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jeudi 29 avril 2010

Montpellier et sa Place de la Comédie

Place de la Comédie, "coeur vivant" de Montpellier : les Estivales, la Comédie du Livre, "l'âme" des Montpelliérains

La place de la Comédie à Montpellier et ses manifestations"Quand je retourne à Montpellier, après un voyage, ma première promenade me mène à la Place de la Comédie. Pour me donner le sentiment d'être vraiment à Montpellier." La dame dans la cinquantaine sourit. Cela ne fait que quatre ans qu'elle habite Montpellier. Mais elle a "adopté" la ville, "...et les Montpelliérains m'ont adoptée. Montpellier est devenu ma 'patrie'."

"La Place de la Comédie, c'est...", le jeune homme réfléchit. "...je dirais que, pour moi, c'est un peu le coeur de la ville, n'est-ce pas ?" - Et un autre jeune homme, plus romantique, ajoute : "C'est ici où bat le coeur des Montpelliérains."

Les deux ne sont pas les seuls à avoir de telles idées. Pour beaucoup de Montpelliérains, la Place de la Comédie forme le "véritable" centre de leur ville. "Peu importe la direction qu'on prend - plus tôt ou tard, on aboutit toujours à la Place de la Comédie", constate aussi une jeune femme qui, comme elle dit, "découvre Montpellier comme si j'étais touriste".

"Où se passent des choses à Montpellier ?" résume un Monsieur d'une quarantaine d'années la question de l'équipe des Gens de Montpellier. "Un peu partout, je dirais." Il réfléchit. "Mais la plupart des manifestations ont lieu sur la Place de la Comédie. Souvent, elles commencent là-bas et elles finissent aussi là-bas. Et quand les Montpelliérains se donnent rendez-vous, c'est souvent sur la Place de la Comédie, devant la Fontaine des trois Grâces."

Une dame d'à peu près le même âge est du même avis. "Le week-end, quand vous vous sentez seul, vous n'avez qu'à aller à la Place de la Comédie. Vous pouvez être sûr qu'il y a quelque chose, une foire, un marché, une manifestation, un concert... et s'il n'y a rien, par hasard, vous y rencontrez une foule de personnes intéressantes."

Montpellier, la Comédie"Comment je trouve la Place de la Comédie ?" demande une autre dame du même âge. "Belle, tout simplement belle, avec tous ses magnifiques bâtiments."

Toutefois, cela n'est pas l'idée de tout le monde. Une dame dans la soixantaine, avec un accent assez fort, assure que la Comédie serait une des places les plus moches qu'elle connaît. "Et je dois le savoir", assure-t-elle, "je voyage beaucoup." - Et quel est l'élément qui, selon elle, rendrait la Comédie si "moche" ? - "Les anciennes maisons autour de la place, ça va, bien que, chez nous, vous en trouviez des plus belles. Mais ses grandes constructions modernes à côté de la place", avec un signe de tête, elle indique la direction du Polygone, "sont affreuses." - Quel est donc ce "chez elle" où les maisons sont si belles ? - "À Vienne, en Autriche. C'est la plus belle ville du monde."

Heureusement, elle semble être la seule à avoir cette opinion : "Magnifique", assure un Monsieur avec un accent anglais, "une place d'une grande beauté. Et l'opéra, elle aussi est très belle. Dommage, seulement, qu'on ne voit pas très bien la statue au milieu", il parle de la Fontaine des trois Grâces, "à cause des travaux. Mais ça me donne une raison de revenir."

Place de la Comédie, MontpellierEt une dame qui parle un mélange entre le hollandais et le français : "Je viens souvent à Montpellier, J'aime cette ville. Mon fils fait ses études à Montpellier, c'est grâce à lui que j'ai découvert votre ville. Et j'aime beaucoup votre Place de la Comédie. Elle est très ensoleillée et il y a toujours quelque chose à voir."

