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samedi 6 février 2010

Montpellier et Léo Malet, George Frêche, Hélène Mandroux ou Jean Moulin...

Micro-trottoir sur les Montpelliérains : les hommes et femmes célèbres de Montpellier

Les Montpelliérain célèbresLa dame réfléchit. Elle a expliqué qu'elle attend son mari qui la joindra dans dix minutes devant la fontaine des trois Grâces sur la place de la Comédie. Elle a alors le temps. "Les hommes connus à Montpellier… Des Montpelliérains, alors, des gens qui sont nés à Montpellier." Et puis, elle sort un nom : "Jean Moulin."

Que sait-elle de Jean Moulin ? - "Il était préfet, n'est-ce pas ? Et il était dans la résistance. Je crois qu'il faisait partie des hommes du Général de Gaulle."

La dame se trompe, Jean Moulin n'est pas né à Montpellier, mais à Béziers. Toutefois, il a passé ses études à Montpellier, il y a fait ses premiers pas vers une carrière comme préfet, et il s'est fait remarquer par son efficacité et son courage au point d'être "adopté" par la ville. Il n'est pas né à Montpellier, certes, mais ses études et son travail ont fait de lui un véritable Montpelliérain.

Les femmes célèbres de MontpellierUne autre dame, plus âgée que la première, dit spontanément : "George Frêche." Et, tout de suite, elle ajoute : "Et Hélène Mandroux. Ou est-ce que vous ne parlez que des hommes de Montpellier ?"

Effectivement, la liste des personnages de Montpellier contient très peu de femmes. Y a-t-il donc si peu de femmes célèbres parmi les Montpelliéraines ? "Une femme célèbre ?" répond une dame dans la cinquantaine. "Je ne sais pas." - "Hélène Mandroux", évoque une autre, un peu plus jeune. Et encore une autre dame : "Hélène Mandroux".

C'est un Monsieur d'une cinquantaine d'années qui, enfin, trouve un autre nom : "Juliette Gréco. Elle est née à Montpellier." Et il fait une petite grimace : "Tout Montpelliérain digne de ce nom devrait en être informé, n'est-ce pas ?"

Un autre Monsieur évoque Élisabeth Guigou et ajoute : "L'ancien Garde des Sceaux. Ses origines sont à Montpellier." - Lui aussi se trompe : Elisabeth Guigou n'est pas née à Montpellier, mais, comme Jean Moulin, elle y a fait ses études. Et c'est également à Montpellier qu'elle a fait connaissance de son mari, Jean-Louis Guigou, qui, plus tard, devrait devenir chargé de mission au cabinet de Michel Rocard et inspecteur général de l'Éducation nationale.

L'université de MontpellierLes hommes et femmes célèbres de Montpellier ne sont donc pas forcément nés dans la ville proche de la Méditerranée, mais ils y ont passé leurs études. L'université de Montpellier est-elle donc, depuis toujours, un berceau de célébrités ?

"Carl von Linné ?" propose une jeune dame, probablement étudiante. - Que sait-elle de Carl von Linné ? - "C'était un biologiste suédois. Il était le premier à entamer la classification des plantes. Et il a travaillé à l'université de Montpellier." - La dame s'y connaît : Carl von Linné a effectivement réalisé une grande partie de son travail au Jardin des Plantes à Montpellier, à cette époque associé à l'université de Montpellier.

Ensuite, il y a de nouveau un nom de femme qui surgit, de nouveau de la part d'un homme. C'est fois-ci, il s'agit d'un homme d'une vingtaine d'années : "Albine-Hélène de Montholon." Puis, il éclate d'un rire sympa. "Je sais, personne ne la connaît, aujourd'hui. Elle était la maîtresse de Napoléon, et on dit qu'elle l'aurait empoisonné. Elle a passé la fin de sa vie à Montpellier, où elle est décédée." Et il ajoute : "Je fais des études d'histoire, et je me suis spécialisé sur Napoléon." - Encore un homme qui fait ses études à Montpellier et qui est susceptible de devenir un des "grands" de la ville.

Son compagnon, qui, jusqu'à ce moment, a écouté en silence, prend la parole : "Je connais un grand homme né à Montpellier." Il sourit. "Le plus grand qui a jamais été né à Montpellier." L'historien se tourne vers lui, puis lui aussi sourit. "Nestor Burma, le plus grand détective du monde." L'historien commence à rigoler. "Et, bien sûr, son père, Léo Malet, le plus grand auteur du monde."

