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dimanche 4 mars 2012

Montpellier menacé par la sécheresse

Les restrictions d'eau prévues à Montpellier et le désespoir des agriculteurs

L'eau à MontpellierCertes, lorsqu'on est en ville, la vie est moins amusante quand il pleut. Toutefois, la ville n'est pas isolée de ses environs, et ces environs ont besoin d'eau. L'équipe de Montpellier Presse Online a voulu savoir si les Montpelliérains, grands amateurs du soleil, sont conscients du manque d'eau en ce début d'année.

"Si je trouve qu'il devrait pleuvoir un peu plus ?" La dame sourit. "Bien sûr que non. Je suis ici pour le soleil - de la pluie, j'en avait assez chez moi." La jeune femme raconte qu'elle vient de la Normandie. "C'est fantastique", s'extasie-t-elle et embrasse la Comédie d'un grand geste de bras, "on est toujours en hiver et tout le monde se prélasse sur les terrasses."

De son point de vue, la "nouvelle Montpelliéraine" a certainement raison. Mais pas tout le monde partage son opinion. Les agriculteurs autour de Montpellier et même les amateurs des jardins commencent à désespérer. "Ça fait déjà quatre ans qu'on n'a pas assez d'eau", se plaint un Monsieur qui aime passer son temps dans son jardin dans le quartier Croix d'Argent. Il ajoute que le problème ne le concerne pas vraiment, vu qu'il n'a "que de jolies fleurs" dans son jardin. "Mais ceux qui cultivent des légumes et les agriculteurs ont de plus en plus des problèmes."

Les agriculteurs s'inquiètent effectivement, et les responsables commencent à réfléchir sur des restrictions d'eau pour tout le monde. La préfecture parle de très faibles cumuls pluviométriques pour cet hiver - juste 10 mm entre décembre et février, contre 170 mm dans les années "moyennes" et au moins 30 mm dans les hivers qualifiés comme "très secs" - un phénomène qui n'a plus eu lieu depuis 139 ans.

Montpellier et ses plagesTandis que les fleuves et rivières de l'Hérault montrent des débits extrêmement bas pour la saison, on craint pour le niveau des eaux souterraines. Déjà, Montpellier n'a pas été construit dans une zone qui, même les années les plus abondantes, déborde de l'eau - c'est pourquoi, au 18e siècle, le viaduc entre Montpellier et Saint-Clément-de-Rivière a été construit.

Ce qui, à l'époque, frôlait le prodige et suffisait à résoudre plus ou moins tous les problèmes d'eau n'a plus rien à voir avec les besoins d'aujourd'hui. "Si j'étais d'accord de restreindre la quantité d'eau que j'utilise ?" répète une dame dans la quarantaine la question de l'équipe de Montpellier Presse Online. "Certainement pas. Car ça signifierait que je n'aurais plus le droit de prendre mes douches. Ou de faire la vaisselle, ou de laver mon linge. Je pense que ces choses font partie des droits de base, aujourd'hui, n'est-ce pas ?"

Un Monsieur dans la cinquantaine pense qu'il ne vaut pas la peine de parler de l'eau utilisée à titre personnel. "Les quantités d'eau dont les gens ont besoin pour leur consommation sont ridicules comparées à la consommation de l'industrie. Où dans le secteur public. Avez-vous une idée combien d'eau est utilisée par les jardiniers de la ville de Montpellier ? Juste pour arroser les espaces verts, les petits jardins de quartier, les carrefours ? Il n'y a même pas assez d'eau pour le Jardin des Plantes - vous l'avez déjà vu en été ? Souvent, il est tout sec..."

Une Montpelliéraine un peu plus jeune que le Monsieur lui donne raison. "On gaspille trop d'eau", constate-t-elle. "En Espagne, par exemple, il est interdit de laver sa voiture en été. À quoi ça rime, laver sa voiture tandis que les agriculteurs ne savent pas comment sauver leur récolte ?"

Montpellier et la sécheresseJardin ou agriculture, tout ce qui vit de l'eau sera en danger cette année. La préfecture conseille aux particuliers qui aiment les plantes ainsi qu'aux jardins publics ou aux agriculteurs de se préparer à une année de sécheresse extrême. Certains problèmes pourraient être résolus par le choix d'essences qui ont besoin de moins d'eau... Toutefois : "Bonne idée", commente un jeune agriculteur, "pour l'ornement, on peut privilégier les plantes grasses. Elles sont chez elles ici dans la Méditerranée et le manque d'eau ne les dérange pas. Mais pour les agriculteurs, c'est déjà plus difficile : il n'y a pas de légumes qui n'auraient pas besoin d'eau. Pareil pour les fruitiers qui, dans un certain stade, dépendent de l'eau. Et même s'il y avait des essences moins gourmandes en eau - on ne peut pas tout arracher et replanter du jour au lendemain. La gestion de l'eau, c'est une affaire à très long terme."

Serait-il temps de s'avouer vaincu par la nature ? "Les gens n'arrivent pas à comprendre", déclare un Monsieur dans la quarantaine, "que la vie proche de la Méditerranée n'est pas une vie en Normandie. Il faudrait vivre différemment. On accepte la différence quand il est question de se faire bronzer à la plage en plein mois de février. Mais notre climat n'a pas que des avantages. Il faut accepter qu'en été, la nature soit sèche. Et il faut accepter que nous ne puissions pas avoir une flore du Midi et du Nord en même temps. Celui qui veut des pelouses vertes dans son jardin se trompe du paysage."

L'angoisse des agriculteurs ne se restreint pas à l'arrosage des plantes : "Les bêtes ont besoin de l'eau", constate un agriculteur. "L'état aurait peut-être dû interdire l'élevage des bêtes dans le Midi il y a longtemps, ça aurait été plus intelligent. Mais maintenant, il est trop tard, les bêtes sont là et elles réclament leur eau..."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 14 avril 2010

La vie à Montpellier : culture, Méditerranée et amitié

La vie est-elle belle à Montpellier ? Micro-trottoir au jardin des plantes et à la Place de la Canourgue

Montpellier et son jardin des plantes"En Espagne", répond la première Montpelliéraine à la question où elle aimerait vivre, si elle avait le choix - et cette réponse a tout pour choquer. Car il n'y a que quelques jours, France Soir et Ipsos ont publié un sondage dont la ville de Montpellier est sortie première avec un total de 43 pour cent des voix : selon les interrogés, la vie à Montpellier serait plus agréable qu'ailleurs en France. Mais il n'y a pas que les gens du nord qui auraient voté pour Montpellier - parmi les habitants de la région, 60 pour cent sont persuadés que nulle part on ne vivrait si bien qu'à Montpellier.

"Oui, j'aime bien Montpellier", assure la dame dans la quarantaine qui sort juste d'une promenade dans le jardin des plantes. "Mais mon rêve, c'est l'Espagne. Je suis née ici, à Montpellier, mais mon père est de Malaga. J'y ai beaucoup de cousins et cousines - et un jour j'irai peut-être vivre là-bas."

Que pensent les autres Montpelliérains de la vie à Montpellier ? Un homme dans la soixantaine, installé sur un banc au jardin des plantes, accueille la question avec un grand sourire. "Où pourrait-on vivre mieux ? Regardez autour de vous." Sa main décrit un grand cercle. "Connaissez-vous un endroit plus joli ? On a le soleil, la nature, le calme... Et à peine dix minutes d'ici grouille la vie. Qu'est-ce que vous voulez de plus ?"

Montpellier, Place de la CanourgueIl confie aux Gens de Montpellier qu'il est né à Montpellier, mais qu'il est parti après le bac. "Faire des études ailleurs, voir le monde... j'ai travaillé à Paris, à Bruxelles, au Maroc... Finalement, je suis rentré. Et aujourd'hui, je me demande si jamais j'avais dû partir."

Les deux étudiantes qui se promènent près des bambous du jardin des plantes ont un point de vue moins philosophe. Elles sont anglaises et séjournent à Montpellier pendant quelques mois pour apprendre le français. "Montpellier est géniale", déclare l'une. "On fait la fête tout le temps. On a beaucoup d'amis à la fac, et on sort beaucoup." - "Et les week-ends", ajoute l'autre, "on va en randonnée. Les environs de Montpellier sont merveilleux."

De toute manière, "faire la fête" ne les a pas empêchées d'apprendre le français. "On parle français avec les copains, ça aide. On est une bande internationale, et le français est la langue que nous avons tous en commun."

Jardin fleurie : le jardin des plantes"International" est un mot qui caractérise bien la vie dans les rues de Montpellier. "Quand on passe dans la rue de la Loge, on a l'impression de faire un cours de langue. Mais de toutes les langues à la fois", dit un jeune homme. "Et ça, vous ne le trouvez qu'à Montpellier." Sa copine lui donne raison : "Oui, c'est formidable, toutes les nations qu'on rencontre ici. Je veux dire... on peut apprendre beaucoup de ces gens. Moi je ne voudrait jamais vivre dans une ville qui n'est pas internationale." Toutefois, il y a un petit désavantage : "Ce qui est triste, c'est qu'on lie amitié avec des gens et après, il partent après quelques mois. Et nous on reste ici, et ils nous manquent."