"Quelle est ma première pensée quand on évoque le nom de la Place de la Comédie ?" répète une dame dans la cinquantaine qui a passé presque toute sa vie à Montpellier et, comme elle dit, n'a pas envie de bouger. "Voyons. Aux cafés, bien sûr. Et aux soirées d'été. Aux amis avec qui j'ai passé beaucoup des heures dans les cafés de la Comédie." Elle hésite. "Oui, à la Comédie du Livre, aussi. J'y vais tous les ans. Et bientôt, on y est de nouveau..."

"La Comédie du Livre", répond aussi un Monsieur dans la soixantaine. "Des foires de livres, vous en trouvez partout dans le monde. Mais la Comédie du Livre, ça n'existe qu'à Montpellier."

"Faire la fête", avance un jeune homme qui affirme être étudiant à la fac des lettres. "En été, les vendredis, comment ça s'appelle ?" Une jeune femme de son groupe d'amis l'aide : "Les Estivales." "Ah oui", reprend le jeune homme, "bien sûr, les Estivales. C'est génial. On peut y aller avec des copains. Ou tout seul, parce qu'on y rencontre toujours l'un ou l'autre jeune qu'on connaît."

Une dame dans la trentaine pense d'abord à l'écologie. "Il y a pas mal de manifestations écologistes, sur la Comédie", raconte-t-elle. "Et au niveau des manifestations culturelles ? La Comédie du Livre. Fin mai."

Pour une autre dame, la Place de la Comédie n'évoque pas vraiment l'image de manifestations. "La Comédie", dit-elle, "c'est... la Comédie. Je veux dire que cette place ne peut être comparée à aucune autre. Elle appartient aux Montpelliérains, elle exprime leur mode de vie - leur joie de vivre. La Place de la Comédie, c'est Montpellier. Son âme ou, plutôt, l'image de son âme..."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

dimanche 28 février 2010

Montpellier : Corum, Comédie des livres, parking ou rues piétonnes - les Montpelliérains sont-ils vraiment des "râleurs" ?

Montpellier, une ville parfaite ? Les avantages et désavantages de vivre à Montpellier - Micro-trottoir

Montpellier, AntigoneLes Montpelliérains sont-ils "râleurs" ? - Comme toutes les villes, Montpellier a des côtés charmants et des côtés qui, peut-être, dérangent un peu le "bonheur quotidien". Mais, comme disent nos voisins, "nobody is perfect", personne n'est parfait. Reste la question, quel côté est prédominant...

"Ce que je trouve sympa à Montpellier et ce que je n'y aime pas..." Le Monsieur d'une cinquantaine d'années réfléchit, et ses yeux se posent sur la clôture qui marque les travaux actuels sur la place de la Comédie. Mais il ne semble même pas les remarquer. "Je ne me suis jamais posé la question." Ensuite il se retourne et, pour quelques secondes, il observe la foule des jeunes qui s'ébattent autour de la fontaine des trois Grâces. Finalement il sourit.

"C'est pas beau, ça ? On est encore en février, ailleurs il fait si froid que les gens se cachent à l'intérieur de leurs maisons. Et ici, tout le monde est dehors. Des soirées comme ça, où tout le monde est dehors en plein hiver, vous ne trouvez pas ça ailleurs."

Une dame d'une trentaine d'années est d'accord avec lui. "À Montpellier, ça bouge", dit-elle. Et encore : "Il s'y passe toujours quelque chose."

Une autre dame, un peu plus âgée, pense plutôt aux relations humaines. "Avez-vous essayé d'offrir un sourire à une personne assise dans un café parisien à la table voisine ? - Elle va regarder ailleurs et penser que vous voulez lui faire du mal. À Montpellier, par contre, elle va tout simplement vous rendre votre sourire."

église Saint-roch, montpellierMais pas tout le monde ne voit que les bons côtés. "Montpellier se vante d'avoir plein de rues piétonnes", explique une dame autour de la cinquantaine, "c'est vrai, mais uniquement en théorie. En réalité, personne ne les respecte." Et, comme "programmé", un camion-poubelle arrive, manoeuvre à toute vitesse autour des gens qui se promènent sur la place de la Comédie - quelques-uns se sauvent, paniqués - et s'enfonce dans la rue de Maguelone, utilisant les raies du tram. La dame hoche la tête : "Vous voyez ce que je veux dire ?"

