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mercredi 14 avril 2010

La vie à Montpellier : culture, Méditerranée et amitié

La vie est-elle belle à Montpellier ? Micro-trottoir au jardin des plantes et à la Place de la Canourgue

Montpellier et son jardin des plantes"En Espagne", répond la première Montpelliéraine à la question où elle aimerait vivre, si elle avait le choix - et cette réponse a tout pour choquer. Car il n'y a que quelques jours, France Soir et Ipsos ont publié un sondage dont la ville de Montpellier est sortie première avec un total de 43 pour cent des voix : selon les interrogés, la vie à Montpellier serait plus agréable qu'ailleurs en France. Mais il n'y a pas que les gens du nord qui auraient voté pour Montpellier - parmi les habitants de la région, 60 pour cent sont persuadés que nulle part on ne vivrait si bien qu'à Montpellier.

"Oui, j'aime bien Montpellier", assure la dame dans la quarantaine qui sort juste d'une promenade dans le jardin des plantes. "Mais mon rêve, c'est l'Espagne. Je suis née ici, à Montpellier, mais mon père est de Malaga. J'y ai beaucoup de cousins et cousines - et un jour j'irai peut-être vivre là-bas."

Que pensent les autres Montpelliérains de la vie à Montpellier ? Un homme dans la soixantaine, installé sur un banc au jardin des plantes, accueille la question avec un grand sourire. "Où pourrait-on vivre mieux ? Regardez autour de vous." Sa main décrit un grand cercle. "Connaissez-vous un endroit plus joli ? On a le soleil, la nature, le calme... Et à peine dix minutes d'ici grouille la vie. Qu'est-ce que vous voulez de plus ?"

Montpellier, Place de la CanourgueIl confie aux Gens de Montpellier qu'il est né à Montpellier, mais qu'il est parti après le bac. "Faire des études ailleurs, voir le monde... j'ai travaillé à Paris, à Bruxelles, au Maroc... Finalement, je suis rentré. Et aujourd'hui, je me demande si jamais j'avais dû partir."

Les deux étudiantes qui se promènent près des bambous du jardin des plantes ont un point de vue moins philosophe. Elles sont anglaises et séjournent à Montpellier pendant quelques mois pour apprendre le français. "Montpellier est géniale", déclare l'une. "On fait la fête tout le temps. On a beaucoup d'amis à la fac, et on sort beaucoup." - "Et les week-ends", ajoute l'autre, "on va en randonnée. Les environs de Montpellier sont merveilleux."

De toute manière, "faire la fête" ne les a pas empêchées d'apprendre le français. "On parle français avec les copains, ça aide. On est une bande internationale, et le français est la langue que nous avons tous en commun."

Jardin fleurie : le jardin des plantes"International" est un mot qui caractérise bien la vie dans les rues de Montpellier. "Quand on passe dans la rue de la Loge, on a l'impression de faire un cours de langue. Mais de toutes les langues à la fois", dit un jeune homme. "Et ça, vous ne le trouvez qu'à Montpellier." Sa copine lui donne raison : "Oui, c'est formidable, toutes les nations qu'on rencontre ici. Je veux dire... on peut apprendre beaucoup de ces gens. Moi je ne voudrait jamais vivre dans une ville qui n'est pas internationale." Toutefois, il y a un petit désavantage : "Ce qui est triste, c'est qu'on lie amitié avec des gens et après, il partent après quelques mois. Et nous on reste ici, et ils nous manquent."

Ville internationale, ville d'amitié... "Il est très facile de se faire des amis ici. Les gens sont si ouverts", commente une dame dans la cinquantaine. "J'ai passé ma vie à Paris. Mais j'ai divorcé il y a deux ans, et je voulais tout recommencer. C'est comme ça que je suis venu à Montpellier. Et je ne l'ai pas regretté : après deux ans, je me trouve avec plein d'amis, je fais partie d'un choral, je fréquente des conférences - il y a toujours quelque chose à faire. À Montpellier, on n'a pas besoin de se sentir seule."

