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vendredi 19 février 2010

Place de la Comédie à Montpellier : l'Hôtel Nevet

Place de la Comédie et rue Jaques Cœur - l'endroit où Montpellier rencontre Montpelliéret

Montpellier, place de la ComédieSi les pierres de la place de la Comédie pouvait raconter leur histoire, nous n'aurions plus besoin de livres... - Qui, debout devant le Cinéma Gaumont sur la Comédie, pourrait imaginer que, un jour, le Cardinal de Richelieu descendit de sa carrosse, en grande pompe, entouré de ses servants, peut-être à l'endroit même où, aujourd'hui, nous faisons la queue pour voir un film ?

S'il y a des maisons à Montpellier qui ont "vécu", celles de la place de la Comédie en font partie. Mais la maison qui vit le plus de "personnages" de l'histoire, c'est sans doute celle qui était placée à l'endroit où, aujourd'hui, se trouve le Cinéma Gaumont.

Imaginons le temps où la vie de Montpellier était soumise aux idées d'un gouverneur qui, de son côté, était obligé de rapporter au roi tout ce qui s'y passait. C'était à ce moment que le bâtiment vit sa première grande époque. Encore, il s'ouvraient sur deux côtés : sur la Comédie au sud-est, et vers la rue Jacques Cœur au nord-ouest.

La place de la Comédie et l'Hôtel NevetÀ cette époque, la rue Jacques Cœur portait le nom de "rue de la Peyre", c'est-à-dire, en français, "rue de la Pierre". Mais cette appellation ne faisait pas allusion aux matériaux avec lesquels les maisons de la Comédie étaient construites - pierre de Saint-Jean-de-Védas, pierre de Pignan ou pierre de Saint-Geniès-des-Mourgues -, mais à la borne en pierre qui marquait l'endroit où se rencontrent la rue de la Loge, la rue Jacques Cœur et la Grand'Rue Jean Moulin, la limite entre la partie qui était sous l'autorité de Montpellier et celle qui appartenait à Montpelliéret.

Nous ne savons pas de quel côté le Cardinal de Richelieu entrait dans la maison lorsqu'il visita Montpellier en 1629. Et il n'était pas le premier des "grands" de la France à dormir dans ce bâtiment : en 1564, il fut choisi par Charles IX et Catherine de Médicis, la reine mère. Louis XIII s'y reposa en 1642, et dix-huit ans plus tard, ce fut à Louis XIV et Mazarin d'être hébergés dans la maison entre la Comédie et la rue Jacques Cœur.

Toutefois, comme tant de bâtiments à Montpellier, celui-ci non plus ne devrait pas tenir debout pour l'éternité. La Révolution arriva, et avec elle la dévalorisation de presque tous les édifices historiques. La maison fut vendue et revendue, mais, pour quelques années, elle restait intacte. Jusqu'au jour, presque cent ans après la visite de Louis XIV et Mazarin, où elle fut accaparée par un vieux soldat de l'Empire… Ce soldat, un certain Monsieur Nevet, devrait démolir la maison, en construire une autre et, de nouveau, attirer les yeux de la France et de l'Europe vers la Comédie : il créa le fameux Hôtel Nevet.

Place de la Comédie à MontpellierEt une autre grande époque avait commencé. Nous pouvons considérer l'Hôtel Nevet comme un des "pionniers" du tourisme. Cette fois-ci, ce ne fut pas les rois et cardinaux qui y séjournaient, mais les artistes et écrivains - par exemple Valery Larbaud qui écrivit plusieurs nouvelles sur Montpellier - les futurs étudiants de l'université de Montpellier qui venaient de bonnes familles et qui étaient là pour "renifler" l'air de la ville et s'inscrire à leur faculté et, bien sûr, les Parisiens, les Anglais, les Allemands, les Russes - tous ceux qui avaient assez d'argent pour se payer des vacances près de la Méditerranée et qui avaient l'habitude des endroits à la mode...

Mais un jour, cette époque était révolue elle aussi. Et, avec elle, celle de la maison. De nouveau, elle fut vendue, démolie et reconstruite pour, une autre fois, accueillir une clientèle riche qui cherchaient les endroits à la mode : deux partenaires, les Messieurs Antonin et Géraud, y construisirent les "Nouvelles Galeries" qui, plus tard, furent transformées en Galeries Lafayette.

Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 3 février 2010

Parc Méric, Champ de Mars ou Bassin Jacques Cœur : Montpellier, le dimanche

Que faire à Montpellier un week-end ensoleillé ? - Micro-trottoir

Montpellier Peyrou"Un week-end ensoleillé à Montpellier - comment je le passe ?" La dame ne réfléchit pas longtemps : "Je vais à la mer. Montpellier est une ville à côté de la Méditerranée - faut en profiter." - Même en hiver ? - "Bien sûr. En été, je vais me baigner et en hiver, je me promène à la plage."

