La vie est-elle belle à Montpellier ? Micro-trottoir au jardin des plantes et à la Place de la Canourgue
"En Espagne", répond la première Montpelliéraine à la question où elle aimerait vivre, si elle avait le choix - et cette réponse a tout pour choquer. Car il n'y a que quelques jours, France Soir et Ipsos ont publié un sondage dont la ville de Montpellier est sortie première avec un total de 43 pour cent des voix : selon les interrogés, la vie à Montpellier serait plus agréable qu'ailleurs en France. Mais il n'y a pas que les gens du nord qui auraient voté pour Montpellier - parmi les habitants de la région, 60 pour cent sont persuadés que nulle part on ne vivrait si bien qu'à Montpellier."Oui, j'aime bien Montpellier", assure la dame dans la quarantaine qui sort juste d'une promenade dans le jardin des plantes. "Mais mon rêve, c'est l'Espagne. Je suis née ici, à Montpellier, mais mon père est de Malaga. J'y ai beaucoup de cousins et cousines - et un jour j'irai peut-être vivre là-bas."
Que pensent les autres Montpelliérains de la vie à Montpellier ? Un homme dans la soixantaine, installé sur un banc au jardin des plantes, accueille la question avec un grand sourire. "Où pourrait-on vivre mieux ? Regardez autour de vous." Sa main décrit un grand cercle. "Connaissez-vous un endroit plus joli ? On a le soleil, la nature, le calme... Et à peine dix minutes d'ici grouille la vie. Qu'est-ce que vous voulez de plus ?"
Il confie aux Gens de Montpellier qu'il est né à Montpellier, mais qu'il est parti après le bac. "Faire des études ailleurs, voir le monde... j'ai travaillé à Paris, à Bruxelles, au Maroc... Finalement, je suis rentré. Et aujourd'hui, je me demande si jamais j'avais dû partir."Les deux étudiantes qui se promènent près des bambous du jardin des plantes ont un point de vue moins philosophe. Elles sont anglaises et séjournent à Montpellier pendant quelques mois pour apprendre le français. "Montpellier est géniale", déclare l'une. "On fait la fête tout le temps. On a beaucoup d'amis à la fac, et on sort beaucoup." - "Et les week-ends", ajoute l'autre, "on va en randonnée. Les environs de Montpellier sont merveilleux."
De toute manière, "faire la fête" ne les a pas empêchées d'apprendre le français. "On parle français avec les copains, ça aide. On est une bande internationale, et le français est la langue que nous avons tous en commun."
"International" est un mot qui caractérise bien la vie dans les rues de Montpellier. "Quand on passe dans la rue de la Loge, on a l'impression de faire un cours de langue. Mais de toutes les langues à la fois", dit un jeune homme. "Et ça, vous ne le trouvez qu'à Montpellier." Sa copine lui donne raison : "Oui, c'est formidable, toutes les nations qu'on rencontre ici. Je veux dire... on peut apprendre beaucoup de ces gens. Moi je ne voudrait jamais vivre dans une ville qui n'est pas internationale." Toutefois, il y a un petit désavantage : "Ce qui est triste, c'est qu'on lie amitié avec des gens et après, il partent après quelques mois. Et nous on reste ici, et ils nous manquent."Ville internationale, ville d'amitié... "Il est très facile de se faire des amis ici. Les gens sont si ouverts", commente une dame dans la cinquantaine. "J'ai passé ma vie à Paris. Mais j'ai divorcé il y a deux ans, et je voulais tout recommencer. C'est comme ça que je suis venu à Montpellier. Et je ne l'ai pas regretté : après deux ans, je me trouve avec plein d'amis, je fais partie d'un choral, je fréquente des conférences - il y a toujours quelque chose à faire. À Montpellier, on n'a pas besoin de se sentir seule."
Mais il n'y a pas tout le monde qui est de cet avis. "Si j'apprécie la vie à Montpellier ?" répète un Monsieur dans la soixantaine. "Je ne sais pas - la vie à Montpellier est comme ailleurs. Si on est seul, elle est toujours triste. Ce faire des amis ? Comment, s'il vous plaît ? Tout le monde ne pense qu'à soi-même. Si vous n'avez pas de famille, personne ne s'intéresse à vous. Ici comme ailleurs."