Mais il n'y a pas tout le monde qui est de cet avis. "Si j'apprécie la vie à Montpellier ?" répète un Monsieur dans la soixantaine. "Je ne sais pas - la vie à Montpellier est comme ailleurs. Si on est seul, elle est toujours triste. Ce faire des amis ? Comment, s'il vous plaît ? Tout le monde ne pense qu'à soi-même. Si vous n'avez pas de famille, personne ne s'intéresse à vous. Ici comme ailleurs."

Ou : "Non, j'aime pas les Montpelliérains. Ils sont trop superficiels. Ils ne pensent qu'à faire la fête, mais il n'y a rien de profond chez eux. Mais au moins", la dame dans la quarantaine soupire, "on peut dire qu'il y a le soleil, parfois."

Les cafés de la place de Canourgue sont plus ou moins remplis, malgré l'heure matinale. Il y a des gens de l'âge de retraité qui prennent leur café et lisent le journal, des étudiants dont la table est remplie de papiers, des touristes... "Oui, on aime beaucoup Montpellier", explique une dame d'une trentaine d'années, visiblement une touriste qui écrit juste des cartes postales. "On vient de Nantes. Au début, on est venu pour notre fille qui a fait ses études ici. C'est comme ça qu'on a découvert Montpellier. Mais entre-temps, elle travaille à Paris, et on vient quand même. La ville est belle, la mer est proche, et il fait beau. Et on aime votre musée Fabre. Déjà le musée vaut la peine de passer ses vacances à Montpellier."

Et le Monsieur plus âgé qui lit son journal à la table voisine ? - "Montpellier ? Oui, j'aime bien ici. Personne pour vous emmerder, les gens s'occupent de leurs affaires, ils sont tranquilles. Et la ville est toujours vivante, pas comme dans certaines villes plus au nord où tout est mort à partir de 19 heures." - Profite-t-il de l'offre culturelle de Montpellier ? Il sourit. - "Oh oui, on peut dire ça. Je vais souvent au concert, au Corum, et j'aime l'opéra. Bientôt, il y aura le festival de Radio France, et j'y irai tous les jours."

Un jeune homme qui, au même café, travaille sur un ordinateur résume un peu l'opinion de presque tous les interrogés : "Concernant Montpellier, on ne peut pas dire que c'est ceci ou cela. Il y a tout à Montpellier. La ville a beaucoup de facettes. Je suis sûr qu'il y a des gens qui ne s'y sentent pas bien. Et d'autres qui ne veulent pas vivre ailleurs. C'est une ville très culturelle, certes, mais il y a aussi d'autres villes culturelles. Il y a la Méditerranée, mais la Méditerranée est aussi à Marseille, Nice ou Perpignan. Mais il y a autre chose à Montpellier, quelque chose que je ne sais pas définir. Quelque chose qui distingue Montpellier de toute autre ville. Et qui fait que je me sens bien ici."

Photos et texte : copyright Doris Kneller

jeudi 18 mars 2010

Montpellier et le tourisme : emploi, commerce et festivals

Festival Radio France, festivals de cinéma, cafés et fêtes à la plage : que la ville de Montpellier serait-elle sans le tourisme ?

Montpellier et le tourisme
Que la ville de Montpellier serait-elle sans ses touristes ? - Le Monsieur d'une trentaine d'années rigole : "Une ville agréablement calme. Je me passerait bien des touristes." Mais la dame à ses côtés n'est pas d'accord avec lui : "Ce que tu dis n'a pas de sens. Regarde un peu autour de toi." Elle fait allusion aux cafés de la place de la Canourgue. "Penses-tu vraiment que ces cafés seraient là s'il n'y avait pas de tourisme à Montpellier ?"