"Montpellier est une très belle ville." La dame d'une soixantaine d'années réfléchit. "Et ce que je n'aime pas ? - La politesse. Ou, plutôt, le manque de politesse." Elle regrette que, dans son immeuble, personne ne dit "bonjour". "Il m'est arrivé de dire bonjour à des jeunes qui ne répondent même pas. Mais", ajoute-t-elle, "cela peut arriver dans toutes les villes, n'est-ce pas ? C'est l'époque qui veut ça."

"Les bus", dit une autre dame d'à peu près le même âge. "Les bus sont trop dangereux. Ils foncent sans s'occuper des piétons. Ils ne respectent même pas les passages piétons. Si un conducteur de voiture 'normale' se comportait comme eux, il perdrait tout de suite son permis."

Une autre dame, dans la quarantaine, se plaint plutôt de la situation des parkings. "Si vous habitez au centre ville, la situation est désespérante. Ils vous donnent généreusement une carte résidant, vous payez moins cher, mais vous payez tout de même. Pas que je ne voudrais pas payer..." ajoute-t-elle rapidement, "mais parfois, je tourne en rond pendant une heure sans trouver de parking. Et là, personne ne me rembourse. Et on ne me rembourse pas non plus les vitres enfoncés ou les serrures cassées. Dans trois ans, on m'a cassé deux vitres, un rétroviseur et une serrure." La dame se fâche. "Mais une fois, j'ai oublié de renouveler mon ticket de parking, pendant une journée. Et là, on m'a donné deux !!! amendes... Ils sont là pour donner des amendes, mais ils ne sont jamais là pour nous aider ou protéger nos voitures."

Un Monsieur d'à peu près le même âge essaie de répondre le plus globalement possible. "Voyons", dit-il, "ce qui est sympa : le centre piéton, l'Antigone. Les rives de Lez pourraient être mieux aménagées, je veux dire au-delà de l'Antigone et de Port Marianne. Mais à vrai dire, je n'ai jamais bien exploité ce coin-là. Les places de Montpellier sont sympas, l'architecture aussi. Et les parcs. Mais la mendicité est moins sympa."

La mendicité est aussi un point qui fâche une jeune femme. "Avant, y avait des SDF dans les rues qui ont demandé quelques sous. C'était ok. On leur a donné quelque chose ou pas, mais il n'y avait jamais de problème. Maintenant, la ville est pleine des mendiants où on a l'impression qu'ils sont tous organisés. Souvent des femmes, parfois avec des enfants, qui se 'collent' à vous. Et vous ne pouvez plus vous approcher d'un distributeur de billets sans qu'un de ces mendiants soit assis devant. Enfin, pas partout, mais surtout en ville. Et", le discours de la dame devient de plus en plus engagé, "je vous demande, où sont passé les vrais SDF ? On n'en voit presque plus. Est-ce qu'ils ont été chassé par cette nouvelle bande de mendiants ?"

Corum à Montpellier"La ville est très jolie", déclare une autre dame, à peine plus âgée que la précédente. "Mais pas partout. Regardez la Comédie..." Son geste embrasse les maisons qui entourent la place de la Comédie. "Ces bâtiments sont très beaux. Et maintenant, regardez là-bas." Sa main pointe vers la maison en terrasses qui héberge l'hôtel Ibis. "C'est une honte. Cette espèce de... construction moderne - non, ce n'est même pas une construction moderne, c'est n'importe quoi... ça fait tache."

