La littérature allemande et ses écrivains : Paul Nizon, Andreas Eschbach, Volker Kutscher, Katharina Hagena
Encore, la saison hivernale à Montpellier est en pleine "boum" : tous les jours, les Montpelliérains peuvent choisir entre des conférences, cafés à thème, clubs et festivals de film, ... Toutefois, le printemps arrive et avec lui, la fin de la saison. Et avec la fin de la saison, arrive la Comédie du Livre de Montpellier.Comme chaque année, les écrivains d'un pays "élu" sont à l'honneur. Les organisateurs de la Comédie du Livre 2011 ont voté pour l'Allemagne - un bon choix, comme constatent les visiteurs et fidèles de la Maison de Heidelberg, du centre culturel allemand à Montpellier. "En France", explique une dame qui vit depuis plus de 20 ans dans la région méditerranéenne, "on ne sait pas beaucoup sur les auteurs allemands. Au cours des dernières années, la littérature allemande s'est beaucoup développée, de nouveaux écrivains et de nouveaux styles ont surgi."
Certes, quelques-uns de ces "nouveaux écrivains" seront présents à la Comédie du Livre. Mais comme toujours, les organisateurs ont préféré d'inviter surtout les "gros calibres", du style du Suisse Paul Nizon qui s'est déclaré "autofictionnaire" déjà avant que le genre apparaisse dans les pages "officielles" de la littérature et dont la première œuvre - sa thèse - était consacrée au peintre Vincent Van Gogh. Lorsqu'il écrit ses livres de fiction, Paul Nizon se considère comme son propre personnage principal. Ses sujets sont souvent dominés par la question de la solitude et des considérations du point de vue d'un "étranger".
Mais qui dit fiction dit aussi science-fiction. Et là, tout Allemand qui aime le genre pense automatiquement à Andreas Eschbach qui, lui aussi, sera présent à la Comédie du Livre de Montpellier. Il n'y a pas beaucoup d'auteurs allemands de science-fiction qui ont été traduit. Mais Andreas Eschbach, né à Bade-Wurtemberg, n'a des fans non seulement en Allemagne - on peut acheter ses livres en 15 langues. Pour les amateurs allemands de la science-fiction, ce n'est peut-être pas seulement le nom de l'auteur qui provoque un déclic dans leur tête, mais un héro, le fameux Perry Rhodan, à qui Andreas Eschbach - en collaboration avec beaucoup d'autres écrivains de son calibre - a offert des traits de caractère "typique" et, bien sûr, des aventures. Perry Rhodan devrait être le héro le plus connu parmi les garçons (et les filles) allemands des années 1960 : plus de 2500 volumes ont été écrites sur ses aventures, avec plus d'un milliards d'exemplaires vendus en Allemagne.Mais Andreas Eschbach ne vit pas seulement dans le monde de la science-fiction. Dans son blog, il parle des sujets bien actuels, comme du danger du nucléaire ou du rôle des ordinateurs dans les élections...
Le Colonais Volker Kutscher est un autre écrivain allemand que les Montpelliérains amateurs de la littérature germanique attendent avec impatience. Il écrit des policiers - mais des policiers qui intriguent. Son "héro" et commissaire, un certain Gereon Rath, vit dans le Berlin des années 1929/30, une métropole d'un côté totalement américanisée, mais d'un autre côté sous le joug du nazisme naissant.
Katharina Hagena fait partie de ces écrivains allemands qui ont eu un grand succès non seulement dans leur propre pays, mais aussi en France. Déjà son premier roman était ce que Le Nouvel Obs appelle un "étonnant best-seller". Ce qu'elle écrit est un mélange entre une comédie et le genre "secret de famille". Et elle aussi, comme Volker Kutscher, fait partie de cette génération d'écrivains allemands qui éprouvent le besoin de réfléchir sur un passé qui, entre-temps, n'est plus que celui des ancêtres. Mais chez Katharina Hagena, au contraire de chez Volker Kutscher, ce passé est déjà du passé - bien qu'il surgisse de nouveau, comme il surgit dans les têtes des Allemands d'après-guerre, sur le poulailler, en forme du mot "nazi" en lettres rouges, prêt à détruire la vie d'une génération innocente...
Le sujet du soi-disant "troisième Reich, de Hitler et de la Shoah est un thème qui apparaît d'une fréquence frappante dans la littérature moderne de l'Allemagne. L'équipe des Gens de Montpellier a interrogé des Montpelliérains français et allemands sur la question, si on devrait toujours parler de cette époque."Non." La réponse d'une dame dans la cinquantaine est catégorique. "Je trouve qu'il faut enfin ouvrir un autre chapitre. Les relations entre la France et l'Allemagne sont amicales, personne ici n'a quelque chose contre les jeunes Allemands. Et non plus contre les vieux."
Un Monsieur d'à peu près le même âge, français lui aussi, va encore plus loin. "On parle des Allemands et de ce qu'ils ont fait pendant la deuxième guerre mondiale. Mais nous, les Français, on ne parle pas souvent du rôle que notre gouvernement a joué dans la Shoah."