Sans doute, la dame pose une question essentielle. "Montpellier serait-elle Montpellier sans les touristes ?" La dame dans la soixantaine réfléchit. "Vous savez, j'ai connu la ville quand elle était encore tout petite, avant tout ce développement délirant." Elle rit. "Vous avez affaire à une espèce devenue rare : je suis une véritable Montpelliéraine." La dame veut sans doute dire qu'elle est née à Montpellier. "Dans ma jeunesse, tout le monde se connaissait à Montpellier. On se promenait dans les rues, et on rencontrait des amis. Aujourd'hui... Mais, bien sûr, la ville n'était pas si jolie, avec les rues piétonnes partout. Je ne sais pas - c'était pas si mal à l'époque."

"Vous posez une question assez difficile." Le Monsieur, un peu plus jeune que la dame, hoche la tête. "D'un côté, tout Montpelliérain déteste les touristes. Par définition. Dès qu'un bon citoyen devient touriste, il oublie sa bonne éducation. Pour lui, c'est les vacances, donc tout le monde doit avoir des vacances. Il ne réfléchit pas, il s'amuse - il a payé pour pouvoir s'amuser. Les gens qui travaillent et qui sont dérangés par son bruit ne l'intéressent pas... ils ne comptent même pas... dans ses idées, le 'rabat-joie' lui fait perdre l'argent qu'il a payé pour être en vacances."

Montpellier et ses plagesUne analyse très pointue qui ne l'empêche pourtant pas d'apprécier certains côtés du tourisme. "Mais il est vrai que, dans le stade actuel, nous ne pourrions plus nous passer du tourisme. Entre-temps, toute une industrie est basée sur ce secteur économique. Sans le tourisme, beaucoup de commerces à Montpellier et aux environs seraient condamnés à la faillite - pour ne pas parler du chômage qui atteindrait des taux encore plus effroyables."

Une jeune dame voit le sujet d'un côté plus léger. "J'aime bien les touristes, surtout les étrangers. Je peux parler anglais avec eux, et ils sont contents, même si je fais des fautes. En plus, la ville serait morte en été, sans les touristes, vous ne pensez pas ?"

Une autre jeune dame sourit : "S'il y a pas de touristes, y aurait pas de bars sur la plage, les nuits d'été. Et s'il y avait pas de bars sur la plage, on pourrait pas faire la fête nous non plus."

Sa copine rit, mais puis, elle devient sérieuse : "Nous n'avons pas besoin des bars pour faire la fête sur la plage, on peut faire ça tout seuls. On prend notre pique-nique, de la musique, et c'est parti... Imagine", s'adresse-t-elle à son amie, "si on avait la plage pour nous tout seuls, pendant l'été. Juste les habitants de Montpellier et des villages autour. Ça serait le paradis."

Un jeune homme qui prend une bière sur la terrasse d'un café de la place de la Canourgue est plus généreux. "On a cette région formidable, tout ce soleil, la mer... pourquoi pas partager un peu ? Laisse-les venir, les touristes. Ils sont dans la pluie toute l'année, ils ont besoin d'un peu de soleil. Regarde", son regard se tourne vers le ciel d'un bleu éclatant, "on est en mars, et il fait déjà si chaud qu'on se croirait en plein été. Les pauvres Parisiens, ils souffrent toujours du froid." Et il lève son verre et boit, comme il dit, "au partage du soleil et du bon temps."

Emploi, commerce, exercer ses connaissances de langues étrangères - y a-t-il d'autres raisons pour apprécier le tourisme à Montpellier ? - "L'ouverture", explique une dame dans la quarantaine. "Imaginez une ville fermée où, tous les jours, on ne rencontrerait que les habitants. Toujours les mêmes. Le soir, on irait dans un des deux ou trois bars qui auraient survécu sans le tourisme où on connaîtrait tout le monde et où on saurait en avance de quoi on parlera. On connaîtrait l'opinion de toutes les personnes, pour qui elles votent, ce qu'elles pensent du divorce de telles voisine..."

