vendredi 12 décembre 2014

Grève des trams et des bus à Montpellier

Montpellier : agressions contre les chauffeurs des trams et bus


Les Montpelliérains ont l’habitude - si les chauffeurs des trams ou des bus (ou des deux) veulent faire la grève, ils ne pensent pas aux usagers. « Ils veulent qu’on soit solidaire avec eux », critique un jeune homme, « mais ils ne sont jamais solidaires avec nous. Ils ne demandent pas, si on a rendez-vous quelque part, peut-être un rendez-vous important, par exemple pour travailler ou rendre visite à un malade. Le voyageur ne les intéresse pas - nous, on est juste là pour payer. »

Cela fait longtemps que les Montpelliérains ne sont pas d’accord sur le sujet des grèves du TaM - les uns sont solidaires, les autres revendiquent au moins le droit d’être informés voire consultés. Or, lorsqu’on parle de la grève des transports publics, le plus souvent il est question d’argent : les usagers s’interrogent si, vu le salaire des conducteurs du tram, il est vraiment nécessaire de subir une grève pour qu’ils soient encore mieux payés. « Quoi que ce soit », commente un Monsieur, prononçant l’opinion de beaucoup de ses concitoyens, « nous sommes toujours perdants. S’ils font la grève, nous pouvons pas nous déplacer, même si nous avons payé un abonnement. On n’est jamais remboursé. S’ils réussissent leur grève, ils gagnent plus et nous, on paie plus cher pour le voyage. »

Toutefois, les grèves ne tournent pas toujours autour de l’argent. De plus en plus souvent, elles sont causées par l’indignation des conducteurs dont les collègues ont subi des agressions. Les Montpelliérains sont-ils solidaires avec les conducteurs s’ils font la grève contre l’insécurité ? - Certaines réponses à la question posée par l’équipe de Montpellier Presse Online ont tout pour étonner…

« S’ils sont agressés, c’est leur propre faute », insiste par exemple une dame dans la cinquantaine. « Les conducteurs et les contrôleurs pensent que tout est permis. Ils ne respectent pas les usagers. Ils ne comprennent pas que leur salaire est payé avec nos sous à nous. »

Leur propre faute ? « Oui », confirme une autre dame, d’une dizaine d’années plus jeune que la précédente. « Il y a bien sûr des conducteurs gentils qui essaient d’aider les gens. Mais beaucoup ne sont que des je-m’en-foutistes, et quelques-uns sont même méchants. » Elle raconte un exemple de ce qu’elle appelle la méchanceté des conducteurs. « L’autre jour, j’ai couru pour attraper le tram. En fait, on était deux, une dame âgée et moi-même. J’étais devant la porte du tram, le bouton d’entrée a encore clignoté. Je lève la main pour appuyer, il clignote toujours - et au moment où j’appuie, il s’arrête. Et le tram part devant mon nez, et devant le nez de l’autre dame. Si le tram était automatique, je ne dirais rien. Mais le conducteur nous a forcément vues dans ses miroirs. Je pense qu’il s’est fait un plaisir malin à nous laisser sur le quai. »

Une autre dame raconte des expériences similaires. « J’observe souvent que des gens se dépêchent pour attraper un tram. Le conducteur attend qu’ils s’approchent et, boum, il ferme les portes quand ils pensent déjà d’avoir réussi. Ce n’est pas un problème d’horaires - ils ont toujours la possibilité d’attendre deux secondes de plus. »

Un jeune homme raconte une histoire plus concrète : « Je prends le fleuri direction Jacou et je change à Nouveau Sain Roch pour prendre la ligne 4. Souvent, quand le fleuri arrive, le 4 arrive juste ou est déjà sur le quai. Quelques conducteurs ont la gentillesse d’attendre que les gens puissent traverser les rails pour l’attraper. Mais la plupart les laisse approcher pour, ensuite, filer sans leur permettre de monter. »

La liste des plaintes concernant des conducteurs de tram ou de bus qui ne laissent pas monter les arrivants de dernière seconde est longue. Un Monsieur qui a fait d’observations similaires en tire une autre conclusion. « Je ne crois pas qu’ils ferment les portes pour nuire aux gens. Ils s’en fichent, tout simplement. Je me tiens souvent derrière la vitre qui sépare les conducteurs des usagers, pour les observer : je me rends compte qu’ils ne regardent pas toujours leurs instruments. Parfois, ils regardent par la fenêtre ou consultent des papiers… j’étais terrifié quand j’ai vu ça, en pleine vitesse. Une fois, j’ai même observé un conducteur qui, pendant plusieurs minutes, a parlé avec un contrôleur qui se tenait derrière lui - et tout le temps, il s’est retourné pour parler avec lui. En conduisant. »

Est-ce de tels comportements qui mettent des usagers en colère, au point d’agresser les conducteurs ? - « Possible », répond une dame dans la trentaine. « Si on est déjà bien frustré et, après, on a l’impression qu’un conducteur de tram se moque de nous, on peut, à la limite, devenir agressif. Je ne veux pas dire », ajoute-t-elle, « que je suis pour les agressions. Au contraire. Mais il m’arrive à comprendre la colère des gens. »

« Les conducteurs, ça va », dit par contre un Monsieur dans la quarantaine. Les contrôleurs, c’est pire. Ils entrent dans le tram, souvent la nuit, quand il fait froid, laissent les portes ouvertes et bloquent le tram. Nous on a envie de rentrer, on a froid. Ils se jettent sur les jeunes comme si c’était des criminels. Après, ça devient vraiment des criminels, après été traités comme ça. »

Une dame, un peu plus jeune, se fâche carrément : « Un jour, une contrôleuse qui mâchaient du chewing gum, le chemisier à moitié dedans à moitié dehors, la coiffure défaite, a encaissé une amende d’un jeune Maghrébin parce que son ticket était froissé. » Elle hausse la tête et ajoute, l’air furieuse : « Salope de raciste. »

Mais une telle expérience n’est évidemment pas vécue tous les jours. D’autres personnes sont pour les contrôleurs. « Si on n’a pas d’argent », explique par exemple une dame dans la cinquantaine, « on peut demander un abonnement pour RMIstes. Ils n’ont pas besoin d’arnaquer la TaM. »

D’autres haussent les épaules. « De toute manière, les trams sont trop chers », se plaint un Monsieur. La TaM gagne des Millions a l’étranger, mais elle ne partage pas avec nous. Le maire promet la baisse des tarifs, mais le prix des abonnements a augmenté… Est-ce logique ? »
Photos et texte : copyright Doris Kneller

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