L'historien se mêle de la conversation : "Savais-tu que Léo Malet était même dans la politique ?" - Son ami le regarde, l'air étonné : "Il s'est présenté aux municipales. En tant que candidat antiparlementaire…"

Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 6 janvier 2010

La préfecture et Jean Moulin le "Montpelliérain" : ces hommes qui ont étudié à Montpellier

Jean Moulin - étudiant et employé de préfecture à Montpellier

Préfecture de MontpellierIl est présent dans la Grand rue Jean Moulin, il est présent dans la préfecture, il est présent à la faculté de droit, on a l'impression de le voir apparaître sur la place de la Comédie, il est présent partout à Montpellier, dans la mémoire et dans les esprits de ceux qui connaissent l'histoire de la ville et qui l'estime - Jean Moulin, un de ces hommes qui ont fait leurs études à Montpellier pour, ensuite, devenir célèbres partout en France et même à l'extérieur du pays... Tout le monde le connaît, tout le monde est fier de lui, de ce préfet le plus jeune de la France, de ce résistant, confident de Général de Gaulle - mais qui se rappelle de ce qu'à Montpellier, il n'était rien qu'un petit étudiant ?

En effet, Jean Moulin quitte son Béziers natal uniquement pour s'inscrire à l'université de Montpellier. Nous ne savons pas si, dès le début, il avait envie d'entamer une carrière administrative, mais il est sûr que, sans les guerres, il aurait sagement poursuivi le chemin commencé à Montpellier. Selon le peu que les biographes relatent de cette jeunesse à la fac de Montpellier, il était un étudiant sans problème. Il faisait ses études sans se faire remarquer.

La seule passion qu'il connaît dans cette phase de la vie, c'est le dessin. Mais il n'y a pas question d'en faire une profession. Son père, professeur d'histoire et de géographie à Béziers, était un républicaine et socialiste engagé, et il attendait de son fils de le suivre.

Jean Moulin et la préfectureMais d'abord, c'est la Première Guerre mondiale qui s'en mêle. Encore avant qu'il puisse finir ses études, il est obligé de joindre un régiment à Montpellier. Mais d'abord, c'est la formation et, heureusement pour le jeune Jean Moulin, la guerre est finie plus rapidement que la formation. De cette manière, son rôle dans cette Grande Guerre n'aurait été que manuel : le militaire l'a employé comme terrassier, menuisier ou téléphoniste, mais il n'a pas été confronté à une véritable bataille.

Jean Moulin retourne alors auprès de ses études de droit et, de nouveau, il est un étudiant sans histoires. Ensuite, il décroche un job à la préfecture de Montpellier, en tant qu'attaché du préfet et, comme il sait se rendre utile, il occupera bientôt la place du chef du cabinet.

Et voilà, sa carrière est lancée - et il quitte Montpellier. Une longue série de postes commence - il est nommé le plus jeune sous-préfet de France, plus tard il devient le plus jeune préfet... Si le dessin et le bon travail pour les diverses préfectures étaient restés ses seules passions, il aurait vécu et serait mort comme employé ou patron de préfectures, dans le service d'abord des Montpelliérains, plus tard d'autres Français.

Jean Moulin, MontpellierMais la deuxième Guerre mondiale arrive et change tout. En 1939, quand la guerre éclate, il est déjà préfet, en ce moment en service à Chartres. Et c'est là où celui qui, jeune étudiant ou employé de préfecture à Montpellier, ne visait jamais plus haut qu'à être agréable à ses supérieurs et aimable envers ses administrés, montre pour la première fois son caractère têtu. Les idées socialistes que son père de Béziers avait plantées dans sa tête prennent le dessus.

Le ministère souhaite qu'il garde sa place comme préfet, mais Jean Moulin n'est pas d'accord : il pose sa candidature à l'école des mitrailleurs. Il veut participer à la guerre. - Toutefois, le ministère est le plus fort, et le jeune préfet est obligé de rester sur place. Mais là, tout à coup, il est confronté à un nouveau phénomène : les réfugiés. Des centaines de réfugiés arrivent à Chartres, et Jean Moulin a trouvé son nouvel objectif... il devient le défenseur des réfugiés.

Mais cela ne plaît évidemment pas à l'occupant allemand. On essaie de le soumettre à la pression politique, à "apprivoiser" ce préfet qui avait entamé sa carrière comme homme discipliné et obéissant. Toutefois, ce trait de caractère appartient définitivement au passé : Jean Moulin s'oppose. Il s'oppose au ministère, il s'oppose à l'occupant allemand, il a ses convictions, et il leur reste fidèle. Et c'est le "déshonneur". Le plus jeune préfet de la France se transforme en personne indésirable.

Le déshonneur ne cadre évidemment pas avec sa nouvelle passion, et Jean Moulin, tout simplement, préfère se suicider. Ou, plutôt, il essaie de se trancher la gorge, mais tout ce qui en sorte est une cicatrice - la raison pour laquelle il porte une écharpe sur toutes les photos qui, à partir de ce jour-là, seront prise de lui.

