mardi 23 décembre 2014

Noël à Montpellier : le côté obscur

Ces Montpelliérains qui détestent Noël : agressivité et tristesse


Mardi, le 23 décembre vers 14 heures. La radio joue des airs de Noël, dans les magasins on pense aux cadeaux et au dîner du réveillon, la mère pense à son fils, l’enfant à ses parents. Les gens se promènent aux Hivernales, Noël est proche, plus proche que jamais. Une ambiance de fête s’installe à Montpellier…

Pas partout. Dans ce tram, par exemple, utilisé par une dame dans la cinquantaine, Noël est présent, mais il n’a rien de festif. « Je me suis assise à côté d’un Monsieur assez âgé, je lui donne quelque 70 ans », raconte-t-elle à l’équipe de Montpellier Presse Online. « Ce que j’ai remarqué tout de suite : il avait l’air triste. Pas la tristesse de quelqu’un qui vient d’avoir une mauvaise nouvelle, mais la tristesse profonde de quelqu’un qui ne connaît pas la joie. »

« Tout à coup », poursuit-elle, « il tire son téléphone de sa poche et commence à parler. Je comprends immédiatement qu’il parle à un banquier. » Il se serait plaint qu’il n’aurait toujours « rien vu venir » d’une certaine personne qui, évidemment, lui doit de l’argent et aurait demandé si son débiteur n’avait pas de compte d’épargne. « Il faut faire quelque chose », aurait-il dit très sévèrement à la personne à l’autre bout du fil et insisté : « Aujourd’hui même, j’ai pas envie d’attendre la fin des fêtes. Je veux qu’il soit saisi, faites le nécessaire, maintenant », aurait-il continué.

La dame raconte que, entendant ces mots, elle aurait regardé de près ce Monsieur - et découvert « tous les signes extérieurs de la richesse : des chaussures très chères, un blouson de chez Aigle… Pauvre riche. Il était surement seul pour Noël. Il avait peur de vivre un Noël solitaire, triste. C’est pourquoi il voulait gâcher le Noël d’une autre personne, probablement pauvre, mais probablement plus heureuse que lui. »

Rencontre de tram, interprétation, certes, d’une courte conversation au téléphone d’un voisin aperçu pour la première fois. La dame ne connaît pas le Monsieur, elle ne sait pas, pour quel service et depuis combien de temps l’autre personne lui doit de l’argent - et pour quelle raison il a l’air triste et agressif. Mais une chose paraît sûre : il donne à sa voisine du tram l’impression d’agressivité. Est-ce en relation avec Noël ?

Beaucoup plus tard dans un bar à Montpellier. Le propriétaire de l’établissement jette dehors un client qui, bien qu’il ne soit pas ivre, insulte les autres clients. Il menace le propriétaire, deux autres clients s’en mêlent pour s’opposer à l’homme en colère. Personne ne sait vraiment ce qui le tracasse et pourquoi il se comporte si agressivement. « C’est Noël », réagit un des clients, « les gens se sentent frustrés et deviennent agressifs. » - « Noël, ce n’est pas la joie pour tout le monde », enchaîne un autre.

Jusqu’à maintenant, personne n’a établi des statistiques sur l’agressivité à Noël. Mais les églises, les services téléphoniques d’aide et les organismes qui s’engage pour la sécurité des enfants rapportent que, pendant les jours de fête, ils auraient deux fois plus d’appels au secours que normalement. Les pompiers parlent d’une hausse impressionnante d’incendies, de cambriolages et de violence domestique.

Est-ce vraiment Noël qui rend les gens agressifs ? - Montpellier Presse Online voulait connaître l’avis des autres Montpelliérains.

« Les gens boivent trop à Noël », se plaint une étudiante qui raconte qu’elle passera la fête dans sa famille, mais qu’elle pense que « ça sera comme tous les ans. Mon frère et mon père boiront trop et ils commenceront à se quereller. Ma mère pleurera et moi j’aurai envie de partir. »  

« A Noël, les gens commencent à faire le bilan de l’année passée », commente un Monsieur dans la cinquantaine. « Et ils se rendent compte que l’année n’aura pas porté ce qu’ils ont espéré. Ils sont déçus, ils se fâchent contre le monde et eux-mêmes, et le résultat est une agressivité incontrôlée. »

«  Ce sont les enfants qui souffrent le plus de l’agressivité des adultes. On parle des yeux émerveillés des enfants - ça existe, j’en suis sûre », confirme une dame dans la même tranche d’âge, « mais pas partout. Au contraire, je pense que beaucoup de familles ne sont pas contentes pendant les fêtes, pour plusieurs raisons. Et les yeux émerveillés des enfants », ajoute-t-elle une note poétique, « se remplissent de larmes. »

« Je sais déjà maintenant que j’aurai une soirée mauvaise », explique un jeune homme. « Je suis obligé de la passer avec mes parents. Et patati et patata, comme toujours : pourquoi tu ne fais pas ceci, ta coiffure, tes vêtements, tes amis, rien ne leur plaît. Ils veulent un fils qui leur ressemble, qui vit une vie qu’ils ont rêvée, mais ratée. S’ils pouvaient me lâcher la grappe, un peu, au moins les jours de Noël. »

« Je serai avec ma belle-famille », confie une dame dans la trentaine. « Elle m’aime pas et je l’aime pas non plus. On le sait. Je mangerai, je boirai, à un moment donné je serai éméchée et les autres pourront dire ce qu’ils veulent…“

Tout cela sonne triste, trop triste. Y en aura-t-il qui seront contents le soir de Noël ? « Je passerai la soirée seule avec mon petit-fils. » La dame dans la soixantaine sourit. « On jouera, on fera des dessins et on passera une excellente soirée. »

Photos et texte : copyright Doris Kneller

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