"Ce que j'aime et ce que je n'aime pas..." réfléchit une dame de quelque quarante ans qui attend le tram au Corum. "J'aime le Corum." Elle sourit. "À part ça... vous savez, il y a toujours des choses qu'on n'aime pas, dans toutes les villes, partout au monde. Les gens sont contents s'ils trouvent une raison pour râler. Ce que je n'aime pas à Montpellier, voilà, c'est que les gens sont râleurs. Et ce que j'aime", continue-t-elle, "c'est l'offre culturelle. Dans quelle autre ville vous trouvez tant des offres culturelles que, parfois, vous ne savez pas quoi choisir ? Les cafés à thèmes, les festivals de film ou de danse, la Comédie des livres, les concerts", son regard se tourne vers le Corum, "l'Agora des Savoirs toutes les semaines, les foires, les rencontres internationales - vous entendez des dizaines de langues différentes dans les rues de Montpellier - et j'en oublie. Ne me dites pas qu'on n'est pas gâtés à Montpellier..."

Photos et texte : copyright Doris Kneller

vendredi 1 janvier 2010

Montpellier entre Comédie et Antigone, Écusson et Peyrou - et au-delà...

Sous les toits de Montpellier : logements, étudiants, soleil et vélos

Montpellier, vue du Corum
Sur les toits de Montpellier : vue du Corum

Nouvel an à Montpellier, 10 heures du matin. Sur la place de la Comédie, tout a changé. Là où, le dernier matin de l'année passée, une foule confuse et bruyante s'est pressée, où ça criait et riait et se bousculait, il n'y a que silence. Quelques gens seuls, l'air fatigués ou tristes, prennent leur premier café 2010. Mais sans conviction. Pour une fois, Montpellier dort.

234.816 personnes (statistiques de 2004) qui, plus ou moins, dorment en ce moment en centre ville. 510.000 si on compte le territoire urbain entier. De quoi rêvent-ils ? Quels sont leurs espoirs pour l'année qui, bientôt, se réveillera…

Peu importe de quoi rêvent tous ces Montpelliérains, mais s'il y a des rêves "féminins", il y a 54 pour cent sur les 510.000 qui les font. Et les 52 pour cent de célibataires, huit pour cent de divorcés et six pour cent de veufs, rêvent-ils des autres célibataires ou divorcés ou veufs qu'ils sont susceptibles de rencontrer à chaque seconde, sur la Comédie, à l'Antigone, devant les boutiques de l'Écusson, sur une banque au Peyrou, allongés dans l'herbe à côté de l'étang du Jardin des Plantes, les yeux à moitié fermés, rêvassant du printemps…

Imaginons un célibataire debout devant la Fontaine des trois Grâces qui regarde les gens qui se promènent à la Place de la Comédie : statistiquement, il y a une personne mariée, une personne libre, une personne libre, une autre personne mariée, de nouveau deux personnes libres... Mais si l'on cherche les divorcés, Montpellier n'est pas la ville la plus fournie du Hérault : elle n'est qu'en 33e position. La commune la plus forte est Sorbs, avec 14,7 pour cent de divorcés et juste 44,1 pour cent de mariés.

Vue du Peyrou sur Montpellier
Réservoir d'eau du Peyrou : vue sur Montpellier

Mais restons à Montpellier, entre le Jardin des Plantes et l'Antigone, le Peyrou et le Corum : au centre ville. Qui dit marié (ou non), dit appartement. Et là, un grand soupir traverse les rêves des dormeurs du nouvel an. Cela fait neuf ans que le Montpelliérain "moyen" n'a plus déménagé. Et il sait très bien, pourquoi. Et ce n'est pas pour rien non plus que les étudiants en France déclarent Montpellier une des villes les moins agréables en ce qui concerne la recherche d'un logement. Celui qui veut louer un appartement, doit compter sur un prix moyen de 12,72 euros par mètre carré, c'est-à-dire sur 50 cents de plus que la moyenne française...

...et cela pour une population où 62 pour cent des gens n'ont pas encore 40 ans : un jeune, un autre jeune, un moins jeune, deux jeunes - Montpellier la jeune aux prix forts des appartements…

Mais rien n'est si grave qu'il ne semble à première vue. Finalement, Montpellier a 139.013 logements dont la moyenne dispose de trois pièces où, vive les "moyennes", n'habitent que 1,9 personnes. Et juste 64 pour cent des Montpelliérains sont des locataires.