"Le tourisme ?", réponds une autre dame d'à près peu le même âge. "Je ne sais pas. Pas trop utile, n'est-ce pas ? Mais ce qui est bien, c'est les hommes d'affaires qui viennent pour les congrès. Ils ont des sous, et ils les dépensent à Montpellier. Et les jeunes qui viennent ici pour faire des études. Ou pour apprendre le français. Ils restent ici pour quelques mois, et ça nous amène une bouffée d'air..."

"J'ai des voisins qui ne viennent que pendant les vacances. Et je peux vous dire qu'avec mon mari, on a appris à détester les vacances. Ils font la fête tous les soirs et quand on leur demande de faire moins de bruit, ils nous insultent", explique une dame un peu plus âgée.

Congrès à Montpellier"Le tourisme ? c'est la meilleurs chose qui puisse nous arriver !" Le Monsieur dans la quarantaine rigole. "Vous n'êtes pas à la bonne adresse. Mon opinion ne devrait pas être très typique... je suis le propriétaire d'un hôtel. Sans les touristes, je serais en chômage depuis longtemps. Et mes quatre employés aussi."

"Le tourisme est un cercle - non, je ne dirait pas infernal." Cette fois-ci, c'est une dame d'une trentaine d'années qui s'apprête à analyser la question. "Les étés à Montpellier sont très actifs. Nous avons le festival de Radio France, des festivals de cinéma, bref, plein de manifestations qui attirent les touristes. Grâce à eux, toutes les manifestations sont une réussite, au niveau du nombre des entrées vendues. On dirait que, sans les touristes, une bonne partie des festivals n'existerait plus - et sans les festivals, on aurait moins de touristes. Si les Montpelliérains ne veulent pas de touristes, il faut alors arrêter les festivals. Et s'ils veulent des festivals, faut accepter le tourisme. C'est clair, n'est-ce pas ?

Photos et texte : copyright Doris Kneller

mardi 26 janvier 2010

Comédie, Canourgue, Jean Jaurès, Odysseum : Montpellier et ses cafés

Micro-trottoir : les places où les Montpelliérains aiment se détendre

Antigone et le Lez à Montpellier"Une bonne question", sourit la dame dans la trentaine qui attend le tram à la place de la Comédie. Elle porte un manteau d'hiver qui a l'air très chaud, mais le soleil chauffe si bien qu'elle l'a laissé ouvert. "Sur quelle place se trouvent les terrasses café les plus sympathiques... - Vous savez, je ne prends pas beaucoup de cafés à Montpellier, en hiver. En été, parfois, avec des amis." Elle regarde autour d'elle. "Finalement, j'aime bien la Comédie. Les terrasses ici sont toutes très agréables, et il fait plaisir de voir les gens passer."

"Une fois," continue-t-elle, se prenant au jeu, "j'ai pris un verre avec une copine. On a observé les gens et, puis, on a commencé à rêver. Si on était telle personne, qu'est-ce qu'on ferait. Ou le Monsieur qui a l'air si pressé, où est-ce qu'il va… Oui, finalement, la place de la Comédie me fait rêver."

"J'aime pas la Comédie", déclare par contre un jeune homme. "Trop touristique." Avec ses copains, il aime bien prendre un verre sur la place Jean Jaurès. "Y a pas tant de touristes, on est entre nous." - La place Jean Jaurès est-il toujours l'endroit favori des étudiants comme déjà à l'époque où il y avaient encore les changeurs devant l'église de Notre-Dame-des-Tables ? - Le jeune homme hausse les épaules. "Je sais pas. Mais avec les collègues, on aime bien y aller."

Place du Nombre d'Or, Montpellier"Le Marché aux Fleurs", répond spontanément une dame dans la quarantaine. "C'est une place très ensoleillée. Je m'y installe souvent avec des amies pour passer un après-midi au soleil, surtout en hiver", elle sourit, "des jours comme aujourd'hui. En plus, on y trouve un bon chocolat chaud."