Ville internationale, ville d'amitié... "Il est très facile de se faire des amis ici. Les gens sont si ouverts", commente une dame dans la cinquantaine. "J'ai passé ma vie à Paris. Mais j'ai divorcé il y a deux ans, et je voulais tout recommencer. C'est comme ça que je suis venu à Montpellier. Et je ne l'ai pas regretté : après deux ans, je me trouve avec plein d'amis, je fais partie d'un choral, je fréquente des conférences - il y a toujours quelque chose à faire. À Montpellier, on n'a pas besoin de se sentir seule."

Mais il n'y a pas tout le monde qui est de cet avis. "Si j'apprécie la vie à Montpellier ?" répète un Monsieur dans la soixantaine. "Je ne sais pas - la vie à Montpellier est comme ailleurs. Si on est seul, elle est toujours triste. Ce faire des amis ? Comment, s'il vous plaît ? Tout le monde ne pense qu'à soi-même. Si vous n'avez pas de famille, personne ne s'intéresse à vous. Ici comme ailleurs."

Ou : "Non, j'aime pas les Montpelliérains. Ils sont trop superficiels. Ils ne pensent qu'à faire la fête, mais il n'y a rien de profond chez eux. Mais au moins", la dame dans la quarantaine soupire, "on peut dire qu'il y a le soleil, parfois."

Les cafés de la place de Canourgue sont plus ou moins remplis, malgré l'heure matinale. Il y a des gens de l'âge de retraité qui prennent leur café et lisent le journal, des étudiants dont la table est remplie de papiers, des touristes... "Oui, on aime beaucoup Montpellier", explique une dame d'une trentaine d'années, visiblement une touriste qui écrit juste des cartes postales. "On vient de Nantes. Au début, on est venu pour notre fille qui a fait ses études ici. C'est comme ça qu'on a découvert Montpellier. Mais entre-temps, elle travaille à Paris, et on vient quand même. La ville est belle, la mer est proche, et il fait beau. Et on aime votre musée Fabre. Déjà le musée vaut la peine de passer ses vacances à Montpellier."

Et le Monsieur plus âgé qui lit son journal à la table voisine ? - "Montpellier ? Oui, j'aime bien ici. Personne pour vous emmerder, les gens s'occupent de leurs affaires, ils sont tranquilles. Et la ville est toujours vivante, pas comme dans certaines villes plus au nord où tout est mort à partir de 19 heures." - Profite-t-il de l'offre culturelle de Montpellier ? Il sourit. - "Oh oui, on peut dire ça. Je vais souvent au concert, au Corum, et j'aime l'opéra. Bientôt, il y aura le festival de Radio France, et j'y irai tous les jours."

Un jeune homme qui, au même café, travaille sur un ordinateur résume un peu l'opinion de presque tous les interrogés : "Concernant Montpellier, on ne peut pas dire que c'est ceci ou cela. Il y a tout à Montpellier. La ville a beaucoup de facettes. Je suis sûr qu'il y a des gens qui ne s'y sentent pas bien. Et d'autres qui ne veulent pas vivre ailleurs. C'est une ville très culturelle, certes, mais il y a aussi d'autres villes culturelles. Il y a la Méditerranée, mais la Méditerranée est aussi à Marseille, Nice ou Perpignan. Mais il y a autre chose à Montpellier, quelque chose que je ne sais pas définir. Quelque chose qui distingue Montpellier de toute autre ville. Et qui fait que je me sens bien ici."

Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 24 mars 2010

Montpellier et Louisville : Thomas Jefferson et les trois "Louis"

55 ans de jumelage : les points communs entre Montpellier et Louisville

Jumelage : Montpellier et Louisville

Ça y est, le 55ème anniversaire tant attendu du jumelage de Montpellier et Louisville est arrivé. La plaque commémorative de la visite de Thomas Jefferson, président des États-Unis et un des "pères" de la déclaration de l'indépendance, est enfin posée.

Tous les Montpelliérains connaissent l'histoire de la visite de Thomas Jefferson à Montpellier et chez Paul Joseph Barthez, à l'époque directeur du jardin des plantes, où il est tombé amoureux du bon vin de la région et, notamment, de Saint-Georges-d'Orques. Mais sa ville, Louisville, est plutôt peu connu à Montpellier.

Louis XIV à MontpellierIl est vrai qu'avec ses presque un million d'habitants, Louisville est plus grande que Montpellier. Toutefois, il n'y a pas mal de points qui lient la ville au nord de Kentucky à la capital du Languedoc-Roussillon. - Déjà, il y a les "Louis" de Montpellier et de Louisville. Tandis que Montpellier n'oublie jamais la présence de Louis XIII et de Louis XIV dans ses murs, Louisville rend toujours hommage à Louis XVI qui l'a secouée pendant la guerre d'indépendance.

Ceux qui font toujours en sorte que Montpellier et Louisville restent de bons amis, ce sont les étudiants. Montpellier et Louisville sont toutes les deux des villes dont l'image est étroitement liée aux universités. Depuis les débuts du jumelage entre les deux villes, les étudiants montpelliérains rendent visite à leurs collègues louisvillians et, parallèlement, ils accueillent leurs amis de Kentucky à Montpellier.

Et, autre point que Louisville a en commun avec Montpellier, la ville américaine compte beaucoup de "grands noms" parmi ses fils. Il n'y a déjà Thomas Jefferson, mais aussi Louis Brandeis, le premier juge de la Cour suprême des États-Unis qui était juif - à l'époque un signe d'ouverture. Ceux qui apprécient la littérature américaine savent évidemment que Hunter S. Thompson est né à Louisville. Mais les amateurs du sport y trouvent aussi leur compte : non seulement que Louisville héberge une des courses de chevaux les plus renommées, le Kentucky Derby, mais elle est aussi la patrie de Mohamed Ali.

Toutefois, comme à Montpellier, les grands hommes qui ont fréquenté les rues de Louisville n'étaient pas tous nés sur place. Il y avait par exemple Thomas Edison, le pionnier de l'électricité et du téléphone qui, pendant deux ans, a vécu à Louisville. Et c'était ici que, en 1883, sa lampe à incandescence a été présentée au grand public pour la première fois.

Encore un autre point qui rapproche Louisville de Montpellier est l'eau. Tandis que l'histoire de Montpellier montre des liens étroits avec la mer, Louisville a toujours vécu avec sa rivière, l'Ohio, et les chutes de l'Ohio. C'est en fait à l'Ohio ou, plutôt, à ses chutes que Louisville doit sa richesse : pendant des siècles, les bateaux étaient obligés de décharger leurs marchandises à Louisville afin d'être assez légers pour passer les chutes. Ensuite, les bateaux ont été rechargés à l'autre côté des chutes. Or, il est clair que les équipes des bateaux n'étaient jamais assez nombreuses pour charger et recharger efficacement : les Louisvillians sont donc devenus des porteurs de marchandises.

Cette tâche, très petite à première vue, a permis à Louisville de se développer à une bonne vitesse : le travail était assuré pour tout le monde. Ainsi, le nombre d'habitants de la Louisville du début du 19ème siècle a carrément "explosé" - autant que celui des habitants de la ville de Montpellier actuelle. Malheureusement, ce bonheur de l'emploi pour tout le monde était terminé en 1830 : à ce moment, on construisit des écluses et des canaux. Les marins n'avaient plus besoin de décharger leurs marchandises, et la profession du "porteur" pour les bateaux était condamnée à disparaître pour toujours.

Montpellier et la géologieSi l'on demandait leur avis aux scientifiques, ils nous assureraient que Montpellier et Louisville se ressemblent aussi au niveau de l'intérêt qu'évoque leur géologie. Les roches calcaires de Louisville ont une origine comparable à celle de la terre calcaire de Montpellier - les coquillages.

Toutefois, il y a un aspect qui distingue Louisville de Montpellier : le climat. Tandis que le moindre flocon est une sensation à Montpellier, les Louisvilians ont l'habitude de quelques 40 centimètres de neige - chaque année.
Photos et texte : copyright Doris Kneller

dimanche 21 mars 2010

Primavera au jardin des plantes à Montpellier

Printemps à Montpellier : Primavera, exposition des plantes rares

Primavera au jardin des plantesLe nouveau printemps n'est âgé que d'une journée, et déjà le jardin des plantes à Montpellier rayonne les jaunes, bleus, blancs et rouges des centaines de fleurs : le week-end de la septième édition de la "Primavera" est arrivé. De nouveau, les universités, les associations et les pépiniéristes collectionneurs de la région Languedoc-Roussillon se sont rassemblés pour présenter et vendre des plantes rares.

