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samedi 13 février 2010

Tramway, bus, vélo : Montpellier et son plan d'aménagement

Montpellier et son trafic : le plan d'aménagement de la voirie est-il parfait ? - Micro-trottoir

Cours Gambetta, Montpellier
Cours Gambetta
Théoriquement, le plan d'aménagement de Montpellier est établi. Il indique les modifications dans la voirie de Montpellier censées garantir une circulation optimale et écologique entre Montpellier et ses environs - et entre les divers quartiers de Montpellier - pendant les prochains vingt années à venir.

Mais avant de déclarer le plan définitivement valable, Hélène Mandroux et son équipe ont décidé de prêter l'oreille à la voix des Montpelliérains, pour mieux connaître leurs besoins et pour faire profiter le plan de leurs bonnes idées. Pour entendre cette voix, la mairie organisera des rencontres avec des associations, des comités des quartiers et autres groupes qui s'intéressent à la structure de leur ville. Le point fort, pourtant, de ces rencontres sera le printemps de la démocratie, avril et mai prochains, où les Montpelliérains seront sérieusement appelés à donner leur avis.

Toutefois, plus tôt la mairie connaît les opinions des Montpelliérains - et plus elle a des avis différents - plus vite elle peut réagir et intégrer ces opinions dans son plan… "Vous souhaitez savoir ce que je changerais à Montpellier au niveau de la circulation et des moyens de transport ?", répond le jeune homme qui attend le tram à la place Carnot. Il réfléchit. "Avec les nouveaux trams, une grande partie de la ville sera desservie", poursuivit-il. "Mais toujours pas la ville entière. Il reste des quartiers où les gens dépendent de leur voiture ou d'un bus. Les bus, ça concerne surtout les jeunes qui ne peuvent pas encore se payer une voiture. Mais beaucoup de bus s'arrêtent vers 20 heures. Les gens qui habitent ces quartiers-là sont donc obligés d'avoir une voiture ou de rester chez eux, le soir. Oui, c'est un problème important à Montpellier. Si j'avais le pouvoir, je changerais tout d'abord les horaires des bus."

Trafic à MontpellierUne dame qui elle aussi attend le tram à la place Carnot n'a pas besoin de réfléchir. "Ce que je changerais ?" demande-t-elle pour répondre immédiatement : "Les grèves. Interdire les grèves." La réponse semble normale, vu qu'on est samedi et que le prochain tram n'est prévu que dans plus de 30 minutes. "Y en a marre des grèves. Je commence à croire qu'ils ne font pas la grève pour revendiquer quoi que ce soit, mais pour avoir plus de loisir. Et peut-être aussi pour se rendre intéressants."

"Il faut faire quelque chose contre les embouteillages permanents", déclare un homme dans la quarantaine. "Les voitures bloquent les routes et personne ne passe plus. Et ces voitures polluent énormément. On parle sans cesse de l'écologie à Montpellier, mais avec cette masse de voitures et des moteurs en marche même si elles sont coincées dans un bouchon, ça n'a rien à voir avec l'écologie. C'est carrément contradictoire."

Un autre Monsieur exprime des soucis tout à fait différents. "Les travaux. Les travaux sur le Cours Gambetta, par exemple, me dérangent énormément. Je sais que c'est pour le nouveau tram et qu'ils nous demandent patience. Mais c'est facile de parler de patience quand on n'a pas besoin de prendre ces routes tous les matins. Et patience est un mot bien gros si on sait que le nouveau tram ne sera pas fini avant 1012. Nous avons donc encore deux ans de galère devant nous, chaque matin, jour par jour."

Une dame de 36 ou 37 ans se plaint de l'avenue Georges Clemenceau. Elle habite à Saint-Jean-de-Védas, mais elle travaille à Montpellier. "Pour rentrer dans la ville, je n'ai pas de problème. Je prends l'avenue George Clemenceau. Il y a parfois des embouteillages, le matin, mais en principe ça va. C'est le soir que ça craint, quand je veux sortir de Montpellier. Comme l'avenue Georges Clemenceau est une rue à sens unique, je dois prendre des rues plus petites. Et là, il y a toujours des problèmes."

