Micro-trottoir sur les Montpelliérains : les hommes et femmes célèbres de Montpellier
La dame réfléchit. Elle a expliqué qu'elle attend son mari qui la joindra dans dix minutes devant la fontaine des trois Grâces sur la place de la Comédie. Elle a alors le temps. "Les hommes connus à Montpellier… Des Montpelliérains, alors, des gens qui sont nés à Montpellier." Et puis, elle sort un nom : "Jean Moulin."Que sait-elle de Jean Moulin ? - "Il était préfet, n'est-ce pas ? Et il était dans la résistance. Je crois qu'il faisait partie des hommes du Général de Gaulle."
La dame se trompe, Jean Moulin n'est pas né à Montpellier, mais à Béziers. Toutefois, il a passé ses études à Montpellier, il y a fait ses premiers pas vers une carrière comme préfet, et il s'est fait remarquer par son efficacité et son courage au point d'être "adopté" par la ville. Il n'est pas né à Montpellier, certes, mais ses études et son travail ont fait de lui un véritable Montpelliérain.
Une autre dame, plus âgée que la première, dit spontanément : "George Frêche." Et, tout de suite, elle ajoute : "Et Hélène Mandroux. Ou est-ce que vous ne parlez que des hommes de Montpellier ?"Effectivement, la liste des personnages de Montpellier contient très peu de femmes. Y a-t-il donc si peu de femmes célèbres parmi les Montpelliéraines ? "Une femme célèbre ?" répond une dame dans la cinquantaine. "Je ne sais pas." - "Hélène Mandroux", évoque une autre, un peu plus jeune. Et encore une autre dame : "Hélène Mandroux".
C'est un Monsieur d'une cinquantaine d'années qui, enfin, trouve un autre nom : "Juliette Gréco. Elle est née à Montpellier." Et il fait une petite grimace : "Tout Montpelliérain digne de ce nom devrait en être informé, n'est-ce pas ?"
Un autre Monsieur évoque Élisabeth Guigou et ajoute : "L'ancien Garde des Sceaux. Ses origines sont à Montpellier." - Lui aussi se trompe : Elisabeth Guigou n'est pas née à Montpellier, mais, comme Jean Moulin, elle y a fait ses études. Et c'est également à Montpellier qu'elle a fait connaissance de son mari, Jean-Louis Guigou, qui, plus tard, devrait devenir chargé de mission au cabinet de Michel Rocard et inspecteur général de l'Éducation nationale.
Les hommes et femmes célèbres de Montpellier ne sont donc pas forcément nés dans la ville proche de la Méditerranée, mais ils y ont passé leurs études. L'université de Montpellier est-elle donc, depuis toujours, un berceau de célébrités ?"Carl von Linné ?" propose une jeune dame, probablement étudiante. - Que sait-elle de Carl von Linné ? - "C'était un biologiste suédois. Il était le premier à entamer la classification des plantes. Et il a travaillé à l'université de Montpellier." - La dame s'y connaît : Carl von Linné a effectivement réalisé une grande partie de son travail au Jardin des Plantes à Montpellier, à cette époque associé à l'université de Montpellier.
Ensuite, il y a de nouveau un nom de femme qui surgit, de nouveau de la part d'un homme. C'est fois-ci, il s'agit d'un homme d'une vingtaine d'années : "Albine-Hélène de Montholon." Puis, il éclate d'un rire sympa. "Je sais, personne ne la connaît, aujourd'hui. Elle était la maîtresse de Napoléon, et on dit qu'elle l'aurait empoisonné. Elle a passé la fin de sa vie à Montpellier, où elle est décédée." Et il ajoute : "Je fais des études d'histoire, et je me suis spécialisé sur Napoléon." - Encore un homme qui fait ses études à Montpellier et qui est susceptible de devenir un des "grands" de la ville.
Son compagnon, qui, jusqu'à ce moment, a écouté en silence, prend la parole : "Je connais un grand homme né à Montpellier." Il sourit. "Le plus grand qui a jamais été né à Montpellier." L'historien se tourne vers lui, puis lui aussi sourit. "Nestor Burma, le plus grand détective du monde." L'historien commence à rigoler. "Et, bien sûr, son père, Léo Malet, le plus grand auteur du monde."
L'historien se mêle de la conversation : "Savais-tu que Léo Malet était même dans la politique ?" - Son ami le regarde, l'air étonné : "Il s'est présenté aux municipales. En tant que candidat antiparlementaire…"
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Photos et texte : copyright Doris Kneller
Il est présent dans la Grand rue Jean Moulin, il est présent dans la préfecture, il est présent à la faculté de droit, on a l'impression de le voir apparaître sur la place de la Comédie, il est présent partout à Montpellier, dans la mémoire et dans les esprits de ceux qui connaissent l'histoire de la ville et qui l'estime - Jean Moulin, un de ces hommes qui ont fait leurs études à Montpellier pour, ensuite, devenir célèbres partout en France et même à l'extérieur du pays... Tout le monde le connaît, tout le monde est fier de lui, de ce préfet le plus jeune de la France, de ce résistant, confident de Général de Gaulle - mais qui se rappelle de ce qu'à Montpellier, il n'était rien qu'un petit étudiant ?
Mais d'abord, c'est la Première Guerre mondiale qui s'en mêle. Encore avant qu'il puisse finir ses études, il est obligé de joindre un régiment à Montpellier. Mais d'abord, c'est la formation et, heureusement pour le jeune Jean Moulin, la guerre est finie plus rapidement que la formation. De cette manière, son rôle dans cette Grande Guerre n'aurait été que manuel : le militaire l'a employé comme terrassier, menuisier ou téléphoniste, mais il n'a pas été confronté à une véritable bataille.
Mais la deuxième Guerre mondiale arrive et change tout. En 1939, quand la guerre éclate, il est déjà préfet, en ce moment en service à Chartres. Et c'est là où celui qui, jeune étudiant ou employé de préfecture à Montpellier, ne visait jamais plus haut qu'à être agréable à ses supérieurs et aimable envers ses administrés, montre pour la première fois son caractère têtu. Les idées socialistes que son père de Béziers avait plantées dans sa tête prennent le dessus.
Nous n'avons pas besoin d'interroger l'histoire pour constater que Montpellier est riche en gens intéressants. La ville est pleine de créateurs, d'artistes, de femmes et d'hommes qui ont des idées et de l'énergie. Mais ceci n'est pas nouveau. Nos visiteurs qui, aujourd'hui, admirent la vie active de notre ville imprégnée par l'animation et la gaieté des étudiants issus de (presque) tous les pays du monde, n'ont aucune idée des grands noms qui passèrent leurs études à Montpellier.
Dommage que Paul Valery n'ait pas eu l'occasion de rencontrer Jean Moulin qui, en 1917, fit lui aussi son apparition à l'université de Montpellier où il fréquentait la faculté de droit. Et comme le poète, il faisait partie de l'Association Générale des Étudiants et publia dans sa gazette. Pour Jean Moulin, toutefois, ce futur résistant et créateur du "Conseil National de la Résistance", ce n'était pas des poèmes, mais les premiers de ces dessins qui, plus tard, devinrent si connus...