Toutefois, Montpellier a d'autres activités à proposer que la mer. "Quand il fait beau, le dimanche, je vais au zoo avec mes enfants. Ça leur plaît, ils sont dehors, respirent de bon air, et ils peuvent bouger." La jeune mère parle du Parc Zoologique Henri de Lunaret. - Est-ce un lieu de loisir uniquement pour les enfants ? - "Ah non, absolument pas. Moi aussi, je me régale chaque fois qu'on y va. J'aime le parc et ses installations. On peut observer les animaux sans avoir l'impression qu'ils sont enfermés. Ils ont tous l'air de se sentir bien. Enfin, je trouve."

"Traîner en ville", est la réponse d'une étudiante. "J'adore traîner en ville, le week-end. M'asseoir dans un café sur la place de la Canourgue, rêver, me promener, regarder des gens. Ou me faire accompagner par une copine et jeter un coup d'œil sur les boutiques. Si mon copain est là, on se promène ensemble, sur l'Esplanade. Souvent, on passe par la rue de l'Aiguillerie ou on prend un vers sur la place Jean Jaurès."

Le Peyrou à Montpellier"Les dimanches ensoleillés ? On fait le pique-nique au Jardin du Champ de Mars. En hiver, on reste au soleil, en été, on cherche l'ombre sous les grands arbres. C'est plus beau qu'aller au restau. Et la nourriture est plus saine." Le Monsieur sourit avant d'ajouter : "Et elle a plus de goût, puisque c'est ma femme qui la prépare."

Le Jardin du Champ de Mars est aussi l'endroit où un autre Monsieur, dans la soixantaine, aime passer ses dimanches. "Je suis souvent seul, vous savez ? L'après-midi, je vais alors au parc. J'aime observer les canards, mais aussi les enfants qui y jouent. Parfois, il y a des familles qui se disputent, et je me dis qu'elles ne connaissent pas la chance qu'ils ont d'être ensemble…

"Quand je reste à Montpellier le week-end ? Voyons." Le jeune homme part souvent le week-end pour visiter des amis près de Marseille. "Ma copine aime bien le Jardin des Plantes. Et moi aussi", ajoute-t-il rapidement. "Surtout le petit point d'eau, avec les Nénuphars. On s'allonge dans l'herbe, et on est bien. Mais parfois, il vaut mieux y aller en semaine, si on a le temps. Parce que le dimanche, il y a souvent des familles avec des enfants qui se querellent et des parents qui les grondent. Tout ça peut faire beaucoup de bruit.

"Je donne rendez-vous à mes amis au Bassin Jacques Cœur et puis, on marche le long du Lez.", raconte une femme d'une trentaine d'années. "On ne court pas - on n'est pas des sportifs - mais on marche à un bon rythme. Ça permet de bien respirer et de perdre un peu de la graisse accumuler pendant la semaine. À la fin, on prend un pot dans un des cafés au Bassin Jacques Cœur."

Bassin Jacques Coeur"Marcher" correspond aussi à la philosophie d'un homme d'environ cinquante ans. Mais il préfère le Parc Méric. "Il y a peu des villes du sud de la France qui ont un parc tellement beau. Il est magnifique. Et le champ de coquelicots, je suis sûr qu'il est absolument unique. Et", il lève la main comme s'il voulait être certain qu'on l'écoute attentivement, "saviez-vous qui a habité dans ce parc ? - Frédéric Bazille lui-même !"

"Faire du vélo", est la réponse très décidée d'une jeune femme. "Par exemple le long du Lez. Ou autour du zoo. Il y a des chemins très beaux dans ce coin, mais peu connus. Comme ça, il y a toujours très peu de monde."

L'idée de faire du sport est assez fréquente. "On va au stade chaque samedi, sauf s'il pleut," explique une femme dans la cinquantaine, "avec mon mari. Et on court au moins une heure. Après, on se sent prêts à attaquer la semaine…" Une jeune dame préfère "faire du gym en plein air", et un homme tourne cinq fois autour du centre ville "avec mon vélo, chaque week-end, mais uniquement quand il fait beau". Mais il n'est pas nécessaire de courir vite : "Je me promène avec mon mari", dit une femme d'environ soixante ans. On va au Peyrou ou au Jardin des Plantes ou on prend un thé au Polygone et se promène ensuite à l'Antigone."

D'autres Montpelliérains sont plutôt studieux. "Les dimanches, je vais à la Médiathèque Émile Zola. Lorsqu'il fait beau, je prends un livre, je vais au deuxième étage et je prends le soleil", raconte un étudiant. Une dame dans la trentaine préfère lire au Peyrou. "On y est tranquille. Je m'assoie sur une banque ou je m'allonge dans l'herbe, et je lis. J'aime ça. Je me détente et je me sens bien. Le soir, après une journée au Peyrou, je vais souvent en boîte, avec mes copains, et je tiens bien parce que je suis bien reposée."