Une autre dame pense surtout à son fils. "Tous ses amis font du vélo. Je ne peux donc pas lui interdire de faire du vélo lui aussi. Mais chaque fois, je me fais du souci. Il y a quelques voies pour vélo, mais pas partout. La plupart du temps, les enfants sont obligés de rouler dans les rues, avec les voitures."

Elle revendique alors beaucoup plus de voies cyclables. "Ou, si on ne veut pas faire des voies cyclables pour les enfants, on devrait cesser d'en parler. Ils bourrent le crâne aux enfants avec leurs histoires d'écologie et oublient qu'ils les mettent en danger."

Une autre dame, un peu plus âgée, est d'accord de ne plus parler des vélos. "C'est tellement à la mode, maintenant, que tout le monde veut faire du vélo. À la base, il n'y a pas de mal. Mais les cyclistes sont si imprudents, ils ne respectent aucune règle ni le code de la route - ils sont un danger énorme surtout pour les piétons."

Le tramway entre la gare et la Comédie Un Monsieur dans la cinquantaine critique les zones piétonnes. "Bien sûr, c'est très agréable de se promener dans une rue piétonne. Mais où est-ce qu'on laisse la voiture ? Mon appartement se trouve dans la Grand'Rue Jean Moulin, je dois garer ma voiture dans le parking de la Comédie. Quand ma femme fait des courses, elle doit tout porter du parking jusqu'à la maison. Parfois, c'est vraiment trop demandé - pour elle et pour nos voisines aussi. Si on veut faire des rues piétonnes, il faut faire en sorte que personne n'y habite."

Une dame, un peu plus jeune, parle également des parkings. "À quoi sert un plan d'aménagement qui règle le trafic si on n'a pas de parking. Trouver un parking dans les rues du centre ville n'est pratiquement pas possible." - Y a-t-il une solution ? - "Plus de parkings, beaucoup plus." - Mais où pourrait-on implanter ces parkings ? - La dame hésite. Puis elle déclare : "Il faut utiliser tous les espaces au centre ville. Au lieu de construire de nouvelles maisons et d'aménager des parcs, il faut faire des parkings. Le parking est devenu essentiel dans la vie des gens. La municipalité devrait donc réagir à ce besoin. Et les parkings devraient aussi être gratuits."

Photos et texte : copyright Doris Kneller

vendredi 12 février 2010

Travaux à Montpellier : un nouveau sol pour l'Œuf de la Place de la Comédie

Les travaux à Montpellier : Georges Clemenceau, lycée Joffre, Polygone, Vert Bois et "l'Œuf"

Plan d'aménagement à MontpellierLe plan pour "repenser" la structure de Montpellier et faire de sa voirie le modèle d'une ville où tous les habitants et visiteurs se peuvent déplacer sans problème et où, en même temps, le respect de l'écologie est garanti, fut lancé il n'y a pas longtemps.

Il est vrai que les travaux sur la ligne 3 du tramway gênent déjà assez les Montpelliérains. Avec ceux du plan d'amélioration du trafic, les problèmes de circulation seront encore plus lourds. 2010 sera donc une année où les Montpelliérains seront forcés, s'ils veulent où non, de "souffrir" pour un meilleur avenir. De toute manière, les travaux ont déjà commencé.

Ces nouveaux travaux concernent, par exemple, l'avenue Georges Clemenceau, à l'angle de la rue de Belfort. Ici, la voirie doit être remise à neuf pour améliorer la sécurité sur le carrefour. Si la météo le permet, les travaux commenceront immédiatement au début des vacances, c'est-à-dire le 15 février - ainsi, au moins les enfants et les parents qui les amènent à l'école n'en seront pas concernés. Si tout va bien, les travaux ne dureront que quelques jours.

Mais une partie des travaux à Montpellier est déjà réalisée. Ainsi, dans le coin du collège Joffre et le parking du Polygone, à l'Allée de Montmorency, des travaux plus longs et importants sont terminés, et le nouveau visage du site correspond absolument à l'idée du grand plan d'aménagement de Montpellier. On créa donc un espace plus ouvert à côté du lycée et du collège Joffre pour, surtout, augmenter la sécurité des élèves. Cet espace a la forme d'un large plateau piétonnier qui sert aussi aux parents à mieux se garer quand il déposent leurs enfants. Dans ce sens, on s'est aussi occupé des routes que les élèves doivent traverser et de l'accès au parking du Polygone : le carrefour de l'avenue de Nîmes fut transformé en giratoire, et pour accéder au parking du Polygone, on a maintenant la possibilité de tourner directement à gauche.

