Première ZAT, Zone Artistique Temporaire, à l'Antigone, Montpellier

Les Zones Artistiques Temporaires à Montpellier
La mairie de Montpellier et son maire Hélène Mandroux marquent un point pour l'avenir de leur ville : bien que le terme "temporaire" fait partie du nom de la nouvelle manifestation censée affirmer encore une fois la position de Montpellier parmi les villes où la culture est écrit avec un grand C, les Zones Artistiques Temporaires sont planifiées pour - dix ans. George Frêche l'a voulu : la première ZAT eut lieu dans son Antigone adoré. Et il aurait été content - aussi contente que Hélène Mandroux qui s'adresse aux lecteurs des Gens de Montpellier lorsqu'elle exprime son émerveillement - bien que ce soit la première Zone Artistique Temporaire, il y aurait déjà tant de monde. "La ZAT est bien accueillie d'emblée", répond-elle à la question de l'équipe des Gens de Montpellier. "Cela prouve que la population de Montpellier est ouverte à l'art."
L'art présenté par les ZAT n'est pas un art enfermé dans les salles ou derrière les caisses d'un musée. Les Zones Artistiques Temporaires occupent les rues - elles appartiennent à ces rues et à ceux qui les fréquentent. Et elles sont là pour être partagées : les danseurs, par exemple, qui dansent sur la Place de Thessalie ne dansent pas seuls. Ils animent le public de danser avec eux, de s'exprimer, de laisser libre cours aux mouvements naturels du corps. D'abord, les gens refusent d'être tirés dans le cercle. Ensuite, toutefois, lorsqu'ils osent se relâcher, un grand sourire envahit leurs visages.

ZAT Montpellier : la fée de l'Antigone
On partage les rues, mais aussi l'air. Il est vrai que l'acrobate de la compagnie "Retouramont" qui semble danser dans l'air n'a pas d'ailes, mais est attachée à un système sophistiqué de cordes. Mais lorsqu'on observe ses mouvements élégants, on a l'impression qu'elle vit dans l'air, comme une sorte de fée de l'Antigone. Mais elle n'est pas la seule à avoir le droit de s'aventurer dans le ciel au-dessus de Montpellier – ceux qui souhaitent ”voler” eux aussi peuvent participer. Et les enfants courageux peuvent monter sur des socles élevés pour voir, comment se "sent" une statue..."Est-ce de l'art ?" murmure une femme d'une trentaine d'années lorsqu'elle observe des silhouettes emballées dans des bâches de plastique qui, avec de longues bandes blanches, prennent la "mesure" de l'Antigone. Elle ne trouve pas de réponse - comme personne n'a jamais trouvé de réponse à la question éternelle de la nature de l'art. Toujours est-il que les silhouettes en plastique continuent à arborer les rues avec leurs pieds glissés dans des chaussures à haut talon. Soudain, l'une ou l'autre silhouette s'arrête et s'allonge par terre. Elle réfléchit dans l'ombre de l'Antigone. Elle réfléchit sur le destin du monde et sur ce que, lorsqu'elle se relèvera, elle inscrira sur une des longues bandes blanches destinées à révéler la longueur de l'Antigone...
Toutefois, pas tout le monde est censé profiter des spectacles - au moins pas du loin : plusieurs artistes s'expriment brutalement contre les photos. Le clown sur la Place de Thessalie, par exemple, bouscule les photographes qui ne sont pas plus forts que lui, et d'autres artistes se retournent ou cessent leur performance dès qu'ils aperçoivent un appareil photo. Cela, pourtant, ne les empêche pas de bien se tenir devant la caméra vidéo de la ville de Montpellier - pour que le spectacle dure, les diverses scènes qui se déroulent à la ZAT de l'Antigone sont filmées et chargées sur le site de la mairie.
Il va de soi qu’à Montpellier, l’art ne reste par isolé. Tout est lié, l’art au gens de la rue, les gens à la culture et la culture à la technique. Et qui dit technique à Montpellier dit tram. Tout comme le tram déambule au long des rues de Montpellier, les ZAT déambuleront avec lui - ce n’est pas pour rien que les trams eux-mêmes sont des œuvres d’art… Christian Lacroix oblige. Ainsi, les prochaines ZAT se développeront au long du trajet des trams - d’abord, elles suivront la ligne 1, plus tard la 2, la 3, un jour la 4…