Et les Montpelliérains ne leur faisaient pas faux bond. Ils venaient en masse, avec l'envie de contempler les plantes magnifiques qui étaient exposées, d'acheter celles qui leur plaisaient le plus et de s'informer. On trouvaient des plantes exotiques, des plantes aromatiques et médicinales et des plantes qui, jadis, poussaient en abondance dans notre contrée et qui, entre-temps, ont reculé devant la conquête de leurs territoires par les villes et l'industrie.

L'exposition des plantes rares, "Primavera", ne marque pas seulement le début du printemps, mais elle est aussi un symbole de l'idée représentée par le jardin des plantes à Montpellier. Si, aujourd'hui, on parle de ce jardin botanique, on se rappelle d'abord qu'il était le premier de son genre en France et un des premiers en Europe. Il a été créé à l'époque de Henri IV, en 1593, avec la permission du roi, mais sans son aide. C'était Pierre Richer de Belleval, un botaniste enthousiaste et passionné, qui rêvait et réalisait ce jardin. Il en faisait le projet de sa vie, et il s'y investissait au point de perdre sa réputation et sa fortune.

Primavera, MontpellierIl est vrai que la première destination du jardin des plantes à Montpellier était toujours la culture de plantes médicinales, potagères et aromatiques ainsi que l'enseignement de la botanique. Dès ses débuts, il était lié à la faculté de Paris, et il y avait des moments dans son histoire où seuls les scientifiques et les étudiants avaient le droit de le fréquenter. Mais Pierre Richer de Belleval avait encore un autre objectif - un objectif qui, à l'époque, ne semblait pas "à la mode". Mais de nos jours, il lui ouvrirait toutes les portes : l'écologie. Il a ajouté au jardin des plantes aromatiques et médicinales un coin écologique, la "Montagne" où il voulait montrer aux visiteurs les cercles naturels.

L'exposition "Primavera" n'est évidemment pas seulement destinée à l'écologie - préserver les plantes rares -, au printemps, à la beauté et à la vente, mais aussi à l'information. Cette année-ci, des conférences sur le thème "Jardin scientifique - jardin patrimonial" et sur les "Épices et herbes aromatiques en Méditerranée" étaient programmées. Mais déjà les années précédentes, les visiteurs pouvaient compter sur des thèmes intéressants. Ainsi, en 2007, le public pouvait suivre une conférence sur la comparaison entre plantes et animaux ou, en 2009, on leur présentait "Les plantes et leurs parasites" et, plus spécialisé, l'avenir des palmiers en Languedoc-Roussillon face aux parasites.

Primavera au jardin des plantesPour quelques-uns des visiteurs, la date de la "Primavera 2010" était plus significative que celle des autres années : "Il est bizarre", a remarqué un jeune homme, "que tant de gens se déplacent pour les plantes et l'écologie - et que, le même jour, on va à des élections dont les écologistes ont été écartés dès le premier tour." Une dame un peu plus âgée, interrogée si elle voyait un lien entre les résultats du premier tour des régionales et la "Primavera", était plutôt amusée de la coïncidence : "Franchement, je préfère les plantes à la politique. De toute manière, nous ne pouvons rien changer à la politique. Mais nous pouvons nous réjouir de la vue des plantes et réfléchir à la sauvegarde des espèces."

D'autres articles sur le jardin des plantes à Montpellier
Pierre Richer de Belleval, créateur du Jardin des Plantes à Montpellier
Montpellier et son Jardin des Plantes : d'Edward Young à Paul Valéry
Thomas Jefferson, Montpellier, le jardin des plantes et le vin du Languedoc
Linné à Montpellier : Boissier de Sauvages et le Jardin des Plantes
Pierre Magnol au Jardin des Plantes à Montpellier
Photos et texte : copyright Doris Kneller

jeudi 11 mars 2010

Biodiversité et écologie à Montpellier

Montpellier, ville écologique : la biodiversité en milieu urbain Languedoc-Roussillon

Peyrou, MontpellierQue Montpellier met tout en œuvre pour mériter un label du genre "Ville écologique" est déjà connu. Or, maintenant, les ambitions vont beaucoup plus loin : dans un communiqué de presse, la mairie a annoncé que, aujourd'hui, "l’ambition de Montpellier est de devenir une référence nationale et internationale en matière de biodiversité urbaine, en s’appuyant sur la richesse d’un pôle scientifique de premier plan."

Ainsi, Montpellier a pu profiter de l'année mondiale de la biodiversité et des organismes qui se sont créés pour entamer le chemin de l'écologie. Ainsi, la ville fait maintenant partie du Global partnership on cities and biodiversity, un réseau de communes qui défendent la biodiversité dans l'environnement urbain. En plus, Montpellier est une des rares villes qui, jusqu'à maintenant, ont signé la convention sur la diversité biologique de l'ONU et prévoit sa présence au sommet sur la biodiversité au Japon en octobre prochain. Ici, les Montpelliérains rencontreront les écologistes internationaux, par exemple ceux de Nagoya, leur ville hôtesse, Singapour, Montréal, Bonn et Curitiba.

Mais d'ici là, il est question d'entamer la réalisation pratique du plan ambitieux. L'aménagement de l'espace public dans un sens écologique à long terme se trouve évidemment tout en haut de la liste des actions prévues. Ensuite, il y a l'information et l'éducation qui ne doivent pas être négligées. La ville de Montpellier prévoit donc des mesures de sensibilisation dans le milieu scolaire, mais aussi des interventions qui ciblent les adultes. On commence à parler des "sciences éco-citoyennes". Après le succès sensationnel de l'Agora des Savoirs, on peut partir du principe que les Montpelliérains accueillerions de telles actions avec enthousiasme.

Montpellier, Champ de Mars Il n'y a pas très longtemps, les scientifiques ont constaté qu'ils se sont trompés au sujet de la biodiversité. Jusqu'à lors, on était persuadé que la conversation des espèces se jouait plutôt dans les forêts tropicales ou, encore, dans les parcs ou réserves protégés - ce qui est toujours vrai. Mais ensuite, on a misé sur les zones rurales. Et c'est ici où la réalité ne suit plus la théorie.

Le problème : l'exploitation de la terre et des autres ressources naturelles par une agriculture qui se veut "moderne". Initialement, les zones rurales étaient considérées comme espaces où l'homme vivait en harmonie avec la nature. Or, petit à petit, elles se sont transformées en victimes de l'intensification de l'agriculture l'industrialisation où beaucoup des espèces - animaux et plantes - ne trouvent plus leur place. Une sorte de "migration" dans les milieux urbains a donc commencé où un petit nombre des espèces "chassées" de la zone rurale a trouvé un nouveau territoire.

Montpellier, Jardin des plantesQui dit "ville" pense d'abord aux rues surpeuplées de voitures, aux places goudronnées et aux maisons si hautes qu'elles cachent le ciel. Plus la ville devient "inhumaine", plus les citadins ont envie de nature et plus ils ont tendance de sortir, les week-ends ou pendant les vacances. Mais les villes ont intérêt à garder leurs habitants dans leurs murs : déjà, il y a la question commerciale - celui qui part, dépense ailleurs - mais, surtout, les priorités écologiques. Car celui qui quitte la ville se sert en général de sa voiture. Il devient donc "pollueur" et nuit à cette nature dont, justement, il a tant envie...
Ainsi, au lieu de laisser leurs habitants aller "dehors", les villes font de plus en plus d'efforts pour qu'ils restent chez eux : elles "invitent" la nature à s'installer à proximité. Montpellier est un très bon exemple d'une ville qui se veut écologique - elle offre aux habitants et visiteurs 741 hectares d'espace vert, dont le jardin des plantes, connus depuis Louis XIV, le parc zoologique, la réserve naturelle du Lez, le Champ de Mars ou des petites places comme le square Planchon.

La valeur écologique des institutions du genre parc zoologique ou serre amazonienne a longtemps été discutée. Il y avait des voix qui parlaient de milieu inadapté à la nature et aux besoins des animaux. D'autres ont répondu que ceci serait bien vrai, mais que la sauvegarde des espèces - et ceci est un des résultats les plus beaux du travail des zoos - est plus importante que les idées sur un milieu naturel qui n'existe plus... Sans doute, des parcs zoologiques comme celui de Montpellier où le milieu des animaux s'approche le plus possible de leurs habitats naturels ont fait taire la plupart des voix sceptiques.

Pour le moment, Montpellier a signé un partenariat avec le paysagiste Gilles Clément qui s'est lancé dans une étude sur la biodiversité en milieu urbain. Il a promis de présenter ses résultats aux Montpelliérains le 10 mai prochain.
Photos et texte : copyright Doris Kneller

samedi 6 février 2010

Montpellier et Léo Malet, George Frêche, Hélène Mandroux ou Jean Moulin...

Micro-trottoir sur les Montpelliérains : les hommes et femmes célèbres de Montpellier

Les Montpelliérain célèbresLa dame réfléchit. Elle a expliqué qu'elle attend son mari qui la joindra dans dix minutes devant la fontaine des trois Grâces sur la place de la Comédie. Elle a alors le temps. "Les hommes connus à Montpellier… Des Montpelliérains, alors, des gens qui sont nés à Montpellier." Et puis, elle sort un nom : "Jean Moulin."