Esplanade Charles de Gaulle, MontpellierEn même temps, on a commencé à réaliser un point important du réaménagement de Montpellier : l'élargissement des trottoirs pour que les piétons circulent plus facilement en ville. Plus tard, on partagera le trottoir entre piétons et cyclistes pour que chacun aurait sa propre partie sécurisée. De cette façon, les Montpelliérains à vélo pourront emprunter l'avenue Jean Mermoz et joindre le centre ville sans quitter les voies cyclables.

D'autres travaux dans le sens de sécurité des élèves ont été réalisés autour du groupe scolaire Vert Bois. Cette amélioration du quartier a été prévue depuis plusieurs années, mais la ville a bloqué ces travaux pour, d'abord, finir le bassin de rétention des eaux pluviales au stade Jeannot Véga - les deux travaux en même temps auraient causés trop de gêne à la circulation. Entre-temps, on a élargi le trottoir devant les écoles, et la rue est devenue zone à 30 kilomètres/heure. Ainsi, la question de sécurité se pose déjà moins. En plus, on a construit des plateaux surélevés devant l'école Jules Ferry, et l'école maternelle Térésa a même eu droit à un parvis ombragé. Pour combler le tout, l'éclairage public a été renforcé pour que les élèves circuleront plus facilement les matins ou après-midi en hiver.

Mais pour les Montpelliérains, les travaux les plus spectaculaires seront ceux de la Place de la Comédie : à partir du 15 février, on refera le sol autour du fameux Œuf. Toutefois, à la déception de pas mal de Montpelliérains, les matériaux resteront les mêmes : aucun espoir, alors, de ne plus glisser les jours de pluie. Peu d'espoir, aussi, de s'installer tranquillement sur une des terrasses des cafés de la Comédie pendant les trois mois prévus pour la première tranche des travaux. Mais il est vrai que ces terrasses sont beaucoup plus fréquentées en été - surtout par les visiteurs de Montpellier. Et en été, on pourra profiter de nouveau des cafés sans être entouré du bruit des travaux.

Montpellier, place de la ComédieCeux qui fréquentent la Comédie pendant la nuit - entre 1.30 et 7 heures, ne seront pas trop tranquilles non plus - bien que la mairie promet que les travaux seront le moins bruyants possibles : on profitera de ces heures avec beaucoup moins de trafic pour changer l'illumination des façades.

On a compris - ces travaux sur la Comédie ne correspondront pas à un "petit bricolage" : leur budget est fixé à 683 000 euros.

Toutefois, il y a aussi des travaux à Montpellier qui ne gênent personne et qui font plaisir : l'Esplanade a reçue un nouveau Ginkgo Biloba, cet arbre qui, comme on dit, vit pendant 1000 ans et qui est devenu le symbole de la longévité. Il a été offert à Montpellier par le Club des Lions, par ces gens qui ont pour objectif la préservation de la planète. Et cette préservation commence, bien sûr, par les arbres...
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 10 février 2010

Circulation à Montpellier, Jeu de Paume, périphérique et ligne 3...

Un plan pour repenser les transports à Montpellier

Bus et tram à MontpellierBonne nouvelle pour beaucoup de Montpelliérains : le boulevard du Jeu de Paume restera ouvert à la circulation pendant la construction de la ligne 3 du tram. Il est vrai qu'il sera réduit à une voie, mais personne ne sera obligé de tourner en rond dans les petites rues pour trouver son chemin.

Actuellement, il n'est pas possible d'entrer ou de sortir de Montpellier sans tomber sur un chantier qui promet que "le tramway avance". Tout le monde parle donc de la future ligne 3 dont l'inauguration sera un des grands événements de l'année 2012. Or, ce n'est pas seulement le réseau de tram qui, actuellement avec la ligne 3, plus tard avec la ligne 4, sera modifié. La ville de Montpellier veut aller beaucoup plus loin : tout le système de circulation, les routes, les transport en commun, les rues piétonnes, les parkings - tout ce qui est en relation avec le transport doit être revu.