Ou : "Non, j'aime pas les Montpelliérains. Ils sont trop superficiels. Ils ne pensent qu'à faire la fête, mais il n'y a rien de profond chez eux. Mais au moins", la dame dans la quarantaine soupire, "on peut dire qu'il y a le soleil, parfois."
Les cafés de la place de Canourgue sont plus ou moins remplis, malgré l'heure matinale. Il y a des gens de l'âge de retraité qui prennent leur café et lisent le journal, des étudiants dont la table est remplie de papiers, des touristes... "Oui, on aime beaucoup Montpellier", explique une dame d'une trentaine d'années, visiblement une touriste qui écrit juste des cartes postales. "On vient de Nantes. Au début, on est venu pour notre fille qui a fait ses études ici. C'est comme ça qu'on a découvert Montpellier. Mais entre-temps, elle travaille à Paris, et on vient quand même. La ville est belle, la mer est proche, et il fait beau. Et on aime votre musée Fabre. Déjà le musée vaut la peine de passer ses vacances à Montpellier."
Et le Monsieur plus âgé qui lit son journal à la table voisine ? - "Montpellier ? Oui, j'aime bien ici. Personne pour vous emmerder, les gens s'occupent de leurs affaires, ils sont tranquilles. Et la ville est toujours vivante, pas comme dans certaines villes plus au nord où tout est mort à partir de 19 heures." - Profite-t-il de l'offre culturelle de Montpellier ? Il sourit. - "Oh oui, on peut dire ça. Je vais souvent au concert, au Corum, et j'aime l'opéra. Bientôt, il y aura le festival de Radio France, et j'y irai tous les jours."
Un jeune homme qui, au même café, travaille sur un ordinateur résume un peu l'opinion de presque tous les interrogés : "Concernant Montpellier, on ne peut pas dire que c'est ceci ou cela. Il y a tout à Montpellier. La ville a beaucoup de facettes. Je suis sûr qu'il y a des gens qui ne s'y sentent pas bien. Et d'autres qui ne veulent pas vivre ailleurs. C'est une ville très culturelle, certes, mais il y a aussi d'autres villes culturelles. Il y a la Méditerranée, mais la Méditerranée est aussi à Marseille, Nice ou Perpignan. Mais il y a autre chose à Montpellier, quelque chose que je ne sais pas définir. Quelque chose qui distingue Montpellier de toute autre ville. Et qui fait que je me sens bien ici."
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Photos et texte : copyright Doris Kneller

Une analyse très pointue qui ne l'empêche pourtant pas d'apprécier certains côtés du tourisme. "Mais il est vrai que, dans le stade actuel, nous ne pourrions plus nous passer du tourisme. Entre-temps, toute une industrie est basée sur ce secteur économique. Sans le tourisme, beaucoup de commerces à Montpellier et aux environs seraient condamnés à la faillite - pour ne pas parler du chômage qui atteindrait des taux encore plus effroyables."
"Le tourisme ? c'est la meilleurs chose qui puisse nous arriver !" Le Monsieur dans la quarantaine rigole. "Vous n'êtes pas à la bonne adresse. Mon opinion ne devrait pas être très typique... je suis le propriétaire d'un hôtel. Sans les touristes, je serais en chômage depuis longtemps. Et mes quatre employés aussi."
"Une bonne question", sourit la dame dans la trentaine qui attend le tram à la
"Le
Une autre place bien appréciée de l'Antigone est la Place du Nombre d'Or. "Ici, les serveuses sont aimables, même en été où, en ville, tout le monde est de mauvaise humeur. Et, grâce à la fontaine, l'air reste agréablement frais", commente une dame d'environ quarante ans. Il est possible que ce soit effectivement la fontaine qui attire le plus de monde : "J'aime bien observer le jeu de la fontaine", explique un Monsieur âgé, "ça me détend." Et une dame dans la soixantaine : "En été, il y a toujours des enfants qui jouent autour de la statue de Poséidon. Ses enfants me rappellent mes propres petits-enfants, et je me sens moins seule."
