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mardi 16 novembre 2010

Montpellier ZAT : Zones Artistiques Temporaires 2010 à 2020

Première ZAT, Zone Artistique Temporaire, à l'Antigone, Montpellier

Le ZAT Antigone à Montpellier
Les Zones Artistiques Temporaires à Montpellier
La mairie de Montpellier et son maire Hélène Mandroux marquent un point pour l'avenir de leur ville : bien que le terme "temporaire" fait partie du nom de la nouvelle manifestation censée affirmer encore une fois la position de Montpellier parmi les villes où la culture est écrit avec un grand C, les Zones Artistiques Temporaires sont planifiées pour - dix ans.

George Frêche l'a voulu : la première ZAT eut lieu dans son Antigone adoré. Et il aurait été content - aussi contente que Hélène Mandroux qui s'adresse aux lecteurs des Gens de Montpellier lorsqu'elle exprime son émerveillement - bien que ce soit la première Zone Artistique Temporaire, il y aurait déjà tant de monde. "La ZAT est bien accueillie d'emblée", répond-elle à la question de l'équipe des Gens de Montpellier. "Cela prouve que la population de Montpellier est ouverte à l'art."

L'art présenté par les ZAT n'est pas un art enfermé dans les salles ou derrière les caisses d'un musée. Les Zones Artistiques Temporaires occupent les rues - elles appartiennent à ces rues et à ceux qui les fréquentent. Et elles sont là pour être partagées : les danseurs, par exemple, qui dansent sur la Place de Thessalie ne dansent pas seuls. Ils animent le public de danser avec eux, de s'exprimer, de laisser libre cours aux mouvements naturels du corps. D'abord, les gens refusent d'être tirés dans le cercle. Ensuite, toutefois, lorsqu'ils osent se relâcher, un grand sourire envahit leurs visages.

Montpellier : Zones Artistiques Temporaires à l'Antigone
ZAT Montpellier : la fée de l'Antigone
On partage les rues, mais aussi l'air. Il est vrai que l'acrobate de la compagnie "Retouramont" qui semble danser dans l'air n'a pas d'ailes, mais est attachée à un système sophistiqué de cordes. Mais lorsqu'on observe ses mouvements élégants, on a l'impression qu'elle vit dans l'air, comme une sorte de fée de l'Antigone. Mais elle n'est pas la seule à avoir le droit de s'aventurer dans le ciel au-dessus de Montpellier – ceux qui souhaitent ”voler” eux aussi peuvent participer. Et les enfants courageux peuvent monter sur des socles élevés pour voir, comment se "sent" une statue...

"Est-ce de l'art ?" murmure une femme d'une trentaine d'années lorsqu'elle observe des silhouettes emballées dans des bâches de plastique qui, avec de longues bandes blanches, prennent la "mesure" de l'Antigone. Elle ne trouve pas de réponse - comme personne n'a jamais trouvé de réponse à la question éternelle de la nature de l'art. Toujours est-il que les silhouettes en plastique continuent à arborer les rues avec leurs pieds glissés dans des chaussures à haut talon. Soudain, l'une ou l'autre silhouette s'arrête et s'allonge par terre. Elle réfléchit dans l'ombre de l'Antigone. Elle réfléchit sur le destin du monde et sur ce que, lorsqu'elle se relèvera, elle inscrira sur une des longues bandes blanches destinées à révéler la longueur de l'Antigone...

Toutefois, pas tout le monde est censé profiter des spectacles - au moins pas du loin : plusieurs artistes s'expriment brutalement contre les photos. Le clown sur la Place de Thessalie, par exemple, bouscule les photographes qui ne sont pas plus forts que lui, et d'autres artistes se retournent ou cessent leur performance dès qu'ils aperçoivent un appareil photo. Cela, pourtant, ne les empêche pas de bien se tenir devant la caméra vidéo de la ville de Montpellier - pour que le spectacle dure, les diverses scènes qui se déroulent à la ZAT de l'Antigone sont filmées et chargées sur le site de la mairie.