Avec son plan qui, selon la mairie, doit régler la question de la circulation pour les vingt ans à venir, la municipalité poursuit deux objectifs : devenir ville "modèle", c'est-à-dire organiser un système de circulation qui frotte l'idéal, en est le premier. L'autre est une question d'écologie.

Le tram, Place de la ComédieLe premier objectif part du principe que tous les usagers doivent être satisfaits du système de circulation, peu importe s'ils se servent d'un moyen de transport en commun ou individuel, au point que d'autres villes aient envie de l'imiter et de profiter du savoir-faire montpelliérain - comme déjà Brasilia qui se fait conseiller par des experts de la TaM pour l'élargissement de leur réseau de tramway.

Mais Montpellier n'a pas seulement l'ambition de devenir une ville modèle pour le trafic à l'intérieur et à l'extérieur du centre et de la périphérie : Hélène Mandroux et son équipe sont aussi décidés de transformer Montpellier en une "ville écologique".

Ainsi, la mairie prévoit de se tenir aux indications données aux communes européennes : dans dix ans, les émissions de gaz carbonique, du fameux "gaz de serre", seraient réduites de 20 pour cent. Il n'est alors pas seulement question de rendre contents les Montpelliérains et les visiteurs de la ville, mais aussi de diminuer la circulation en voiture et celle d'autres moyens de transport polluant. Il faut faire en sorte d'être à la hauteur des deux priorités à la fois.

Comment affronter ce défi ? - D'abord, évidemment, il y a le tram. Le tramway de Montpellier doit devenir si attractif que même les fans les plus assidus du volant aient envie de laisser leur voiture chez eux ou sur un des parkings situés aux arrêts à l'extérieur du centre. La mairie prévoit évidemment d'augmenter le nombre de ces parkings. Avec la ligne 3 et, encore plus, avec la ligne 4, augmente aussi le nombre des quartiers de Montpellier et des villages de l'agglomération qui seront desservis. La question de la sécurité - ou, plutôt, la peur de beaucoup d'usagers des groupes plus ou moins ivres et bruyants qui, la nuit, fréquentent le tram - ainsi que le problème des grèves ne sont, jusqu'à maintenant, pas résolus.

Tram ligne 3, MontpellierMais il va de soi que les Montpelliérains et leurs visiteurs doivent aussi être en mesure de joindre par voiture les quartiers de la ville et, bien sûr, le centre. Il y a peu de villes en France où tant d'automobilistes se plaignent que le réseau des routes ne serait pas clair et qu'on se perdrait facilement. Le nouveau plan prévoit alors une sorte de périphérique autour de la vieille ville, d'où des routes partent, en forme "d'étoile", dans toutes les directions. Ce système améliorerait la liaison avec les villes et villages autour de Montpellier, mais aussi le trafic entre les quartiers. En plus, la municipalité promet la construction de plus de parkings proches des habitations - une mesure qui sera certainement bien accueillie, surtout en ce moment, où un nombre important des parkings du centre ville a été éliminé pour faire place à la construction de la ligne 3 du tram.

Parallèlement, les zones piétonnes seraient élargies pour garantir une circulation sécurisée à ceux qui pratiquent ce que le plan appelle les "modes de transport doux", alors aux piétons et vélos. Toutefois, ici, il y a également deux questions qui restent ouvertes : le problème des voitures, pour la plupart en service de la ville, qui circulent dans les rues piétonnes sans faire attention aux gens qui ne sont pas capables de se sauver "en sautant" quand ils arrivent, et celui de l'agressivité de quelques cyclistes qui considèrent les rues piétonnes comme terrain de course.

Selon la mairie, les premières mesures de ce nouveau plan seraient appliquées dès cet été. Mais auparavant, on cherche encore de bonnes idées supplémentaires en donnant la parole aux Montpelliérains. Le printemps de la démocratie, avril prochain, sera une bonne occasion pour récolter les commentaires des usagers des transports à Montpellier.