Certains, par contre, ne regardent pas la météo pour planifier leurs dimanches : "Musée Fabre", dit une dame d'environ quarante ans. "Le dimanche, je vais toujours au Musée Fabre. Je suis membre des 'Amis du Musée Fabre'. Mais les dimanches où s'est gratuit, j'y vais rarement. Ces week-ends-là, j'y vais plutôt le dimanche ou le vendredi." - Elle va au musée même s'il fait très beau. - "Mais oui. J'adore les tableaux, et comme il fait toujours beau à Montpellier, je ne vais pas attendre la pluie pour aller au musée."

Photos et texte : copyright Doris Kneller

dimanche 6 décembre 2009

De l'aqueduc aux 100 fontaines : Montpellier, une histoire de l'eau

100 fontaines pour une ville : Montpellier et ses eaux

Les villes et villages de la région méditerranéenne ont quelque chose en commun : le risque de manquer d'eau. Au cours de l'histoire, il arriva souvent que les habitants du Midi de la France souffrirent de la sécheresse - il y avait des années où le vin était plus abondant que l'eau - et parfois, ils eurent de bonnes idées pour résoudre leur problème. Mais, année de sécheresse ou non, l'eau était toujours un "thème" - et elle le restera aussi à l'avenir.

Montpellier, fontainesÀ Montpellier, on constate que les pères de la ville firent toujours tout pour assurer l'alimentation en eau. Mais, déjà au 15ème siècle, la question ne tournait plus seulement autour les besoins des habitants. On avait envie d'espaces verts. Et les espaces verts doivent être arrosés - ce qui signifia que Montpellier n'avait pas seulement besoin d'eau, mais des quantités énormes d'eau.

De l'eau pour MontpellierIl est vrai que Montpellier avait toujours deux cours d'eau à sa disposition, le Lez et le Verdanson - une richesse énorme pour une ville du Midi. Mais ce ne suffisait pas. Ainsi, on avait la bonne idée de construire des fontaines un peu partout dans la ville. La première - qui existe toujours - fut la Font-Putanelle qu'on plaça carrément dans le lit du Verdanson à un endroit qui, aujourd'hui, se trouve derrière l'hôpital Saint-Charles. Cette fontaine est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles les Montpelliérains estimèrent toujours beaucoup leur Jacques Cœur qui, dans sa fonction de Grand Argentier du roi Charles VII, vivait à Montpellier. Il fit construire la fontaine, mais non pour, ensuite, - comme les rois et autres politiciens - augmenter les impôts des administrés. Non, la Font-Putanelle fut un cadeau qu'il offrit aux Montpelliérains.

Montpellier, AntigoneUn peu plus tard, la ville construisit une deuxième fontaine au bord du Verdanson, la fontaine du Pila Saint-Gély. Mais elle ne plut pas à tout le monde. Ainsi, un étudiant suisse, un certain Thomas Platter, se plaignait auprès de son journal intime que l'eau de cette fontaine ne serait pas assez fraîche en été.

Toutefois, on se rendit compte que la pression dans les fontaines ne fut pas assez forte pour garantir à Montpellier de l'eau en abondance. Ce fut le moment où l'idée de l'aqueduc prit forme. Après sa finition, la pression dans les fontaines fut si satisfaisante que les pères de la ville pouvaient penser à la construction d'autres fontaines.

Et si, à Montpellier, on s'acharne sur un projet, il doit avoir de l'ampleur. Ainsi, on vota directement pour trois fontaines. Pas des fontaines d'un rendement moyen, évidemment - non, il fallait des fontaines d'une puissance énorme. La première était la fontaine qui, encore de nos jours, est la plus connue de Montpellier : celle des trois Grâces. Après plusieurs déménagements, elle séjourne toujours à la Comédie. Parallèlement, la fontaine de la place Chabaneau fut érigée et, finalement, celle de la Licorne de la place de la Canourgue.

Les fontaines de MontpellierArrosée de ses fontaines, la ville de Montpellier avance jusqu'au 19ème siècle. Et de nouveau, on discute la question de l'eau. Maintenant, les Montpelliérains ne parlent plus seulement de soif et d'espaces verts - le nouveau sujet est l'hygiène.

Maintenant, on demande de l'eau pour prendre des bains et nettoyer les rues et, même chez les pauvres, le standard de vie augmente avec la quantité de l'eau que la ville peut leur offrir. Tout à coup, il est à la mode de se laver. Dans les quartiers riches, de plus en plus des gens entretiennent leurs propres jardins… bref, tout le monde réclame de l'eau.

Plus le temps passe, plus l'eau devient précieuse. De nouvelles techniques sont développées, mais les Montpelliérains - comme les autres habitants de notre hémisphère - en veulent plus. Au début du 20ème siècle, la ville a l'idée d'augmenter le rendement de la prise d'eau à la source du Lez, mais de nouveau, on constate que le liquide précieux ne suffit pas pour contenter tout le monde… jusqu'à ce qu'en 1988, les Montpelliérains décident le "grand coup" : on planifie de nouvelles fontaines.

Toutefois, c'est fois-ci, il n'est pas question de trois fontaines, comme après la construction de l'aqueduc, ni de dix ni de vingt : non, Montpellier devrait devenir la ville des 100 fontaines.
Photos et texte : copyright Doris Kneller