Son œuvre porte des titres comme "Thésée vainqueur du Minotaure", "Première pensée d'Amour" ou "La vendange". D'habitude, il réalisa des portraits des gens illustrés comme le pape Pie IX ou des sculptures religieuses. À son époque, on adora et on rémunéra son travail. Il fut soutenu par la ville d'Aix-en-Provence et protégé par le comte de Forbin, un de ces grands qui pouvaient se payer tout ce qui était beau et à la mode. - Pour Montpellier, par contre, Marius Ramus fit autre chose. C'est lui qui, en 1853, sculpta le fronton en haut relief qui proclame à tout les braves et les malfaisants : "La justice protégeant l'innocence et dévoilant le crime".
Au moment de l'inauguration du nouveau Palais de Justice, les invités pensèrent peut-être à cette déesse aveugle censée protéger l'innocence, mais probablement pas à la lourdeur de l'histoire. Car qui, en un moment de prospérité, aurait envie de penser à des querelles lesquelles, dans ce siècle-là, semblèrent déjà si loin ? On est dans une ère prospère, la viticulture fleurit et paie aux Montpelliérains ce qui, plus tard, sera appelé un "nouvel essor architectural". On construit. On construit de nouvelles églises, Saint Roch et Sainte Anne, on construit une nouvelle gare, l'Opéra-Comédie et, bien sûr, un nouveau Palais de Justice voué, comme l'était déjà ses prédécesseurs, à un usage noble et, bien sûr, juste.
On discute, on se dispute et, finalement, en 1206, le château fut abattu. Heureusement pour Guilhem VII, cette tâche bien lourde n'incomba plus à lui ni à son fils, mais à son arrière-petite-fille Marie de Montpellier qui, comme montrera la réaction de Jacques 1er, le fils de Marie, en était bien triste.
Toutefois, personne ne peut tout avoir, et l'Ancien Régime arrive. Le palais est transformé en site de la Cour des Aides Comptes et Finances. En 1577, on ne pense plus à la taille des tours, mais aux différences de religion. En février, un groupe de "réformés" décide d'armer le peuple et, ensemble, on marche contre le palais de Jacques le Conquéreur, où réside en ce moment "l'ennemi", le maréchal Damville, représentant du camp royal et du pouvoir catholique. Leurs revendications furent simples : qu'il vire sa maréchale de Montpellier et rend au peuple les clés de la ville. La dame partit, et le palais fut détruit.
Au XIXe siècle, elle était la place la plus belle de Montpellier : baignée dans l'ombre des micocouliers, la place de la Canourgue était entourée des hôtels particuliers dont le plus riche et noble fut celui des Richer de Belleval, la famille du fameux
Il est clair qu'une place si belle - une place qui, en plus, s'étendait devant la mairie - méritait une fontaine et une belle statue. Et quelle autre fontaine pourrait être digne de cette place que celle qui ornait déjà la place devant l'ancienne mairie ? La fontaine de la Licorne fut donc déplacée.
Dès leur création en 1776, on jugea les Licornes dignes d'enjoliver la place de la mairie qui, en ce moment, s'appela Notre Dames des Tables - notre place Jean Jaurès actuelle. Car il est clair que les Montpelliérains avaient besoin des fontaines, mais, avec l'envie habituelle des responsables de la ville d'offrir à Montpellier tout ce qui est beau et cher, on décida que ces fontaines devaient être parées par les plus belles statues.
Le créateur des Licornes fut Étienne d'Antoine, le sculpteur qui était déjà à l'origine des trois Grâces. Mais tandis qu'il devrait attendre plusieurs ans avant qu'on accepte ses trois Grâces - dont on critiqua la nudité - il était bien plus heureux avec la fontaine des Licornes. Toutefois, ceci ne fut peut-être pas le mérite des beaux animaux de légende, mais celui du maréchal de Castries à qui la statue fut dédiée. C'est que, en 1760, ce maréchal fut le héros de la bataille de Clostercamp en Westphalie qui, comme nous racontent les livres d'histoire, devenait décisive pour la guerre de Sept Ans. - Et comme, à l'époque, les Montpelliérains (ou leurs politiciens) s'enthousiasmaient pour tout ce qui était armée française, il est clair qu'une statue érigée à l'honneur d'un héros français fut bien accueillie.