Il va de soi qu’à Montpellier, l’art ne reste par isolé. Tout est lié, l’art au gens de la rue, les gens à la culture et la culture à la technique. Et qui dit technique à Montpellier dit tram. Tout comme le tram déambule au long des rues de Montpellier, les ZAT déambuleront avec lui - ce n’est pas pour rien que les trams eux-mêmes sont des œuvres d’art… Christian Lacroix oblige. Ainsi, les prochaines ZAT se développeront au long du trajet des trams - d’abord, elles suivront la ligne 1, plus tard la 2, la 3, un jour la 4…

Hélène Mandroux à la ZAT, Montpellier
Hélène Mandroux illumine la Place du Nombre d'Or
Mais le grand public montpelliérain n’est pas le seul à profiter des Zones Artistiques Temporaires - aussi les commerçants sont contents. La restauration autour de la ZAT va bien, et on peut même se régaler sur place avec la bonne soupe chaude. "Il y a", commente un étudiant qui, quelques jours auparavant, participa à l'AG Interpro sous les arbres du Peyrou et dégusta la soupe excellente de Benoît, "une différence énorme entre la soupe culturelle et la soupe populaire : la première coûte trois euros, la deuxième est faite avec amour."

Toute critique disparaît au moment où la nuit tombe, et Hélène Mandroux, avec l’aide des enfants autour d’elle, allume la première bougie. Et peu après, la fontaine de la Place du Nombre d’Or se transforme dans un lac enchanté. La lueur de milliers de flammes de bougies fait rayonner les maisons de l'Antigone et les visages des Montpelliérains. Quelques-uns se mettent à danser. Une autre nuit montpelliéraine vient de commencer.
Photos et texte : copyright Doris Kneller

samedi 9 janvier 2010

Montpellier et les Montpelliérains : trams et bus

Micro-trottoir : Montpellier et son réseau TaM

Le réseau TaM à MontpellierMardi, 15.50 heures, dans un bus montpelliérain, la ligne 16. L'indicateur des stations est coincé, pendant quatre stations il montre le même nom. Une femme s'approche du conducteur : "Bonjour, excusez-moi. Je souhaite descendre à 'Cévennes'. Est-ce encore loin ?" Le conducteur réfléchit : "Pas la prochaine, mais la suivante."

Le bus arrive à la station indiquée, la femme descend. Son regard tombe sur le nom de la station - ce n'est pas "Cévennes". Rapidement, elle remonte dans le bus : "Monsieur, excusez-moi, ce n'est pas la bonne station. Où dois-je descendre ?"

Le conducteur éclate de rire. "Vous avez dit Cévennes." Il fait un grand geste. "Cévennes, c'est partout ici. Ou vous allez à la montagne. Mais à pied, le bus n'y va pas." Il rit tant qu'il a du mal à parler. La femme commence à se fâcher. "Il y a une station qui s'appelle 'Cévennes', Monsieur." Le conducteur rit toujours, d'un rire légèrement hystérique. "Une station qui s'appelle 'Cévennes' ?" Il semble réfléchir. "Mais vous auriez dû me le dire tout de suite…" Et de nouveau, il rit et rit...

Montpellier, le tram vers l'Odysseum Les autres passagers sont déconcertés. Un monsieur sourit, d'autres hochent la tête, l'air étonné. Mais personne n'intervient.

"Le réseau des trams et des bus à Montpellier ?" répète une dame qui, devant le Corum, attend la ligne 2. "Fantastique. Y a pas de ville en France qui a un système si bien fait." - Et les conducteurs ? Sont-ils gentils et serviables ? - "Bien sûr. C'est le contraire, ce sont les clients qui ne sont pas toujours gentils. Regardez les jeunes, ils sont grossiers et agressifs."

Demandons alors leur opinion aux jeunes, un groupe de cinq ou six qui, justement, attendent le tram à la place de la Comédie. "Ouais, le tram, c'est ok", déclare un jeune homme. "Ça roule jusqu'à tard dans la nuit, y a pas de problème." - "Sauf les samedis", le corrige la fille à ses côtés. "Si on veut aller en boîte ou au ciné, ils font la grève. Tout le temps. Comme si tout le monde avait une voiture."