Montpellier, vue du Peyrou
Le Peyrou : vue sur Montpellier

En plus, selon les statistiques, les gens ne s'étouffent pas à Montpellier - sauf en mois d'août, mais le nombre des clims par rue n'a pas encore été établi - vu qu'il n'y en a que 3963 qui vivent sur le même kilomètre carré. Sur un mètre carré, on ne devrait donc découvrir que 0,004 personnes en même temps, en moyenne, bien sûr (chiffre correspondant à la situation un premier janvier, dix heures, à la place de la Comédie). Et toutes ces 0,004 personnes par mètre carré réparties sur la ville entière ont 662 hectares d'espace vert pour se promener après leur réveil - sous condition qu'ils ne parcourent pas les dix kilomètres qui les séparent de la mer.

À propos mer : qui a envie de réfléchir du prix d'un mètre carré un matin de nouvel an, quand il fait si beau ? Et qui à Montpellier a envie de se plaindre, avec 2618 heures d'ensoleillement par an, 7 heures et 22 minutes par jour - comparées à une moyenne nationale d'uniquement 1973 heures par an ou 4 heures 46 minutes par jour ? Et pour ceux qui, après leur promenade à la mer veulent se montrer courageux et prendre le vélo : la ville de Montpellier est située sur une altitude "considérable" de deux mètres. - D'ailleurs, pour ceux qui ont envie de louer un vélo - il y a 1000 vélos dans l'Agglo, repartis sur 50 vélostations...
Photos et texte : copyright Doris Kneller

jeudi 31 décembre 2009

Comédie, Antigone, Peyrou : Montpellier la jeune

Jeune, dynamique, écologique : faut-il être né à Montpellier pour être Montpelliérain ?

Louis XIV à Montpellier
Bonne année, Saint Louis de Montpellier

Montpellier et ses Montpelliérains... On ne peut pas dire qu'ils sont "entre eux", ce jeudi 31 décembre. La ville grouille de visiteurs. La place de la Comédie est une véritable "Tour de Babel" - on entend de l'anglais, puis de l'allemand, de l'espagnol, du hollandais, du japonais, du suédois et d'autres langues parfois difficiles à classer.

Londres, été 2009. Pascale, peintre, Montpelliéraine de naissance, raconte son histoire. "J'étais très heureuse à Montpellier", explique-t-elle, "mais j'avais besoin de voir le monde." Paris, New York, Londres, des stations en Italie, à l'Île Maurice, au Maroc, son chemin l'a menée loin. Et parfois, elle retourne à Montpellier. "Je ne retrouve plus la petite ville de mon enfance. Le centre, bien sûr, le centre existe toujours, avec ses ruelles étroites. Mais le reste - même la Comédie n'est plus ce qu'elle était. On n'est plus entre nous. Montpellier est devenu si... immense."

Non, il est vrai, Montpellier n'est plus ce qu'il était. Un homme âgé, probablement retraité, qui se promène à la Comédie hausse les épaules. "Désolé, ce ne fait que quatre ans que je suis à Montpellier. Je ne peu rien vous dire." Une dame, à peu près du même âge, se tient devant la fontaine des Trois Grâces. Elle attend son fils, mais elle a le temps. "Si je suis Montpelliéraine ?" Elle rigole. "Oui, on peut dire ça. Je suis ici depuis trente ans, ça fait une baille." Mais, en fait, elle n'est pas née à Montpellier ? "Faut-il être née à Montpellier pour être Montpelliéraine ?"

Montpellier, AntigoneOui, elle est d'accord avec Pascale. Montpellier a beaucoup changé. Les places sont devenues plus larges, les bâtiments plus hauts. "Mais pas plus hauts que l'arc de triomphe." Décidément, elle connaît bien l'histoire de Montpellier. Et il y a aussi les nouveaux quartiers, l'Antigone, le tram et beaucoup plus de gens. "Tous des jeunes", dit-elle, songeuse. Puis elle ajoute : "C'est bien. Montpellier est devenu jeune."

