier invite les Montpelliérains à fêter la libération des otages d'Afghanistan : micro-trottoir

La libération de Stéphane Taponier et Hervé GhesquiereLundi à 9 heures, le grand moment sera arrivé : la banderole qui, depuis 18 mois - exactement 547 jours -, est accrochée à la façade de l'opéra-comédie sera enfin enlevée. Sur le fronton de l'hôtel de ville de Montpellier, on peut déjà lire : Hervé et Stéphane, Enfin libres !

"Vous voulez savoir qui est Hervé Ghesquiere ?" réagit une dame dans la cinquantième qui attend le tram sur la place de la Comédie à la question de l'équipe de Montpellier Presse Online. "Mais tout le monde les connaît. Regardez là, sur l'opéra", et elle indique la banderole, toujours accrochée, qui exige la libération des deux journalistes. Une dame un peu plus jeune est prête à donner des détails. "C'est les deux journalistes français qui ont été retenus comme otages en Afghanistan. Je crois", ajoute-t-elle, "qu'ils ont récemment été libérés, n'est-ce pas ?"

Pas tout le monde est déjà informé de la libération des journalistes. Quelques-unes des personnes interrogées au centre de Montpellier ne connaissent même pas les noms de Stéphane Taponier et Hervé Ghesquiere - "ça me dit quelque chose", explique une dame d'une vingtaine d'années, "mais je ne me rappelle plus. Des chanteurs des années 60, peut-être ?" - et plusieurs de ceux qui savent que les deux journalistes ont été victimes d'un enlèvement en Afghanistan ne sont pas encore au courant de leur libération.

Un concert pour Stéphane Taponier et Hervé Ghesquier"Pensez vous que la libération de Stéphane Taponier et Hervé Ghesquiere est en relation avec la mort de Ben Laden ?" est la prochaine question posée par l'équipe de Montpellier Presse Online. Un Monsieur dans la cinquantaine hausse les épaules. "Je ne crois pas qu'un terroriste s'intéresse à ce que devient l'autre", répond-il finalement. "Ils ont tous leurs propres idées farfelues."

"C'est fort possible", répond au contraire une dame dans la trentaine. "Mais on ne peut pas le savoir. Peut-être Ben Laden était dans le coup et maintenant, il n'y a plus personne qui a intérêt à garder les journalistes français. Ou sa mort aurait fait peur aux autres..."

Un Monsieur dans la quarantaine y a déjà réfléchi. "Peut-être, oui, il y a certainement une relation", soutient-il. "Mais n'oublions pas la situation politique dans les pays arabes. En ce moment, ils ont d'autres soucis que s'occuper des otages français."

Une dame également dans la quarantaine évoque l'annonce du retrait des troupes françaises d'Afghanistan. "C'est ce que j'ai entendu à la radio", raconte-t-elle. "Ils ont dit, grosso modo, que les terroristes ont exigé le retrait des Français. Et maintenant, ils ont eu ce qu'ils voulaient."

Des ballons pour Stéphane Taponier et Hervé GhesquiereUn Monsieur d'une trentaine d'années déclare qu'il était toujours contre les troupes françaises en Afghanistan. "Nous avons d'autres problèmes que jouer à la guerre dans d'autres pays. Les sommes que ces troupes nous ont coûtées auraient mieux été investies dans la création d'emplois. En plus", poursuit-il, "personne n'a le droit de se mêler des affaires des autres. Et le militaire encore moins que les autres."

Un Monsieur dans la soixantaine est également bien informé. "J'ai entendu que le gouvernement d'Afghanistan aurait libéré des terroristes. À la demande de notre président." Et il ajoute : "Un de mes collègues a lu que la France aurait payé la rançon exigée par les terroristes."

"Il est vrai que plusieurs organes de presse ont rapporté que Stéphane Taponier et Hervé Ghesquiere se sont considérés comme des 'tirelires'", se rappelle aussi une dame dans la quarantaine. "Mais je ne crois pas que notre gouvernement ait payé une rançon. Réfléchissez un peu - si on commence à payer ce que veulent les Talibans, ils vont prendre d'autres otages et exiger encore plus de sous. Les citoyens français deviendraient alors une source sûre d'argent pour eux."