Hélène Mandroux illumine la Place du Nombre d'Or
Mais le grand public montpelliérain n’est pas le seul à profiter des Zones Artistiques Temporaires - aussi les commerçants sont contents. La restauration autour de la ZAT va bien, et on peut même se régaler sur place avec la bonne soupe chaude. "Il y a", commente un étudiant qui, quelques jours auparavant, participa à l'AG Interpro sous les arbres du Peyrou et dégusta la soupe excellente de Benoît, "une différence énorme entre la soupe culturelle et la soupe populaire : la première coûte trois euros, la deuxième est faite avec amour."Toute critique disparaît au moment où la nuit tombe, et Hélène Mandroux, avec l’aide des enfants autour d’elle, allume la première bougie. Et peu après, la fontaine de la Place du Nombre d’Or se transforme dans un lac enchanté. La lueur de milliers de flammes de bougies fait rayonner les maisons de l'Antigone et les visages des Montpelliérains. Quelques-uns se mettent à danser. Une autre nuit montpelliéraine vient de commencer.
Photos et texte : copyright Doris Kneller
Mardi, 15.50 heures, dans un bus montpelliérain, la ligne 16. L'indicateur des stations est coincé, pendant quatre stations il montre le même nom. Une femme s'approche du conducteur : "Bonjour, excusez-moi. Je souhaite descendre à 'Cévennes'. Est-ce encore loin ?" Le conducteur réfléchit : "Pas la prochaine, mais la suivante."
Les autres passagers sont déconcertés. Un monsieur sourit, d'autres hochent la tête, l'air étonné. Mais personne n'intervient.
On sent que l'agressivité monte dans le petit groupe. "Les employés veulent plus d'argent. Comme si nous pouvions leur en donner. Pourquoi ils ne se tiennent pas à ceux qui ont le fric ? C'est toujours nous qu'on embête, jamais les autres." Et une autre fille : "S'il veulent faire la grève, ils peuvent rouler gratuitement. C'est le seul langage qu'ils comprennent, leurs chefs, ça serait bien pour leur cause."
"…nous sommes bourrés de fric à l’agglomération", déclara George Frêche lui-même lors d'un discours devant l’école d’architecture de Montpellier en avril 2009. Toutefois, s'il est question de commencer la ligne 4 du tram en même temps que la ligne 3, donc en 2010, au lieu d'attendre encore deux ans, l'Agglo est déjà un peu moins "bourrée de fric". Car, comme le chef de l'Agglo l'exprime : "On ne peut pas dépenser l'argent qu'on n'a pas."
Et elle sera magnifique, cette ligne 3. À partir de 2012 ("…une ligne de tramway tous les 6 ans : la première en 2000, la deuxième en 2006, la troisième en 2012 et la quatrième en 2018." Georges Frêche), les Montpelliérains pourront voyager dans des wagons signés Christian Lacroix au lieu d'attendre un samedi sans grève en design Garouste ou d'espérer que le voisin ôte son pied du leur dans un tram dessiné par Bonetti. Ceci est nécessaire car, selon le site de la
Plus tard, pas un mois ou presque ne passe sans qu'on se livre des spéculations sur la ligne 4 qui, tout à coup, semble plus intéressante que la 3 de Lacroix. Tout le monde a des idées sur son trajet, dont George Frêche, qui la voit sur le boulevard du Jeu de Paume, à l'hôpital Saint-Éloi, à la place Albert-1er, l'avenue Georges Clemenceau… Et toujours, la ligne 2 est en construction.