Une Allemande de quelque trente ans parle elle aussi du "gouvernement". Elle raconte une expérience "anti-allemand" douloureuse qu'elle a vécu en plein Montpellier et conclut : "Beaucoup de Français confondent les Allemands d'aujourd'hui avec un gouvernement qui a semé la terreur non seulement à l'étranger, mais aussi chez les Allemands. S'ils ne veulent pas comprendre que tout cela est du passé, ils devraient au moins s'informer sur ce qui s'est passé. Ce n'était pas "les Allemands" qui ont fait la guerre, mais un gouvernement."
Toutefois, pas tout le monde est de cet avis. "Une Comédie du Livre avec des bouquins allemands ?", demande un homme âgé d'une vingtaine d'années. "On a tout vu. Comme s'ils n'avaient pas fait assez de mal à notre pays. Je ne veux pas d'eux à Montpellier."
C'est peut-être un Monsieur d'une quarantaine d'années, de nationalité allemande, qui fait la remarque la plus véridique : "La prochaine Comédie du Livre risque d'être intéressante..."
La Comédie du Livre 2010 à Montpellier
Montpellier et la littérature américaine
Comédie du Livre 2010 : écrivains à Montpellier
Photos et texte : copyright Doris Kneller
Que faire lorsque le début du
La lutte pour l'égalité menée par Elyane Rejony concerne plus ou moins tous les secteurs de la vie. Le sujet de la soirée, le féminisme au quotidien, exprime la nécessité non de mener une grande bataille, mais de faire des efforts, jour après jour, toujours de nouveau, jusqu'à ce que, dans un avenir peut-être pas trop lointain, l'égalité entre dans l'esprit de tout le monde. Elyane Rejony parle de la situation de travail, de l'éducation inégale dont ne souffrent pas seulement les femmes mais aussi les hommes, de la sexualité, du corps, du langage... pourquoi, réfléchit une femme dans le public, "poétesse" est-il toujours un mot "péjoratif" ? Et pourquoi les expressions "mairesse" ou "doctoresse" ont-elles toujours le "goût" d'une "femme de", d'une femme appartenant à un maire ou un docteur. Pourquoi est-il toujours si courant que la femme perd son nom, son identité, avec le mariage pour, après un éventuel divorce, se retrouver avec un "nom de jeune fille", un nom qui n'a pas grandit avec elle ?
Et pourtant. "Si je me connais dans des domaines techniques ? répète une femme dans la quarantaine la question de l'équipe des Gens de Montpellier qui l'interroge sur la Place de la Comédie, le matin de la Journée internationale des Femmes. "Qu'est-ce que vous en entendez ? Ordinateurs ? Internet ? Oui, bien sûr, j'utilise internet. Mais si j'ai un problème, je demande à mon fils de m'aider." Et elle ajoute : "Les hommes sont quand même plus doués pour ça."
Sans doute, le printemps est arrivé à Montpellier. Et avec lui, comme chaque année, le Printemps des Poètes. La grande nouvelle : la Maison de la poésie a enfin trouve un "chez elle". Désormais, son "quartier général" est établi près de la place d'Europe, derrière la médiathèque Émile Zola. Mais elle "loge" aussi à la salle Saint-Ravy, déjà connue pour ses expositions souvent originales et toujours bien choisies comme pour ses récitals poétiques et musicaux. Et parfois, elle prend ses quartiers au Musée Fabre à Montpellier, au Musée Paul Valéry à Sète ou dans les Médiathèques.
Personne n'était étonné que la salle Saint-Ravy était comble. Aucune chaise n'est restée libre - ce qui ne pouvait pas entamer la bonne humeur de ceux qui étaient obligés de rester debout ou de, carrément, s'asseoir par terre. "Si ça me dérange de rester debout ?" répète une jeune femme la question de l'équipe des Gens de Montpellier. "J'aurais préféré trouver une chaise." Elle sourit. "Mais si j'ai le choix entre rester debout pour écouter Pedro Soler ou m'en aller, je préfère définitivement rester debout."
Ensuite, après un petit "check up" de la qualité acoustique de la salle Saint-Ravy - "Y a-t-il quelqu'un qui n'a pas pu entendre la voix ?" - la guitare de Pedro Soler se joint à la voix de Bruno Doucey. D'abord hésitant, comme si la musique avait besoin d'interroger, de comprendre, de séduire la voix du poète, puis de plus en plus fort, demandant, sollicitant l'oreille de l'auditeur, vainqueur parfois, reculant de nouveau, jusqu'à, finalement, la voix du poète et celle de la guitare ne font qu'une.
Mais pas tout le monde n'est d'accord. Un Monsieur d'une soixantaine d'années n'est pas content de la liaison entre Federico Garcia Lorca et la soirée à Montpellier. "Pourquoi a-t-on toujours besoin des hommages ?" se plaint-il. "Pedro Soler est un guitariste de chez nous, et Bruno Doucey parle notre langue. Pourquoi ne rendent-ils pas hommage à la Méditerranée comme nous le connaissons ici, au Sud de la France ?"