Que sait-elle de Jean Moulin ? - "Il était préfet, n'est-ce pas ? Et il était dans la résistance. Je crois qu'il faisait partie des hommes du Général de Gaulle."

La dame se trompe, Jean Moulin n'est pas né à Montpellier, mais à Béziers. Toutefois, il a passé ses études à Montpellier, il y a fait ses premiers pas vers une carrière comme préfet, et il s'est fait remarquer par son efficacité et son courage au point d'être "adopté" par la ville. Il n'est pas né à Montpellier, certes, mais ses études et son travail ont fait de lui un véritable Montpelliérain.

Les femmes célèbres de MontpellierUne autre dame, plus âgée que la première, dit spontanément : "George Frêche." Et, tout de suite, elle ajoute : "Et Hélène Mandroux. Ou est-ce que vous ne parlez que des hommes de Montpellier ?"

Effectivement, la liste des personnages de Montpellier contient très peu de femmes. Y a-t-il donc si peu de femmes célèbres parmi les Montpelliéraines ? "Une femme célèbre ?" répond une dame dans la cinquantaine. "Je ne sais pas." - "Hélène Mandroux", évoque une autre, un peu plus jeune. Et encore une autre dame : "Hélène Mandroux".

C'est un Monsieur d'une cinquantaine d'années qui, enfin, trouve un autre nom : "Juliette Gréco. Elle est née à Montpellier." Et il fait une petite grimace : "Tout Montpelliérain digne de ce nom devrait en être informé, n'est-ce pas ?"

Un autre Monsieur évoque Élisabeth Guigou et ajoute : "L'ancien Garde des Sceaux. Ses origines sont à Montpellier." - Lui aussi se trompe : Elisabeth Guigou n'est pas née à Montpellier, mais, comme Jean Moulin, elle y a fait ses études. Et c'est également à Montpellier qu'elle a fait connaissance de son mari, Jean-Louis Guigou, qui, plus tard, devrait devenir chargé de mission au cabinet de Michel Rocard et inspecteur général de l'Éducation nationale.

L'université de MontpellierLes hommes et femmes célèbres de Montpellier ne sont donc pas forcément nés dans la ville proche de la Méditerranée, mais ils y ont passé leurs études. L'université de Montpellier est-elle donc, depuis toujours, un berceau de célébrités ?

"Carl von Linné ?" propose une jeune dame, probablement étudiante. - Que sait-elle de Carl von Linné ? - "C'était un biologiste suédois. Il était le premier à entamer la classification des plantes. Et il a travaillé à l'université de Montpellier." - La dame s'y connaît : Carl von Linné a effectivement réalisé une grande partie de son travail au Jardin des Plantes à Montpellier, à cette époque associé à l'université de Montpellier.

Ensuite, il y a de nouveau un nom de femme qui surgit, de nouveau de la part d'un homme. C'est fois-ci, il s'agit d'un homme d'une vingtaine d'années : "Albine-Hélène de Montholon." Puis, il éclate d'un rire sympa. "Je sais, personne ne la connaît, aujourd'hui. Elle était la maîtresse de Napoléon, et on dit qu'elle l'aurait empoisonné. Elle a passé la fin de sa vie à Montpellier, où elle est décédée." Et il ajoute : "Je fais des études d'histoire, et je me suis spécialisé sur Napoléon." - Encore un homme qui fait ses études à Montpellier et qui est susceptible de devenir un des "grands" de la ville.

Son compagnon, qui, jusqu'à ce moment, a écouté en silence, prend la parole : "Je connais un grand homme né à Montpellier." Il sourit. "Le plus grand qui a jamais été né à Montpellier." L'historien se tourne vers lui, puis lui aussi sourit. "Nestor Burma, le plus grand détective du monde." L'historien commence à rigoler. "Et, bien sûr, son père, Léo Malet, le plus grand auteur du monde."

L'historien se mêle de la conversation : "Savais-tu que Léo Malet était même dans la politique ?" - Son ami le regarde, l'air étonné : "Il s'est présenté aux municipales. En tant que candidat antiparlementaire…"

Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 3 février 2010

Parc Méric, Champ de Mars ou Bassin Jacques Cœur : Montpellier, le dimanche

Que faire à Montpellier un week-end ensoleillé ? - Micro-trottoir

Montpellier Peyrou"Un week-end ensoleillé à Montpellier - comment je le passe ?" La dame ne réfléchit pas longtemps : "Je vais à la mer. Montpellier est une ville à côté de la Méditerranée - faut en profiter." - Même en hiver ? - "Bien sûr. En été, je vais me baigner et en hiver, je me promène à la plage."

Toutefois, Montpellier a d'autres activités à proposer que la mer. "Quand il fait beau, le dimanche, je vais au zoo avec mes enfants. Ça leur plaît, ils sont dehors, respirent de bon air, et ils peuvent bouger." La jeune mère parle du Parc Zoologique Henri de Lunaret. - Est-ce un lieu de loisir uniquement pour les enfants ? - "Ah non, absolument pas. Moi aussi, je me régale chaque fois qu'on y va. J'aime le parc et ses installations. On peut observer les animaux sans avoir l'impression qu'ils sont enfermés. Ils ont tous l'air de se sentir bien. Enfin, je trouve."

"Traîner en ville", est la réponse d'une étudiante. "J'adore traîner en ville, le week-end. M'asseoir dans un café sur la place de la Canourgue, rêver, me promener, regarder des gens. Ou me faire accompagner par une copine et jeter un coup d'œil sur les boutiques. Si mon copain est là, on se promène ensemble, sur l'Esplanade. Souvent, on passe par la rue de l'Aiguillerie ou on prend un vers sur la place Jean Jaurès."

Le Peyrou à Montpellier"Les dimanches ensoleillés ? On fait le pique-nique au Jardin du Champ de Mars. En hiver, on reste au soleil, en été, on cherche l'ombre sous les grands arbres. C'est plus beau qu'aller au restau. Et la nourriture est plus saine." Le Monsieur sourit avant d'ajouter : "Et elle a plus de goût, puisque c'est ma femme qui la prépare."

Le Jardin du Champ de Mars est aussi l'endroit où un autre Monsieur, dans la soixantaine, aime passer ses dimanches. "Je suis souvent seul, vous savez ? L'après-midi, je vais alors au parc. J'aime observer les canards, mais aussi les enfants qui y jouent. Parfois, il y a des familles qui se disputent, et je me dis qu'elles ne connaissent pas la chance qu'ils ont d'être ensemble…

"Quand je reste à Montpellier le week-end ? Voyons." Le jeune homme part souvent le week-end pour visiter des amis près de Marseille. "Ma copine aime bien le Jardin des Plantes. Et moi aussi", ajoute-t-il rapidement. "Surtout le petit point d'eau, avec les Nénuphars. On s'allonge dans l'herbe, et on est bien. Mais parfois, il vaut mieux y aller en semaine, si on a le temps. Parce que le dimanche, il y a souvent des familles avec des enfants qui se querellent et des parents qui les grondent. Tout ça peut faire beaucoup de bruit.

"Je donne rendez-vous à mes amis au Bassin Jacques Cœur et puis, on marche le long du Lez.", raconte une femme d'une trentaine d'années. "On ne court pas - on n'est pas des sportifs - mais on marche à un bon rythme. Ça permet de bien respirer et de perdre un peu de la graisse accumuler pendant la semaine. À la fin, on prend un pot dans un des cafés au Bassin Jacques Cœur."

Bassin Jacques Coeur"Marcher" correspond aussi à la philosophie d'un homme d'environ cinquante ans. Mais il préfère le Parc Méric. "Il y a peu des villes du sud de la France qui ont un parc tellement beau. Il est magnifique. Et le champ de coquelicots, je suis sûr qu'il est absolument unique. Et", il lève la main comme s'il voulait être certain qu'on l'écoute attentivement, "saviez-vous qui a habité dans ce parc ? - Frédéric Bazille lui-même !"

"Faire du vélo", est la réponse très décidée d'une jeune femme. "Par exemple le long du Lez. Ou autour du zoo. Il y a des chemins très beaux dans ce coin, mais peu connus. Comme ça, il y a toujours très peu de monde."

L'idée de faire du sport est assez fréquente. "On va au stade chaque samedi, sauf s'il pleut," explique une femme dans la cinquantaine, "avec mon mari. Et on court au moins une heure. Après, on se sent prêts à attaquer la semaine…" Une jeune dame préfère "faire du gym en plein air", et un homme tourne cinq fois autour du centre ville "avec mon vélo, chaque week-end, mais uniquement quand il fait beau". Mais il n'est pas nécessaire de courir vite : "Je me promène avec mon mari", dit une femme d'environ soixante ans. On va au Peyrou ou au Jardin des Plantes ou on prend un thé au Polygone et se promène ensuite à l'Antigone."