"Oui, dans un tel cas, il faut payer", déclare une autre dame d'à peu près le même âge. "Ce n'est pas l'argent qui compte, mais les vies humaines. Imaginez que vos frères ou vos fils seraient dans une telle situation. Penseriez-vous à l'argent ?"

Une dame d'une soixantaine d'années ne s'intéresse pas aux réflexions sur les raisons de la libération. "Le principal est qu'ils sont libres, n'est-ce pas ?", dit-elle. Mais le jeune homme qui l'accompagne n'est pas de son avis. "Si on n'analyse pas la situation, on sera confronté au même problème, toujours de nouveau. Il est nécessaire de comprendre. Et", ajoute-t-il, "non seulement les hommes au pouvoir doivent comprendre mais aussi - et surtout - nous."

"Si je viens à la fête le lundi ? Je ne sais pas, je ne savais pas qu'il y aura une fête. Peut-être, si j'ai le temps", décide une dame dans la quarantaine. Et un Monsieur un peu plus âgé qui, lui non plus, n'a pas encore entendu parler de la "fête de décrochage" de la banderole : "Quelle bonne idée. J'espère que les deux journalistes seront présents."

Une dame d'une vingtaine d'années aime bien l'idée de faire la fête. "Fêter la libération des journalistes, oui", explique-t-elle. "Mais je ne trouve pas juste de parler exclusivement des deux Français. J'ai entendu que leurs trois accompagnateurs ont été libérés eux aussi. Pourquoi ne pas fêter leur libération en même temps ?

D'autres articles sur Stéphane Taponier et Hervé Ghesquiere :
Un concert pour Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière
Montpellier soutient Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière
Photos et texte : copyright Doris Kneller

lundi 27 juin 2011

Flux d'eau et surveillance de température, le défi pour l'agriculture en Languedoc-Roussillon

General Alert, la petite société qui a révolutionné la surveillance des données de l'agriculture

L'agriculture en Languedoc-Roussillon"Pourquoi j'aime la vie à Montpellier ?" La dame d'une cinquantaine d'années ne réfléchit pas longtemps. "Il y a beaucoup de raisons, bien sûr. L'offre culturelle, le climat. Et aussi", elle sourit, "la campagne. Si vous sortez de Montpellier, vous êtes immédiatement à la campagne."

Ce qui fait le bonheur des Montpelliérains évoque plutôt l'idée de "travail" chez ceux qui habitent la campagne et exercent encore la profession d'agriculteur qui, dans le Sud de la France, est toujours bien présente : 43 800 exploitations agricoles couvrent 981.500 ha des terres du Languedoc-Roussillon. Les territoires de plusieurs villages de l'Hérault sont à 80 pour cent consacrés à l'agriculture, d'autres à 40 à 60 pour cent. Bref, la campagne autour de Montpellier est loin de n'appartenir qu'au tourisme de week-end.

Il est clair - soleil oblige - que la plupart des terres agricoles sont destinées à la vigne et au maraîchage. Mais beaucoup de fermes en France sont toujours vouées à l'économie du bétail, notamment des cochons et de la volaille. En principe, le climat du Languedoc-Roussillon convient très bien au bétail - il ne fait jamais trop froid, l'élevage en plein air est donc possible toute l'année. Le seul désavantage : le risque de sécheresse. L'agriculteur est obligé d'observer de près le flux d'eau.

Sécheresse et flux d'eau en Languedoc-RoussillonPour épargner l'eau qui est si précieuse au Sud de la France, il doit d'abord connaître exactement la quantité dont il a besoin pour calculer le flux d'eau nécessaire. L'agriculteur mesure donc, par exemple, la quantité d'eau qui est consommée par ses animaux. Parallèlement, il surveille en permanence sa tuyauterie pour découvrir une éventuelle fuite qui le ferait perdre de l'eau. Souvent, le flux d'eau dépend de la quantité qui reste dans le réservoir qui, logiquement, doit aussi être surveillée - bref, la surveillance est permanente dans l'agriculture.

Or, il est impossible que le fermier surveille jour et nuit tout ce qui est en relation avec le flux d'eau. Il peut tester sa tuyauterie de temps en temps, il peut observer la quantité d'eau consommée par ses animaux, il peut vérifier le réservoir - mais son travail ne lui permet pas de s'en occuper régulièrement. Ainsi, il risque de ne découvrir que tardivement une perte d'eau ou, pire, un manque dans l'alimentation en eau des animaux.