Photos et texte : copyright Doris Kneller

vendredi 29 janvier 2010

Frêche, Montpellier, Arruda et le tram au Brésil

Marc Letourneur, directeur de TaM à Montpellier, aidera à la construction du tram à Brasilia

Le tram à MontpellierMontpellier a un nouveau projet de tram. À partir de l'année 1014, les visiteurs montpelliérains de Brasilia, la capitale du Brésil, se sentiront chez eux lorsqu'ils prendront le tram : le nouveau tramway de Brasilia sera signé Montpellier.

Toutefois, il n'y a rien d'étonnant dans cette collaboration. Déjà avec sa ligne 2, Montpellier commença à devenir une référence en matière de transport urbain. Avec sa ligne 3, enfin, Montpellier ne disposera pas seulement du réseau de tram le plus long en France, mais la réputation de ses experts sera définitivement assurée. Ainsi, un contrat fut signé entre George Frêche, dans sa fonction de président de l'Agglo et José Roberto Arruda, le gouverneur du district de Brasilia, une fonction, alors, qui correspond plus ou moins à celle de George Frêche - avec la différence que Monsieur Arruda n'a pas à discuter ses idées avec un maire : dans la ville de Brasilia toutes les décisions sont prises par le gouverneur - il n'y a pas de mairie. Deux présidents qui veulent le bien pour leurs districts. Deux présidents qui se comprennent.

Tramway Montpellier ligne 2Ils se comprirent surtout en matière de tramway. Lorsque, en 2007, une délégation brésilienne visita Montpellier, elle aima tout ce qu'elle vit. Mais avant tout, elle aima le tram. Et tout se passait si bien que, finalement, les Brésiliens ne restaient pas les seuls à voyager : en décembre 2009, ce fut aux représentants de l'Agglo de rendre la visite et de découvrir la ville de Brasilia. Et ce qui en sortit, ce n'est pas seulement un renforcement de l'amitié entre deux villes séparées par des milliers de kilomètres, mais une collaboration très concrète.

Il est clair que Brasilia, une ville de presque 2,5 millions d'habitants, dispose déjà d'un système de transport urbain, notamment d'un métro. Mais l'idée que le gouverneur a en tête vise beaucoup plus : un système qui combine les transports publics avec les transports particuliers, qui fait en sorte que les habitants de sa ville prennent le vélo et laissent la voiture sur des parkings à l'extérieur. Bref, le système qui, depuis l'année 2000, a tant de succès à Montpellier.

Tramway Montpellier bientôt au BrésilCe qui, sans doute, aida à conclure l'affaire, ce fut la déclaration de l'année de la France au Brésil en 2009. Mais ce ne fut pas la première expérience de renforcer les liens entre les deux pays : déjà en 2005, une telle année fut célébrée, et son succès incita les pays à recommencer. Son objectif : montrer aux Brésiliens les multiples talents des Français, leur esprit d'innovation et leur savoir-faire en tout ce qui concerne la création en général et la technique en particulier. La France avait aussi l'idée de guider les yeux du Brésil sur les collectivités territoriales.

Et cette idée fut comblée : Brasilia découvrit Montpellier et son tramway. Et comme, en même temps, on célébra l'année de la France au Brésil, la France était prête à aider : l'Agence Française de Développement ne décida pas seulement de financer la moitié de la première tranche du nouveau tram (134 millions d'euros), mais aussi les 350 000 euros qui coûteront au Brésil les conseils d'une équipe spécialisée qui aidera à planifier et à construire les premiers huit kilomètres du nouveau réseau utilisable par 120 000 à 200 000 passagers par jour. Et cette équipe vient de Montpellier.

Bientôt, six experts montpelliérains commenceront alors à faire l'aller-retour entre Montpellier et Brésil. Parmi eux, l'homme connu par peu des gens qui utilisent le tram : Marc Letourneur, l'homme sans lequel le tramway ne serait pas ce qu'il est. Officiellement, il est directeur de TaM. En pratique, il est le spécialiste le plus expérimenté du tram en France. C'était lui qui dirigea déjà la construction de la ligne 2, qui est responsable de la ligne 3 et qui, avant de venir à Montpellier, créa déjà des lignes de tram à Grenoble et à Strasbourg.

Et la collaboration entre Montpellier et Brasilia ne restera peut-être pas la seule : déjà des délégations de Madrid et de Valence, de Jérusalem et de Melbourne, d'Édimbourg et de plusieurs villes néerlandaises visitèrent le réseau montpelliérain du tram...