D'autres Montpelliérains sont plutôt studieux. "Les dimanches, je vais à la Médiathèque Émile Zola. Lorsqu'il fait beau, je prends un livre, je vais au deuxième étage et je prends le soleil", raconte un étudiant. Une dame dans la trentaine préfère lire au Peyrou. "On y est tranquille. Je m'assoie sur une banque ou je m'allonge dans l'herbe, et je lis. J'aime ça. Je me détente et je me sens bien. Le soir, après une journée au Peyrou, je vais souvent en boîte, avec mes copains, et je tiens bien parce que je suis bien reposée."

Certains, par contre, ne regardent pas la météo pour planifier leurs dimanches : "Musée Fabre", dit une dame d'environ quarante ans. "Le dimanche, je vais toujours au Musée Fabre. Je suis membre des 'Amis du Musée Fabre'. Mais les dimanches où s'est gratuit, j'y vais rarement. Ces week-ends-là, j'y vais plutôt le dimanche ou le vendredi." - Elle va au musée même s'il fait très beau. - "Mais oui. J'adore les tableaux, et comme il fait toujours beau à Montpellier, je ne vais pas attendre la pluie pour aller au musée."

Photos et texte : copyright Doris Kneller

jeudi 28 janvier 2010

Pagézy, Bülher et le Square Planchon à Montpellier

Les jardins de Montpellier : un maire nommé Pagézy et le Square Planchon

Square Planchon, gare de MontpellierFaut-il encore souligner qu'à Montpellier, on s'adresse toujours aux meilleurs lorsqu'il est question d'aménager une partie de la ville ? Dans le cas du Square Planchon, la commande fut donnée à un des meilleurs paysagistes parisiens de son époque.

On est en 1857. Depuis cinq an, la politique à Montpellier suit une nouvelle voie : Jules Pagézy, ce Montpelliérain protégé par Napoléon III fut élu maire. Pour le moment, il n'y a pas encore question d'aménager le square qui, plus tard, devrait hériter du nom de Jules Émile Planchon. D'abord, il faut acquérir le terrain.

La municipalité décide donc d'acheter le terrain autour de la gare, entre la rue de la République et la rue Maguelone - enfin, la voie qui, l'année suivante, devrait devenir la rue Maguelone. Car, en ce moment, elle ne fut pas encore construite. Ce terrain fut évidemment très important pour ce maire qui avait décidé d'introduire à Montpellier l'esprit parisien de Haussmann et de changer la face de la ville. C'est donc à Jules Pagézy que nous ne devons pas seulement la rue Maguelone, mais aussi la rue Foch, la rue Saint-Guilhem et la rue de la Loge. Il acheva l'aqueduc de Saint-Clément et le réservoir d'eau au Peyrou. Il fit aussi construire les halles Castellane, et il s'attaqua même au cœur profond de la ville, à l'Écusson, pour "l'aérer" un peu.

Square Planchon, MontpellierToutefois, aux yeux des Montpelliérains, sa création du Square Planchon devrait être son acte le plus impressionnant : car la rue qu'on lui à dédiée, la rue Pagézy, longe les fameux square.

Lorsque les terres devant la gare étaient en possession de la marie, il fallait donc trouver un paysagiste. Jules Pagézy et son équipe choisirent Eugène Bülher qui, avec son frère, devraient laisser quelques traces bien fréquentées derrière lui : qui ne connaîtrait pas le Bois de Boulogne à Paris ? Ou le Parc de la Tête d'Or à Lyon ? Ou le Plateau des Poètes à Béziers ?

Curieusement, les biographies d'Eugène Bülher ne parlent que très rarement de ce Square Planchon à Montpellier. Mais il est sûr que les frères paysagistes y investirent autant d'amour et de savoir faire que dans leur aménagement du Bois de Boulogne. Déjà, les arbres de se square en sont les premiers témoins : les Bülher y plantaient des platanes, des marronniers, des érables et même un cèdre du Liban. Et pour combler leur œuvre, ils y ajoutèrent un Ginkgo Biloba, cet arbre de longue vie qui fut également intégré dans le jardin du Champ de Mars et qui, à l'époque, fut la marque de toutes les villes qui avaient eu leur part dans le comptoir des Indes…

Ce qui, à l'époque, attira le plus de gens, c'était son plan d'eau et ses cygnes et canards. Nous pouvons bien imaginer les voyageurs qui arrivèrent à la gare de Montpellier pour, avant de pénétrer dans la ville, se reposer sur une banque au Square Planchon, observant le jeu des oiseaux. Ou les employés des bureaux ou du grand magasin - aujourd'hui disparu - de la rue de Maguelone qui, le midi, y cassèrent la croûte, se délassèrent au soleil , rêvèrent et se racontèrent des histoires avec leurs collègues...

Montpellier, gareLes employés qui cassent la croûte et les voyageurs qui se reposent au Square Planchon sont toujours là. Le plan d'eau et, avec lui, les oiseaux, par contre, furent victime de guerre, car, comme si souvent au cours de l'histoire montpelliéraine, la résistance et la défense furent plus importantes que les témoins d'un patrimoine ancien. Ainsi, lorsque les besoins de la deuxième guerre mondiale exigèrent un abri militaire, on pensa au Square Planchon, et on le dédia au stockage de sacs de sable. Qui dit sable dit absence d'eau - le plan d'eau fut donc tout simplement vidé.

Pour qu'un square entouré du trafic du 19e siècle soit bien délimité, on avait aussi besoin d'une clôture. Il va de soi qu'il ne fut pas question d'une clôture "quelconque" - Pagézy, le maire de Montpellier, exigea le meilleur pour tout. On demanda donc à Léon Servel, un serrurier connu, de fabriquer une clôture de fer forgé qui mesura plus de 280 mètres. Toutefois, elle aussi a disparu. Mais cette fois-ci, ce n'était pas les contraintes d'une guerre mais celles de l'économie : la clôture fut démontée en 1975. Toutefois, pour qu'elle ne disparaisse pas complètement, on en posa une partie au parc Rimbaud au bord du Lez, et un deuxième morceau forme part de l'entrée du zoo du Lunaret.

Et pour la petite histoire : peu de choses se perdent complètement à Montpellier. Pour que les frais du Square Planchon pèsent moins lourds sur le budget du conseil municipal, Eugène Bülher fit quelques économies en réutilisant d'anciens matériaux : quelques-uns des pierres qui furent utilisées pour la construction du Square parvenaient de la poissonnerie qui dut céder aux halles Castellane.

Ce qui ne céda pas, par contre, c'est le grand rocher au milieu du Square Planchon. Et la réputation de Jules-Émile Planchon ne céda pas non plus, ce sauveur de notre vin à qui le Square fut dédié. Mais le rocher et Monsieur Planchon, ce sont des histoires à part…

Autres articles sur les jardins de Montpellier :
Montpellier et son Jardin des Plantes : de Young à Valéry
Montpellier et ses parcs : le Jardin du Champ de Mars
&Eacoute;douard André et l'Esplanade de Montpellier
Photos et texte : copyright Doris Kneller

lundi 25 janvier 2010

Thomas Jefferson, Montpellier, le jardin des plantes et le vin du Languedoc

Thomas Jefferson et le jardin des plantes à Montpellier : l'amateur de la liberté et du
vin du Languedoc

Thomas Jefferson à MontpellierOn écrit le 4 juillet 1776. Les yeux du monde sont dirigés vers une direction qui les éloigne de Montpellier : on regarde l'Amérique. Ce jour-là, qui devrait entrer dans l'histoire comme une date symbole de la liberté, un document est officiellement reconnu - la déclaration d'indépendance des États-Unis. Trois hommes ont rédigé ce document : John Adams, Benjamin Franklin et Thomas Jefferson.

L'un des trois, Thomas Jefferson, n'a que 33 ans. À cette époque, il entame ses premiers pas en tant qu'avocat et politicien : un mois après la signature de la déclaration d'indépendance, il est élu à la chambre des délégués de Virginie. Encore, il n'est que ce que, aujourd'hui, on appellerait un élu local. Mais plus tard, il serait le troisième président des États-Unis.

Une position certainement importante. On peut dire que, à plusieurs niveaux, Thomas Jefferson changea la face du monde. Il se battait pour la liberté, l'égalité et contre l'esclavage. Ses succès firent de lui un des hommes les plus importants de son époque. Or, ce que fit de lui un homme important pour Montpellier, c'était son amour du vin.

Lorsque, en 1785, Jefferson devint ambassadeur en France, il s'était déjà fait un nom pour son engagement dans la révolution américaine. En Amérique, il avait appris à se battre. À Paris, il découvrit un style de vie qui lui plut. Il commença à fréquenter les salons littéraires, on le vit au théâtre, et il acheta des livres français. Officiellement, sa mission consista à établir des liens commerciaux entre l'Europe - et notamment la France - et les États-Unis. Ses supérieurs exigèrent aussi qu'il améliore un peu l'image des Américains aux yeux des Français, et il est évident qu'il remplit ses tâches avec brio. Mais avant tout, son regard se fixa sur le vin français.