Une petite société, General Alert, - créée par trois "accros" anglais de l'agriculture et, en même temps, de l'informatique - a trouvé un moyen de décharger l'agriculteur de la tâche de la surveillance permanente. Le boîtier que David Welch, Reg Smith et Chris Dodge ont développé, une petite merveille de la technologie de la surveillance des données de l'agriculture, est capable d'observer le flux d'eau et de transmettre à l'agriculteur toute sorte d'information en relation avec ce flux d'eau.

Le Languedoc-Roussillon et son agricultureDéjà, il suffit de brancher une des sondes du boîtier au flux d'eau qui alimente les animaux pour connaître la quantité dont ils ont quotidiennement besoin. Si la quantité d'eau diminue, l'agriculteur sait qu'il y a une fuite dans sa tuyauterie ou que, alternativement, les animaux boivent moins ce qui peut être un premier symptôme de maladie. Au besoin, le boîtier constate d'autres fuites, par exemple au niveau de la sortie où les animaux peuvent casser des éléments réglant l'arrivée du flux d'eau. Mais il ne mesure pas seulement le flux d'eau entrant, il peut aussi avertir l'agriculteur au cas où une sortie est bouchée.

Le boîtier de General Alert qui est capable de travailler avec 48 sondes différentes ne prend pas seulement en compte les flux d'eau. En même temps, il peut servir à la surveillance de la température - et en tirer des informations - par exemple de l'intérieur de l'étable, de la nourriture ou d'une couveuse. La surveillance de la température et celle du flux d'eau se font en même temps, et l'invention de General Alert s'occupe de l'exploitation des données mesurées. Une "conséquence" très importante qu'elle tire des données qu'elle rassemble est l'information qu'une situation n'est pas comme elle devrait l'être : un flux d'eau trop faible ou trop fort ou une augmentation ou baisse constatée par une sonde de surveillance de température déclenche immédiatement un alarme qui arrive au téléphone portable de l'agriculteur - où qu'il soit en ce moment.

Et ce qui est si "révolutionnaire" dans le fonctionnement du boîtier de General Alert : souvent, l'agriculteur n'a même pas besoin de se déplacer. Il peut changer le règlement du flux d'eau - par exemple à l'intérieur d'un réservoir - ou modifier le niveau de surveillance de température avec juste quelques manipulations sur son téléphone portable...

La surveillance de la température et du flux d'eau ne sert évidemment pas seulement aux fermiers qui élèvent du bétail. Elle peut aussi concerner le maraîchage, les cultures, par exemple, de melons ou de salades, qui ont besoin d'être irriguées régulièrement. Une panne dans le flux d'eau qui n'est pas découverte immédiatement peut mettre en danger la récolte d'une année entière.
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 22 juin 2011

Le Festival des Architectures Vives à Montpellier

Festival de l'architecture à Montpellier : les hôtels particuliers et leurs cours intérieures

Festival de l'architecture à MontpellierDe nouveau, onze parmi les hôtels particuliers typiques de l'architecture montpelliéraine ont ouvert leurs portes aux visiteurs. Pendant cinq jours, les amateurs de l'art avaient accès à leurs cours qui, en dehors du Festival des Architectures Vives (FAV), ne sont accessibles qu'aux habitants.

Mais l'idée du Festival n'était pas seulement la possibilité de visiter des cours normalement "cachées" au public. Onze cabinets d'architectes ont organisé une "rencontre" entre l'architecture de Montpellier et l'art contemporain. Leur œuvre a rempli les cours, "vient interrompre la verticalité" comme à l'Hôtel d'Aures, produit "Ma cours dans ta cour" avec une "allégorie de la cour québécoise" à l'Hôtel de Bonnel, ou représente une "métaphore de la rencontre magique" à l'Hôtel Saint Pierre de Rozel.

Ce "Festival des Architectures Vives" aurait pu être considéré comme une "balade sensorielle" - en empruntant l'expression des architectes qui ont "garni" la cour de l'Hôtel de Cabacérès -, un mélange entre l'histoire montpelliéraine et le symbole artistique d'une ville devenue un point de rencontre internationale. La réaction du public était très diversifiée. Les uns ont adoré, les autres n'ont pas compris, "pourquoi la ville jette notre argent par la fenêtre pour des choses sans intérêt", et certains étaient de l'avis que " la ville aurait pu mettre des fontaines d'eau à la disposition des visiteurs"...