Micros-trottoirs sur le tram à Montpellier :
Micro-trottoir sur les grèves des trams et bus
Micro-trottoir : Montpellier et son réseau TaM
Photos et texte : copyright Doris Kneller

vendredi 22 janvier 2010

Montpellier et les Montpelliérains : micro-trottoir
sur TaM

Tous les samedis : grève des trams et des bus
à Montpellier

Le tram au Lez à MontpellierLes Montpelliérains qui, ces jours-ci, ouvrent le site de la TaM, peuvent lire les mots : "Perturbations attendues sur le réseau TaM - l’organisation syndicale CFTC de TaM a déposé un préavis de grève samedi 23 janvier 2010."

Or, il n'est pas rare d'y trouver un tel préavis. Depuis longtemps, cette phrase se renouvelle chaque semaine : chaque samedi, les conducteurs des bus et des trams de Montpellier sont en grève.

"S'ils font la grève, ils ont une raison. À mon avis, ils manquent vraiment des sous", déclare une jeune femme sur la place de la Comédie. Mais : "Personne ne sait vraiment pour quelle raison ils font grève. Ils devraient mieux informer le public. De cette façon, les gens pourraient décider s'ils veulent les soutenir ou pas", ajoute un homme dans la trentaine.

Une dame dans la cinquantaine est du même avis : "Je souffre personnellement du fait de mon habitation éloignée du centre. Mais la France est un pays de liberté jusqu'à aujourd'hui, et le droit de grève fait partie de ces libertés. Je suis donc pour… Mais ce qui m'ennuie, dans le cas des grèves de TaM du samedi, c'est qu'ils n'ont pas assez donné les raisons de ces grèves. Il pourrait y avoir des affiches sur les arrêts de bus et trams pour donner les raisons de ces grèves répétées. Ce qui énerve les gens, ce n'est pas tellement la grève elle-même, mais le manque de transparence des revendications."

Montpellier, tour de la Babotte"On ne connaît même pas la raison de leur grève", renforce une dame d'à peu près le même âge. "J'imagine que c'est pour les sous ou à cause de l'agressivité dont ils sont victime. Il est clair qu'il faut faire quelque chose contre l'agressivité des gens." Et, du même avis, la première dame ajoute : "Si les grèves sont dues au manque de sécurité des chauffeurs de plus en plus agressés ou stressés, je suis avec eux, si c'est pour des problèmes de salaire, je suis aussi avec eux, si elles sont justifiées. Il semblerait que ce soit un peu des deux, en gros : dégradations des conditions de travail."

Un Monsieur dans la quarantaine qui attend le tram au Corum semble bien informé : "De toute manière la grève, si c'est des smicards qui la faisaient, ça serait normal." Et il se fâche un peu :"Le problème c'est que ceux qui font grève sont en général ceux qui gagnent plus de 1500 euros par mois. Si je me rappelle bien, les conducteurs de tram ont un salaire avoisinant les 1400 euros mensuel. Et un autre exemple : le TER à Paris. Les chauffeurs du TER touchent… 2400 euros par mois. Alors, il ne faut pas exagérer. On peu faire un peu de grève, de temps en temps, d'accord, mas pas tout le temps."

Toutefois, la grève touche-t-elle tous les Montpelliérains ? "Le tramway, je ne le prends pas très souvent. Les courtes distances, je les fais à pied. Donc je ne me sens pas concernée.", explique une dame dans la cinquantaine. Et elle n'est pas la seule qui, n'ayant pas besoin des trams, ne réfléchit pas aux soucis de transport de ses concitoyens. "Ça m'est égal", répond une jeune femme, "Je prends pas le tram le samedi." Ou une autre jeune femme : "Ils font la grève ? Je ne savais même pas." Et, interrogée sur ce qu'elle en pense : "Vous savez, ça ne me regarde pas." Ou, un homme dans la trentaine : "Pourquoi ça m'intéresserait ? Je prends jamais le tram." Mais il ajoute : "Ça doit être très embêtant pour ceux qui n'habitent pas le cœur de Montpellier."