Il y a autant du monde au quartier de l'Antigone qu'à la place de la Comédie. Un groupe de jeunes filles se promène autour la statue du Poséidon. "Je suis anglaise", déclare la première dans un français bien compréhensible. "Ça fait trois semaines que je suis à Montpellier. J'étudie le français." Que pense-t-elle de Montpellier ? "J'aime", dit-elle avec un petit sourire. Vraiment ? Sans retenue ? "Oui, mais... well, les gens ne sont pas toujours gentils. Ils n'aiment pas dire bonjour. Et les commerçants sont", elle hésite, "unfriendly ?" - "Pas aimable", la soutient une copine, anglaise elle aussi. "Oui, si on veut savoir quelque chose dans un magasin comme ... (elle nomme un grand magasin du Polygone), ils ne répondent pas ou pas poliment."

Montpellier ville "pas aimable" ? Que cela ne tienne. "Oui, c'est vrai", consent une femme d'une quarantaine d'années. Elle sait de quoi elle parle, vu qu'elle fait partie "des rares bêtes qu'on trouve encore ici qui sont nées dans cette ville." Selon elle, Montpellier aurait perdu son amabilité. "Je ne sais pas à quoi c'est dû", dit-elle, "mais quand j'étais enfant, c'était normal de se dire bonjour. Aujourd'hui, les gens vous regardent bizarrement. On se connaît pas, on n'a plus rien à voir l'un avec l'autre. Peut-être y a-t-il un peu trop de gens à Montpellier ?"

Montpellier, Peyrou
Bonne fête, Montpellier, à l'année prochaine

Brigitte qui traverse juste le jardin de Peyrou est une autre de "ces bêtes rares... nées dans cette ville". Mais elle n'a que 16 ans. "On jour je partirai, c'est clair", elle sourit, "peut-être en Angleterre ou aux États-Unis. Pour apprendre l'anglais." Mais bien sûr, elle aime Montpellier. "Pas aimable ? Non, pourquoi Montpellier serait moins aimable que d'autres villes ?" Dit-elle bonjour aux gens qu'elle ne connaît pas, qu'elle rencontre, par exemple, dans l'immeuble où elle habite avec sa mère ? "Euh, non." Elle réfléchit, puis : "Bien sûr que je dis bonjour. Aux voisins, aux gens que je connais. Mais pas à des étrangers. Pourquoi ?"

Y a-t-il quelque chose qui ne lui plaît pas à Montpellier ? "Oh non", répond-elle spontanément, "on peut tout faire ici, c'est très bien. La ville est très dynamique. Et écologique aussi, c'est important. Et j'ai beaucoup de copains et de copines étrangers, c'est très bien, aussi." Toutefois, après réflexion, elle ajoute : "Ce qui est dommage, c'est que les copains étrangers partent tous si vite. Ils restent deux mois, trois mois, et après ils s'en vont. C'est un peu triste."

Montpellier, une ville qui a changé, qui est devenu immense, dynamique, écologique. Où même les "autres", nés "ailleurs", peuvent se sentir Montpelliérains. Où les étudiants arrivent, "aiment" et s'en vont de nouveau. "Mais c'est pas si grave". Brigitte se dépêche de corriger l'image "un peu triste" qu'elle a tracée. "Les uns s'en vont, les autres arrivent. Et on peut toujours s'écrire et se rendre visite. Comme ça, je peux voir d'autres pays."

"Oui, j'aime être à Montpellier", assure un jeune homme allemand, lui aussi étudiant. "Y a toujours quelque chose qui se passe. Je dois partir bientôt, mais je reviendrai."

Ils ne reviennent peut-être pas tous, mais ils en ont envie. Montpellier ne s'oublie pas si facilement. Montpellier, "c'est bien", c'est "devenu jeune". Si, l'année prochaine, cette "nouvelle jeunesse", peu importe son âge, pourrait dire "bonjour" un peu plus facilement, avec le sourire adéquat, Montpellier sera peut-être... une ville parfaite...
Photos et texte : copyright Doris Kneller