Le mot clé est tombé. Les autres approuvent. "Le tram, c'est pour les riches", dit un autre jeune homme. "Pour ceux qui laissent leur bagnole à l'extérieur et prennent le tram pour aller au centre. Mais s'il y a pas de tram, il prennent directement la bagnole, ils s'en fichent." - "Mais nous", reprend la fille, "on n'a pas de bagnole. Et pas de tram, ça veut dire pas bouger. Ou aller à pied, mais c'est long…"

Montpellier, tram ligne 2On sent que l'agressivité monte dans le petit groupe. "Les employés veulent plus d'argent. Comme si nous pouvions leur en donner. Pourquoi ils ne se tiennent pas à ceux qui ont le fric ? C'est toujours nous qu'on embête, jamais les autres." Et une autre fille : "S'il veulent faire la grève, ils peuvent rouler gratuitement. C'est le seul langage qu'ils comprennent, leurs chefs, ça serait bien pour leur cause."

Observatoire, station de bus. "Le réseau TaM ? Je trouve que c'est bien", déclare un homme d'une trentaine d'années. "C'est pratique et écologique. On n'a pas besoin d'avoir une voiture à Montpellier. Si tout le monde prenait le tram, on aurait plus de pollution." - "Il n'y a qu'une seule chose qui n'est pas si bien", l'interrompt une femme dans la quarantaine. "Les bus s'arrêtent trop tôt. Après 20 heures, il n'y en a pratiquement plus." Elle hausse les épaules. "Parfois, j'aimerais sortir le soir. Aller voir une conférence comme "l'Agora des savoirs" ou assister à un café philo ou manger au restaurant… Tout cela n'est pas possible quand on n'a pas de voiture."

Et la future ligne 3 ? Un grand sourire embellit la mine de la dame. "Le nouveau tram ? Oh oui, c'est une bonne chose. Elle passera très près de chez moi. Là, je pourrai enfin sortir le soir." Connaît-elle le trajet exact ? "Non, mais on dit qu'elle irait jusqu'à la mer. Ça sera pratique en été."

Prochaine station : la gare de Montpellier, tram ligne 1, direction l'Odysseum. Avez-vous entendu parler de la ligne 3 ? - "Le tram de George Frêche ? Oui, bien sûr. Mais je ne connaît pas le tracé." - Aimez-vous le design ? - "Je ne le connais pas encore."

Mais une autre dame le connaît. "C'est magnifique. C'est un grand modiste qui l'a fait… Oh, j'ai oublié son nom." - "Christian Lacroix", intervient une autre dame. "Oui, c'est très beau. De très belles couleurs. Là, notre maire a eu une bonne idée." - Hélène Mandroux ? - "Oui, Hélène Mandroux. Je l'aime bien, c'est un bon maire." - Savez-vous quand la ligne 3 sera prêt ? - "Pas exactement, mais bientôt, je crois. Dans la presse, ils en parlent tout le temps."

D'autres articles "micro-trottoir" dans "Les gens de Montpellier" :
Les Montpelliérains et leurs téléphones portables
Faut-il être né à Montpellier pour être Montpelliérain ?
Place de la Comédie à Montpellier : deux jours avant Noël...
Photos et texte : copyright Doris Kneller

samedi 2 janvier 2010

Montpellier : Frêche, Mandroux, Lacroix , l'Agglo... et le tramway ligne 3

George Frêche et le tram qui rapproche Montpellier de la mer

Tram ligne 1 à Montpellier"…nous sommes bourrés de fric à l’agglomération", déclara George Frêche lui-même lors d'un discours devant l’école d’architecture de Montpellier en avril 2009. Toutefois, s'il est question de commencer la ligne 4 du tram en même temps que la ligne 3, donc en 2010, au lieu d'attendre encore deux ans, l'Agglo est déjà un peu moins "bourrée de fric". Car, comme le chef de l'Agglo l'exprime : "On ne peut pas dépenser l'argent qu'on n'a pas."

Entamer la construction de la ligne 4 tout de suite, ceci est au moins une idée de quelques "jeunes" (George Frêche, conseil d'Agglo le 22 décembre 2009), dont le maire Hélène Mandroux. Mais, comme le veut le chef de l'Agglo, restons raisonnable et ne dépensons que l'argent que nous avons : celui qui est destiné à la ligne 3.