Le tram à Montpellier : OdysseumBeaucoup de Montpelliérains sont d'accord avec la réflexion de la dame dans la cinquantaine : "Je comprends qu'ils ont des revendications." Toutefois, elle doute que la forme de cette grève soit idéale : "Mais est-ce la meilleure solution ?", poursuit-elle, "je ne suis pas sûre."

Une autre dame, dans la trentaine, a des réflexions similaires : "Ce qui m'embête, dans cette histoire, c'est que les grèves nuisent toujours à ceux qui n'y sont pour rien."

Mais une grève qui n'est nuisible à personne, serait-elle utile ? "Si une grève doit avoir d'impacte", explique une jeune dame qui, juste, distribue des tractes sur la Comédie parlant de la grève des enseignants, "il faut qu'elle gène des gens. Si elle ne gène personne, elle n'a pas de sens."

"Si les grèves ne gênaient personne, elles n'auraient aucune raison d'être", approuve une dame un peu plus âgée. Et : "Vaut mieux qu'ils fassent grève le samedi quand les gens ne travaillent pas", ou, une dame dans la quarantaine : "Je trouve que l'idée du samedi est bonne : on ne peut pas leur reprocher d'empêcher les élèves d'aller à l'école et les travailleurs au travail." Elle comprend bien les problèmes des grévistes : "Connaissant le coût d'une journée de grève quand on est gréviste, je les soutiens. Car cela commence à durer et cela ne doit pas être facile à tenir."

Mais tout le monde n'est pas d'accord : "Dans la mesure qu'ils ne touchent pas un mauvais salaire, c'est quand même gonflé. On est en crise et il y a des gens qui n'ont rien", critique une dame d'environ vingt ans. Et une dame dans la quarantaine : "Pour ma part, je n'aime pas le vampirisme, sous quelque forme que ce soit...... Tout excès ou prise d'otage ne me paraît jamais approprié."

Une autre dame d'environ 35 ans est contre les grèves. Elle pense aux gens qui sont concernés, mais aussi aux conditions de travail : "Je n'aime pas les grèves, je ne les soutient donc pas. Moi je regarde les engagements que TaM a prononcés à l'égard des usagers. Ce sont eux qui paient le prix de l'insatisfaction des salariés que TaM a recrutés. Cette boîte doit trouver des solutions pour tenir ses engagements, d'abord, puis pour répondre aux attentes de ses salariés."

Et une autre dame, un peu plus âgée, aimerait aller peu loin : "En ce qui me concerne, j'ai souvent été gréviste, avec succès des fois, mais j'ai souvent remarqué que parfois les retombées positives se faisaient longtemps après. Je ne peux pas me permettre de juger les grèves du TaM. Je n'ai pas de tram dans mon quartier, je suis donc obligée de prendre ma voiture, hélas."

Elle aussi déclare de ne pas connaître les raisons de la grève actuelle des tramways et des bus. Cependant : "Il y a des problèmes partout. Pour ma part, je serais volontiers favorable à faire grève illimitée, mais seulement si tout le monde s'y associait et dans tous les domaines. Car quand on voit ce qui se passe dans la haute finance qui fait des profits et se donne des salaires plus qu'indécents alors que des gens sont licenciés avec aucune perspective d'emploi, cela me révolte. Je suis pour des grèves et des manifestations contre toutes ces injustices, contre le nucléaire, ..."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

samedi 2 janvier 2010

Montpellier : Frêche, Mandroux, Lacroix , l'Agglo... et le tramway ligne 3

George Frêche et le tram qui rapproche Montpellier de la mer

Tram ligne 1 à Montpellier"…nous sommes bourrés de fric à l’agglomération", déclara George Frêche lui-même lors d'un discours devant l’école d’architecture de Montpellier en avril 2009. Toutefois, s'il est question de commencer la ligne 4 du tram en même temps que la ligne 3, donc en 2010, au lieu d'attendre encore deux ans, l'Agglo est déjà un peu moins "bourrée de fric". Car, comme le chef de l'Agglo l'exprime : "On ne peut pas dépenser l'argent qu'on n'a pas."

Entamer la construction de la ligne 4 tout de suite, ceci est au moins une idée de quelques "jeunes" (George Frêche, conseil d'Agglo le 22 décembre 2009), dont le maire Hélène Mandroux. Mais, comme le veut le chef de l'Agglo, restons raisonnable et ne dépensons que l'argent que nous avons : celui qui est destiné à la ligne 3.

