mardi 30 décembre 2014

Être jeune à Montpellier : ce que les jeunes Montpelliérains attendent de la vie

Travail, mariage, famille - les anciennes valeurs ont-elles encore la côte à Montpellier ?

Si on lit la presse spécialisée - ou non -, on perd facilement l’espoir : la jeunesse, proclament beaucoup de média, veut faire la fête, mais ni travailler ni prendre des responsabilités. D’autres parlent de l’aversion des jeunes contre l’idée de créer une famille, d’avoir des enfants. Est-ce vraiment ce que pensent les jeunes de Montpellier ? - Montpellier Presse Online leur a posé des questions.

Marie-Anne a presque trente ans. Elle a la « chance », comme elle dit, d’avoir un travail - même si ce n’est pas un travail dans son secteur. « J’ai appris plusieurs langues », raconte-t-elle, « je parle et écris couramment l’allemand et l’anglais, et je me débrouille bien en espagnol. Mais je ne trouve pas de poste où je peux utiliser mes connaissances. » Au lieu de cela, elle est « aide de vie » - elle rigole. « C’est un joli nom pour quelqu’un qui fait le ménage. »

Mais Marie-Anne ne se plaint pas. Elle est consciente d’être enviée par beaucoup de gens de son âge qui n’ont pas de travail du tout. Il n’y a qu’un seul point qu’elle ne trouve pas juste : « J’aimerais avoir mon propre appartement. Mais je ne gagne pas assez. Je suis donc obligée de vivre chez ma mère. Quand on travaille toute la journée, ne devrait-on pas gagner assez pour se payer un appartement ? »

Avec trente ans, Marie-Anne ne fait plus partie des plus jeunes. Mais sa situation est pareille : chômage, acceptation des jobs qui ne correspondent pas aux compétences acquises, un niveau de vie très bas : « On est deux à travailler », rapporte une autre dame, avec ses 24 ans plus jeune que Marie-Anne, « mon ami et moi. » Au contraire de Marie-Anne, ils peuvent se payer un petit appartement, mais « tout notre salaire part dans les frais quotidiens : le loyer, l’EDF, la nourriture… Il ne reste rien pour un restau de temps en temps ou un petit voyage. En été et à Noël, on rend visite à nos parents, c’est tout ce qui est possible. »

Situation économique précaire, les joies de vie liées à l’argent deviennent de plus en plus inaccessibles. Mais ces nouvelles conditions ont-elles d’influence sur la philosophie de vie des jeunes ?

« Ma mère me raconte souvent que, dans mon âge, elle s’occupait déjà d’une famille », confie une dame de 28 ans à Montpellier Presse Online. « Elle ne comprend pas que les temps ont changé. Je ne pourrais jamais entretenir un enfant, et mon copain non plus. A quoi ça sert de se marier et d’avoir des enfants, si on n’a rien à leur offrir ? On gagne juste assez pour vivre et aller en boîte, le week-end. Et, franchement », continue-t-elle, « j’en aurais même pas envie. On est bien ensemble, mon ami et moi. Pourquoi se marier ? Pourquoi faire des enfants ? Pour les condamner à la même galère ? Non, merci. J’ai vu galérer mes parents, je veux pas faire pareil. Je veux être bien dans la vie. »

Cette notion de jouir de la vie revient dans beaucoup de réponses. « Si j’ai un job ? », répète un homme de 21 ans la question de Montpellier Presse Online. « Non, et je vous dis quelque chose : je suis heureux de ne pas en avoir. A quoi ça sert ? On bosse toute sa vie et à la fin, on n’a rien, sauf des maladies. J’ai pas besoin de mômes, j’ai pas besoin de travail, je me débrouille. Si je veux être avec une nana, j’ai pas besoin de la bénédiction d’un prêtre. Je vis ma vie comme je l’entends. »

Un autre jeune qui, dans un an, a l’intention de passer un bac brillant pense différemment sur le monde du travail. « Si on veut un bon travail, il faut être le meilleur », proclame-t-il. « Je serai premier au bac - ou presque - je serai premier à la fac et j’aurai mon job de rêve. » Quel est ce job de rêve ? « Je ne sais pas exactement, mais ça sera dans l’économie. Là, où se trouve l’argent. A l’étranger, je présume. Je n’ai pas l’intention de galérer. »

Qui dit job dit aussi famille ? « Non, je ne crois pas », répond-il. « Une famille empêche la carrière. Je veux être libre pour aller où je veux, là où je trouve le travail qui me convient. Créer une famille était bien pour la génération de nos parents, mais aujourd’hui, ç’a changé. Une famille ne sert plus à rien. »

Une jeune de 22 ans n’a pas la même confiance dans une bonne éducation. « A l’école, j’ai tout fait pour avoir de bonnes notes. Ensuite, je suis allé à l’université. Mais je l’ai pas fini. J’ai compris que les connaissances professionnelles ne comptent plus. Je préfère voyager, peut-être écrire un livre. De toute manière, si je finis la fac ou non, ça change rien. »

Et la famille ? « Une famille ? Pour vivre comme ma mère ? Non merci. »

En ce concerne un poste, les opinions sont différentes. Les uns croient encore à l’utilité d’un bon diplôme, les autres pensent que les connaissances sont plus importantes que les papiers. Mais il y a de moins en moins qui ont encore confiance dans les valeurs de famille. « Je n’ai pas besoin de me marier pour être heureuse », commente une dame de 26 ans. « De toute manière », ajoute-t-elle, « les temps sont révolus où une famille était encore la garantie du bonheur. Il me suffit d’être heureuse aujourd’hui. Demain, on avisera. »  
Photos et texte : copyright Doris Kneller

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