Thomas Jefferson au jardin des plantes à MontpellierQuatre ans plus tard, sa mission comme ambassadeur terminée, Thomas Jefferson décida qu'il ne rentrerait pas tout de suite aux États-Unis. Avant de partir, il voulait découvrir la France "profonde" et, surtout, ses vins. Et c'est au cours de ce voyage qu'il atterrira à Montpellier

En homme cultivé et curieux de la culture française, Thomas Jefferson avait envie de faire la connaissance des artistes et des scientifiques les plus connus en France. Ainsi, arrivé à Montpellier, il accepta certainement sans hésiter l'invitation du directeur du jardin des plantes. En 1787, l'année où son grand voyage en France amena Jefferson dans la ville près de la Méditerranée, les problèmes que le jardin des plantes avait connu sous son créateur, Pierre Richer de Belleval étaient oubliés depuis longtemps. Des grands noms succédèrent à Belleval, et des scientifiques comme Pierre Magnol avaient vécu, accompli leurs œuvres et étaient partis. Jean François Imbert qui avait dirigé le jardin pendant 26 ans était juste décédé. Ainsi, Thomas Jefferson fut accueilli par le nouvel intendant, Paul Joseph Barthez.

Lorsque Paul Joseph Barthez entra en fonction au jardin des plantes, son nom de scientifique était déjà bien établi. Né à Montpellier, il avait étudié la médecine, fut déclaré médecin traitant du Roi de France, membre de l'Académie royale des sciences et, en 1801, il devrait devenir le médecin de Napoléon Bonaparte.

Le jour où Paul Joseph Barthez et Thomas Jefferson lièrent connaissance, le Montpelliérain avait déjà 51 an et plein d'expériences scientifiques, et il était juste devenu intendant de son jardin des plantes bien aimé. La petite histoire dit que ce fut lui qui aurait conseillé le futur président des États-Unis sur les vins du Languedoc. Il paraît que Thomas Jefferson aurait proclamé que tout le monde, même les pauvres, devraient pouvoir boire du bon vin. Il aurait dit que moins cher le vin et plus grand sa qualité, moins les gens auraient tendance à s'enivrer. Et le bon vin, au contraire des alcools "ordinaires", affinerait l'esprit. Pour Jefferson, le vin aurait fait, tout simplement, partie des choses essentielles de la vie.

La petite histoire dit aussi que, ce soir mémorable du 11 mai que Thomas Jefferson passa avec Paul Joseph Barthez, ils auraient dégusté un vin de Saint-Georges-d'Orques, pas loin de Montpellier. Et ce serait ici que le futur président des États-Unis seraient tombé amoureux de ce vin.

Thomas Jefferson, Montpellier et le vinLorsque, plus tard, Thomas Jefferson était président, il avait des tâches importantes à remplir. Toutefois, on raconte que, au milieu des négociations de haute importance politique, il aurait interrompu la discussion pour parler de son sujet préféré : la baisse des impôts sur l'importation des vins bon marché de l'Europe et, surtout, de la France et, notamment, de Saint-Georges-d'Orques.

Le reste est histoire. Celui qui veut mesurer le succès du vin de Saint-Georges-d'Orques aux États-Unis n'a qu'à goûter aux "Cuvées Jefferson" - car les meilleurs vins du coin portent toujours son nom. Et, comme si cela n'était pas assez, on trouve à Saint-Georges-d'Orques une Maison des Anciens "Thomas Jefferson".

C'est dans cette maison où, demain, on fêtera encore une fois le bicentenaire de la révolution et, en même temps, les 230 ans du commerce du vin avec les Américains. Dans une action au nom des "Ponts du Cœur", quarante villes et villages français, dont Saint-Georges-d'Orques, inaugureront des plaques commémoratives à l'honneur du président amateur du vin. 230 ans après la visite de ce grand défendeur de la liberté qui amenait l'esprit du vin du Languedoc aux États-Unis, le vin de Saint-Gorges-d'Orques et la cuvée Jefferson seront de nouveau à l'honneur.
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 20 janvier 2010

De la Comédie au Corum, du Peyrou au jardin des plantes : Montpellier à pied

Ruelles et rues piétonnes : marcher à Montpellier

Antigone, MontpellierPrendre la voiture pour se déplacer à l'intérieur de Montpellier n'est sans doute pas une bonne idée - comme dans toutes les grandes villes du monde. Mieux vaut laisser la voiture et prendre le tram ou le bus. Mais il y a une troisième manière pour traverser la ville : à pied. Montpellier est-ce une ville accueillante pour les piétons ?

La dame dans la quarantaine qui, juste, traverse la place de la Comédie, se sont concernée : "Je vais toujours à pied. J'habite à l'Antigone, près de la Place du Nombre d'Or, je suis alors proche du Polygone et du centre ville. Je n'aime pas prendre la voiture, et c'est rare que je prenne le tram. Et", elle rit, "marcher est bien pour la santé, n'est-ce pas ?"

Une autre dame, à peu près du même âge, est d'accord. "Le centre de Montpellier est idéal pour les piétons. De grandes rues piétonnes, des boutiques qui invitent à flâner, des avenues larges. Après, il y a les petites ruelles des quartiers Saint Roch et Sainte Anne où il fait plaisir de se promener. On y est en sécurité des voitures, enfin, il n'y a que très peu, c'est très agréable."

Vélos à MontpellierUn Monsieur âgé qui se repose sur une des banques sur l'Esplanade Charles de Gaulle, par contre, n'est pas si content. "Je suis handicapé, vous voyez ?" Il lève sa béquille. "Et, comme toujours, la mairie n'a pas pensé aux handicapés. Quand il pleut ou après la pluie, je ne peux jamais sortir au centre ville : le revêtement du sol, sur la place de la Comédie et ailleurs, devient glissant avec la moindre humidité. Ce n'est pas pratique pour les 'gens normaux' et impossible pour des gens comme moi." Et, avec une voie un peu aigrie, il ajoute : "Ils pensent au fric et ils veulent que ça soit 'joli' pour les touristes. Personne ne pense aux handicapés."

"Traverser Montpellier à pied ?" répète une dame d'une cinquantaine d'années, accompagnée par un petit chien. "Pendant la journée, à la limite, oui. Tant qu'on reste sur les grandes axes, comme la Comédie ou la rue de la Loge. Mais le soir ou quand vous quittez ces grandes rues, c'est trop dangereux. Il y a des SDF partout, avec leurs grands chiens, des jeunes qui se battent et qui importunent les gens. Parfois", poursuit-elle, "on voit la police. Mais on ne la voit jamais dans des rues comme la rue de Verdun, où les jeunes se battent. Ou dans les petites rues autour de la gare. Ils restent tranquillement dans leur voiture sur la Comédie."

Général Castries, Montpellier"Rues piétonnes ? Vous rêvez", se plainte une dame à peu près du même âge. "Officiellement, oui. Mais c'est là où vous vous faites écraser le plus facilement." Elle raconte une expérience qu'elle aurait eue il y a quelques jours. "Je me promenais dans la Grand'Rue Jean Moulin. Et, tout à coup, quelqu'un, un homme en face de moi, me fait signe de m'écarter. Je regarde derrière moi - et je fais un saut désespéré. Une voiture de livraison, vous savez une de ces voitures électriques ou je sais pas quoi qu'on n'entend pas, était à cinq centimètres derrière moi. Il m'aurait touchée une seconde plus tard. Je me suis fâchée, et le conducteur est sorti. Et vous savez ce qu'il a dit ? Qu'il aurait le droit de circuler dans les rues piétonnes. Ce serait la mairie qui lui aurait donné la permission. Je lui ai demandé s'il avait aussi la permission d'écraser les gens, mais là, il a rigolé. Ensuite, il est parti. "

Une jeune fille se plaint également. "C'est très beau, toutes ces rues piétonnes", explique-t-elle. "Mais on n'y est pas tranquille. Sur la comédie, par exemple, il faut faire attention aux voitures de nettoyage qui font n'importe quoi. J'ai une copine qui a été touchée par une telle voiture il y a presque un an : et jusqu'à aujourd'hui, elle ne toujours pas capable de marcher."

Un Monsieur d'une soixantaine d'années se joint aux plaintes : "Sans les vélos, les rues piétonnes seraient parfait", proclame-t-il. "Mais quelle idée d'installer un point vélo en plein rue piétonne, devant les halles de la rue de la Loge. Les jeunes qui y louent des vélos embêtent tout le monde dans la rue de la Loge et sur la Comédie. Ils n'ont même pas assez de respect pour pousser leur vélo jusqu'à la fin de la rue piétonne. Ils préfèrent importuner les gens."

Quartier des Arceaux, Montpellier"Je viens de Paris", dit une autre dame, "et je découvre. Traverser Montpellier à pied ? Mais c'est formidable. Il y a tant de jolies choses à voir..."