Quoi de plus logique pour un festival de cinéma suisse que de programmer des films qui parlent de la vie en Suisse ? - Les organisateurs de la
Sa tâche, officiellement, ne consistait qu'à s'occuper des enfants. Mais Friedel Bohny-Reiter n'était pas femme à pouvoir voir la misère sans intervenir, incapable de traiter différemment les adultes ou les enfants, les réfugiés espagnols, les gitans, les juifs français ou allemands. Tout ce qui comptait pour elle, c'était l'être humain. Et la souffrance...
Est-ce vrai que le Montpelliérain "moyen" ne sait pas grand-chose de ce voisin de la France dont les habitants parlent de différentes langues, fondant de différentes cultures en une seule histoire ?
Depuis plusieurs années déjà, la semaine de Cinéma Suisse est devenue un rendez-vous fixe pour les cinéphiles de Montpellier. Les films ont des sujets divers, mais il y a un point qu'ils ont tous en commun : ce sont des films bien choisis, dont les réalisateurs ont quelque chose à dire, qui évoquent le sentiment humain, qui sont, comme l'exprime une spectatrice fidèle, "entièrement humains". Ils parlent de la vieillesse, comme "Die Herbstzeitlosen" de Bettina Oberli et "Giulias Verschwinden" de Christoph Schaub, ou de la jeunesse, comme "Jeune homme", également de Christoph Schaub. Ils montrent la mentalité de la Suisse, ses paysages et sa vie quotidienne. Et, comme l'affirme un Monsieur dans la soixantaine : "Tous les films ont un bon niveau."
"La vie doit changer. Autant commencer tout de suite." Ils sont venus pour protester contre la loi LOPPSI 2, la loi, comme disent les uns, d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure. - La loi, comme disent les autres, pour "surveiller, punir, isoler, détruire".
"Nous ne sommes pas dans la rue parce qu'il fait beau à Montpellier", déclare un autre homme d'une dizaine d'années plus âgé que le premier. "Et nous ne marchons pas pour le plaisir. Nous marchons pour notre liberté."
Toutefois, pour le moment, au moins, les pauvres ne sont pas encore seuls. À la fin de la manifestation, le collectif "Reste à Quai" a construit une sorte de village alternatif. Catherine fait partie de ceux qui sont venus pour conseiller, pour construire une petite cabane de l'espoir et pour soutenir la liberté de choisir son style de vie. Depuis des années, elle habite dans une yourte - et cela dans les Pyrénées-Orientales, un département qui est considéré comme "projet pilote" pour la suppression des cabanes, yourtes et autres caravanes. Elle raconte que même les gens qui construisent un abri de toile ou de bois sur leur propre terre n'ont plus le droit d'y vivre. Son propre projet, toutefois, a survécu - jusqu'à maintenant. Elle explique que les anciens projets ont une certaine chance d'échapper à la nouvelle loi... pour le moment. Car...
Samedi soir, entrée du théâtre comique de la Cicrane. Un couple, les deux d'une quarantaine d'années, étudie les affiches. Ils ont envie d'entrer au théâtre, hésitent. Enfin, le Monsieur veut savoir, si la pièce est vraiment comique. "Vais-je pouvoir rire ?" se soucie-t-il. Mais avant que Claudine Bouygues qui, ce soir-là, tient la caisse, puisse répondre, une spectatrice évidemment habituée prend la parole : "Bien sûr", dit-elle, et : "Si ici, vous n'êtes pas capable de rigoler, vous ne rigolez..." ... et le Monsieur, souriant, finit la phrase : "Si je ne rigole pas ici, je ne rigole nulle part. J'ai compris." Puis, il achète les billets.
Toutefois, bien qu'il soit vrai que les "Téléploucs" provoquent souvent des rires tout simplement amusés, sans "arrière-pensée", sans "profondeur", le niveau culturel de la pièce ne peut pas être considéré comme "totalement zéro". Un commentaire de Michel Saillard concernant la comédie en général s'applique excellemment aux "Téléploucs" : le directeur de la Cicrane est de l'avis qu'il vaut mieux vivre deux minutes pleines de réflexion que s'ennuyer "en profondeur" pendant deux heures.
Ici, il ne reste plus rien de l'esprit des Bidochon. Ou, au moins, rien de leurs possibilités de "Français moyen". Car qui, "moyen" ou non, n'aimerait pas disposer d'une bête féroce qui éloigne les ennuis sans laisser de trace ? Avec la bête féroce, l'histoire vire de nouveau vers la bande dessinée. Toutefois, cette fois-ci, ce n'est pas l'homme et la femme qui, sagement, essaient de se fondre dans la bonne société, mais plutôt une Carmen Cru, cette vieille femme devenue méchante, créée par le dessinateur français Jean-Marc Lelong. Carmen Cru vit sous l'influence des expériences amères et de la découverte que l'âge ne suscite que le mépris des jeunes. Elle pourrait donc réagir comme d'autres personnes de son âge, se retirer, vivre dans la peur et l'incompréhension. Mais elle refuse - elle s'est plutôt bâti son propre monde où "les autres" n'ont pas de place. Et s'ils veulent s'y introduire, tant pis pour eux.