On constate rapidement que les réponses varient avec l'âge des gens. La place Jean Jaurès reste évidemment ce qui elle était depuis des siècles : un point de rencontre des jeunes, souvent des étudiants. Le Marché aux Fleurs, surtout les après-midi, semble attirer une clientèle légèrement plus âgée. La Comédie, par contre, attire plutôt ceux qui sortent le soir, surtout en été : "Je n'aime pas les terrasses chauffées," explique un homme dans la cinquantaine son refus de fréquenter les cafés de la Comédie pendant l'hiver. "On parle toujours de l'écologie, mais ces chauffages ne sont pas écologique du tout. Et, chauffage ou pas, on se gèle. Ces chauffages sont là pour les fumeurs qui ne peuvent pas se retenir pendant un moment. En été, pourquoi pas ?, il y a toujours du monde sur la Comédie, même les dimanches soirs. En été, j'aime bien prendre une bière sur la Comédie, après le restaurant ou le cinéma."

Mais place de la Comédie, place Jean Jaurès, Marché aux Fleurs, pour établir le palmarès, il faut se promener plus loin. Il y a, par exemple, les cafés entre le Lez et l'Esplanade de l'Europe. "J'habite à l'Antigone", raconte une femme, également dans la cinquantaine. "Pourquoi je me déplacerais jusqu'au centre si ici, on a tout ce qu'il faut ?" Elle aime bien faire la cuisine pour les amis. "Et après, on va souvent prendre le café dehors, avec vue sur le Lez."

Odysseum, MontpellierUne autre place bien appréciée de l'Antigone est la Place du Nombre d'Or. "Ici, les serveuses sont aimables, même en été où, en ville, tout le monde est de mauvaise humeur. Et, grâce à la fontaine, l'air reste agréablement frais", commente une dame d'environ quarante ans. Il est possible que ce soit effectivement la fontaine qui attire le plus de monde : "J'aime bien observer le jeu de la fontaine", explique un Monsieur âgé, "ça me détend." Et une dame dans la soixantaine : "En été, il y a toujours des enfants qui jouent autour de la statue de Poséidon. Ses enfants me rappellent mes propres petits-enfants, et je me sens moins seule."

"La plus belle place à Montpellier ?" demande une jeune femme. "Mais là, aucune hésitation : place de la Canourgue. - Pourquoi ? Il y a des cafés agréables, un public jeune, un très beau cadre." Elle réfléchit, pour, ensuite, ajouter : "Quand j'ai des invités, je leur montre toujours cette place. J'aime bien être fière de Montpellier."

Mais il y a aussi des cafés à l'extérieur du centre. "Vous allez pas me croire", dit une jeune fille d'environ 16 ans. "Tout le monde dit que l'Odysseum serait moche. Mais je ne suis pas de cet avis, je l'aime bien. Et il y a de jolis cafés, aussi. L'autre jour, j'y suis allée avec mon copain, et ça nous a bien plu."


Photos et texte : copyright Doris Kneller

dimanche 3 janvier 2010

Guilhem, la reine Marie et Jacques le Conquéreur : Montpellier et son Palais de Justice

Montpellier et ses demeures : le Palais de Justice de la rue Foch

Montpellier, Palais de JusticeSon œuvre porte des titres comme "Thésée vainqueur du Minotaure", "Première pensée d'Amour" ou "La vendange". D'habitude, il réalisa des portraits des gens illustrés comme le pape Pie IX ou des sculptures religieuses. À son époque, on adora et on rémunéra son travail. Il fut soutenu par la ville d'Aix-en-Provence et protégé par le comte de Forbin, un de ces grands qui pouvaient se payer tout ce qui était beau et à la mode. - Pour Montpellier, par contre, Marius Ramus fit autre chose. C'est lui qui, en 1853, sculpta le fronton en haut relief qui proclame à tout les braves et les malfaisants : "La justice protégeant l'innocence et dévoilant le crime".