Montpellier, la Comédie et le tramEt elle sera magnifique, cette ligne 3. À partir de 2012 ("…une ligne de tramway tous les 6 ans : la première en 2000, la deuxième en 2006, la troisième en 2012 et la quatrième en 2018." Georges Frêche), les Montpelliérains pourront voyager dans des wagons signés Christian Lacroix au lieu d'attendre un samedi sans grève en design Garouste ou d'espérer que le voisin ôte son pied du leur dans un tram dessiné par Bonetti. Ceci est nécessaire car, selon le site de la TaM, l'Agglo souhaiterait "personnaliser" le nouveau tramway, "tout en l'intégrant parfaitement dans la cité." La cité de Montpellier n'est-elle pas le cadre parfait de Christian Lacroix… ?

Sans doute, pour une Agglo "bourrée de fric", le nouveau Lacroix ne sera pas cher : juste 640 millions euros (hors taxe). Et les couleurs irons "du froid au chaud" pour, comme déclare Christian Lacroix, évoquer "le trajet Nord-Sud, le Levant-Couchant". Quant aux motifs, comme tout visiteur pourra facilement comprendre, ils appliquent des "éléments encyclopédiques enluminés" qui, toujours selon la TaM, feraient référence "à l'opulence de la vieille ville universitaire."

Tout a commencé en février 2005, lorsque Hélène Mandroux annonça non seulement une troisième, mais aussi une quatrième ligne entre Celleneuve et la mer. "La mer" fut le mot clé, devenu fameux entre-temps. À ce moment, la construction de la ligne 2 fut juste entamée. Mais il y a un facteur sur lequel le maire ne compta pas : son prédécesseur. À peine un an plus tard, George Frêche fut clair : "il n'en est pas question"…

Montpellier et son tram ligne 2Plus tard, pas un mois ou presque ne passe sans qu'on se livre des spéculations sur la ligne 4 qui, tout à coup, semble plus intéressante que la 3 de Lacroix. Tout le monde a des idées sur son trajet, dont George Frêche, qui la voit sur le boulevard du Jeu de Paume, à l'hôpital Saint-Éloi, à la place Albert-1er, l'avenue Georges Clemenceau… Et toujours, la ligne 2 est en construction.

Entre-temps, la 2 fait partie "du paysage urbain" (la TaM) et les préparations pour la 3 débutèrent en automne. Le temps passe vite et, bientôt, le produit Lacroix fera lui aussi partie "du paysage urbain". Or, qui dit aux Montpelliérains ce qui, en échange, n'en fera plus partie ?

Déjà, les platanes de l'avenue de Lodève ne sont plus qu'un vague souvenir. À celles de l'avenue des Près d'Arènes, des Montpelliérains pensent encore. La circulation sur le Cours Gambetta/l'avenue de Lodève par contre, est elle aussi un souvenir. Les piétons peuvent enfin circuler, librement, sans être dérangés par les voitures - sous condition que la grue suspendue sur leur tête ne les gène pas, et que son conducteur n'ait pas l'idée d'accélérer un peu pour les faire courir… Et au boulevard du Jeu de Paume, le trafic roule (ou non), comme toujours, comme s'il n'était jamais coupé, définitivement, un jour proche, pour faire place au tram.

Toutefois, quelle perspective : plus de voitures qui bloqueront les voies en été, plus de train, plus de bus, George Frêche tiendra parole - la ligne 3 atteindra la mer. Pas à Palavas-les-Flots, bien sûr, et pas non plus à Carnon - pourquoi gâter les touristes de Montpellier ? Non, elle touchera la mer (ou presque) à Pérols…

Et comme l'indique le flamant rose - évidemment signé Christian Lacroix - qui raconte aux automobilistes impatients qu'ils souffrent pour la bonne cause ("Patience, le tramway avance"), la ligne 3, c'est écologique : "Elle contribue à la protection de l'environnement en améliorant la qualité de l'air et en réduisant les nuisances sonores." (TaM). Après les travaux, bien évidemment.
Photos et texte : copyright Doris Kneller