Festival des Architectures Vives à Montpellier"L'intention est bonne", répond un des visiteurs - un homme dans la quarantaine - à la question de l'équipe de Montpellier Presse Online. Il hausse la tête, l'air content, pendant qu'il observe ses deux enfants qui jouent à cache-cache entre les cylindres de tissu blanc de l'installation de l'Hôtel de Griffy. "C'est très ludique", ajoute sa femme et : "Ça fait très plaisir aux enfants."

Mais les cylindres ne font pas seulement plaisir aux enfants. Chez un homme dans la trentaine, ils évoquent des sentiments philosophiques : "C'est comme un labyrinthe, on s'y perd, on s'y retrouve. Comme dans la vie..."

Les grands ballons de l'Hôtel Mirman perturbent plusieurs personnes qui ont pour seul commentaire le mot "bizarre". Mais un Monsieur dans la soixantaine se sent apte à expliquer le sens de l'installation : "Les formes des ballons jouent avec la forme des balcons. L'artiste", ajoute-t-il, "a très bien compris le style de la maison, et il a su lier le moderne et l'ancien."

Les tubes de cuivre suspendus dans la cour de l'Hôtel Baudon de Mauny, par contre, évoquent des commentaires moins philosophiques. L'installation s'appelle "Ondes de choc" et, en effet, une jeune dame est un peu choquée. Elle hoche la tête, debout devant l'œuvre et, finalement, elle dit : "Je ne sais pas si c'est de l'art. Mais, de toute manière, je plains les pauvres habitants de la maisons qui doivent subir ce bruit pendant trois jours."

Deux dames dans la soixantaine sont émerveillées d'avoir découvert le "Festival des Architectures Vives" au cours de leur promenade dominicale. Mais elles réclament "une publicité plus efficace. Nous n'avons rien su de la manifestation. C'est par pur hasard que nous l'avons découverte."

Architecture des hôtels particuliers à MontpellierHeureusement, comme explique l'autre dame, qu'elles ont l'habitude de marcher dans les rues de Montpellier. Mais apparemment, elles ne sont pas les seuls. "Souvent", réfléchit un Monsieur d'une trentaine d'années, "on marche dans les rues, et on se demande ce qui se trouve derrière une porte. On ne peut pas le savoir. Et là, pour une fois, on a le droit d'y entrer..." Un autre Monsieur d'à peu près le même âge, par contre, a moins l'habitude de marcher dans les rues. "La manifestation", dit-il, "invite à se promener à Montpellier. Normalement, quand on vit quelque part, on ne visite jamais rien."

Une autre dame, elle aussi dans la quarantaine, trouve les installations "très originales" et même "poétiques". Son mari est plutôt sceptique, toutefois, il est d'accord que "ça permet de toute manière de voir les cours qui sont toujours fermées."

C'est juste cette ouverture des cours une fois par an qui tracasse une dame dans la cinquantaine. L'appareil photo dans la main, elle se plaint des installations. "On peut en penser ce qu'on veut", commente-t-elle, "mais, si déjà, pour une fois, on nous donne le droit de voir ces cours merveilleuses, on a la mauvaise idée de les cacher derrière de l'art contemporain. Je préférerais avoir la possibilité de prendre des photos des cours, dans leur état naturel, au lieu de n'apercevoir les murs qu'entre deux pièces d'architecture soi-disant moderne."

Une dame dans la cinquantaine qui assure qu'elle aurait vu toutes les onze cours au moins deux sinon trois fois, est bien informée. "Ils organisent ce festival tous les ans, et toujours dans d'autres cours. Comme ça, petit à petit, on a l'occasion de découvrir tous les hôtels particuliers de Montpellier." Interrogée si son enthousiasme concerne plus les cours ou les installations d'architecture, elle affirme que "oui, je viendrais aussi visiter les cours sans les installations. Elles sont très intéressantes. Mais l'idée du Festival est magnifique. Ils nous offrent deux choses en même temps : la vue des cours et, en plus, les installations artistiques."
Photos et texte : copyright Doris Kneller