Où se fronton pourrait-il être mieux placé que sur la colonnade centrale d'un Palais de Justice ? D'un Palais de Justice qui, bien que reconstruite au milieu du 19e siècle, est un bâtiment lourd d'histoire...

Palais de Justice, Rue Foch, MontpellierAu moment de l'inauguration du nouveau Palais de Justice, les invités pensèrent peut-être à cette déesse aveugle censée protéger l'innocence, mais probablement pas à la lourdeur de l'histoire. Car qui, en un moment de prospérité, aurait envie de penser à des querelles lesquelles, dans ce siècle-là, semblèrent déjà si loin ? On est dans une ère prospère, la viticulture fleurit et paie aux Montpelliérains ce qui, plus tard, sera appelé un "nouvel essor architectural". On construit. On construit de nouvelles églises, Saint Roch et Sainte Anne, on construit une nouvelle gare, l'Opéra-Comédie et, bien sûr, un nouveau Palais de Justice voué, comme l'était déjà ses prédécesseurs, à un usage noble et, bien sûr, juste.

La querelle qui mena à la destruction du premier bâtiment construit à cet emplacement venaient des nobles, mais ne fut pas noble pour autant. C'était Guilhem VII, de la fameuse dynastie des Guilhem, seigneurs de Montpellier, qui avait décidé qu'il lui fallait un deuxième château en ville. À sa mort en 1173, son fils Guilhem VIII en hérite et, 23 ans plus tard, il eut l'idée de faire d'une pierre deux coups et de l'intégrer en tant que forteresse dans la défense de la ville. Or, cela ne plut pas aux consuls. Ou, plutôt, ce qui ne leur plaisait pas, ce n'était pas le renforcement de la défense de Montpellier, mais la tour du château - elle était tout simplement trop grande pour appartenir à la propriété d'un simple seigneur de province.

Palais Royale de Jacques le ConquéreurOn discute, on se dispute et, finalement, en 1206, le château fut abattu. Heureusement pour Guilhem VII, cette tâche bien lourde n'incomba plus à lui ni à son fils, mais à son arrière-petite-fille Marie de Montpellier qui, comme montrera la réaction de Jacques 1er, le fils de Marie, en était bien triste.

Jacques 1er, le Conquérant, le Jaume I el Conqueridor des Catalans, ceci fut "autre chose". Là, on n'avait plus affaire à un des petits seigneurs de province, mais à l'héritier de la couronne d'Aragon. Au cours de sa vie, il sera compte de Barcelone, roi d'Aragon et de Valence, et pour ces fils, il créera le royaume de Majorque qui, de Montpellier, ne fera qu'une bouchée. Finalement, il mourra à Valence en Espagne, mais cela, en ce moment, fut encore loin.

D'abord, il veut venger son arrière-grand-père et son beau palais. Sans demander la permission à personne, il en construit un autre, encore plus beau et encore plus grand que le précédent - un véritable palais royal. Il n'a qu'un seul défaut : le voisinage. Mais il est clair que les habitants d'un tel palais n'ont pas besoin de regarder ce qui se passe autour de leur demeure. Parce que là, juste en face du beau palais se trouvait une petite place que "l'inquisition" de Montpellier avait choisie pour brûler ses sorcières...

Justice à MontpellierToutefois, personne ne peut tout avoir, et l'Ancien Régime arrive. Le palais est transformé en site de la Cour des Aides Comptes et Finances. En 1577, on ne pense plus à la taille des tours, mais aux différences de religion. En février, un groupe de "réformés" décide d'armer le peuple et, ensemble, on marche contre le palais de Jacques le Conquéreur, où réside en ce moment "l'ennemi", le maréchal Damville, représentant du camp royal et du pouvoir catholique. Leurs revendications furent simples : qu'il vire sa maréchale de Montpellier et rend au peuple les clés de la ville. La dame partit, et le palais fut détruit.