"Traverser Montpellier à pied", répète un Monsieur dans la trentaine. "ça dépend où. Ici, près du Polygone, il n'y a pas de problème. Mais connaissez-vous la Rue du Maréchal de Castries ? C'est une toute petite rue près des Arceaux. Le trottoir y est si étroit qu'une personne passe à peine. Deux personnes, impossible. S'il y a deux personnes qui se croisent, une doit descendre dans la rue. Et c'est très dangereux, parce que, à cause des travaux sur le Cours Gambetta, il y a beaucoup de trafic. En plus, ils utilisent le trottoir pour y poser leurs poubelles. Les poubelles, à Montpellier, ne bloquent jamais les voitures, mais les piétons."

Le boulevard Sarrail est un autre endroit où les piétons se sentent molestés. "Il y a un chantier qui bloque le trottoir depuis des siècles", exagère un Monsieur dans la quarantaine. "Il veulent que les piétons passent en face - mais en face, on ne peut pas passer. Il y a la voie pour les voitures et puis, les terrasses des cafés. On pense à tout le monde, mais pas aux piétons."

Avenue Serrail, MontpellierRue de Maréchal de Castries, boulevard Sarrail - y a-t-il d'autres endroits à Montpellier "contre" les piétons ? "N'oubliez pas que Montpellier est une ville très ancienne", dit une femme qui, comme elle explique, à "étudié avec plaisir" l'histoire de Montpellier. "Avec un centre moyenâgeux et tout. Un jour, les voitures sont arrivées. Qu'est-ce qu'on aurait pu faire ? Casser lÉcusson pour faire place à des avenues larges ? - Non, celui qui veut vivre dans une ville ancienne doit accepter que, parfois, il n'y a pas beaucoup de place : ni pour les voitures, ni pour les piétons. Mais en contrepartie, tout reste à une échelle humaine."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

vendredi 8 janvier 2010

Montpellier et ses jumelles : Fès, Barcelone, Louisville, Chengdu, Heidelberg, Thiemcen et Tibériade

Les Montpelliérains et le multiculturalisme : Montpellier au quatre continents

Montpellier, les jumelagesQue Montpellier est une ville internationale, que, sur la place de la Comédie, sur l'Esplanade, autour du Corum, à l'Antigone, au Peyrou, au jardin des plantes - bref, que, partout à Montpellier, on entend toutes les langues du monde, cela n'est pas nouveau. Les visiteurs se promènent dans les ruelles de l'Écusson, le long du Lez, au zoo, ils font leur cours au Polygone et à l'Odysseum… mais y a-t-il aussi des Montpelliérains qui se promènent chez les "autres" ?

Montpellier, cela est certain, est connu. Si le nom de la ville est mentionné à Londres, à Berlin, à New York ou à Madrid, il est sûr qu'il se trouve quelqu'un pour lancer un "oh la la" et de parler du soleil et de la Méditerranée. Mais la présence de Montpellier et des Montpelliérains dans d'autres villes a aussi été "officialisée".

Montpellier, médiathèqueEn fait, Montpellier est jumelé avec sept villes dans quatre continents. Il y a, par exemple, Louisville aux États-Unis qui, en 1955, fut la première ville à se lier à Montpellier. Toujours, les gens de Louisville invitent chaque été vingt étudiants montpelliérains pour travailler et vivre un peu avec eux et, avant tout, pour faire connaissance. Et, bien sûr, vingt jeunes de Louisville viennent tous les ans à Montpellier.

Les relations avec Heidelberg, ville en Allemagne avec laquelle Montpellier est jumelée depuis 1961, sont plutôt culturelles : tous les ans, les jeunes des deux villes se donnent rendez-vous pour un grand concert et, évidemment, pour une grande fête…

Plus sérieux sont les liens entre Montpellier et Chengdu en Chine. Montpellier était la première ville française à signer, en 1981, le contrat d'amitié avec une ville chinoise. Les relations sont plutôt commerciales, mais les Chinois pensent aussi au multiculturalisme à Montpellier : chaque année, cent étudiants montpelliérains ont le droit d'aller faire leurs études de langue en Chine.

Ainsi, chaque jumelage a son propre caractère. Celle avec Barcelone a des racines plutôt historiques - personne n'a oublié que les deux villes étaient déjà réunies au moment du royaume d'Aragon, et les rencontres entre Barcelonais et Montpelliérains sont surtout dédiées à l'histoire et à l'art. Les liens avec Tibériade en Israël, par contre, sont plutôt de nature scientifique et technique.

Le tram à MontpellierTlemcen en Algérie, la "ville d'art et d'histoire", est la dernière en date à s'être liée à Montpellier. Jusqu'à maintenant, les échanges n'ont pas encore trouvé de rythme, mais ils tourneront certainement autour du tourisme et de la culture.

Fès, relié à Montpellier depuis 2003, a une position particulière. Le nouveau programme de jumelage entre les deux villes vise, carrément, une coopération entre Maroc et la France basée sur de nouvelles conditions. Récemment, le maire de Fès, Hamid Chabat, et Hélène Mandroux ont décidé que Montpellier réaliserait un plan urbain de circulation pour son partenaire marocain - un tram comme celui à Montpellier circulera donc bientôt à Fès. En plus, Montpellier met toute son expérience culturelle à la disposition de Fès : déjà, la ville marocaine a créé une Médiathèque suivant le modèle montpelliérain et construit une maison culturelle dédiée aux échanges interculturels, comparable à la maison des relations internationales à Montpellier. Grâce au jumelage avec Montpellier, la "capitale spirituelle", comme Fès est souvent appelé, deviendra aussi "capitale multiculturelle".
Photos et texte : copyright Doris Kneller

vendredi 1 janvier 2010

Montpellier entre Comédie et Antigone, Écusson et Peyrou - et au-delà...

Sous les toits de Montpellier : logements, étudiants, soleil et vélos

Montpellier, vue du Corum
Sur les toits de Montpellier : vue du Corum

Nouvel an à Montpellier, 10 heures du matin. Sur la place de la Comédie, tout a changé. Là où, le dernier matin de l'année passée, une foule confuse et bruyante s'est pressée, où ça criait et riait et se bousculait, il n'y a que silence. Quelques gens seuls, l'air fatigués ou tristes, prennent leur premier café 2010. Mais sans conviction. Pour une fois, Montpellier dort.

234.816 personnes (statistiques de 2004) qui, plus ou moins, dorment en ce moment en centre ville. 510.000 si on compte le territoire urbain entier. De quoi rêvent-ils ? Quels sont leurs espoirs pour l'année qui, bientôt, se réveillera…

Peu importe de quoi rêvent tous ces Montpelliérains, mais s'il y a des rêves "féminins", il y a 54 pour cent sur les 510.000 qui les font. Et les 52 pour cent de célibataires, huit pour cent de divorcés et six pour cent de veufs, rêvent-ils des autres célibataires ou divorcés ou veufs qu'ils sont susceptibles de rencontrer à chaque seconde, sur la Comédie, à l'Antigone, devant les boutiques de l'Écusson, sur une banque au Peyrou, allongés dans l'herbe à côté de l'étang du Jardin des Plantes, les yeux à moitié fermés, rêvassant du printemps…

Imaginons un célibataire debout devant la Fontaine des trois Grâces qui regarde les gens qui se promènent à la Place de la Comédie : statistiquement, il y a une personne mariée, une personne libre, une personne libre, une autre personne mariée, de nouveau deux personnes libres... Mais si l'on cherche les divorcés, Montpellier n'est pas la ville la plus fournie du Hérault : elle n'est qu'en 33e position. La commune la plus forte est Sorbs, avec 14,7 pour cent de divorcés et juste 44,1 pour cent de mariés.

Vue du Peyrou sur Montpellier
Réservoir d'eau du Peyrou : vue sur Montpellier

Mais restons à Montpellier, entre le Jardin des Plantes et l'Antigone, le Peyrou et le Corum : au centre ville. Qui dit marié (ou non), dit appartement. Et là, un grand soupir traverse les rêves des dormeurs du nouvel an. Cela fait neuf ans que le Montpelliérain "moyen" n'a plus déménagé. Et il sait très bien, pourquoi. Et ce n'est pas pour rien non plus que les étudiants en France déclarent Montpellier une des villes les moins agréables en ce qui concerne la recherche d'un logement. Celui qui veut louer un appartement, doit compter sur un prix moyen de 12,72 euros par mètre carré, c'est-à-dire sur 50 cents de plus que la moyenne française...

...et cela pour une population où 62 pour cent des gens n'ont pas encore 40 ans : un jeune, un autre jeune, un moins jeune, deux jeunes - Montpellier la jeune aux prix forts des appartements…

Mais rien n'est si grave qu'il ne semble à première vue. Finalement, Montpellier a 139.013 logements dont la moyenne dispose de trois pièces où, vive les "moyennes", n'habitent que 1,9 personnes. Et juste 64 pour cent des Montpelliérains sont des locataires.