Montpellier, la Comédie et le tramEt elle sera magnifique, cette ligne 3. À partir de 2012 ("…une ligne de tramway tous les 6 ans : la première en 2000, la deuxième en 2006, la troisième en 2012 et la quatrième en 2018." Georges Frêche), les Montpelliérains pourront voyager dans des wagons signés Christian Lacroix au lieu d'attendre un samedi sans grève en design Garouste ou d'espérer que le voisin ôte son pied du leur dans un tram dessiné par Bonetti. Ceci est nécessaire car, selon le site de la TaM, l'Agglo souhaiterait "personnaliser" le nouveau tramway, "tout en l'intégrant parfaitement dans la cité." La cité de Montpellier n'est-elle pas le cadre parfait de Christian Lacroix… ?

Sans doute, pour une Agglo "bourrée de fric", le nouveau Lacroix ne sera pas cher : juste 640 millions euros (hors taxe). Et les couleurs irons "du froid au chaud" pour, comme déclare Christian Lacroix, évoquer "le trajet Nord-Sud, le Levant-Couchant". Quant aux motifs, comme tout visiteur pourra facilement comprendre, ils appliquent des "éléments encyclopédiques enluminés" qui, toujours selon la TaM, feraient référence "à l'opulence de la vieille ville universitaire."

Tout a commencé en février 2005, lorsque Hélène Mandroux annonça non seulement une troisième, mais aussi une quatrième ligne entre Celleneuve et la mer. "La mer" fut le mot clé, devenu fameux entre-temps. À ce moment, la construction de la ligne 2 fut juste entamée. Mais il y a un facteur sur lequel le maire ne compta pas : son prédécesseur. À peine un an plus tard, George Frêche fut clair : "il n'en est pas question"…

Montpellier et son tram ligne 2Plus tard, pas un mois ou presque ne passe sans qu'on se livre des spéculations sur la ligne 4 qui, tout à coup, semble plus intéressante que la 3 de Lacroix. Tout le monde a des idées sur son trajet, dont George Frêche, qui la voit sur le boulevard du Jeu de Paume, à l'hôpital Saint-Éloi, à la place Albert-1er, l'avenue Georges Clemenceau… Et toujours, la ligne 2 est en construction.

Entre-temps, la 2 fait partie "du paysage urbain" (la TaM) et les préparations pour la 3 débutèrent en automne. Le temps passe vite et, bientôt, le produit Lacroix fera lui aussi partie "du paysage urbain". Or, qui dit aux Montpelliérains ce qui, en échange, n'en fera plus partie ?

Déjà, les platanes de l'avenue de Lodève ne sont plus qu'un vague souvenir. À celles de l'avenue des Près d'Arènes, des Montpelliérains pensent encore. La circulation sur le Cours Gambetta/l'avenue de Lodève par contre, est elle aussi un souvenir. Les piétons peuvent enfin circuler, librement, sans être dérangés par les voitures - sous condition que la grue suspendue sur leur tête ne les gène pas, et que son conducteur n'ait pas l'idée d'accélérer un peu pour les faire courir… Et au boulevard du Jeu de Paume, le trafic roule (ou non), comme toujours, comme s'il n'était jamais coupé, définitivement, un jour proche, pour faire place au tram.

Toutefois, quelle perspective : plus de voitures qui bloqueront les voies en été, plus de train, plus de bus, George Frêche tiendra parole - la ligne 3 atteindra la mer. Pas à Palavas-les-Flots, bien sûr, et pas non plus à Carnon - pourquoi gâter les touristes de Montpellier ? Non, elle touchera la mer (ou presque) à Pérols…

Et comme l'indique le flamant rose - évidemment signé Christian Lacroix - qui raconte aux automobilistes impatients qu'ils souffrent pour la bonne cause ("Patience, le tramway avance"), la ligne 3, c'est écologique : "Elle contribue à la protection de l'environnement en améliorant la qualité de l'air et en réduisant les nuisances sonores." (TaM). Après les travaux, bien évidemment.
Photos et texte : copyright Doris Kneller