En 1629, on reconstruit de nouveau. Mais les temps changèrent, et il ne fut plus question d'un palais royal : maintenant, on misa plutôt sur un palais de justice. Selon les critiques de l'époque, ce nouveau bâtiment ne fut, de toute manière, pas digne d'un palais royal, mais il fut très approprié à caser la nouvelle prison.

On s'en doute que le nouveau palais fut rapidement victime des prochains conflits. Toutefois, le 19e siècle arrive, avec lui la prospérité de la viticulture et le "nouvel essor architectural". On fait appel à Pierre-Charles Abric qui, en 1833, fut nommé architecte du département. Il dessine le palais de justice de la Rue Foch que nous connaissons aujourd'hui, avec sa colonnade corinthienne et le fameux fronton de Marius Ramus. Autour de la colonnade, l'histoire fit son retour : elle est entourée par les statues du cardinal de Fleury, un ministre fidèle à Louis XV, et de Jacques de Cambacérès, conseiller à la Cour des Aides. Nous retrouvons son nom un peu plus loin, sur la place de la Canourgue, où se tint l'hôtel de sa famille et où l'histoire recommence...
Photos et texte : copyright Doris Kneller

jeudi 24 décembre 2009

Place de la Canourgue, Montpellier : la fontaine des Licornes

Une ville et ses statues : Montpellier, la place de la Canourgue, d'Assas, d'Antoine et les licornes

Les Licornes, MontpellierAu XIXe siècle, elle était la place la plus belle de Montpellier : baignée dans l'ombre des micocouliers, la place de la Canourgue était entourée des hôtels particuliers dont le plus riche et noble fut celui des Richer de Belleval, la famille du fameux Pierre Richer de Belleval, créateur du jardin des plantes à Montpellier. Et ce fut ici que résidait la mairie de la ville.

Pour les Montpelliérains de l'époque, la place de la Canourgue représentait ce qui, aujourd'hui, est la place de la Comédie : un endroit où on se promenait pour voir et être vu, où des musiciens de rue et des professionnels donnaient des concerts, où on trouvait les stands de toute sorte de commerçants - une place qui était vivante.

Place de la Canourgue, MontpellierIl est clair qu'une place si belle - une place qui, en plus, s'étendait devant la mairie - méritait une fontaine et une belle statue. Et quelle autre fontaine pourrait être digne de cette place que celle qui ornait déjà la place devant l'ancienne mairie ? La fontaine de la Licorne fut donc déplacée.

Au moment de sa création, les Montpelliérains ne pensaient pas seulement à la beauté des Licornes éternisés en pierre, mais aussi - ou surtout - au besoin urgent de l'eau et, par conséquent, des fontaines. En ce moment, on était au beau milieu du XVIIe siècle, on avait déjà le viaduc du Pérou, mais l'eau ne suffisait pas. On décida alors de construire trois fontaines avec un débit d'eau énorme. La première de ces fontaines fut celle des trois Grâces - et la troisième fut couronnée par la statue des Licornes.

Licornes, Place de la CanourgueDès leur création en 1776, on jugea les Licornes dignes d'enjoliver la place de la mairie qui, en ce moment, s'appela Notre Dames des Tables - notre place Jean Jaurès actuelle. Car il est clair que les Montpelliérains avaient besoin des fontaines, mais, avec l'envie habituelle des responsables de la ville d'offrir à Montpellier tout ce qui est beau et cher, on décida que ces fontaines devaient être parées par les plus belles statues.

En 1865, après le déménagement de la mairie vers la demeure des Richer de Belleval - où elle devrait rester jusqu'à 1975 -, on replanta les Licornes sur la place de la Canourgue, d'où elles avaient une vue imprenable sur la cathédrale Saint-Pierre. Pendant un moment on réfléchit d'ailleurs si la place de la Canourgue ne serait pas aussi idéale pour accueillir la nouvelle cathédrale de Montpellier - mais cela est une autre histoire.