Montpellier, vue du Peyrou
Le Peyrou : vue sur Montpellier

En plus, selon les statistiques, les gens ne s'étouffent pas à Montpellier - sauf en mois d'août, mais le nombre des clims par rue n'a pas encore été établi - vu qu'il n'y en a que 3963 qui vivent sur le même kilomètre carré. Sur un mètre carré, on ne devrait donc découvrir que 0,004 personnes en même temps, en moyenne, bien sûr (chiffre correspondant à la situation un premier janvier, dix heures, à la place de la Comédie). Et toutes ces 0,004 personnes par mètre carré réparties sur la ville entière ont 662 hectares d'espace vert pour se promener après leur réveil - sous condition qu'ils ne parcourent pas les dix kilomètres qui les séparent de la mer.

À propos mer : qui a envie de réfléchir du prix d'un mètre carré un matin de nouvel an, quand il fait si beau ? Et qui à Montpellier a envie de se plaindre, avec 2618 heures d'ensoleillement par an, 7 heures et 22 minutes par jour - comparées à une moyenne nationale d'uniquement 1973 heures par an ou 4 heures 46 minutes par jour ? Et pour ceux qui, après leur promenade à la mer veulent se montrer courageux et prendre le vélo : la ville de Montpellier est située sur une altitude "considérable" de deux mètres. - D'ailleurs, pour ceux qui ont envie de louer un vélo - il y a 1000 vélos dans l'Agglo, repartis sur 50 vélostations...
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 30 décembre 2009

Linné à Montpellier : Boissier de Sauvages et le Jardin des Plantes

Jardin des Plantes : Carl von Linné, Boissier de Sauvages et l'échange de connaissances à Montpellier

Jardin des Plantes, Montpellier
Jardin des Plantes, jardin botanique, peu importe comment la presse appelle ce bijou montpelliérain de la botanique, il reste un des points d'attrait les plus importants pour ceux qui, à Montpellier, ont envie de se promener et de prendre l'air. Pour une fois, les habitants de la ville et les touristes sont d'accord : le Jardin des Plantes de Montpellier est une des jardins les plus beaux de la France. Mais cela n'est pas tout : il est aussi le jardin botanique le plus ancien de la France. Et comme si cela n'était pas suffisant - sa réputation scientifique est énorme...

Les noms cités en relation avec le Jardin des Plantes de Montpellier font rêver non seulement les botanistes mais tout ceux qui, amateurs ou scientifiques, s'intéressèrent jamais à la botanique : Pierre Richer de Belleval, Pierre Magnol, Hervé Harant et, bien sûr, le plus grand aux yeux de beaucoup de botanistes, Carl von Linné. Que le naturaliste suédois - à l'époque, on préférait encore l'expression "naturaliste" à "botaniste" - est le père de la classification biologique est déjà un facteur important. Mais ce qui est encore plus important - au moins pour Montpellier - c'est que quelques traces de cette classification mènent directement au Jardin de Plantes de notre ville. Un exemple peu connu à l'extérieur de Montpellier : le nom de la Magnolia ne vient pas du latin ni de l'imagination de Linné, mais de l'envie du botaniste d'honorer son ami et collègue Pierre Magnol, directeur du Jardin des Plantes à Montpellier.

Montpellier, jardin botaniqueMagnol n'était évidemment pas le seul directeur à mériter qu'une plante éternise son nom. Mais les autres idées de Linné s'orientèrent plutôt vers la ville de Montpellier elle-même. Grâce à lui, on peut dire que le nom de Montpellier est connu par les botanistes du monde entier. Il y a, par exemple, la Chrysanthème de Montpellier - Chysanthemum monspeliense en latin - une des plus belles Chrysanthème qui proclame l'amour de Linné pour notre ville. Ou la Ciste de Montpellier ou le petit Œillet de Montpellier ou, parmi les arbres, l'Érable et l'Euphorbe de Montpellier... la liste est énorme.

On pourrait se demander, comment un Suédois pourrait à tel point s'intéresser à un jardin botanique au Sud de la France. Car bien que le Jardin des Plantes à Montpellier fût déjà bien réputé, il y a un long chemin à parcourir entre Stockholm et Montpellier - notamment au milieu du 18e siècle. - Le "chaînon manquant" s'appela François Boissier de la Croix de Sauvages. D'abord docteur de médecin, ce Montpelliérain s'intéressa beaucoup à la classification. En 1731, il publia une œuvre sur les "Nouvelles classes de maladies" et fut le premier à appliquer à la médecine les classes de la botanique. En 1752, la médecine ne lui suffit plus. Il devint alors professeur de la botanique et constitua un catalogue de 500 plantes de Montpellier, toutes classées selon la forme de leurs feuilles.

Linné à MontpellierIl est certainement dommage que Boissier de Sauvages et Carl von Linné ne se rencontrèrent jamais - ils étaient nés pour être amis. Mais leur correspondance comprend une bonne cinquantaine de lettres dont, comme on peut facilement imaginer, la plupart parle de leur passion commune, la classification des plantes. Ils n'étaient peut-être pas toujours d'accord : un jour, Carl von Linné, éternel sceptique, aurait écrit : "Il est certain que la méthode de M. Sauvage est nulle." Mais cela ne veut pas dire que l'un ne respecta pas les connaissances de l'autre, et, en général, la passion domina les différences d'opinion.

C'est aussi grâce à cette passion commune qu'un trouve un Montpelliérain dans les annales de l'Académie royale des sciences à Stockholm dont Boissier de Sauvages fut élu membre en 1749 - avec le soutien de son ami Carl von Linné - qui, déjà en 1743, fut nommé membre de l'Académie royale des sciences de Montpellier.

Sans doute : Montpellier, déjà à cette époque, sut "importer" et "exporter" la "qualité"…

Montpellier et son Jardin des Plantes : d'Edward Young à Paul Valéry
Pierre Magnol au Jardin des Plantes à Montpellier
Pierre Richer de Belleval et le Jardin des Plantes à Montpellier
Photos et texte : copyright Doris Kneller

lundi 7 décembre 2009

Montpellier et son Jardin des Plantes : d'Edward Young à Paul Valéry

"Les jardins de notre charmante cité" - Montpellier, une histoire d'amour

Montpellier et sa natureEdward Young, un poète anglais du 17ème siècle, était connu pour son ironie. Dans ses "satires morales sur la passion universelle" il se moquait des grands et des riches de son époque. Mais il savait aussi s'assurer leur bienveillance et, grâce à eux, il ne souffrait jamais du manque de luxe et d'argent.

Plantes à MontpellierToutefois, l'œuvre qui a fait durer sa gloire, en Angleterre et ailleurs, n'a rien en commun ni avec ses glorifications des rois et des courtisans ni avec ses poèmes sarcastiques. "La Plainte", des pensées nocturnes sur la vie, la mort et l'immortalité, est, comme disent les critiques, un cri de tristesse, une grosse larme qu'il pleure pour la fille de sa femme, Elisabeth Lee-Temple, morte loin de chez elle - et enterrée, comme dit la légende, au Jardin des Plantes à Montpellier, au Tombeau de Narcisses.

Personne ne sait si la légende dit vrai. Mais elle prouve l'attirance romantique de ce jardin botanique qui, à sa création en 1593, était le premier Jardin des Plantes en France. Depuis ce jour, un homme passionné, Pierre Richer de Belleval, y a passé sa vie et perdu sa fortune. Des dizaines de scènes d'amour s'y sont jouées, des jeunes qui, plus tard, sont entres dans les cercles des "grands" y ont arpenté les chemins : Rabelais, Nostradamus, Carl von Linné…

Lac au Nélombos, Jardin des PlantesDéjà les noms des lieux sonnent romantiques : tombeau de Narcisse, arbre à messages, lac aux Nélombos,... Ce n'était qu'au 19ème siècle que Charles Martins fit ajouter au Jardin des Plantes ce petit bassin pour les Lotus. Mais depuis le jour de la création du jardin, Montpellier est devenu refuge pour beaucoup d'espèces rares qui, sans lui, n'auraient pas pu survivre. Mais ce qui, surtout, a bâti sa réputation est l'idée de Pierre Richer de Belleval, d'en faire une véritable "pharmacie naturelle".

jardin des plantes, MontpellierL'aspiration du roi Henri IV qui, initialement, soutenait le projet de Richer de Belleval était la création d'un jardin des simples. Mais Richer en voulait plus - il voulait un Jardin botanique. Et c'est pourquoi il a pu attirer tout ceux qui, à l'époque, avaient un nom dans la botanique. C'était grâce aux plantes médicinales que Pierre Magnol a, finalement, pu travailler au Jardin des plantes, et c'était elles qui ont attiré Guillaume Rondelet, François de la Peyronie…

Et n'oublions pas Paul Valéry, le poète amoureux de Montpellier et ses éloges "des jardins… de notre charmante cité".
Photos et texte : copyright Doris Kneller
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