dimanche 28 décembre 2014

Montpellier et les bonnes œuvres de Noël

Les Montpelliérains et leur bon cœur : Téléthon, Croix Rouge et autres SDF...


Jeudi 26 décembre dans une rue piétonne de Montpellier. Beaucoup parmi ceux qui ne sont pas partis en vacances et ne travaillent pas se promènent en ville. On regarde les vitrines, les gens, on se délasse avec un café - certains même sur les terrasses - on fait des courses. D’autres échangent des cadeaux mal choisis. Encore d’autres dépensent l’argent qu’ils ont trouvé sous l’arbre de Noël.

Tout à coup, des cris percent le murmure ambiant. Un vieil homme se précipite dans la rue, une jeune vendeuse derrière lui. Les deux crient. La jeune attrape le vieux qui porte tous les signes d’un SDF. Ses mains tremblent : un cas avancé de Parkinson.

Le vieux SDF se cramponne à un stylo qu’il défend comme si c’était un trésor. Mais la jeune est plus agile et plus forte - elle l'arrache des mains tremblantes, l’homme gueule, elle le réprimande. Les deux sont au bord des larmes - elle rentre dans sa boutique, l’autre s’éloigne. La colère est passée, il baisse la tête, murmure, pleure.

Quelques passants se sont arrêtés pour observer la scène. La plupart part dès que le spectacle est terminé. Une dame dans la cinquantaine reste. Elle fixe la porte de la boutique et murmure : « Bon Noël. » - Par hasard, un membre de l’équipe de Montpellier Presse Online était témoin de l’incident. Il interroge la dame qui semble choquée : « Il a volé, d’accord. Peut-être pour se faire plaisir ou pour faire plaisir à quelqu’un d’autre, nous ne pouvons pas le savoir. Mais ce stylo était important pour lui. En ce concerne le magasin - les assurances, ça existe. Je sais, je sais », ajoute-t-elle, « le type n’est qu’un SDF, criminel, voleur… Mais c’est Noël ou pas ? Est-ce vraiment impossible d’offrir un malheureux stylo à un SDF et le rendre un peu plus heureux ? Ou de faire subir la perte par l’assurance ?

Le membre de l’équipe de Montpellier Presse Online suite la jeune dans sa boutique. Il la voit bouleversée - et renonce à lui parler.

Depuis quelques semaines, les rues de Montpellier sont remplies de mendiants, plus que pendant le reste de l'année. Les uns demandent de l’argent pour des organismes tels que Téléthon ou Croix Rouge, des autres demandent de l’argent pour améliorer leur quotidien : « Vous n’avez pas quelques coins pour moi ? » - Les Montpelliérains que pensent-ils de cette « attaque organisée par le Père Noël », comme l’exprime une dame dans la trentaine ?

Parmi les premiers interrogés se trouve un homme dans la quarantaine qui est bien en colère : « Téléthon, Téléthon, je ne peux plus l’entendre. A Noël, tout le monde demande de l’argent pour le Téléthon, comme s'il n’y avait pas d’autres organismes qui ont besoin d’aide. Mais comme ça se passe à la télé - c’est pourquoi ça s’appelle ‘Téléthon’ - personne ne donne à autre chose. Il est bien connu que les recherches génétiques qui, soi-disant, sont soutenues par le Téléthon ne servent pas seulement aux malades, mais aussi à créer la nourriture génétiquement manipulée. En plus, je viens de lire un article dans un journal sur Internet qui explique ce que le Téléthon fait avec l’argent : pratiquement cent pour cent vont dans l’administration et pas dans les recherches. »

Une dame d’à peu près le même âge est moins dure. « Je ne dis pas que tout le monde devrait donner aux pauvres, mais il est Noël. On peut montrer son bon cœur. Et partager un peu du troisième mois du salaire - enfin, ceux qui ont un travail. »

Une autre dame, plus âgée que la précédente, est également pour l’aide, mais pas pour tout le monde. « Moi je donne avec plaisir, pas beaucoup, mais ce que je peux. Pendant toute l’année. Mais je ne donne pas à des organismes pourris. Je donne aux gens qui sont dans la rue, ici, chez nous. Parfois je leur donne de l’argent, parfois j’achète à manger pour eux. »

Une dame dans la trentaine exerce son bon cœur sur une personne choisie : « Il y a un vieux SDF que je vois presque toujours quand je vais à la station du tram. Je lui donne un petit quelque chose tous les jours. Il est pauvre, mais toujours souriant. »

Un Monsieur dans la cinquantaine donne aussi, mais uniquement à ceux qui le « méritent » : « J’aime pas les gens qui font la manche. Ceux, par contre, qui m’offre quelque chose, un spectacle, même une chanson, je leur donne de bon cœur. Ces gens-là travaillent pour notre plaisir, et tout travail mérite salaire. »

Un membre de l’équipe de Montpellier Presse Online, s’étant arrêté près d’un jeune homme qui demande de l’argent pour la Croix Rouge, est témoin d’une scène de mécontentement. Une dame dans la quarantaine vise le jeune homme : « Vous faites ça bénévolement, n’est-ce pas ? » demande-t-elle. Le jeune consente. « Et vous faites ça, parce que vous avez bon cœur. » Le jeune hausse les épaules. « Oui », dit-il, « et parce que c’est nécessaire. Tout le monde peut avoir besoin d’aide. La Croix Rouge nous aide tous. » La dame continue : « Vous passez votre temps bénévolement dans la rue. Et les grands chefs de la Croix Rouge ? Est-ce que vous connaissez leur salaire ? » Elle fait une pause pour reprendre : « Si les directeurs de la Croix Rouge donnaient chacun deux pour cent de leur salaire, vous n’auriez pas besoin d’être dans la rue. Quatre-vingt pour cent de ce que vous recevez finit dans leurs poches. »

Un représentant de Greenpeace est déçu lui aussi. Il est dans la rue non pour collectionner des fonds, mais pour trouver de nouveaux membres. « Il y en a plein qui me disent ‘bravo’, ‘vous faites de bon travail’, qui me souhaite du courage et me demande de continuer. Mais ils n’ont pas envie de s’inscrire et de faire quelque chose eux-mêmes. Beaucoup disent aussi qu’ils seraient déjà membre de Greenpeace : si Greenpeace Montpellier avait tant de membres, on n’aurait pas besoin d’être ici pour en chercher d’autres. »

Un Monsieur dans la soixantaine rappelle le sujet de Noël. « On dit qu’à Noël, il faut donner. Mais la misère n’est pas plus grande ni plus petite à Noël. Pour les gens, ce n’est pas le moment de donner : ils doivent débourser pour des cadeaux, pour le repas de Noël, pour leurs vacances. C’est le moment où les organismes demandeurs sortent de leurs trous, mais ce n’est pas le moment pour les gens d’avoir moins de soucis. J’attends le jour où les grands maîtres de la politique et de l’économie font un geste de Noël : eux, ils peuvent se payer la pitié de Noël. Mais ça restera un rêve. »
Photos et texte : copyright Doris Kneller

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