Licornes, fontaine à MontpellierLe créateur des Licornes fut Étienne d'Antoine, le sculpteur qui était déjà à l'origine des trois Grâces. Mais tandis qu'il devrait attendre plusieurs ans avant qu'on accepte ses trois Grâces - dont on critiqua la nudité - il était bien plus heureux avec la fontaine des Licornes. Toutefois, ceci ne fut peut-être pas le mérite des beaux animaux de légende, mais celui du maréchal de Castries à qui la statue fut dédiée. C'est que, en 1760, ce maréchal fut le héros de la bataille de Clostercamp en Westphalie qui, comme nous racontent les livres d'histoire, devenait décisive pour la guerre de Sept Ans. - Et comme, à l'époque, les Montpelliérains (ou leurs politiciens) s'enthousiasmaient pour tout ce qui était armée française, il est clair qu'une statue érigée à l'honneur d'un héros français fut bien accueillie.

On dit que les Licornes "parleraient" aussi du jeune Nicolas-Louis d'Assas, sans lequel la bataille aurait été perdue. Mais il est peu probable que le sculpteur d'Antoine pensait au jeune héros issu d'une famille huguenote, lorsqu'il donna à la statue sa forme de Licornes. Et il est encore moins probable qu'il voulait offrir aux Montpelliérains des bêtes fabuleuses. On dit qu'il choisit les Licornes surtout pour plaire à ses commendataires - car les Licornes rappellent, tout simplement, les armes de la famille des Castries.

Une ville et ses statues : Montpellier, Louis XIV et le Peyrou
Une ville et ses statues : Les trois Grâces de Montpellier
Photos et texte : copyright Doris Kneller

vendredi 13 novembre 2009

Montpellier, place de la Comédie

Les trois Grâces de Montpellier

Les Grâces de Montpellier
…et il fut un jour que l'on voila leur nudité…

C'était en 1790 que la mairie de Montpellier avait envie d'une jolie statue érigée devant ces portes qui, à cette époque, s'ouvraient à la place de la Canourgue. La décision fut rapidement prise : les pères de la ville aimaient bien l'idée d'une représentation de la volupté de la vie dans leur chère ville de Montpellier, et ce fut Etienne d'Antoine, le fameux sculpteur du Vaucluse, à qui revint l'honneur de la créer.

Le travail fut long. Mais un jour, Antoine avait fini. Il invita donc le maire et sa cour à son atelier.

Et ils étaient tous venus, ces hommes importants et nobles de Montpellier, avec leurs dames richement parues, au moment où Antoine dévoila la statue : Aglaé, Euphrosyne et Thalie, les déesses de la séduction, de la beauté et de la nature. Les nouvelles déesses de Montpellier. D'abord, ce fut le silence. Et puis, une dame éleva sa voix. Les trois grâces… étaient nues.

De nouveau, les riches et nobles de Montpellier se mirent rapidement d'accord. Il n'y avait pas question d'orner la place de la mairie d'une statue de femmes… nues. Et à la fin de la journée qui aurait dû marquer sa gloire, Antoine le sculpteur resta seul dans son atelier, avec ses Grâces refusées.

Toutefois, trois ans plus tard, on se rappela d'Antoine et de ses trois Grâces. L'époque avait changée, le regard de Montpellier s'était tourné vers l'extérieur, les tabous étaient oubliés. Certains, au moins. La statue fut alors érigée sur la place de la Comédie… Toutefois, la nudité heurta toujours l'œil de certaines dames. Ainsi, on décida de voiler leur nudité.

Les trois Grâces gardaient longtemps leurs voiles blancs. Elles veillaient sur la vie de Montpellier, distribuant la séduction et la volupté, leur nudité décemment cachée. Un jour, enfin, les voiles tombèrent. Mais, pour très longtemps, on rhabillait les Grâces les jours des processions religieuses.