Et Jean Moulin devient "résistant". Il joint le Général de Gaulle à son poste en Angleterre qui le renvoie en France. Pour le gouvernement auprès duquel il est toujours personne indésirable, il devient artiste. Ses talents de dessinateur serviront enfin à quelque chose : sous le couvert d'un artiste un peu marginal, il organise la résistance en France, toujours en collaboration étroite avec Charles de Gaulle.

Ici, l'histoire de l'étudiant montpelliérain s'éloigne de la ville qui, selon lui, était toujours sa patrie. Il rendra de grands services à la France, sera pris et tué par l'ennemi. Selon ce que l'on sait de cette phase de sa vie, il n'est jamais retourné à Montpellier. Ce qu'il aurait fait s'il avait survécu la guerre, personne ne le sait. Peut-être aurait-il changé la vie à Montpellier. De toute manière, les Montpelliérains n'ont jamais oublié ce jeune étudiant sans histoires qui, un jour, devrait devenir si célèbre...
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 25 novembre 2009

L'université de Montpellier, ville de la Méditerranée

Ces grands hommes qui ont étudié à Montpellier

université MontpellierNous n'avons pas besoin d'interroger l'histoire pour constater que Montpellier est riche en gens intéressants. La ville est pleine de créateurs, d'artistes, de femmes et d'hommes qui ont des idées et de l'énergie. Mais ceci n'est pas nouveau. Nos visiteurs qui, aujourd'hui, admirent la vie active de notre ville imprégnée par l'animation et la gaieté des étudiants issus de (presque) tous les pays du monde, n'ont aucune idée des grands noms qui passèrent leurs études à Montpellier.

Un exemple : Paul Valery, le poète - qui lierait son nom à celui de la ville de Montpellier ? Et pourtant : "C'est à Montpellier que j'ai vécu les jours d'adolescence qui, dans toute ma vie, décident de l'avenir de l'esprit." Le jeune Paul Valery ne fit pas seulement ses études à Montpellier, il était aussi membre de la fameuse AGEM, l'Association Générale des Étudiants de Montpellier. Et c'était dans le bulletin de l'association où, en 1888, on pouvait lire ses premiers poèmes.

Et il semble que Montpellier ait vraiment impressionné ce jeune homme plein de talent : "Je n'ai guère fait par la suite que développer des impressions reçues dans les jardins et les vieilles rues de notre charmante cité, et des idées nées dans son air intellectuel."

Montpellier facultéDommage que Paul Valery n'ait pas eu l'occasion de rencontrer Jean Moulin qui, en 1917, fit lui aussi son apparition à l'université de Montpellier où il fréquentait la faculté de droit. Et comme le poète, il faisait partie de l'Association Générale des Étudiants et publia dans sa gazette. Pour Jean Moulin, toutefois, ce futur résistant et créateur du "Conseil National de la Résistance", ce n'était pas des poèmes, mais les premiers de ces dessins qui, plus tard, devinrent si connus...

Un autre membre de l'Association Générale des Étudiants de Montpellier : Bernard Pons. Mais, au contraire de Paul Valery et de Jean Moulin, il ne se contenta pas d'être un simple membre. En cinquième année de ses études de médecine, en 1950, le futur ministre sous Jacques Chirac fut élu président de l'AGEM. Parallèlement, il devint président de la Corporation de Médecine. Mais il se fit remarquer surtout par l'organisation d'un des premières grèves qui préparèrent les années 68 : la grève des… cinémas de Montpellier.

Nostradamus - oui, lui aussi passa à la faculté de médecine de Montpellier - avait moins d'idées révolutionnaires que son camarade d'études du futur. Il avait pour but principal de gagner de l'argent, et cela le plus rapidement possible. Fils de paysan, il avait surtout envie de se sortir de sa misère. C'est pourquoi, à peine entamé ses études, il se fit embaucher par une pharmacie - et chassé de l'université. Car à l'époque, les médecins et les "apothicaires" étaient des ennemis déclarés. Chacun accusait l'autre d'être des charlatans.

Ainsi, il était strictement interdit aux étudiants de la médecine de travailler pour un de ces ennemis apothicaires - ce qui n'impressionna pas beaucoup le jeune Nostradamus qui, au contraire de beaucoup de ses camarades, avait besoin de gagner son pain. Toutefois, même l'ordre de quitter l'université des "médecins honnêtes" ne l'intéressa pas beaucoup. Ses capacités de persuasion et de communication étaient déjà assez bien développées pour discuter avec les maîtres de l'université. Quelques mois plus tard, on l'aperçut de nouveau au campus, dédié comme toujours à ses études.
Photos et texte : copyright Doris Kneller